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COVID-19: ‘La pandémie ne doit pas être une excuse pour museler la presse’, déclare un rapporteur

Stefan Schennach (Autriche, SOC), rapporteur général de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) sur la liberté des médias et la protection des journalistes a exprimé aujourd'hui son inquiétude concernant les restrictions de la liberté de la presse dans le contexte de la pandémie du Covid-19.

« La crise sanitaire actuelle a mis à rude épreuve le monde entier, y compris les États membres du Conseil de l’Europe. La pandémie a durement frappé nos systèmes sanitaires et économiques, et la grande majorité de la population s’est retrouvée confinée. Dans ces conditions exceptionnelles, le rôle des médias est particulièrement important. Les informations sur les évolutions de la pandémie doivent être précises et fiables, et elles doivent être diffusées au public sans délai injustifié. Nous avons besoin de l’expertise, du professionnalisme et de l’esprit critique de journalistes capables de favoriser le débat public tout en combattant les fausses nouvelles, la désinformation et la manipulation des opinions, et de contribuer ainsi à guider la population vers des comportements responsables. Dans le contexte de la crise d’aujourd’hui, la liberté des médias et la sécurité des journalistes sont d’une importance cruciale », a déclaré M. Schennach.

« Cependant, dans un certain nombre de nos États membres, les gouvernements essayent de façonner la couverture médiatique de la crise sanitaire. Sous prétexte de vouloir éviter les fausses informations qui peuvent être nuisibles à l'ordre public, ils empêchent la transparence et bâillonnent les critiques. Les questions gênantes ou la demande de justifications entraînent parfois des amendes, des enquêtes policières et l'expulsion de correspondants étrangers », a-t-il souligné.

« Pire encore, dans certains pays, la pandémie a servi de prétexte aux gouvernements pour adopter des lois, des décrets ou des décisions qui peuvent avoir un impact négatif sur la liberté des médias et un effet restrictif sur le travail des journalistes même après la crise actuelle. De telles modifications au cadre juridique ont été effectuées en Hongrie, en Turquie, en Azerbaïdjan, en Bosnie-Herzégovine, en Roumanie, en Arménie, en Russie », a ajouté le rapporteur général.

« Les conséquences d’une telle approche pourraient être graves pour la liberté de la presse. La législation votée dans un contexte d’urgence, mais sans aucune clause qui en limite l’efficacité dans le temps, pourra demeurer applicable au gré du pouvoir en place. C’est pourquoi j’appelle les États membres de s’abstenir de limiter la liberté des médias dans le contexte de cette crise sanitaire. La pandémie ne doit pas être une excuse pour museler la presse : les journalistes doivent accomplir librement leur mission d’informer correctement et sans délai le public sur la gestion et les conséquences de la crise », a conclu M. Schennach.