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jeudi 1 octobre 2026 matin

2026 - Quatrième partie de session Imprimer la séance

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Ouverture de la séance n°34

Débat : L'Europe, le continent où le réchauffement est le plus rapide: accélérer l’action en faveur du climat avec les jeunes

Mme Petra BAYR

Autriche, SOC, Présidente de l'Assemblée

10:11:59

Bonjour, chers collègues.

La séance est ouverte.

Je rappelle aux membres que, pour être enregistrés pour cette séance, vous devez insérer votre badge lorsque vous prenez place et le laisser inséré pendant au moins 30 secondes. Vous devez également insérer votre badge pour prendre la parole ou voter. Pour demander la parole, veuillez appuyer une fois sur le bouton « request ».

Le premier point à l’ordre du jour ce matin est le débat d’orientation sur le thème « L’Europe, le continent où le réchauffement est le plus rapide : accélérer l’action en faveur du climat avec les jeunes », figurant dans le document n° 16493. Ce point se déroulera selon un format différent de celui de nos débats habituels.

Il sera présenté par Mme Aurora FLORIDIA au nom de la commission des questions sociales, de la santé et du développement durable. Nous entendrons ensuite les interventions des orateurs invités suivants :

- M. Michael O’FLAHERTY, un invité très connu ici en tant que Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l’Europe,

- M. Kamal KISHORE, rapporteur spécial et représentant spécial du Secrétaire Général des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe,

- Mme Emilie TAMO KAMGUIA, membre du Conseil consultatif sur la jeunesse du Conseil de l’Europe

- M. Benjamin VAN BUNDEREN ROBBERECHTS, fondateur de l’ONG « Climate Justice For Rosa ».

Ils disposeront tous de 5 minutes pour s’exprimer.

Nous passerons ensuite à la liste des orateurs. Le débat doit s’achever à 12 h 30 afin de laisser place à l’allocution de Son Altesse Sérénissime le Prince Albert II de Monaco.

Avant de commencer, permettez-moi de dire quelques mots sur le sujet qui nous occupe ce matin, chers amis.

Je viens de me rendre compte que je n’avais pas ouvert le bon discours. Mais voici le bon.

J’ai le plaisir et l’honneur d’ouvrir aujourd’hui ce débat de politique générale sur l’environnement. Et je suis particulièrement heureuse qu’il se déroule en présence de nos honorables invités qui sont parmi nous, ainsi qu’en présence de jeunes, car il est très important non seulement de discuter de leur avenir et de celui de la Terre, mais aussi de discuter avec eux et de les associer à nos débats et à nos décisions. Et je pense que c’est quelque chose que l’Assemblée met réellement en pratique, et pas seulement dans ses déclarations.

Et comme j’ai déjà eu l’occasion de l’affirmer dans mon discours d’ouverture cette semaine, lundi, je souhaite que nous avancions ensemble vers une convention contraignante sur le droit de vivre dans un environnement sûr, sain et durable. Pas sous la forme d’une déclaration, ni d’une recommandation, mais d’un véritable traité assorti d’engagements contraignants. Car un droit dépourvu de mécanismes de mise en œuvre solides n’est qu’un vœu pieux et non un véritable droit.

Nous sommes les mieux placés pour y parvenir. La Convention européenne des droits humains consacre le droit à la vie, le droit au respect de la vie privée et de la vie familiale, ainsi que le droit à un procès équitable. Et aujourd’hui, notre action en faveur des droits humains reconnaît de plus en plus que tous ces droits ne peuvent être pleinement exercés dans un environnement dégradé, pollué et en voie de disparition. Le droit à la vie n’a guère de sens sans air pur à respirer. Le droit au respect de son domicile n’a guère de sens lorsque ce domicile est englouti par la montée des eaux. Les conditions naturelles qui rendent la vie humaine possible sont de plus en plus considérées comme faisant partie intégrante des droits humains mêmes que nous sommes chargés de protéger.

Notre organisation a pour vocation de défendre les droits humains, la démocratie et l’État de droit. La dégradation de l’environnement est, fondamentalement, une question de justice. Ce sont les personnes vulnérables, les pauvres, les marginalisés et ceux qui ne sont pas encore nés qui supportent le fardeau le plus lourd de la pollution, de la déforestation, du dérèglement climatique et de la perte de biodiversité. Lorsque nous érigeons en infractions pénales les atteintes environnementales les plus graves, lorsque nous tenons les entreprises et les particuliers pour responsables de la destruction écologique, nous ne nous contentons pas de protéger la nature, nous protégeons les droits humains. Nous protégeons le droit à la vie, le droit à la santé et le droit à un avenir.

Dans cet esprit, et sans plus attendre, je donne la parole à l’éminente rapporteure de ce débat, Mme Aurora FLORIDIA, qui est également présidente du Réseau parlementaire pour un environnement sain.

Chère Aurora, vous avez la parole. 7 minutes.

Mme Aurora FLORIDIA

Italie, SOC, Rapporteure

10:17:22

Merci, Madame la Présidente.

Chers intervenants,

Chers représentants de la jeunesse,

Chers collègues,

Aujourd’hui est un grand jour pour le Conseil de l’Europe : nous plaçons l’action climatique avec les jeunes au cœur de notre débat.

Nous lui accordons enfin la place qu’elle mérite.

Et, je dois dire que cela me remplit de gratitude, de joie et d’un sentiment de satisfaction réel et bien mérité pour l’excellent travail d’équipe qui nous a menés jusqu’ici ; un travail qui a mobilisé différents services, commissions et acteurs, tant au sein du Conseil de l’Europe qu’au-delà. Un travail d’équipe qui nous a unis depuis trois ans maintenant, même dans les moments les plus difficiles, lorsque le vent soufflait fort contre la question dont nous discutons aujourd’hui.

Mais ce n’est pas tout. Aujourd’hui, nous parlons enfin "d’accélérer" l’action climatique, en impliquant activement les jeunes générations.

Il ne fait aucun doute que nous devons passer à la vitesse supérieure. L’inaction n’est plus une option. Car l’inaction nous coûte déjà très cher, et elle n’épargne personne.

Je travaille sur les questions climatiques depuis des années, mais l’été 2026 m’a bouleversée. Cette année, pour une fois, nous sommes tous d’accord : partout en Europe, nous avons tous subi de plein fouet les effets dévastateurs du changement climatique et de la hausse des températures. Et cela dure depuis bien trop longtemps. Canicule, sécheresse, inondations, feux de forêt, conséquences sur notre santé et nos économies, et, tragiquement, sur la vie des gens.

La question qui guide mon rapport est finalement assez simple : comment pouvons-nous accélérer l’action climatique en donnant une place beaucoup plus importante aux jeunes, non seulement en tant que génération directement concernée par les conséquences du changement climatique, mais également comme acteurs à part entière de la construction d’un avenir où notre planète restera "habitable" ?

Je voudrais souligner quelques points clés.

Tout d’abord : l’urgence. L’Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, et nous nous dirigeons vers un dépassement du seuil de 1,5 °C au début des années 2030. Cela ne rend pas l’Accord de Paris caduc, cela rend l’action encore plus urgente. Chaque fraction de degré compte. Chaque année compte. Quelles que soient les mesures prises par les autres pays et continents.

C’est pourquoi il est important de placer l’habitabilité au cœur de l’action climatique. Nous ne sommes pas au-dessus de la nature : nous faisons partie du monde vivant, et nos vies dépendent des conditions qui le soutiennent. L’habitabilité doit devenir une valeur fondamentale de l’action européenne, au même titre que la liberté et la dignité. Car si nous détruisons les conditions qui rendent la vie possible, les droits humains n’auront plus aucun sens.

Cela m’amène à parler des jeunes. Ils sont au cœur de ce rapport car ils sont au cœur de l’urgence d’agir. Un enfant né cette année, en 2026, aura 74 ans en 2100. Pour cet enfant, la fin du siècle représente toute une vie, et non une date lointaine sur un graphique.

Les jeunes n’ont guère contribué à cette crise, et pourtant ce ne sont pas eux qui devraient en payer le prix à cause des décisions que nous prenons aujourd’hui.

Mais je refuse franchement de parler des jeunes uniquement comme de personnes vulnérables que nous devons protéger. Ils doivent être impliqués, contribuer à décider de l’affectation des fonds et disposer des moyens de construire l’avenir. Car les jeunes ne se contentent pas de réclamer le changement, ils le créent aussi. Nous avons besoin des jeunes générations.

Viennent ensuite les questions de responsabilité et d’obligation de rendre des comptes, y compris les nôtres. Le projet de résolution demande aux parlements nationaux de réexaminer ouvertement chaque année les engagements climatiques, avec la participation des jeunes. Les gouvernements devraient expliquer ce qu’ils ont promis, ce qu’ils ont réalisé et comment ils comptent combler cet écart.

Enfin, et c’est là un élément central du rapport, nous avons besoin d’un changement de paradigme : les droits humains et l’environnement sont indissociables. La Déclaration de Reykjavík le souligne également clairement.

Ce rapport appelle donc également à "accélérer" les travaux en cours visant à reconnaître, au sein du Conseil de l’Europe, un instrument juridiquement contraignant garantissant le droit à un environnement sain en tant que droit à part entière, en accordant une attention particulière aux droits des jeunes et des générations futures.

Je comprends tout à fait que certains États membres puissent craindre que la reconnaissance d’un tel droit ne ralentisse le développement économique ou n’expose les États membres à des litiges coûteux.

Mais je crois que c’est tout le contraire. Les lois et les droits peuvent servir de phares dans les moments difficiles : ils nous indiquent la direction à suivre et nous aident à agir au bon moment. Et nous ne pouvons pas laisser cette question dépendre uniquement de la bonne volonté des citoyens, de la société civile et des entreprises.

Chers collègues,

Nous devons accélérer l’action climatique tout en respectant un calendrier précis. Nous le savons, les rêves sont puissants et peuvent devenir réalité. J’ose donc rêver que l’année prochaine, autour de ce mot essentiel qu’est "accélérer", nous nous retrouverons ici pour reconnaître le droit à un environnement sain et pour faire de cette dynamique une véritable valeur ajoutée du Conseil de l’Europe, ainsi qu’une contribution distinctive à notre Europe bien-aimée.

Au travail ! [en français]

Merci.

[Applaudissements]

Mme Petra BAYR

Autriche, SOC, Présidente de l'Assemblée

10:24:22

Merci beaucoup, Madame Aurora FLORIDIA.

Nous passons maintenant la parole à nos invités de marque, à nos intervenants.

Merci beaucoup d’avoir accepté de venir partager vos points de vue avec nous. N’oubliez pas que vous disposez d’environ 5 minutes pour vos interventions. C’est avec plaisir que je donne tout d’abord la parole à notre commissaire aux droits de l'homme, M. Michael O’FLAHERTY.

Cher Michael, l’environnement vu sous l’angle des droits humains est au cœur de votre travail et je sais que vous êtes un allié indéfectible à cet égard et que vous les considérez comme des droits à part entière.

Vous œuvrez à la reconnaissance croissante, parmi les États membres, du droit à un environnement propre, sain et durable. Vous les aidez à respecter les normes de l’organisation en matière de droits humains relatifs à la protection de l’environnement et vous soutenez le travail des défenseurs des droits humains dans le domaine de l’environnement.

Vous avez récemment déclaré que, dans le cadre de vos fonctions de commissaire, vous constatiez chaque jour, je cite, « l’interaction entre les atteintes à l’environnement et au bien-être humain » et que vous constatiez également « à quel point la défense de cette planète relève profondément de la responsabilité en matière de droits humains ».

Sur ce, j’ai le plaisir de vous donner la parole, cher Monsieur Michael O’FLAHERTY.

M. Michael O'FLAHERTY

Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe

10:25:48

Madame la Présidente,

Madame la Rapporteure,

Honorables délégués à l'Assemblée,

Chers intervenants,

Chers membres du Conseil consultatif sur la Jeunesse du Conseil de l’Europe,

Il a fallu beaucoup de temps à nos sociétés européennes pour prendre conscience de la triple crise planétaire que constituent le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution. Et ce, malgré les avertissements successifs venus du monde entier, concernant la disparition des États insulaires du Pacifique, les précipitations catastrophiques, la désertification dévastatrice et les déplacements de population qui en découlent.

Il semble que ce ne soit que maintenant que nos sociétés européennes prennent conscience du grave danger qui les guette, après cet été effroyable marqué par des températures et des incendies de forêt record qui ont frappé notre continent, profondément mal préparé. Ici, je veux faire remarquer que les signes ne manquaient pas en Europe. La dégradation de notre environnement était visible par tous. Par exemple, dans ma propre ville natale en Irlande, l’ampleur des inondations a considérablement augmenté au cours de la dernière décennie.

Et, bien sûr, nous avons tous bénéficié de l’activisme soutenu de la société civile. Courageux, intelligent et passionné. Ce matin, je rends hommage et je remercie tous ceux qui ont tenté de nous réveiller. Je remercie en particulier les militants seniors, tels que le groupe de militantes seniors KlimaSeniorinnen en Suisse, et, partout ailleurs, je remercie les jeunes.

Nous avons toujours désespérément besoin de l’engagement de la société civile, mais la responsabilité incombe désormais à d’autres. Avant tout, l’heure est venue de réveiller nos responsables politiques et de placer la crise au cœur de nos parlements et de nos gouvernements. Nous avons besoin d’un leadership fondé sur des données scientifiques et qui ne s’intéresse plus aux compromis ni au court-termisme. Et à cet égard, j’apprécie le rôle joué par cette Assemblée. Je reconnais à quel point vous avez une longueur d’avance sur de nombreux parlements nationaux et à quel point vos délibérations enrichiront considérablement les efforts menés aux niveaux mondial, régional et national.

Pour aider l’Assemblée et l'ensemble d'entre nous à nous montrer à la hauteur de la situation, permettez-moi de suggérer brièvement cinq actions à l’intention de nos dirigeants politiques.

Premièrement, écouter. Avant tout, écouter la planète qui souffre. Mais aussi écouter les scientifiques et les militants. Écouter ceux qui hériteront des dégâts que nous avons causés. Les jeunes ont toutes les raisons d’être furieux et ils doivent être entendus.

Deuxièmement, protéger. Il est essentiel que ceux qui manifestent, en particulier les jeunes, soient correctement protégés par nos États. Le droit de manifester pacifiquement doit être respecté. Et à cet égard, je suis très inquiet de la situation dans un certain nombre de nos pays.

Troisièmement, respecter la loi. Nos gouvernements ont le devoir de respecter la loi, y compris le droit international des droits de l'homme. Cela inclut la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme en matière d’environnement ainsi que les orientations récemment formulées par la Cour internationale de justice (CIJ) concernant l’obligation de garantir un environnement propre et sain. De plus, pour s’acquitter de leurs obligations juridiques, nos gouvernements doivent veiller à mettre en œuvre à la fois des mesures d’atténuation des dommages et d’adaptation de la société.

Quatrièmement, éviter les approches uniformes. Le changement climatique ne touche pas tout le monde de la même manière. Il frappe bien plus durement ceux qui sont déjà laissés pour compte en marge de nos sociétés. Je pense aux Roms, contraints de vivre sur des décharges insalubres. Je pense aux personnes âgées, placées dans des établissements situés dans des bâtiments de mauvaise qualité, totalement inadaptés au climat actuel.

Cinquièmement, combler le vide juridique mondial. En d’autres termes, il est grand temps de rédiger et de promouvoir un traité contraignant pour l’Europe sur le droit à un environnement propre et sain. Nous avons besoin d’un traité solide permettant de demander des comptes à nos États. La feuille de route pour le rendre solide repose, bien sûr, sur les sources que j’ai mentionnées il y a un instant : les arrêts de la Cour et l’avis de la CIJ. Un autre élément de cette feuille de route est la grande expérience de cette organisation dans l’élaboration de traités et la mise en place de systèmes de contrôle rigoureux pour ceux-ci.

Madame la Présidente,

Chers amis,

Pour conclure, je dois admettre que je ne suis pas climatologue. Je ne suis pas en mesure de remettre en cause l’affirmation de certains selon laquelle nous avons déjà franchi le point de non-retour et qu’une catastrophe environnementale est inévitable. Mais je suis convaincu que de telles craintes ne doivent pas nous dissuader d’agir.

L'inaction n’est pas une option.

Merci.

Mme Petra BAYR

Autriche, SOC, Présidente de l'Assemblée

10:31:10

En effet, l'inaction n'est pas une option.

Merci, Monsieur Michael O'FLAHERTY.

Je cède maintenant la parole à M. Kamal KISHORE, représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe et directeur du Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe. Nous avons travaillé ensemble au niveau national pendant de nombreuses années et je suis heureux qu'il soit parmi nous aujourd'hui.

M. Kamal KISHORE nous transmet un message simple mais fort : trop souvent, nous agissons après l’inondation, après l’incendie, après la tempête. Il est temps d’agir en amont, en passant de la réaction à la prévention des catastrophes. Il nous rappellera également que les jeunes ne sont pas seulement les bénéficiaires de la résilience climatique, mais aussi des partenaires dans sa construction. Et il montrera que la résilience face aux catastrophes et la résilience sociétale vont de pair. Une société qui reste soudée reste forte.

C’est pourquoi l’environnement est une priorité de ma présidence. Protéger la nature, c’est protéger les personnes.

Monsieur Kamal KISHORE, la parole est à vous.

M. Kamal KISHORE

Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe, Directeur du Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe

10:32:23

Madame la Présidente,

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Chers jeunes représentants,

Je tiens tout d’abord à remercier l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) d’avoir organisé ce débat sur l’un des défis majeurs de notre époque et de m’avoir invité à y participer.

Des inondations aux effondrements de glaciers, en passant par les feux de forêt et les vagues de chaleur, les aléas climatiques gagnent en fréquence et en gravité à travers l’Europe. Lorsque ces aléas touchent des communautés exposées et vulnérables, ils se traduisent par des catastrophes qui ont un lourd impact sur les vies humaines, les moyens de subsistance et les finances publiques. Mais, même face à une crise climatique, ces conséquences ne sont pas inévitables. Nous pouvons empêcher que les aléas climatiques ne se transforment en catastrophes. Tel est l’objectif du Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe et la raison d’être de mon bureau aujourd’hui. Permettez-moi de souligner trois points principaux.

Mon premier point est que les pays doivent passer de la réponse aux catastrophes à leur prévention. C’est un élément central, et je suis heureux de constater que cette approche commence à faire son chemin. Car il apparaît de plus en plus clairement que se contenter d’attendre que les catastrophes se produisent entraînera non seulement des milliers de décès évitables, mais mènera également à la faillite de nos budgets locaux, voire nationaux. Grâce à la législation et aux décisions budgétaires, nous pouvons veiller à ce que la réduction des risques de catastrophe soit intégrée au développement des infrastructures, à l’aménagement du territoire, au logement et au développement économique. Nous avons également besoin de votre soutien pour élaborer des politiques qui encouragent le secteur privé et les communautés à réduire les risques plutôt qu’à les créer.

Mon deuxième point est le suivant : les jeunes doivent être reconnus non seulement comme les bénéficiaires des investissements en matière de résilience climatique, mais aussi comme des acteurs clés de sa mise en œuvre. Ils peuvent et doivent être des agents du changement. C’est pourquoi le Cadre de Sendai appelle les pays à offrir aux jeunes l’espace et les moyens nécessaires non seulement pour contribuer à la réduction des risques de catastrophe, mais aussi pour en prendre la tête. Nous devons mieux tirer parti de l’initiative, de l’imagination et de l’ingéniosité des jeunes pour renforcer la résilience à long terme. Au cours de mes voyages ces deux dernières années, j’ai pu observer des exemples inspirants à travers l’Europe, notamment la "Déclaration des jeunes : un appel à l’action" adoptée à Budva en 2024, une plateforme régionale pour la réduction des risques de catastrophe, ainsi que l’initiative de gestion des risques liés aux vagues de chaleur "Flames of Change", lancée par notre bureau régional à Bruxelles.

Troisième point : nous devons reconnaître que la résilience face aux catastrophes et au changement climatique est indissociable de la résilience sociétale au sens large. La réduction des risques de catastrophe et des risques climatiques est souvent considérée comme une question technique relevant des services d’urgence ou des agences de protection civile. Or, en réalité, les catastrophes liées au climat touchent tous les aspects de la société. La résilience face au climat et aux catastrophes doit être considérée comme un catalyseur de nombreux objectifs que les parlementaires ici présents s’efforcent d’atteindre. Des sociétés résilientes sont des sociétés où les enfants peuvent continuer à apprendre pendant les crises, où les communautés savent vers qui se tourner pour obtenir des informations fiables, où les services essentiels continuent de fonctionner sans interruption et où la cohésion sociale est préservée, car personne n’est laissé pour compte lorsque les catastrophes frappent.

Excellences, nous vivons à une époque où nos sociétés sont mises à l’épreuve par le changement climatique et une incertitude croissante. Les catastrophes, qu’elles soient d’origine climatique ou autre, ou qu’il s’agisse de catastrophes géophysiques, se nourrissent des inégalités et de la vulnérabilité, et ne font que les aggraver. Si nous voulons préserver la sécurité, la prospérité et la stabilité, nous devons investir dans la résilience pour tous.

Je vous remercie.

Mme Petra BAYR

Autriche, SOC, Présidente de l'Assemblée

10:37:09

Merci beaucoup pour ces informations vraiment très utiles et pour votre intervention importante.

Je voudrais maintenant inviter Mme Emilie TAMO KAMGUIA, membre du Conseil consultatif sur la jeunesse du Conseil de l'Europe, à prendre la parole.

Cet été nous a montré toute la violence de la crise climatique. Les jeunes l'ont ressentie de plein fouet. Mais les jeunes ne sont pas seulement des victimes, ils sont les moteurs de la transition.

Mme Emilie TAMO KAMGUIA appellera les États membres à passer des paroles aux actes et à mettre en œuvre de manière concrète et immédiate la recommandation du Conseil de l’Europe sur les jeunes et l’action pour le climat. Elle salue le projet de rapport et de recommandation qui nous est présenté, notamment le soutien au droit à un environnement sain et à l’examen à mi-parcours proposé.

Elle plaidera en faveur de la justice climatique et d’une transition juste qui n’oublie pas les jeunes les plus vulnérables et les plus marginalisés. Et elle nous lance un appel clair à l’action, à nous, parlementaires. En tant que Présidente, je souhaite que cette Assemblée écoute les jeunes, non par courtoisie, mais par devoir.

Mme Emilie TAMO KAMGUIA, je vous en prie.

Mme Emilie TAMO KAMGUIA

Membre du Conseil consultatif sur la jeunesse du Conseil de l'Europe

10:38:25

Merci, Madame la Présidente.

Je m’appelle Émilie ; j’ai 28 ans et je suis ingénieure en environnement. Comme beaucoup de personnes de ma génération, j’ai peur et je suis en colère contre les décideurs qui ne protègent pas mon avenir contre l’une des plus grandes menaces auxquelles l’humanité est confrontée : la triple crise planétaire.

Je vivrai peut être assez longtemps pour connaître les années 2080. Pourtant, au regard de la vitesse à laquelle l’Europe se réchauffe, les températures que je connaîtrai alors, dans mes années 80, pourraient être jusqu’à 5 °C plus élevées que celles que certains d’entre vous ont connues au cours de leur vie. Un jour, mes petits-enfants me demanderont peut-être : "Qu’as-tu fait pour changer les choses ?" Et j’espère pouvoir répondre : "J’ai contribué à convaincre les décideurs de passer à l’étape suivante."

L’été 2026 a battu des records. Eh bien, l’été prochain en fera de même. Les jeunes générations seront confrontées à l’intensification des phénomènes météorologiques extrêmes et à l’effondrement d’écosystèmes entiers en raison de l’incapacité collective à faire face à la catastrophe.

Bien que notre contribution au changement climatique soit minime, nous en subirons les conséquences toute notre vie, que ce soit dans l’éducation, le travail, l’accès aux soins de santé, à la nourriture, à l’eau, au logement ou à l’espace civique.

Cet été, dans le sud de la France, d’où je viens, de jeunes agriculteurs ont perdu tout ce pour quoi ils avaient travaillé dans des incendies de forêt.

En juin dernier, lors de la rencontre de jeunes organisée en juin dernier sous l'égide du Nouveau Pacte démocratique pour l'Europe du Conseil de l'Europe, des dizaines de jeunes ont fini par dormir sur des matelas dans les salles de réunion du Centre européen de la jeunesse à cause de la chaleur qui régnait dans leurs chambres. Nous avons même dû déplacer l’événement car la climatisation était en panne.

Pendant ce temps, Fanny, une amie enseignante au collège, a dû faire face aux larmes d’élèves épuisés passant leurs examens sous une chaleur de 38 °C, incapables de donner le meilleur d’eux-mêmes. Plusieurs se sont évanouis et ont été envoyés se remettre dans la seule salle climatisée de l’établissement.

Et après l’école, les enfants les plus défavorisés rentrent chez eux dans des pièges de chaleur urbains, tandis que d’autres allument la climatisation ou se réfugient dans des lieux plus frais. L’âge, le genre, le handicap, l’origine ethnique, les revenus et leurs recoupements exacerbent la vulnérabilité face au changement climatique.

Le changement climatique tue des dizaines de milliers de personnes chaque année, ici même, sur le continent des droits humains que cette institution s’est engagée à protéger. Vous mourrez peut-être de vieillesse. Nous mourrons peut-être des conséquences du changement climatique.

Alors dites-moi, comment ne pas être en colère, alors que les faits sont là et que les actions ne suivent pas ? Alors que les moins responsables sont les premières victimes ?

Mais les jeunes ne sont pas seulement des victimes : nous ouvrons la voie à la transition. Nous avons été parmi les premiers à descendre dans la rue. À nous mobiliser, à faire preuve de solidarité et à exiger des mesures.

Pourtant, là encore, on nous sape, on nous entend mais on ne nous écoute pas. Les jeunes défenseurs de l’environnement sont attaqués, parfois même qualifiés de "terroristes". Les jeunes sont exposés à la désinformation, au climatoscepticisme croissant et à la méfiance. Cela doit cesser.

Pour apporter notre contribution à l’atténuation du changement climatique et à l’adaptation à celui-ci, nous avons besoin que nos droits soient protégés, en particulier pour celles et ceux qui subissent des violences et des mesures de répression. Nous avons besoin que les obstacles à la participation des jeunes soient levés, d’un accès à des informations fiables, d’une éducation adaptée et d’opportunités pour développer des compétences vertes. Les groupes de jeunes les plus défavorisés et marginalisés ont besoin d’être protégés contre l’injustice climatique et la discrimination.

Heureusement, nous disposons déjà d’un instrument répondant à ces besoins et prêt à être mis en œuvre : la Recommandation sur les jeunes et l’action climatique.

Le Conseil consultatif tient à remercier la rapporteure chargée de la jeunesse pour son travail approfondi et la rédaction de ce rapport.

Nous soutenons fermement la rédaction immédiate d’une convention reconnaissant le droit à un environnement sain. Comme l’a rappelé lundi la Présidente de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe : "Aucun droit humain ne peut survivre sur un continent inhabitable".

Nous soutenons le suivi du récent arrêt de la Cour, qui a reconnu que le changement climatique peut gravement porter atteinte à nos droits humains et que les gouvernements doivent prendre des mesures efficaces.

Nous demandons la mise en œuvre de la recommandation sur les jeunes et l’action pour le climat et nous saluons la réalisation d’un bilan à mi-parcours afin de s’assurer que des progrès ont été accomplis. Nous saluons également le soutien apporté par le Département de la jeunesse aux organisations de jeunesse engagées dans le domaine de l’environnement. Nous sommes particulièrement heureux de pouvoir compter aujourd’hui parmi nous, dans cette salle, plusieurs bénéficiaires de ces subventions.

Enfin, nous soulignons l’importance de soutenir le Comité directeur sur l’environnement (CDENV), récemment créé, dans la mise en œuvre des actions en faveur de la jeunesse déjà incluses dans le plan d’action, tout en saluant l’initiative relative à l’alphabétisation du futur et à la justice intergénérationnelle.

Mesdames et Messieurs les députés,

Ma conclusion est simple. Depuis des décennies, les données scientifiques sont on ne peut plus claires, et les conséquences sont déjà là. Vous ne pouvez pas continuer à détourner le regard.

Écoutez ce que demandent les jeunes et adoptez le projet de résolution et de recommandation qui vous est présenté aujourd’hui.

Les jeunes générations vous observent et devront vivre avec les décisions que vous prendrez aujourd’hui.

Protégez nos droits. Protégez notre avenir. Ne nous laissez pas tomber.

Merci.

M. Márton HAJDU

Hongrie, PPE/DC, Président de l'Assemblée

10:43:48

Merci beaucoup, Madame Emilie TAMO KAMGUIA, pour votre intervention devant cette assemblée.

Enfin, et ce n’est pas le moindre, j’ai le plaisir d’accueillir le plus jeune participant à ce débat, M. Benjamin VAN BUNDEREN ROBBERECHTS, fondateur de l’ONG Climate Justice for Rosa. Cette Assemblée a déjà eu le privilège de l’écouter lors du Forum européen des défenseurs des droits humains environnementaux qui s’est tenu dans cet hémicycle au printemps dernier. Et je pense que nous vous sommes tous reconnaissants d’être revenu. Merci beaucoup, car votre témoignage a ému beaucoup de monde, et je pense que beaucoup comprennent désormais qu’il est nécessaire d’agir.

Pour les jeunes Européens, cette question n’est ni abstraite, ni technique, ni lointaine, comme nous l’avons déjà entendu. Elle est ici, elle est maintenant. M. Benjamin VAN BUNDEREN ROBBERECHTS va donc nous parler de ces jeunes qui ont déjà perdu des proches, leur foyer, leur sentiment de sécurité ou une partie de leur avenir. Et son message est clair : ceux qui sont touchés doivent avoir leur mot à dire dans les décisions qui les concernent.

Alors, Benjamin, merci beaucoup. Vous avez la parole.

M. Benjamin VAN BUNDEREN ROBBERECHTS

Fondateur de l'ONG Climate Justice for Rosa

10:44:52

Merci.

Mesdames et Messieurs,

Je m'appelle Benjamin. Je suis un militant pour le climat de 19 ans, originaire de Belgique, et le fondateur de Climate Justice for Rosa.

Dans les films et les romans, la catastrophe climatique est souvent imaginée comme un moment dramatique où le monde entier s’effondre soudainement. La réalité est bien moins cinématographique, mais non moins meurtrière. Elle prend la forme d’une inondation dans un pays, d’un feu de forêt dans un autre, d’une chaleur insupportable ailleurs.

Nous vivons une crise mondiale par fragments, et c’est précisément pour cela que cette salle revêt toute son importance. Alors qu’une nation voit des vies emportées par des eaux déchaînées et qu’une autre dénombre les morts dues à une chaleur extrême, cette Assemblée peut avoir une vue d’ensemble de la situation. Pour le Conseil de l’Europe, il s’agit en fin de compte d’une question de droits humains. Que signifient le droit à la vie, à la santé ou à un logement lorsque nous ne parvenons pas à préserver les conditions qui rendent ces droits possibles ?

Je sais à quoi ressemble l’un de ces fragments vu de l’intérieur. Il y a cinq ans, alors que j’avais 14 ans, j’ai rencontré une jeune fille prénommée Rosa lors d’un camp d’été en Belgique. Elle avait 15 ans, était militante pour le climat comme moi et convaincue que les jeunes pouvaient changer le monde.

Puis les inondations ont frappé.

Rosa et moi essayions de rejoindre un endroit surélevé quand elle a été emportée par le courant. Je me souviens seulement que sa tête dépassait de l’eau et qu’elle criait, mais le courant était trop fort. J’ai sauté à sa suite et je la tenais d’un bras tout en essayant d’attraper des branches qui pendaient au-dessus du ruisseau, mais l’eau n’était plus de l’eau : c’était un monstre brun déchaîné qui nous entraînait. Nous avons été submergés et je ne sais pas vraiment ce qui s’est passé ensuite, mais soudain, j’ai été heurté par un poteau qui dépassait de l’eau, alors que je tenais toujours Rosa par le bras. Puis une vague encore plus grande est arrivée et elle a été arrachée de mes bras. Je suis sorti du ruisseau, mais je ne la voyais plus. Puis, trois jours plus tard, à sept kilomètres en aval, son corps a été retrouvé.

Cette nuit-là, 220 personnes ont perdu la vie lors de ces inondations en Belgique et en Allemagne. Pour le reste de l’Europe, ce fut une terrible catastrophe relayée par les médias. Mais pour la famille et les amis de Rosa, le monde a changé à jamais. Depuis lors, j’ai vu ce scénario se répéter : des familles déplacées par des incendies de forêt, des parents qui ont perdu des enfants, des travailleurs tombant gravement malades sous une chaleur extrême parce que rester chez eux n’était pas une option.

Comment avons-nous pu en savoir autant depuis si longtemps et laisser néanmoins cette crise devenir aussi grave ? Personne dans cette Assemblée n’a reçu la garantie que la crise climatique n’affecterait pas sa communauté, son foyer ou son enfant. À un moment donné, nous devons cesser de prétendre qu’il s’agit d’événements isolés.

Pendant des années, les jeunes militants ont été qualifiés d’alarmistes. Aujourd’hui, la réalité les rattrape. D’une certaine manière, la question est désormais de savoir si nous vous avons mis en garde de la bonne manière. Il y a quelque chose de profondément dérangeant à voir la responsabilité passer de ceux qui avaient le pouvoir d’agir à ceux qui ont passé des années à les supplier d’agir.

L’adaptation et l’atténuation n’ont jamais été des alternatives. Nous devons protéger les populations contre le réchauffement qui est déjà là, tout en empêchant un réchauffement bien pire. Et je ne veux pas être invitée ici simplement parce que mon histoire rend le changement climatique tangible. La mort de Rosa ne doit pas être réduite à un simple témoignage. Si les institutions invitent des personnes qui ont vécu ces crises dans des salles comme celle-ci, alors cette expérience doit peser dans la balance au moment de prendre des décisions. L'expérience vécue ne doit pas seulement être entendue après une catastrophe, elle doit contribuer à prévenir la suivante.

Le droit à un environnement sain n’est pas un principe abstrait. Il s’agit de savoir si un enfant peut respirer de l’air pur, boire de l’eau potable et grandir sans que son logement, sa santé et son avenir soient menacés par un climat en mutation. La résolution qui vous est présentée aujourd’hui peut constituer une avancée supplémentaire. Mais en fin de compte, un droit n’a de sens que si les personnes peuvent s’y fier. Nous avons besoin d’un droit contraignant à un environnement sûr, sain et durable, ainsi que de l’engagement nécessaire pour le concrétiser, afin que les paroles prononcées ici à Strasbourg se traduisent par une protection dans la vie des gens.

Je vous demande donc d’adopter cette résolution, mais de ne pas en rester là. Tous les parlementaires ici présents quitteront Strasbourg pour regagner leurs parlements nationaux. Alors, lorsque vous rentrerez chez vous, emportez avec vous une vision globale de la situation. Il y a cinq ans, un fragment de cette crise a touché ma vie. Elle s’appelait Rosa. Elle avait 15 ans et des projets d’avenir qu’elle n’a jamais pu réaliser. D’autres noms viendront si vous échouez. Mais le prochain nom n’est pas une fatalité.

Vous avez déjà reçu les avertissements. Vous disposez des preuves. À présent, reliez les points, voyez la situation dans son ensemble et faites tout ce qui est en votre pouvoir pour empêcher que de futures victimes ne meurent.

Merci.

[Applaudissements]

M. Márton HAJDU

Hongrie, PPE/DC, Président de l'Assemblée

10:49:40

Merci beaucoup. Cela conclut la série d'interventions de nos invités.

Et avant de passer au débat politique général, permettez-moi de marquer aujourd’hui le début du Mois de la sensibilisation au cancer du sein. Dans ma famille, nous avons perdu plusieurs proches en raison du cancer du sein et j’ai deux filles ; j’espère qu’elles ne seront pas touchées par cette maladie.

Je tiens également à saluer le travail de militantes telles que Mme Elizabeth HURLEY, Mme Stella KYRIAKIDES ou Mme Nancy BRINKER, ainsi que d’autres personnes qui se sont battues sans relâche contre cette maladie. Je vous remercie donc de votre patience pendant que je tiens à souligner ce point. Un événement aura lieu aujourd’hui à midi et j’espère que nous serons nombreux à y participer.

Merci beaucoup.

Sur ce, nous passons au débat. Et j’appelle en premier lieu, au nom des groupes politiques, Mme Yuliia OVCHYNNYKOVA, de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe.

Mme Yuliia OVCHYNNYKOVA

Ukraine, ADLE, Porte-parole du groupe

10:50:43

Monsieur le Président,

Chers collègues,

Chers jeunes amis,

Au nom de l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe , je remercie notre rapporteure, Mme Aurora FLORIDIA, et tout particulièrement les jeunes qui contribuent à ce débat.

Nous savons tous que l’Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement. Et en Ukraine, la guerre a montré avec une clarté tragique que la destruction de l’environnement peut nuire aux écosystèmes et aux vies humaines pendant des générations.

L’environnement n’est plus une victime silencieuse de la guerre ou des crises, il s’exprime à travers les voix des enfants, des jeunes, des chercheurs et des responsables politiques.

Quand j’étais petite, après une grave sécheresse, de l’herbe sèche a pris feu près de chez moi. J’ai couru l’éteindre. Ma mère m’a rattrapée et m’a demandé : « Yuliia, tu vas bien ? » J’ai répondu : « Oui, mais l’environnement, lui, ne va pas bien. » À l’époque, je ne savais pas que la protection de la nature deviendrait l’œuvre de ma vie, en tant que chercheuse, animatrice de jeunesse, puis aujourd’hui parlementaire.

Aujourd’hui, ce souvenir me rappelle que lorsque nous voyons un danger, nous avons la responsabilité d’agir.

Et cela m’amène à vous parler des jeunes. Nous vous disons souvent : « Vous êtes notre avenir. » Mais vous êtes aussi notre présent. Et vous avez le droit d’influencer des décisions dont vous subirez les conséquences bien plus longtemps que nous.

Je propose cinq principes concrets pour exercer une réelle influence.

Premièrement : concrétiser la justice intergénérationnelle.

Deuxièmement : évaluer les décisions à travers le regard des générations futures.

Troisièmement : protégez les jeunes défenseurs de l’environnement. Les jeunes doivent être libres de s’exprimer, de s’organiser et d’agir pacifiquement. L’engagement environnemental n’est pas une menace pour la démocratie, c’est la démocratie en action.

Quatrièmement : faire de la culture climatique un élément de la résilience démocratique. À l’ère de la désinformation, les jeunes ont besoin de science, d’esprit critique et d’éducation à l’environnement.

Cinquièmement : donner aux jeunes un rôle structuré dans la prise de décision. Inspirons-nous du modèle pionnier de cogestion avec les jeunes mis en place par le Conseil de l’Europe et intégrons directement les jeunes dans notre travail environnemental et dans le processus de Reykjavik.

C’est également là le cœur de mon rapport intitulé « L’action climatique, une responsabilité humaine et démocratique », élaboré en dialogue permanent avec les jeunes.

Chers collègues, la participation sans influence ne suffit pas. Passons de la consultation à l’influence, des promesses à la responsabilité, et des discours sur les générations futures à une collaboration avec elles.

Car la question n’est pas seulement de savoir quelle planète nous laisserons aux jeunes. Il s’agit de savoir quelle démocratie nous construisons avec eux aujourd’hui.

Merci beaucoup.

M. Márton HAJDU

Hongrie, PPE/DC, Président de l'Assemblée

10:53:39

Merci beaucoup.

La parole est maintenant à M. Aaron VALENT, du Groupe pour la gauche unitaire européenne (GUE).

M. Aaron VALENT

Allemagne, GUE, Porte-parole du groupe

10:53:46

Monsieur le Président,

Chers collègues,

L'Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale.

Les conséquences se font déjà sentir : vagues de chaleur, sécheresses, inondations et incendies de forêt menacent les populations, leur santé et leurs moyens d'existence.

La crise climatique n’est pas un problème abstrait qui se posera dans le futur. Elle détermine d’ores et déjà la sécurité et l’accessibilité financière de notre vie quotidienne. C’est pourquoi la lutte contre le changement climatique ne doit pas être opposée à la protection sociale. Ceux qui dépendent des bus et des trains ont besoin de transports publics fiables et accessibles. Ceux qui doivent chauffer ou climatiser leur logement ont besoin d’une énergie abordable.

Et les travailleurs des secteurs concernés ont besoin de perspectives d’avenir sûres, car notre économie est en pleine mutation. Cela implique de développer plus rapidement les énergies renouvelables, d’améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments et de renforcer les transports publics. Parallèlement, nous devons nous préparer aux conséquences du réchauffement climatique que nous ne pouvons plus éviter. Les collectivités locales ont besoin de moyens financiers suffisants pour y parvenir, en particulier dans les régions où les vagues de chaleur, les inondations et autres phénomènes météorologiques extrêmes touchent particulièrement durement les populations.

Et une chose est claire avant tout : les jeunes doivent être associés à ces décisions. Non pas simplement en les écoutant, mais en veillant à ce que leurs propositions influencent réellement nos décisions politiques. Ce sont eux qui devront vivre le plus longtemps avec les conséquences de nos échecs d’aujourd’hui. Quiconque parle de l’avenir de l’Europe doit donc prendre ces questions très au sérieux : la protection du climat est un enjeu social.

Nous avons besoin dès maintenant d’une action décisive qui mobilise la population, qui mobilise la jeunesse, et qui ne se contente pas de répercuter les coûts sur les contribuables.

Merci beaucoup.

M. Márton HAJDU

Hongrie, PPE/DC, Président de l'Assemblée

10:55:52

Merci beaucoup.

La parole est maintenant à Mme Hripsime GRIGORYAN, du Groupe des socialistes, démocrates et verts.

Mme Hripsime GRIGORYAN

Arménie, SOC, Porte-parole du groupe

10:56:02

Chers collègues,

Chers jeunes collègues,

Au nom du Groupe des socialistes, démocrates et verts (SOC), je tiens à remercier notre rapporteure, Mme Aurora FLORIDIA, pour ce rapport excellent, opportun et très concret.

J’apprécie tout particulièrement le fait qu’il donne une dimension humaine à ce qui, sans cela, pourrait devenir un débat très technique. Nous parlons de températures, d’émissions. Pourtant, derrière ces chiffres se cachent des personnes : un agriculteur confronté à une nouvelle sécheresse, une famille aux prises avec la hausse des coûts, et un enfant qui vivra avec les conséquences des décisions que nous prenons aujourd’hui. Et ces conséquences ne sont pas réparties de manière égale. Ceux qui disposent des moindres ressources sont les plus vulnérables. La politique climatique ne peut donc être dissociée de la justice sociale. C’est pourquoi je trouve le concept "d’habitabilité" présenté dans ce rapport si fort. Tout comme la liberté et la dignité sont des valeurs européennes fondamentales, l’habitabilité devrait être au cœur de nos politiques. Car sans un climat viable, sans accès à l’eau et à un air pur, les droits et les libertés risquent de devenir des promesses abstraites.

Ce qui nous amène à la question de l’équité intergénérationnelle. Ceux d’entre nous qui ont aujourd’hui le pouvoir de décider ne peuvent pas faire peser sur nos enfants les risques, les dégâts et le coût de leur réparation. Cela implique des objectifs climatiques ambitieux, des échéances, un suivi et des mesures correctives lorsque nous prenons du retard. L’affaire Klimaseniorinnen renforce précisément cette responsabilité. Les engagements seuls ne suffisent pas ; il faut une feuille de route efficace et vérifiable pour y parvenir.

Et les jeunes doivent participer à l’élaboration de cette feuille de route. Il ne suffit pas de les inviter à des conférences, de leur donner un micro et de les renvoyer chez eux. Au contraire, leur participation doit être permanente et significative, dans l’élaboration des politiques, dans les budgets et dans les choix économiques. Nous devons donner aux jeunes les moyens de reconnaître la désinformation et le greenwashing ; soutenir leurs projets et créer des emplois de qualité dans le cadre de la transition écologique. Cette transition doit être ambitieuse sur le plan environnemental, mais aussi socialement équitable. Et elle est économiquement justifiée. Les données présentées dans ce rapport sont claires : l’inaction finira par nous coûter plus cher que l’action.

Chers collègues,

Ce débat revêt également une importance particulière pour l’Arménie, qui accueillera en octobre prochain la COP17 sur la biodiversité. Le climat et la biodiversité constituent des défis distincts, mais leurs chemins se croisent précisément au point décrit dans ce rapport : la protection des écosystèmes, de l’eau et des ressources naturelles dont dépend la vie humaine. La COP17 aura également pour objectif de traduire les engagements internationaux en actions concrètes.

Et l’Europe devrait franchir une autre étape importante : reconnaître le droit autonome à un environnement sain et s’engager, sans plus tarder, vers un instrument juridiquement contraignant du Conseil de l’Europe, assorti d’un suivi efficace et donnant la parole aux jeunes.

Enfin, il y a ici un enjeu qui devrait transcender les clivages politiques. Quelle que soit notre famille politique, quel que soit notre pays d’origine, nous affirmons tous à quel point nous chérissons nos enfants, nos jeunes et ceux qui ne sont pas encore nés. L’action en faveur du climat est l’un des moyens les plus concrets de transformer cette bienveillance en responsabilité. Notre génération ne doit pas rester dans les mémoires comme celle qui a compris le problème, qui avait les moyens d’agir et qui a pourtant refilé la facture à la suivante.

Laissons-leur quelque chose de mieux : une Europe qui reste vivable, juste et pleine de possibilités.

Merci.

M. Márton HAJDU

Hongrie, PPE/DC, Président de l'Assemblée

10:59:19

Merci beaucoup.

Le prochain orateur est M. Marko PAVIĆ, du Groupe du Parti populaire européen.

M. Marko PAVIĆ

Croatie, PPE/DC, Porte-parole du groupe

10:59:25

Merci beaucoup.

Monsieur le Président, chers collègues, chers jeunes,

Au nom du Groupe du Parti populaire européen (PPE), permettez-moi de commencer par exprimer une conviction. La conviction que l’amour de nos pays passe par la protection de l’environnement pour les jeunes.

Le rapport qui nous est présenté a raison de placer les jeunes au cœur de ce débat. Les jeunes ont relativement peu contribué aux émissions cumulées de gaz à effet de serre, et pourtant ce sont eux qui vivront le plus longtemps avec les conséquences des décisions que nous prenons.

En tant que climatologue moi-même, je tiens également à souligner un point scientifique important : le réchauffement climatique ne signifie pas que toutes les régions se réchauffent au même rythme.

L’Europe est particulièrement exposée. Au cours des 30 dernières années, la température en Europe a augmenté d’environ 0,56 °C par décennie, soit plus du double de la moyenne mondiale, et elle dépasse déjà d’environ 2,5 °C celle de l’ère préindustrielle.

Nous devons également être clairs au sujet de l’Accord de Paris. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) avait déjà indiqué que le seuil de 1,5 °C de réchauffement climatique pourrait être atteint dès le début des années 30. Cela signifie que nous n’avons pas des décennies pour nous préparer, comme nous le pensions initialement.

J’ai personnellement fait l’expérience de cette géographie inégale du réchauffement. Lors d’une expédition en Antarctique avec le British Antarctic Survey, j’ai passé un mois à bord du navire de recherche James Clark Ross dans le cadre d’une campagne scientifique menée dans la péninsule antarctique, où le réchauffement atteignait 2 °C ; ce fut pour moi une expérience marquante.

Au cours de mes travaux en Antarctique et dans l’océan Austral, j’ai également étudié le système ENSO : le système couplé El Niño-Oscillation australe. L’ENSO est l’un des principaux facteurs naturels de la variabilité interannuelle et, en 2026, nous avons connu un El Niño puissant dont les effets se sont fait sentir en Europe.

Le réchauffement climatique signifie qu’il y a davantage d’énergie dans le système pour des phénomènes extrêmes. Nous avons vu des incendies en Espagne, ainsi que des inondations et des incendies en France. L’Union européenne a choisi de montrer la voie, et bien qu’elle ne soit responsable que de 7 % ou 8 % des émissions de gaz à effet de serre, nous jouons un rôle de premier plan. Cependant, ce leadership doit également être durable sur les plans économique et social. Nous ne pouvons pas demander aux Européens d’hériter d’un continent protégé, mais d’une économie affaiblie, de moins d’opportunités, d’une énergie inabordable et d’une dépendance technologique. La politique climatique doit donc être liée à la compétitivité, à la capacité industrielle, à une énergie abordable, à la recherche, à l’innovation et à des emplois de qualité.

La guerre en Ukraine a également démontré à quel point une dépendance excessive vis-à-vis des combustibles fossiles importés peut s’avérer dangereuse. La politique énergétique n’est donc pas seulement une politique climatique ; c’est aussi une politique de sécurité.

Pour le groupe PPE, la transition climatique doit donc être guidée par la responsabilité plutôt que par l’idéologie : responsabilité envers la science, responsabilité envers les citoyens qui doivent pouvoir se permettre cette transition, responsabilité envers l’industrie et l’emploi européens, et surtout responsabilité envers les générations qui ne siègent pas encore dans cette Assemblée, afin qu’elles puissent hériter d’une planète préservée.

Je vous remercie.

M. Márton HAJDU

Hongrie, PPE/DC, Président de l'Assemblée

11:02:43

Merci, Marco.

Le prochain orateur intervenant au nom des groupes politiques est M. Paweł JABŁOŃSKI, du groupe des Conservateurs européens, Patriotes & Affiliés.

M. Paweł JABŁOŃSKI

Pologne, CEPA, Porte-parole du groupe

11:02:52

Monsieur le Président,

Chers collègues,

Il est temps de faire preuve de bon sens dans ce débat, qui porte sur l'implication des jeunes dans les politiques climatiques, car, oui, les responsables politiques européens doivent aux jeunes une explication et des excuses. En effet, comme l'indique le titre, l'Europe est désormais le continent qui se réchauffe le plus rapidement. Mais dans le même temps, ce rapport évite soigneusement de mentionner un autre fait scientifique : c’est l’Europe qui a le plus réduit ses émissions.

Or, la gauche affirme très souvent qu’elle aime fonder sa politique sur la science. Voici donc quelques faits scientifiques à votre intention. Depuis 1990, l’Europe a déjà réduit ses émissions de plus de 30 %. Dans le même temps, les émissions ont triplé en Asie. En Amérique latine, elles ont augmenté de 70 %. En Afrique subsaharienne, de plus de 80 %. Et le rapport affirme, je cite : « l’insuffisance de l’action mondiale ne justifie pas l’attitude attentiste de l’Europe ».

Eh bien, j’ai une mauvaise nouvelle, chers collègues : c’est précisément le contraire. C’est l’action insuffisante des autres pays non européens qui devrait désormais nous inciter à changer enfin de cap. Car regardez où cela nous a menés jusqu’à présent. Nous sommes les premiers à réduire nos émissions, et pourtant nous sommes toujours les premiers touchés par le réchauffement. Nous en supportons tous les coûts. Nous imposons des contraintes et des charges à notre industrie, nous étouffons notre économie, nous freinons le développement, et pourtant ce sont nous qui subissons le plus les conséquences.

Comment expliquer cela aux jeunes ? La réponse est évidente. Le dioxyde de carbone ne connaît pas de frontières géographiques. Quoi que nous fassions en Europe, cela ne change plus rien. À l’échelle mondiale, les émissions européennes ne représentent désormais plus que 6 % du total mondial. Ainsi, même si l’Europe atteignait zéro émission dès demain, cela ne changerait rien de manière significative pour le monde.

Voilà où nous en sommes. Notre industrie perd en compétitivité. Des usines ferment ici pour rouvrir ailleurs, très souvent là où l’énergie est plus polluante. Les émissions ne disparaissent pas, elles se déplacent simplement à l’étranger, et nos emplois partent avec elles. Cela n’aide pas le climat, cela ne fait que nous appauvrir. Et les jeunes nous comprennent bien mieux que la plupart d’entre vous. Ils ne veulent pas davantage de réglementation, ni de coûts supplémentaires, ni de hausse des prix de l’énergie, ni d’augmentation du coût de la vie. Ils ne veulent pas vivre dans la crainte de ne pas pouvoir s’offrir un logement, fonder une famille ou élever des enfants. Ils ne veulent pas que davantage d’emplois soient délocalisés vers l’Asie ou l’Amérique latine. Ils veulent sentir que l’Europe prend soin d’eux, de ses citoyens. Ils veulent des emplois, ils veulent des logements, ils veulent des prix abordables. Ils veulent une énergie moins chère. Ils veulent une Europe prospère, compétitive et résiliente.

Et l’Europe doit enfin changer de cap, avant tout dans l’intérêt des jeunes. Le bon sens doit revenir en Europe. Bien sûr, ce rapport sera adopté, car les idéologies sont majoritaires au sein de cette Assemblée. Mais des sondages récents montrent déjà que de plus en plus de jeunes comprennent que nous devons changer cette approche suicidaire qui tue notre économie, qui n’aide pas le climat, et qui ne fait que favoriser l’augmentation des émissions et le réchauffement climatique dans d’autres pays non européens.

Merci.

M. Márton HAJDU

Hongrie, PPE/DC, Président de l'Assemblée

11:06:06

Merci beaucoup.

Cela conclut la liste des intervenants des groupes politiques, nous passons à la suite.

Et pour commencer, je suis très heureuse d'accueillir une représentante de la jeunesse, Mme Emma WEDNER.

Emma WEDNER

Présidente du Conseil consultatif sur la jeunesse

11:06:20

Merci.

Chers invités,

Je m’appelle Emma et je suis la présidente du Conseil consultatif de la jeunesse. Lorsque nous avons proposé le thème de ce débat en mai 2026, nous ne savions pas à quoi ressemblerait l’été. Les incendies, les inondations, les sécheresses et les pertes humaines. Et cet été pourrait bien être l’un des plus frais que nous connaîtrons d’ici la fin de notre vie.

C’est pourquoi je souhaite aborder la question de la désinformation et la nécessité d’une action juridique. La désinformation polarise l’opinion et alimente le déni climatique, elle sape la confiance dans la science et empêche les communautés d’agir. Mais cela n’arrive pas par hasard. Ce phénomène est alimenté par des motivations purement politiques et économiques qui visent à freiner l’action climatique pour servir leurs propres intérêts, au détriment des droits humains, de la démocratie et de l’État de droit.

Les citoyens ont besoin d’informations climatiques fiables, et les journalistes, les scientifiques et les jeunes militants jouent ici un rôle essentiel. Et là où l’éducation formelle sur le climat fait défaut, les organisations de jeunesse doivent être habilitées à combler cette lacune. C’est pourquoi nous saluons l’accent mis par le rapport sur l’alphabétisation climatique et la justice intergénérationnelle. Car la désinformation tue. Lorsque les alertes précoces et les mesures d’adaptation au changement climatique ne sont pas prises au sérieux ou ne suscitent pas la confiance, des vies sont perdues.

C’est pourquoi le Conseil consultatif de la jeunesse soutient également la mise en place d’une convention, juridiquement contraignante, qui nous permette de demander des comptes aux gouvernements. Car ce débat n’est pas abstrait pour nous. Il touche à tout. C’est comme acheter enfin une maison et se rendre compte qu’on ne peut plus y vivre en été. C’est ne pas vouloir avoir d’enfants par crainte de la vie qu’ils devront mener.

Mais les jeunes mènent déjà la lutte pour la justice climatique par des voies juridiques. L’organisation World’s Youth for Climate Justice s’est battue pour obtenir un avis consultatif de la Cour internationale de justice, et elle l’a obtenu. Et partout en Europe, des jeunes poursuivent leurs gouvernements en justice pour exiger qu’ils agissent face au changement climatique.

Aujourd’hui, l’affaire Klimaseniorinnen devant la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a montré que les voies juridiques, y compris dans cette région, peuvent soutenir cette cause. Mais nous avons besoin d’un document contraignant pour nous aider à obtenir des comptes.

Nous ne devons donc pas craindre les instruments contraignants. Nous devons craindre les conséquences de la triple crise planétaire.

Merci.

M. Márton HAJDU

Hongrie, PPE/DC, Président de l'Assemblée

11:08:40

Merci.

L'orateur suivant est M. Frank SCHWABE, du Groupe des socialistes, démocrates et verts.

M. Frank SCHWABE

Allemagne, SOC

11:08:46

Socialistes, Verts, démocrates et bien d'autres encore.

Monsieur le Président, Monsieur Paweł JABŁOŃSKI,

J’ai entendu dire qu’il y avait des ours bruns en Pologne. Que faites-vous lorsque vous en croisez un ? Vous dites-vous qu’il n’y a pas d’ours bruns ? Ou qu’il ne devrait tout simplement pas y en avoir dans cette forêt ? Ou bien préférez-vous fermer les yeux ?

Je pense que ce serait, pour le dire simplement, assez insensé et probablement aussi très dangereux. Il en va de même pour le changement climatique : si nous choisissons de l’ignorer, les conséquences pourraient être dramatiques pour un grand nombre de personnes.

Il y a une mauvaise nouvelle et une bonne nouvelle face au changement climatique. La mauvaise nouvelle, c’est que nous subissons déjà de lourdes pertes économiques, que des espèces animales et végétales disparaissent chaque jour et que des vies humaines sont également perdues. La bonne nouvelle, c’est que le bon Dieu, quel que soit le nom que nous lui donnions, ou même si nous ne croyons en aucune divinité, nous a finalement donné un cerveau pour réfléchir et chercher des solutions face au changement climatique. C’est ce qui nous permet d’innover sur le plan technologique et même de transformer cette nécessité en opportunité économique, comme nous le constatons dans de nombreuses régions du monde. Nous sommes également capables de nous adapter. En réalité, ces deux dimensions sont étroitement liées. Il serait absurde de les opposer, car elles sont au contraire complémentaires et indissociables.

Nous ne sommes pas une organisation dédiée à la protection de la nature, comme cela vient d’être rappelé. Nous sommes une organisation qui défend les droits humains. Mais le changement climatique comporte précisément une dimension qui relève des droits humains. Je souhaite donc remercier toutes celles et ceux qui ont contribué à inscrire cette question à notre ordre du jour aujourd’hui, et en particulier Mme Aurora FLORIDIA, pour avoir pris l’initiative de ce débat important.

Je souhaite également exhorter et encourager le Comité des Ministres ainsi que les gouvernements à donner pleinement suite à l’engagement pris lors du Sommet de Reykjavík, à savoir intégrer la dimension environnementale à notre agenda. Or, il me revient que les travaux engagés dans ce domaine prennent du retard et que, trois ans après le Sommet, aucun résultat concret n’a encore été obtenu. Il est d’autant plus regrettable que de nombreuses missions diplomatiques ne soient pas représentées aujourd’hui.

Ce que nous avons constaté à la suite de l’arrêt rendu dans l’affaire Klimaseniorinnen ne concerne pas uniquement la Suisse, mais l’ensemble des États membres. Nous devons donc apporter une réponse à cette situation. Je me réjouis de voir à quel point la jeunesse est engagée et de pouvoir compter sur une organisation de jeunesse aussi dynamique. À bien des égards, nous devrions être davantage à l’écoute des organisations de jeunesse. Vous portez en vous une part essentielle de ce qui fonde notre identité, et c’est dans cette direction que nous devons avancer.

Merci beaucoup.

M. Márton HAJDU

Hongrie, PPE/DC, Président de l'Assemblée

11:11:14

Merci. Monsieur Zsolt RÁKI.

M. Zsolt RÁKI

Hongrie, PPE/DC

11:11:18

Merci, Monsieur le Président.

Chers collègues,

Depuis plus de 26 ans, je suis agriculteur biologique en Europe, dans le sud-est de la Hongrie.

C'est l'une des régions qui se réchauffe le plus rapidement, non seulement en Hongrie, mais aussi dans toute l'Europe et dans le monde entier.

J’élève des vaches laitières et je produis du lait biologique. Depuis 2011, notre exploitation exploite une installation de biogaz qui transforme le lisier en énergie renouvelable. Pour moi, le changement climatique n’a donc jamais été un débat politique abstrait.

J’en ai ressenti le premier coup dur en 2021, lorsque la canicule s’est accompagnée d’une grave sécheresse. Cette année-là, 300 hectares de notre maïs ont été dévastés par la chaleur extrême et le manque de pluie sur la Grande Plaine hongroise.

Debout là, face à ces champs, je ne pensais ni aux modèles climatiques ni aux débats politiques. Je me posais une question très simple et douloureuse : vais-je devoir abattre des centaines de vaches pour sauver les autres, parce que je ne peux pas toutes les nourrir ? Ou pourrais-je trouver d’une manière ou d’une autre suffisamment de fourrage ailleurs ?

Ce n’était plus une question théorique. Il s’agissait de ma ferme, de mes animaux et de la vie que nous avions construite au fil des décennies.

Il existe un proverbe hongrois qui dit : "La première gifle est la plus douloureuse."

Malheureusement, nous n’avons pas eu à attendre longtemps pour les suivantes.

Puis vint 2022. L’été le plus chaud de notre vie.

Puis 2024, 2025 et 2026, chacune apportant une nouvelle année de chaleur extrême.

Cinq années difficiles sur six ! Ce n’est pas normal.

Nous avons adapté notre assolement en privilégiant davantage les cultures semées à l’automne, tout en adoptant de nouvelles techniques de gestion des sols et de conservation de l’eau. Nous avons ainsi fait évoluer nos pratiques agricoles.

À l’échelle d’une seule exploitation, je ne pouvais pas changer le climat. Je ne pouvais que changer ma façon d’y faire face.

Darwin a déclaré cette phrase célèbre : "Ce n'est pas l'espèce la plus forte qui survit, ni la plus intelligente, mais celle qui s'adapte le mieux au changement."

Mais l’adaptation a ses limites.

Un agriculteur peut changer ses cultures. Une communauté peut préserver ses ressources en eau. Un pays peut modifier ses politiques.

Nous devons faire preuve d’honnêteté quant à la responsabilité politique. Pendant seize ans, les politiques d’adaptation au changement climatique de la Hongrie n’ont pas suivi le rythme de la réalité sur le terrain. Au cours de ces seize mêmes années, toute une génération a grandi. Elle vivra avec les conséquences des décisions prises aujourd’hui, bien plus longtemps que nous.

Mais aucun d’entre nous ne peut changer le climat à lui seul.

Et c’est là que commence notre responsabilité en tant qu’hommes et femmes politiques.

Je voudrais donc vous laisser sur une question : combien d’autres "premières gifles" nos agriculteurs, nos communautés et nos enfants devront-ils encore subir avant que l’adaptation ne suffise plus et que nous agissions enfin ensemble ?

Nous devons en prendre conscience.

Merci.

M. Márton HAJDU

Hongrie, PPE/DC, Président de l'Assemblée

11:14:20

Merci.

La parole est maintenant à la Baronness Thérèse COFFEY, s'il vous plaît.

Baroness Thérèse COFFEY

Royaume-Uni, CEPA

11:14:25

Merci.

Je tiens à féliciter mon amie, Mme Aurora FLORIDIA, pour avoir rédigé ce rapport et cette résolution. Et même si elle sait que je ne partage pas certains éléments de ses recommandations, je pense qu’elle a mis en lumière de nombreuses questions essentielles auxquelles tous les gouvernements et tous les parlements doivent absolument se pencher.

Nous savons que le changement climatique est une réalité. Il a aujourd’hui des conséquences importantes à bien des égards pour la population, mais en particulier pour les jeunes et, bien sûr, pour les générations futures qui ne sont pas encore nées. Et, on le comprend aisément, les jeunes tiennent à s’assurer qu’ils auront une planète sur laquelle vivre. Je partage entièrement ce point de vue.

Bien sûr, l’un des moyens d’impliquer les jeunes consiste à les aider à acquérir des compétences et à trouver des emplois dans des secteurs qui contribuent à la protection de l’environnement et à la lutte contre le changement climatique. Que ce soit en tant que scientifiques, d’agriculteurs respectueux de la nature et du climat, d’ingénieurs spécialisés dans l’énergie nucléaire et les énergies renouvelables, et je pourrais continuer longtemps, mais nous devons absolument veiller à ce que les politiques agissent en harmonie avec la nature, en innovant et en donnant la priorité aux solutions fondées sur la nature.

À l’époque où mon parti était au gouvernement, nous avons considérablement réduit les émissions de carbone, plus que tout autre pays du G7 à cette période, nous avons organisé avec succès une Conférence des Parties sur le climat et encouragé les citoyens à poursuivre ces efforts de réduction, avec pour objectif la neutralité carbone d’ici 2050.

En tant que ministre, j’ai contribué à l’adoption de nombreuses lois, dont je pourrais parler longuement, mais ce n’est pas l’essentiel ici. Ce qui compte avant tout à mes yeux, c’est que nous devons agir. Je suis convaincue que nous sommes déjà en mouvement et que notre priorité doit désormais être de lever les obstacles qui empêchent encore, en partie, que cette action puisse prendre toute son ampleur à l’échelle mondiale.

Nos pays ont déjà signé des accords internationaux. Plusieurs conventions sont d’ailleurs déjà en vigueur au sein du Conseil de l’Europe, et les citoyens devraient demander des comptes à leurs gouvernements par l’intermédiaire de leurs parlements.

L’arrêt rendu par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) dans l’affaire Verein KlimaSeniorinnen Schweiz a été salué, mais pour moi, tout comme pour le juge britannique, il ne s’agissait pas d’une décision appropriée de la part de la Cour, qui a considérablement modifié sa jurisprudence en rendant ce jugement. De plus, je ne suis pas d’accord avec la proposition de créer un droit humain à part entière, mais je tiens à ce que les gens sachent que je soutiens sans réserve la mise en œuvre des changements nécessaires.

Je continue de croire que nous devons faire de notre mieux pour maintenir l’objectif de 1,5 °C afin de garantir que nous disposions d’un plan dont nous soyons fiers de transmettre à la prochaine génération.

M. Márton HAJDU

Hongrie, PPE/DC, Président de l'Assemblée

11:16:32

Merci

La parole est maintenant à Mme Béatrice FRESKO-ROLFO.

Mme Béatrice FRESKO-ROLFO

Monaco, ADLE

11:16:39

Merci Monsieur le Président,

Chers collègues,

Derrière cet excellent rapport de notre collègue, il y a un visage. Derrière chaque courbe qui grimpe, il y a une génération qui grandit avec une question que la nôtre n'a jamais eu à se poser avec cette urgence : dans quel monde allons-nous vivre ?

Le changement climatique n’est pas seulement une question environnementale. Il touche directement aux droits que nous avons précisément pour mission de protéger. Cette question climatique est donc désormais pleinement entrée dans le champ des droits humains, faisant des jeunes de véritables acteurs de droit, démocratiques et de terrain.

Il y a quelques années, devant la Cour européenne des droits de l’homme, avec l’affaire Duarte Agostinho, six jeunes Portugais avaient tenté de faire reconnaître les conséquences du changement climatique sur leurs droits fondamentaux. En France, selon un sondage IPSOS, 44 % des 18-35 ans placent le réchauffement climatique parmi leurs principales préoccupations. En revanche 72 % des jeunes ont le sentiment d'entendre tout et son contraire au sujet du réchauffement climatique, illustrant leur confusion face au flux d'informations.

Il est primordial de leur donner accès à une information fiable puisqu’à l'heure des réseaux sociaux, ils peuvent être exposés à de la désinformation, des données scientifiques et discours contradictoires.

Ne doutons pas que la nouvelle génération va s’emparer du droit de demander des comptes et de faire entrer le climat dans le champ des droits fondamentaux.

Nous ne serons pas jugés sur ce que nous avons dit. Nous serons jugés sur ce que les jeunes devront réparer après nous.

Je vous remercie.

M. Márton HAJDU

Hongrie, PPE/DC, Président de l'Assemblée

11:18:14

Merci.

Mme Irena FERČIKOVÁ KONEČNÁ.

Mme Irena FERČIKOVÁ KONEČNÁ

Tchéquie, SOC

11:18:20

Monsieur le Président,

Chers collègues,

Je tiens à remercier chaleureusement la rapporteure, Mme Aurora FLORIDIA, pour ce rapport qui tombe à point nommé.

L’été 2006 n’a laissé planer aucun doute. L’Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Nous avons connu des vagues de chaleur record, des rivières asséchées et des incendies de forêt dévastateurs. Pourtant, en réaction à cela, nous assistons à un dangereux retour de bâton politique à travers l'Europe, y compris dans mon propre pays, la République tchèque. Les forces d'extrême droite et antisystémiques nient le consensus sur le climat, favorisent la propagation de la désinformation climatique et tentent de réduire au silence les défenseurs des droits humains en matière de justice climatique.

Ignorer la science n’efface pas la responsabilité démocratique. Sans continent habitable, il n’y a pas de droits humains à exercer. La justice intergénérationnelle n’est pas une idée abstraite. C’est une réalité vivante pour la jeunesse d’aujourd’hui. Et comme l’a confirmé la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) dans l’arrêt KlimaSeniorinnen, nous ne pouvons pas faire peser le coût de l’inaction climatique sur nos enfants et les générations futures.

Les jeunes ne sont pas de simples spectateurs. Ils ont le pouvoir d’agir et le droit de revendiquer un avenir viable. Nous devons protéger les défenseurs des droits humains en matière de justice climatique contre les pressions politiques et reconnaître dans la loi, dans tous les États membres, le droit à un environnement sain. Soutenons notre jeunesse et les défenseurs des droits, et assumons notre responsabilité envers les générations présentes et futures.

Merci.

M. Márton HAJDU

Hongrie, PPE/DC, Président de l'Assemblée

11:20:08

Merci.

J'ai le plaisir de donner à nouveau la parole à un représentant des organisations de jeunesse, M. Xesc MAINZER.

Xesc MAINZER

Vice-président du Conseil consultatif sur la jeunesse

11:20:18

Merci, Monsieur le Président.

Chers membres de l'Assemblée,

Je m’appelle Xesc MAINZER et je suis Vice-président du Conseil consultatif sur la jeunesse. L’action face à la crise climatique n’est pas seulement une question de préservation de nos sociétés, ce qui constitue en soi une mission colossale. C’est aussi, et avant tout, un test du fonctionnement de nos démocraties. Au fil des ans, le climat est devenu la principale préoccupation des jeunes. Nous, les jeunes, avons toujours compris à quel point la crise climatique mettait nos vies en danger. Et après cet été marqué par des phénomènes météorologiques extrêmes, le monde commence enfin à comprendre qu’il s’agit également d’une menace pour notre présent.

Face à ces dangers, nous, les jeunes, faisons preuve d’engagement en nous plaçant à l’avant-garde du mouvement pour le climat, porté par un grand nombre de jeunes à travers toute l’Europe. Or, alors que la crise climatique doit être une priorité pour l’humanité, nos espaces civiques permettant de plaider en faveur de solutions ne cessent, d’une manière ou d’une autre, de se réduire. Nous ne pouvons accepter que ceux qui entravent les efforts visant à lutter contre la crise veuillent fermer les portes du débat politique aux organisations environnementales et aux défenseurs de l’environnement en les excluant du financement public, voire des débats parlementaires.

Mais il ne s’agit pas seulement d’être écartés du débat politique, chers parlementaires. De nombreux jeunes, militants écologistes, ont été et sont encore poursuivis en justice pour leur militantisme. Certaines voix dans la société critiquent vivement les jeunes pour leur manque d’engagement. Et lorsque nous nous mobilisons pour une cause qui nous tient à cœur, nous finissons par être traduits en justice pour cela. Une telle approche, honteuse, n’est pas conforme au fonctionnement d’une démocratie.

Comme l’a souligné le récent Forum européen sur les défenseurs des droits humains en matière d’environnement organisé par le Conseil de l’Europe, il est essentiel de garantir des espaces civiques solides pour l’activisme environnemental. Et comme nous l’a rappelé le commissaire M. Michael O’FLAHERTY, les militants doivent être protégés.

Pour conclure, je voudrais terminer sur une note de gratitude en remerciant l’Assemblée parlementaire et la rapporteure, Mme Aurora FLORIDIA. De la gratitude non seulement pour avoir replacé la crise climatique au cœur de notre débat politique et pour lui avoir accordé l’urgence qu’elle mérite, mais aussi pour avoir reconnu que les jeunes ont un rôle fondamental à jouer dans cette entreprise. Mais pour cela, ils doivent être soutenus et protégés.

Merci beaucoup.

M. Márton HAJDU

Hongrie, PPE/DC, Président de l'Assemblée

11:22:33

Merci.

C'est maintenant au tour de Mme Minna REIJONEN.

Mme Minna REIJONEN

Finlande, CEPA

11:22:38

Des études montrent que ce sont les jeunes qui sont les plus préoccupés par le changement climatique. Je me suis toutefois souvent demandé pourquoi les craintes et les inquiétudes liées au changement climatique semblaient particulièrement vives chez les jeunes.

Dans l'actualité, sur les réseaux sociaux et dans les discours des responsables politiques et des influenceurs, le monde est souvent présenté sous un jour très négatif. Le monde brûle, les forêts tropicales meurent, les glaciers vont bientôt disparaître, les océans sont pollués, l'air est pollué, le sol est pollué et même notre vie quotidienne génère de la pollution.

Nous détruisons le monde qui nous entoure.

Il est vrai que, surtout par le passé, l’humanité aurait dû mieux traiter la Terre. Par exemple, la gestion des déchets était pratiquement inconnue. Cependant, en Europe, et notamment dans les pays nordiques, nous figurons parmi les meilleurs exemples en matière de recyclage et de protection de la nature. Notre communication n’est-elle pas parfois inutilement dramatique ? Je pense que nous ne devrions pas trop effrayer les gens.

Les jeunes ont passé toute leur vie dans un monde où le changement climatique est un sujet majeur et où l’information est plus accessible que jamais. Il suffit de quelques mots-clés pour trouver pratiquement tout. Ils lisent, regardent des vidéos et sont probablement encore plus avisés que nous ne le pensons.

Mais quel effet les actualités négatives incessantes ont-elles sur les gens ? Le monde est-il vraiment aussi désespéré que notre façon de parler le laisse parfois entendre ?

Il est facile pour les responsables politiques de se concentrer sur les aspects négatifs, car cela attire l’attention du public. Nous devons bien sûr aborder les problèmes, mais nous devons également mettre en avant les aspects positifs.

En Finlande, du moins, on parle souvent de la confiance des jeunes en l’avenir. Je pense que renforcer l’espoir des jeunes en l’avenir relève également de notre responsabilité, à nous les adultes.

Merci.

M. Márton HAJDU

Hongrie, PPE/DC, Président de l'Assemblée

11:24:59

Merci.

C'est maintenant au tour de Mme Filiz POLAT.

Mme Filiz POLAT

Allemagne, SOC

11:25:05

Monsieur le Président,

Chers représentants de la jeunesse,

"Vous m’avez volé mes rêves et mon enfance avec vos paroles creuses. How dare you ?" Je me souviens encore aujourd’hui des paroles de Greta THUNBERG devant l’Assemblée générale des Nations unies, qui ont secoué tous ceux qui, jusqu’alors, avaient refoulé la gravité de la crise climatique.

Ce qui a commencé par la manifestation d’une élève est devenu le plus grand mouvement de jeunesse mondial, le mouvement de protestation du siècle. Partout dans le monde, vous vous engagez, les jeunes s’engagent sans relâche pour rien de moins que l’avenir de notre planète. Je tiens à remercier Mme Emilie Tamo KAMGUIA et M. Benjamin VAN BUNDEREN ROBBERECHTS qui incarnent l’engagement de la jeunesse à travers le monde. Merci.

Notre estimée collègue, Mme Aurora FLORIDIA, décrit sans ambiguïté dans son rapport, et je tiens vraiment à la citer, que « l’habitabilité de la planète est la condition préalable fondamentale aux valeurs de liberté et de dignité inscrites dans la Convention européenne des droits de l’homme et la Charte sociale européenne » et que les décisions prises aujourd’hui détermineront cette habitabilité tout au long de la vie des générations actuelles et futures.

Dans mon pays d’origine, l’Allemagne, la Cour suprême a déjà souligné, il y a cinq ans, dans une décision historique, je cite : « la responsabilité envers les générations futures, les ressources naturelles et les animaux ».

La protection du climat est un droit de l’homme. Le changement climatique est une réalité et le législateur doit y remédier. C’est ainsi que les libertés fondamentales des générations futures sont restreintes. La notion de liberté a été redéfinie. Les KlimaSeniorinnen, qui sont présentes ici aujourd’hui, ont elles aussi porté plainte en Suisse, parce que tout ce qui leur est cher est en jeu, et ce, avec succès, devant notre Cour européenne des droits de l’homme. L’absence de protection du climat constitue une violation des droits de l’homme.

Merci beaucoup.

M. Márton HAJDU

Hongrie, PPE/DC, Président de l'Assemblée

11:27:23

Merci.

C'est maintenant au tour de M. Yuriy KAMELCHUK.

M. Yuriy KAMELCHUK

Ukraine, PPE/DC

11:27:44

Monsieur le Président,

Chers collègues,

Nous débattons aujourd’hui d’une résolution qui touche à notre droit fondamental, celui d’un avenir sûr et vivable. Ce document tire la sonnette d’alarme en présentant des faits accablants : l’Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement.

Notre taux de réchauffement est deux fois supérieur à la moyenne mondiale. L’été 2026 nous a une nouvelle fois rappelé de manière terrifiante l’ampleur de cette crise. Nous avons été témoins de canicules extrêmes, de centaines de milliers d’hectares ravagés par des incendies de forêt et d’un assèchement critique des principaux fleuves européens, tels que le Rhin et le Danube.

Il ne s’agit plus de modèles climatiques abstraits ni d’une perspective lointaine. C’est notre réalité actuelle, extrêmement dangereuse.

Selon les rapports, nous sommes dangereusement proches de franchir le seuil critique de réchauffement de 1,5 °C dès le début des années 2030. Et les 3 °C potentiels vers lesquels nous nous dirigeons ne se résument pas à une « météo légèrement moins clémente ». Il s’agit d’une catastrophe mondiale : destruction des infrastructures, pression sans précédent sur l’agriculture, menaces pour la sécurité alimentaire et graves pénuries d’eau.

Nous n’avons pas le droit de rester les bras croisés. Cette résolution met en avant deux aspects essentiels.

Premièrement, des réductions immédiates et radicales des émissions sont nécessaires. Nous ne pouvons pas reporter les décisions ni nourrir de faux espoirs quant à l’émergence future de technologies magiques de captage du carbone.

Deuxièmement, nous avons l’obligation d’impliquer les jeunes dans l’action climatique à tous les niveaux de la prise de décision. La justice intergénérationnelle signifie que nous n’avons pas le droit de priver d’avenir ceux qui devront faire face aux conséquences de notre irresponsabilité d’aujourd’hui.

Le droit à un environnement propre, sain et durable est un droit humain fondamental. En soutenant ce rapport, nous faisons un pas vers une véritable solidarité intergénérationnelle.

Je vous invite tous à voter en faveur de ce rapport.

Merci.

M. Márton HAJDU

Hongrie, PPE/DC, Président de l'Assemblée

11:29:48

Merci.

C'est maintenant au tour de Mme Meritxell ALCOBÉ.

Mme Meritxell ALCOBÉ

Andorre, ADLE

11:29:54

Merci, Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

L’Europe est aujourd’hui le continent qui se réchauffe le plus rapidement au monde. Les conséquences du changement climatique sont déjà visibles à travers l’augmentation des températures, les phénomènes météorologiques extrêmes, la perte de biodiversité et les risques croissants pour la santé et l’économie.

Face à cette réalité, les États membres du Conseil de l’Europe ont la responsabilité d’agir avec détermination et d’associer pleinement les jeunes générations à cette action.

Les jeunes ne sont pas simplement les acteurs de demain. Ils sont déjà les acteurs clés de la transition écologique, par leurs engagements et leur capacité à promouvoir des modèles de vie plus durables.

La Principauté d’Andorre, bien que de petite taille, est directement touchée par les effets du changement climatique particulièrement les régions montagneuses.

Située au cœur des Pyrénées, elle observe une diminution du manteau neigeux, des modifications des écosystèmes de montagne et une pression croissante sur ses ressources naturelles.

C'est pourquoi l’Andorre poursuit ses efforts en faveur du développement durable, de la transition énergétique et de la réduction des émissions.

Ces démarches reposent notamment sur l’innovation et la sensibilisation, avec une attention particulière portée à la formation et éducation des jeunes générations.

L’éducation à l’environnement constitue une priorité de notre système éducatif. Dès le plus jeune âge, les élèves sont sensibilisés au recyclage, à la gestion des déchets, à l’utilisation responsable de l’eau. Les projets éducatifs et les initiatives d'environnement permettent également de renforcer leur engagement concret.

Mesdames et Monsieur,

L’Andorre, réaffirme l’importance de la participation des jeunes aux politiques d'environnement. Pour cela, nous demandons au Conseil de l’Europe, de renforcer les programmes favorisant la participation des jeunes aux politiques climatiques, notamment à travers les échanges internationaux, les projets éducatifs et la coopération entre États.

Je remercie Mme Aurora FLORIDIA pour son rapport complet, équilibré et éclairant, ainsi que pour l’attention qu’elle porte aux jeunes qui représentent les générations de demain et constituent un acteur essentiel dans la lutte contre le changement climatique.

Il faut simplement y croire, les écouter et travailler avec eux. Donnons-leur les moyens de participer pleinement aux solutions dont notre continent a besoin.

Je vous remercie.

M. Márton HAJDU

Hongrie, PPE/DC, Président de l'Assemblée

11:32:20

Merci.

La parole est maintenant à Mme Anna-Kristiina MIKKONEN.

Mme Anna-Kristiina MIKKONEN

Finlande, SOC

11:32:26

Monsieur le Président,

Le changement climatique est une question de droits humains qui entraîne également une hausse des coûts de santé. Nous devons nous préparer au changement climatique dans tous les secteurs.

L'Europe est en proie aux flammes. Des incendies se propagent dans des forêts desséchées. L’agriculture a durement souffert. Le niveau du Danube a tellement baissé que des ossements de mammouth ont été découverts dans son lit. Les canicules record en Europe, conjuguées au phénomène El Niño, donnent un avant-goût de la réalité qui nous attend d'ici une décennie.

Rien qu'en France et plus particulièrement dans la région bordelaise, plus de 250 000 personnes ont été évacuées. Beaucoup d’entre eux ont perdu leur logement, deux sapeurs-pompiers sont morts et quatre autres ont été blessés en luttant contre les incendies. Les feux en France ont ravagé une telle superficie que l'ampleur des dégâts figure parmi les pires qu'ait connues le pays depuis la Seconde Guerre mondiale.

Partout dans le monde, les gros titres relatent la dure réalité de canicules et d'incendies de plus en plus fréquents. Cette année, l'Europe a été frappée par des vagues de chaleur successives et une sécheresse généralisée, des phénomènes que les chercheurs attribuent au changement climatique d'origine humaine.

En France, par exemple, le mois de juillet dernier a été le plus chaud jamais enregistré. Après tout, il a fait 31 degrés ici, à Strasbourg, pas plus tard qu'hier, alors que nous sommes en octobre maintenant. Les "coolcations", séjours axés sur la fraîcheur, se multiplient, faisant de la région nordique une destination de plus en plus prisée.

Je souhaite apporter ma contribution pour préserver la planète en bon état pour l'avenir de ma fille d'un an.

M. Márton HAJDU

Hongrie, PPE/DC, Président de l'Assemblée

11:34:41

Merci.

La prochaine intervenante est Mme Birgit BESSIN.

Mme Birgit BESSIN

Allemagne, CEPA

11:34:51

Cher Président, chers collègues,

Aujourd’hui, la protection du climat est devenue, selon moi, un instrument de lutte politique et, surtout, une question profondément idéologique portée par la gauche. Elle sert de prétexte pour faire peser davantage de contraintes sur les petites et moyennes entreprises et pour imposer un programme de « rééducation » écologique. Les citoyens sont constamment confrontés à de nouvelles charges, tandis que la hausse considérable des prix de l’énergie contribue à la désindustrialisation. Les pertes d’emplois se multiplient et les contraintes qui pèsent sur nos sociétés deviennent toujours plus importantes.

En Allemagne, notre parti, l’AfD, a demandé au gouvernement fédéral d’engager dans les meilleurs délais la dénonciation de tous les accords et conventions internationaux qui comportent des engagements en matière de protection du climat ou de réduction des émissions de CO₂. Nous avons notamment demandé la sortie de l’Accord de Paris sur le climat et du Green Deal, ainsi que des modifications correspondantes de la législation européenne. Car il est temps, selon nous, de nous libérer des contraintes idéologiques auxquelles nous avons collectivement accepté de nous soumettre.

Nous avons besoin de solutions pragmatiques, ouvertes à l’ensemble des technologies, pour faire face aux évolutions naturelles qui ont toujours existé, plutôt que de multiplier les interdictions et les réglementations fondées sur des considérations idéologiques. Protéger l’environnement, oui. Céder à l’hystérie climatique, non.

Nous avons besoin d’infrastructures solides, de dispositifs efficaces de protection contre les inondations et d’une agriculture régionale capable de se tourner vers l’avenir. Nous avons surtout besoin d’une énergie sûre et abordable, de recourir au nucléaire et de miser sur une véritable capacité d’innovation, plutôt que de privilégier une politique énergétique fondée sur des choix idéologiques en faveur de l’éolien et du solaire. L’Union européenne elle-même a d’ailleurs reconnu l’énergie nucléaire comme une technologie pouvant contribuer à la transition vers une économie durable, notamment dans le cadre de sa taxonomie.

La recherche et la technologie sont porteuses d’avenir, contrairement aux interdictions. Les jeunes méritent que nous leur offrions une véritable éducation, des perspectives et la prospérité, plutôt que de les exposer à des discours anxiogènes ou à des scénarios apocalyptiques. L’avenir de la jeunesse européenne ne peut pas reposer uniquement sur les éoliennes. Il doit également s’appuyer sur la force économique, l’attachement à nos territoires et le sentiment d’identité. C’est pourquoi il est nécessaire de renouer avec un véritable débat ouvert, qui permette d’examiner l’ensemble des options et de considérer différents scénarios pour l’avenir.

Merci beaucoup.

M. Márton HAJDU

Hongrie, PPE/DC, Président de l'Assemblée

11:37:06

Merci.

La parole est maintenant à un représentant de la jeunesse, M. Filip JANKOVIĆ.

Filip JANKOVIĆ

Représentant de la jeunesse

11:37:15

Monsieur le Président,

Chers membres de l'Assemblée parlementaire,

Chers invités,

Je m’appelle Filip JANKOVIĆ. Je suis Secrétaire général du Réseau de coopération et de développement pour l’Europe de l’Est, une organisation faîtière qui vise à donner les moyens d’agir aux acteurs du changement progressiste en Europe de l’Est et à défendre leurs points de vue au niveau européen.

La question de l’habitabilité est une réalité omniprésente en Europe de l’Est. Il suffit de regarder du côté de la Croatie, de l’Albanie ou de mon pays natal, la Serbie. Le déversement illégal de 37 tonnes de déchets en Croatie, la mise en danger d’espèces rares en Albanie et l’engagement stratégique de l’Union européenne en faveur de l’exploitation minière du lithium en Serbie, un État non membre de l’UE, malgré l’opposition de la jeunesse serbe qui est descendue dans la rue pour manifester contre une telle initiative.

Ces problèmes touchent directement les jeunes, qui ont pris les choses en main. Nous exigeons que les gouvernements des pays que nous aimons tous rendent des comptes. Comme le souligne à juste titre le rapport, les récents incendies et sécheresses ont gravement affecté les conditions de vie dans toute l’Europe. Le faible niveau des eaux du Danube a menacé le fonctionnement de la centrale nucléaire hongroise, mettant en évidence les risques que le changement climatique fait peser sur les infrastructures critiques et la sécurité publique.

De plus, il ne s’agit plus de notre avenir, mais bien de notre présent. Et cela touche des personnes de toutes les générations, des enfants à nos aînés. L’habitabilité dans un contexte de crise climatique et de guerre a été au cœur de notre travail à travers l’Europe de l’Est. L’année dernière, avec le soutien de la Fonds Européen pour la Jeunesse (FEJ), nous avons organisé en Ukraine un événement consacré aux conséquences environnementales de l’agression russe. Cette année, nous avons consacré notre travail à la biodiversité, à la protection du climat et à la préservation de l’environnement, en donnant aux jeunes les moyens de sensibiliser leurs propres communautés à ces enjeux.

Nous recommandons l’adoption et la mise en œuvre de ce rapport comme une avancée nécessaire. Mais nous devons exiger davantage d’actions. Nous exigeons d’être entendus, et non pas écartés parce que nous sommes jugés immatures, peu sérieux ou destructeurs. Et rappelons-nous : le pouvoir politique ne peut plus servir d’excuse à l’inaction. Il doit être utilisé au profit de tous, quel que soit notre âge.

Merci.

M. Márton HAJDU

Hongrie, PPE/DC, Président de l'Assemblée

11:39:49

Merci beaucoup.

C'est maintenant au tour de M. Patrick BONIN.

Veuillez allumer votre micro.

Je ne vous entends pas.

Excusez-moi. Avez-vous inséré votre carte ? L'avez-vous allumé ?

M. Patrick BONIN

Canada

11:40:18

Monsieur le Président, chers jeunes, chers collègues, merci de votre présence.

D'emblée, je veux nous rappeler que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) identifie les changements climatiques comme étant la plus grande menace à la santé de l'humanité. La plus grande menace. Et on se souvient, déjà cet été, on a vu les feux, les canicules meurtrières. On parle de 4,1 millions d'hectares au Canada qui ont été brûlés. On parle de milliers de personnes qui ont été évacuées. On parle de 36 000 décès en Europe. 36 000 décès. C'est ça la réalité à laquelle on doit s'affairer actuellement.

Cette crise climatique, elle frappe des deux côtés de l'océan. Évidemment, cette planète brûle actuellement et ce sont nos populations qui souffrent. Et pendant ce temps-là, ce qu'on a actuellement, c'est une réalité où certains gouvernements se traînent les pieds. Certains gouvernements se traînent les pieds, mais d'autres continuent à avancer, à se fixer des objectifs ambitieux. Ça nous prend maintenant des plans crédibles pour les atteindre.

Pendant que nos voisins aux États-Unis reculent, d'autres continuent d'avancer. Et malheureusement, je dois vous informer que le nouveau gouvernement du Canada s'inspire des États-Unis et fait dans le déni climatique. Fait non seulement dans le déni climatique, mais on parle d'une intention d'augmenter, de doubler la production de pétrole issu des sables bitumineux, un des, voire le pétrole le plus polluant à produire. On parle de milliards de dollars investis, de l'argent public pour construire des pipelines, pour tripler éventuellement la production de gaz produit par fracturation hydraulique, un des gaz les plus polluants au monde.

Alors que le Canada recule, et non seulement recule, mais est en train d'effectuer la plus grande dérèglementation environnementale de l'histoire du pays. Il veut contourner les lois environnementales pour favoriser l'augmentation de la production pétrolière et gazière. Et je vous rappellerai que l'actuel Premier ministre du Canada, il était le directeur de la Banque Centrale d'Angleterre. Il disait que les changements climatiques étaient sérieux, mais malheureusement, le Canada ne fait plus partie de la solution.

Travaillons ensemble. Retroussons nos manches. La crise climatique, elle est sérieuse. Elle n'a pas disparu parce qu'on a un nouveau président au niveau des États-Unis. Nous devons être solidaires, penser aux jeunes. Nous pouvons construire l'avenir. Situons-nous du bon côté de l'histoire.

Merci.

M. Márton HAJDU

Hongrie, PPE/DC, Président de l'Assemblée

11:42:56

Merci.

Monsieur Georgios STAMATIS.

M. Georgios STAMATIS

Grèce, PPE/DC

11:43:00

Merci, Monsieur le Président.

Permettez-moi de m'exprimer en grec.

Quand on est homme politique, on se doit d’améliorer la vie des jeunes. Ce sont des jeunes qui aspirent à une vie meilleure, à un avenir meilleur, et qui comptent sur nous. Or, ils ne peuvent pas avoir une vie meilleure sans un environnement meilleur. L’environnement n’est pas un sujet qui devrait faire l’objet de débats au sein des congrès ou dans les encyclopédies. L’environnement nous montre que, si nous n’agissons pas, nous serons perdants. Les jeunes réclament de meilleures opportunités et de meilleurs emplois, et nous devons les accompagner dans la réalisation de leurs rêves.

Mais comment vivre dans un environnement qui disparaît peu à peu, alors que de futures guerres pourraient bien éclater pour le contrôle de l'eau ? Nous devons donner aux jeunes la possibilité de contribuer à forger leur avenir grâce à un meilleur environnement, à la transition écologique et à la création d’emplois. Les jeunes vivant dans un environnement durable pourront alors fonder une famille. Et demain, ce seront eux les chefs de gouvernement et les chefs d’État ; nous devons donc les aider à prendre des décisions à l’avenir en tant que chefs d’État et de gouvernement.

Et le rapport de notre collègue va dans ce sens. Sans les jeunes, nous n’avons pas d’avenir. Et sans un environnement sain, nous n’aurons pas d’avenir pour notre jeunesse. La solution réside donc dans un meilleur environnement, avec la participation des jeunes.

Merci.

Mme Petra BAYR

Autriche, SOC, Présidente de l'Assemblée

11:45:12

Merci beaucoup.

Je tiens à m'excuser d'avoir dû m'absenter pour d'autres obligations officielles. Je regrette vivement de ne pas avoir pu entendre l'intervention de M. Benjamin VAN BUNDEREN ROBBERECHTS, mais j'ai déjà eu le privilège de l'écouter au printemps dernier, je connais donc son parcours.

La prochaine intervenante sur la liste est Mme Luz MARTINEZ SEIJO, d'Espagne, s'il vous plaît.

Mme Luz MARTINEZ SEIJO

Espagne, SOC

11:45:36

Merci beaucoup, Madame la Présidente.

Un grand merci à Mme Aurora FLORIDIA pour son excellent rapport.

L’une des grandes questions de notre génération est aussi l’une des plus importantes pour nos jeunes : serons-nous capables de léguer à ceux qui viendront après nous une planète en meilleur état que celle dont nous avons hérité ? Il ne s’agit pas d’un défi lointain, mais d’une réalité que nous vivons aujourd’hui. En Espagne, les incendies de forêt sont de plus en plus dévastateurs, la désertification s’aggrave, la sécheresse affecte l’approvisionnement en eau, l’agriculture et nos communautés. Nous subissons également des inondations plus graves et des vagues de chaleur plus fréquentes, avec des conséquences sociales, économiques et sanitaires considérables. Nous devons prendre conscience de la gravité de cette situation.

Mais nous disposons de la technologie, des capacités et des connaissances nécessaires pour y faire face. La première chose à faire, c’est l’éducation. Nous avons besoin de jeunes formés, capables de comprendre les enjeux environnementaux, d’adopter les réflexes responsables qui s’imposent et de rejeter la désinformation.

Le deuxième point est une transition énergétique équitable. Nous avons besoin d’une énergie plus propre, nous devons améliorer l’efficacité énergétique et renforcer notre autonomie stratégique. Mais cette transition ne sera couronnée de succès que si elle protège les plus vulnérables d’entre nous, c’est-à-dire les familles, les travailleurs et les territoires vulnérables.

Le troisième point est l’innovation. La recherche scientifique et le développement technologique seront essentiels pour nous permettre de trouver des solutions durables et efficaces. Protéger l’environnement, c’est assurer un progrès capable de perdurer.

Il ne s’agit pas seulement de protéger la nature ou de réduire les émissions, mais bien de préserver l’habitabilité de notre planète. Sans accès à l’eau, sans environnements propres et sains, il devient de plus en plus difficile de garantir les droits humains, la liberté et la justice. La lutte contre le changement climatique relève donc de la responsabilité des générations actuelles et futures.

Chers jeunes, on vous décrit souvent comme une génération inquiète pour l’avenir. Je préfère vous considérer comme une génération prête à construire l’avenir. Votre énergie, votre engagement et votre capacité d’innovation seront décisifs.

Merci beaucoup.

Mme Petra BAYR

Autriche, SOC, Présidente de l'Assemblée

11:47:59

Merci.

Nous allons maintenant écouter M. José María SÁNCHEZ GARCÍA, lui aussi originaire d'Espagne.

M. José María SÁNCHEZ GARCÍA

Espagne, CEPA

11:48:10

Merci, Madame la Présidente.

Je ne peux pas féliciter Mme Aurora FLORIDIA pour son rapport, car cela me semblerait incohérent. La question du changement climatique, notamment lorsqu’elle est abordée sous l’angle de la jeunesse, perd toute sa portée intellectuelle lorsqu’elle est traitée de manière démagogique. On ne cesse de parler de la jeunesse, encore et encore, sans aller au fond du sujet.

Or, le risque est précisément d’induire les jeunes en erreur avec ce type de rapport. Nous ne pouvons pas prétendre nous appuyer sur la science alors que, par exemple, en mars de cette année, plus de 1 700 scientifiques, dont un lauréat du prix Nobel, ont contesté la réalité du changement climatique. Il est donc essentiel de s’en tenir aux données scientifiques. Si certains résultats scientifiques ne correspondent pas à ce que l’on souhaite entendre, on ne peut pas simplement les écarter en affirmant qu’ils ne relèvent pas de la science. C’est là une approche qui relève davantage de l’idéologie que de la démarche scientifique.

Ce qu’a dit M. Paweł JABŁOŃSKI est juste. Nous savons que les conséquences économiques de certaines politiques environnementales jugées excessives ont été très lourdes. Très lourdes. Elles auraient notamment contribué à fragiliser, voire à mettre en difficulté, certains secteurs économiques dans des pays comme l’Espagne, mais aussi en France, en Italie ou au Portugal. On ne peut donc pas invoquer la science tout en présentant comme des réalités établies ce qui relève parfois davantage de perceptions ou d’interprétations.

Il existe également un lien de causalité qu’il faut prendre en considération. En 2024, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a rendu un arrêt dans lequel elle a reconnu, au titre de l’Article 8 de la Convention, l’existence d’obligations positives pour les États en matière de lutte contre les effets du changement climatique. Les États sont tenus de donner effet aux arrêts de la Cour. Dès lors, certains considèrent que cette jurisprudence conduit les États à adopter des politiques climatiques qui, à leurs yeux, remettent en cause le rôle et l’autorité de cette organisation et de sa Cour.

Merci.

Mme Petra BAYR

Autriche, SOC, Présidente de l'Assemblée

11:50:23

C'est maintenant au tour de Mme Sena Nur ÇELİK KANAT, originaire de Türkiye.

Mme Sena Nur ÇELİK KANAT

Türkiye, ADLE

11:50:28

Chers collègues,

Je remercie la rapporteure, Mme Aurora FLORIDIA, pour cet excellent rapport et je soutiens pleinement le projet de résolution.

Les conflits armés, la rivalité géopolitique et les préoccupations croissantes en matière de sécurité exercent une pression de plus en plus forte sur les efforts mondiaux en faveur du climat, affaiblissant les engagements climatiques, retardant leur mise en œuvre et mettant à rude épreuve la coopération multilatérale.

Pourtant, le changement climatique n’attend pas que les conditions politiques soient plus favorables. Retarder l’action aujourd’hui risque d’entraîner demain des dommages irréversibles. Ce sont les jeunes et les générations futures qui en subiront le plus longtemps les conséquences.

La résilience climatique n’est pas seulement une question environnementale ou économique, mais aussi une question de droits humains et de justice intergénérationnelle. Le droit à un environnement propre, sain et durable doit donc guider nos politiques.

L’initiative Zéro déchet de la Türkiye, menée par la Première dame Emine ERDOĞAN, montre comment la consommation durable et l’utilisation efficace des ressources peuvent renforcer la résilience climatique. Le taux de valorisation des déchets en Türkiye est passé de 13 % à 37 % en 2025, tandis que cette initiative est devenue un mouvement mondial soutenu par les Nations unies.

En novembre prochain, la Türkiye accueillera la COP31 à Antalya sous le thème du dialogue, du consensus et de l'action qui reflète précisément ce dont nous avons besoin aujourd’hui : passer de la discussion aux décisions et des décisions à la mise en œuvre.

Une participation significative des jeunes est essentielle à ce processus. Les jeunes doivent pouvoir contribuer à façonner les décisions concernant leur avenir, et non se contenter d’être invités à écouter.

Dans le cadre de l’initiative des Ambassadeurs du climat de Türkiye, les universités sélectionnent chaque année des représentants étudiants afin de promouvoir la sensibilisation au climat et la participation des jeunes. En 2025, ceux-ci ont élaboré des plans d’action et contribué à la politique et à la diplomatie climatiques de la Türkiye.

Les États membres doivent fixer des objectifs climatiques ambitieux assortis de délais clairs, tout en mettant en place des mécanismes permanents de participation des jeunes et en renforçant l’éducation au climat.

En marge de la COP31, nous organiserons des réunions parlementaires, en coopération avec plusieurs assemblées parlementaires internationales.

Je me réjouis de vous accueillir dans ma ville natale, Antalya, pour faire avancer ensemble ce travail.

Merci.

Mme Petra BAYR

Autriche, SOC, Présidente de l'Assemblée

11:52:49

Merci.

Nous passons maintenant à la représentante suivante de la jeunesse, et je donne la parole à Lena Coco BELLINGHAUSEN KOVATS.

Lena Coco BELLINGHAUSEN KOVATS

Représentante de la jeunesse

11:52:58

Merci.

Je m’appelle Lena Coco BELLINGHAUSEN KOVATS et je suis militante pour la justice climatique originaire de la région des pays nordiques et de la mer Baltique.

Je me tiens ici aujourd’hui pour transmettre un message de la part de centaines de jeunes de toute notre région. Notre message est clair et fort. Je vais donc être directe : nous avons besoin d’une transition juste, qui nous éloigne immédiatement des énergies fossiles, si nous voulons avoir une chance de vivre un présent et un avenir habitables.

Cet été a été l’un des plus chauds et des plus désastreux de ma vie et sûrement le plus frais du reste de notre vie. Nos gouvernements doivent demander des comptes aux entreprises et aux sociétés qui exploitent les énergies fossiles. Oui, le changement climatique tue, mais ce sont les entreprises qui en sont responsables, et c’est contre elles que nous devons mener une action directe, au lieu de réprimer les jeunes militants qui luttent précisément contre ces entreprises qui nous tuent et anéantissent nos chances d’un avenir viable.

Il ne s’agit plus depuis longtemps d’une menace lointaine, mais d’une réalité dans laquelle nous vivons et qui s’aggrave d’année en année. Les jeunes défenseurs de l’environnement savent ce sur quoi s’accordent les scientifiques et même l’Agence internationale de l’énergie : aucun des objectifs fixés dans cette recommandation n’est le moins du monde réalisable sans une transition juste vers l’abandon des combustibles fossiles.

Je tiens à souligner qu’une transition juste ne signifie pas passer d’un type d’extraction de ressources à un autre. Cela signifie inclure les jeunes autochtones de notre région ainsi que les jeunes issus de milieux divers et ayant des besoins variés pour tracer notre chemin vers un avenir viable. Une transition juste ne peut laisser personne de côté, qu’il s’agisse des personnes âgées, des travailleurs, des personnes en situation de handicap ou de chaque jeune qui peine à imaginer une vie au-delà de la crise. La solidarité intergénérationnelle vous enjoint à agir à partir du sentiment d’urgence que nous ressentons, à partir de la crainte qui est notre réalité quotidienne. Alors, soutenez une transition juste vers l’abandon des énergies fossiles et votez pour un avenir viable.

Merci.

Mme Petra BAYR

Autriche, SOC, Présidente de l'Assemblée

11:54:57

Merci beaucoup.

Et maintenant Mme Belén HOYO, d'Espagne.

Mme Belén HOYO

Espagne, PPE/DC

11:55:09

Merci, Madame la Présidente.

Mesdames et Messieurs,

Je tiens tout d’abord à saluer le travail accompli par la rapporteure. Le changement climatique est une réalité et l’Europe se doit d’agir. Elle doit le faire non seulement avec raison, mais aussi avec conviction, en veillant à ce que la lutte contre le changement climatique puisse aller de pair avec la prospérité économique et le bien-être de nos sociétés.

Les informations présentées dans ce rapport sont particulièrement claires : l’Europe se réchauffe plus rapidement que la moyenne mondiale et les pays européens en subissent déjà les conséquences. Dès lors, le débat ne devrait pas porter sur le choix entre agir ou ne pas agir. La véritable question est de savoir comment agir de manière efficace, tout en conciliant les impératifs climatiques avec les réalités économiques et sociales.

Et à ce stade, je pense qu’il est essentiel d’élargir notre réflexion lorsque nous parlons de la jeunesse et des générations futures. Notre responsabilité à leur égard ne consiste pas seulement à leur transmettre une planète plus durable. Nous devons également leur léguer une Europe prospère et compétitive, capable de créer des emplois, de s’appuyer sur une industrie forte et de leur offrir les moyens de construire leur propre avenir.

Ces deux objectifs doivent pouvoir aller de pair. La transition environnementale et écologique ne peut pas se réduire à une succession d’interdictions, d’obligations et de coûts que nos sociétés ne seraient pas en mesure de supporter. Nous ne pouvons pas demander à nos agriculteurs, à nos entreprises, à notre industrie ou à nos familles de consentir des efforts lorsque aucune solution technologique ou économiquement viable n’est encore disponible.

Lorsqu’une politique climatique ne prend pas suffisamment en compte ses conséquences économiques et sociales, ce sont rarement les personnes qui disposent des ressources les plus importantes qui en subissent les premières conséquences. Ce n’est pas cela, la justice climatique.

La durabilité repose sur trois dimensions indissociables : économique, sociale et culturelle. Nous devons agir, et les jeunes attendent de nous que nous le fassions. Mais nous devons le faire de manière juste et efficace, en prenant pleinement en considération les dimensions environnementale, sociale et économique. Nous devons également faire preuve d’ambition, car protéger notre planète et préserver la prospérité des générations futures ne sont pas des objectifs incompatibles.

Mme Petra BAYR

Autriche, SOC, Présidente de l'Assemblée

11:57:31

Merci. [En espagnol]

La prochaine intervenante est la Baroness Theresa GRIFFIN, du Royaume-Uni.

Baroness Theresa GRIFFIN

Royaume-Uni, SOC

11:57:38

Merci, Madame la Présidente.

Chers collègues,

Tout d’abord, je tiens à féliciter chaleureusement Mme Aurora FLORIDIA et à souhaiter la bienvenue à nos jeunes. C’est un privilège de vous avoir parmi nous et d’écouter vos sages paroles.

Pour l’air que nous respirons, pour l’avenir de notre planète, l’Europe doit accélérer son action en faveur du climat en mobilisant activement nos jeunes. J’ai eu le privilège de proclamer l’urgence climatique au Parlement européen en 2019, une décision votée à une nette majorité. Mais cela remonte à plusieurs années, et nous devons agir.

Au cours de l’été 2026, l’Europe a subi les effets du réchauffement climatique plus que tout autre continent. Plus du double de la moyenne mondiale. Cinq cent mille hectares de terres ont été ravagés par des incendies de forêt dès le mois d’août. Sans un climat viable, un air pur, un accès à l’eau et des écosystèmes fonctionnels, ce sont nos droits humains mêmes qui sont remis en cause.

Les enfants et les jeunes sont particulièrement vulnérables. Le changement climatique aggrave les inégalités, notamment en matière d’accès à l’éducation, aux soins de santé, à la santé reproductive, et d’exposition à la violence. Un enfant né en 2020 connaîtra une multiplication par près de cinq des phénomènes météorologiques extrêmes, même avec un réchauffement climatique limité à 3 °C.

L'équité intergénérationnelle, les droits humains et la démocratie exigent que l'Europe agisse afin que nous ne transmettions pas le fardeau des risques et des dommages à nos enfants et à leur planète. Les jeunes doivent être au cœur de l'élaboration et de la définition des actions actuelles et futures. L'avenir même de notre planète dépend de notre engagement actif et de l'accélération de notre action aux côtés des jeunes.

Merci.

Mme Petra BAYR

Autriche, SOC, Présidente de l'Assemblée

11:59:58

Merci.

Nous allons maintenant écouter Mme Claudia ARPA, d'Autriche.

Mme Claudia ARPA

Autriche, SOC

12:00:02

Un grand merci.

Madame la Présidente, chers collègues, chers auditeurs, chers jeunes, chères « KlimaSeniorinnen », et plus généralement toutes les générations qui nous écoutent aujourd’hui.

Nous nous sommes étonnamment habitués à tout cela : aux records de chaleur, à la sécheresse, au manque d’eau dans les rivières, mais aussi aux feux de forêt. Et c’est peut-être justement cela qui est inquiétant : que l’exceptionnel finisse par paraître ordinaire. Quand je regarde l’Europe, mon pays natal, l’Autriche, et la Carinthie, cette évolution n’est pas une notion abstraite. Elle touche nos communes, nos paysages et notre quotidien. L’Europe se réchauffe plus rapidement que les autres continents. Les conséquences sont visibles depuis longtemps, même si les lois de la physique sont parfois remises en question.

Mais elle ne touche pas tout le monde de la même manière et affecte particulièrement les femmes et les jeunes filles. Je tiens à aborder brièvement ce point ici, car la crise climatique frappe une société dans laquelle les femmes assument encore les tâches de soins, gagnent souvent moins et disposent donc d’une marge de manœuvre plus restreinte pour se protéger contre la hausse des coûts, la chaleur ou d’autres difficultés. Et elle touche également une société où les jeunes sont souvent peu écoutés.

Et la crise climatique ne fait pas de distinction de genre, contrairement à notre société : une vague de chaleur est la même pour tout le monde, mais elle ne touche pas tout le monde de la même manière. Cela fait une différence que je vive dans un logement bien isolé ou dans un appartement de location surchauffé. Cela fait une différence selon le niveau de revenus, et cela fait également une différence que j’aie des enfants à charge. C’est pourquoi la politique climatique est aussi une politique en faveur des femmes.

Mais la question suivante est tout aussi importante : qui supporte les fardeaux et qui bénéficie des opportunités à l’heure actuelle ? Ce sont les jeunes, et il est temps que nous vous laissions simplement la parole. Les jeunes n’ont guère contribué aux émissions historiques, mais ils devront néanmoins vivre longtemps avec les conséquences de ces décisions. C’est pourquoi il ne suffit pas de parler des jeunes, nous devons leur parler. C’est pourquoi je vous remercie encore une fois d’être si nombreux ici et de nous faire part de votre point de vue. Car la participation commence là où les décisions sont réellement prises.

Un grand merci.

Mme Petra BAYR

Autriche, SOC, Présidente de l'Assemblée

12:02:21

Je tiens moi aussi à vous remercier chaleureusement.

Mme Petra BAYR

Autriche, SOC, Présidente de l'Assemblée

12:02:24

L'intervenante suivante sur la liste est Mme Olena MOSHENETS, d'Ukraine.

Mme Olena MOSHENETS

Ukraine, ADLE

12:02:28

Merci, Madame la rapporteure, et merci à tous les intervenants pour leur précieuse contribution à cet important débat.

L'Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement au monde. En 2024, l'Europe a connu l'année la plus chaude jamais enregistrée. Et en juin dernier, alors que nous étions nombreux ici à Strasbourg pour la session d'été, l'Europe occidentale a connu le mois de juin le plus chaud jamais enregistré. Il ne s'agit donc pas d'une discussion abstraite sur l'avenir. Nous subissons déjà les conséquences du changement climatique.

Cependant, pour l’Ukraine, et donc pour l’Europe, la crise climatique ne peut être dissociée de la guerre. Depuis le début de l’invasion à grande échelle menée par la Russie, les dégâts environnementaux en Ukraine ont atteint des proportions colossales. Près de 11 000 cas de dommages environnementaux ont déjà été recensés. Et il ne s’agit pas simplement de chiffres figurant dans un rapport. Ce sont autant de témoignages d’un écocide. Ils illustrent la destruction d’écosystèmes ainsi que la pollution des eaux et des sols, dont les communautés devront assumer la restauration pendant de nombreuses années après la fin des combats.

La reconstruction de l’Ukraine sera l’un des plus grands projets de reconstruction en Europe de ces dernières décennies. Dans le même temps, nous avons l’occasion non seulement de reconstruire ce qui a été détruit, mais aussi de créer quelque chose de plus résilient, de plus économe en énergie et compatible avec les objectifs climatiques de l’Europe. Et c’est précisément là que les jeunes doivent jouer un rôle significatif.

Le Conseil de l’Europe a déjà reconnu la nécessité d’une participation significative des jeunes à l’élaboration des politiques climatiques. Cependant, cette participation ne doit pas se limiter à une simple invitation à une conférence ou à une demande d’avis. Les jeunes devraient être impliqués dans la conception et la mise en œuvre d’une reconstruction verte, en tant que professionnels, chercheurs, entrepreneurs, dirigeants locaux et décideurs politiques. Si vous souhaitez que l’action climatique soit mise en œuvre plus rapidement, nous devons donner aux jeunes non seulement la parole, mais aussi des responsabilités.

Merci.

Mme Petra BAYR

Autriche, SOC, Présidente de l'Assemblée

12:04:43

Merci.

Nous allons maintenant entendre Mme Tuula HAATAINEN, de Finlande.

Mme Tuula HAATAINEN

Finlande, SOC

12:04:50

Mesdames et Messieurs.

Merci, Madame la Présidente.

Je remercie chaleureusement Mme Aurora FLORIDIA pour ce rapport.

En Europe, nous avons connu un été exceptionnellement chaud et sec. Les niveaux des cours d’eau sont tombés bien en dessous de la normale, des feux de forêt ont fait rage et la population a dû s’habituer aux alertes de chaleur étouffante. Parallèlement, en Asie, de fortes pluies et des glissements de terrain ont provoqué de graves inondations et des coulées de boue.

Le rapport Planetary Health Check, publié la semaine dernière, a également révélé la dure réalité à laquelle notre planète est confrontée. Selon ce rapport, élaboré par une importante équipe de chercheurs, sept des neuf systèmes clés qui garantissent l’habitabilité de la Terre se sont encore éloignés de l’état considéré comme sûr. Cela accroît le risque de changements durables, à grande échelle, voire irréversibles.

Ces exemples montrent que le changement climatique n’est pas seulement une menace future ; il est déjà visible tout autour de nous. Si nous ne parvenons pas à freiner le changement climatique, ses impacts s’intensifieront et s’aggraveront encore davantage.

Pourtant, certaines voix d’extrême droite continuent de minimiser le changement climatique et réclament un recul des mesures de lutte contre le changement climatique.

Si les mesures prises pour lutter contre le changement climatique s’avèrent insuffisantes, les conditions de vie sur Terre deviendront de plus en plus difficiles pour les générations futures, et les catastrophes naturelles deviendront la nouvelle norme. Il n’est pas étonnant que, face à de tels scénarios d’avenir, de nombreux jeunes souffrent d’anxiété climatique et s’inquiètent tant pour leur propre vie que pour celle des générations futures. Il est du devoir de nos responsables politiques de veiller à ce que les jeunes puissent avoir confiance en leur avenir et y voir de l’espoir.

Merci.

Mme Petra BAYR

Autriche, SOC, Présidente de l'Assemblée

12:07:08

Merci.

Nous allons maintenant écouter Mme Marietta KARAMANLI, de France.

Mme Marietta KARAMANLI

France, SOC

12:07:32

C'est bon ? Oui.

Merci, Madame la Présidente, excusez-moi.

Effectivement, tout d'abord, moi aussi, je voulais remercier notre rapporteure pour ses analyses et ses propositions. Un rapport qui souligne que l'Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement et qui appelle à accélérer l'action climatique et y associant pleinement les jeunes. Le dépassement de 1,5 °C ne doit ni être banalisé, ni conduire à différer les réductions d'émissions. Il fait de l'habitabilité une valeur centrale de l'action publique et il insiste aussi sur l'injustice intergénérationnelle, parce que les jeunes qui ont le moins contribué aux émissions historiques supporteront durablement les conséquences de l'inaction. Le rapport aussi préconise des objectifs climatiques, des évaluations de leurs effets sur la jeunesse, un contrôle parlementaire régulier. Il demande aussi que les jeunes soient associés aux politiques climatiques.

Il faut donc renforcer l'éducation au climat, la protection de la santé physique et mentale, l'accès à des emplois de qualité, le soutien aux initiatives portées par les jeunes. Les jeunes sont déjà des victimes matérielles du réchauffement. Dans les lieux d'études, les écoles, les universités, les lieux de formation, les équipements sportifs. L'adaptation, donc, doit devenir un volet concret de la politique éducative, rénovation thermique de l'été, végétalisation, accès à l'eau, espace frais. Le texte met utilement aussi la lumière sur une vulnérabilité sanitaire spécifique : exposition accrue à la chaleur, effet sur la santé mentale et montée de l'éco-anxiété.

Et cette réalité donc doit conduire à une action préventive dans les établissements scolaires et universitaires. Les politiques climatiques doivent aussi protéger contre les effets déjà observables sur la santé. Alors l'ambition du rapport est particulièrement bienvenue lorsqu'il refuse les consultations symboliques. Il demande que les jeunes participent aux arbitrages et ça a été dit très justement par tous les jeunes qui ont pris la parole tout à l'heure, le suivi des engagements climatiques également, la capacité réelle d'influencer sur les priorités. De la même façon donc, une représentation des jeunes dans les instances de décision pourrait constituer une des premières avancées concrètes.

Je vous remercie pour tout votre engagement, les jeunes et les moins jeunes, les rapporteurs et tous les collègues dans différents parlements qui porteront encore plus loin ces préoccupations.

[Discours interrompu par la présidente]

Mme Petra BAYR

Autriche, SOC, Présidente de l'Assemblée

12:10:06

Je donne maintenant la parole au représentant suivant pour la jeunesse, à savoir Haytam BENHACHOUM.

Haytam BENHACHOUM

Représentant de la jeunesse

12:10:12

Merci, Madame la Présidente,

Mesdames et Messieurs les Députés,

Je m'appelle Haytam. Je suis étudiant en génie agricole et je représente l'Association internationale des étudiants en agriculture et sciences connexes (IAAS), qui est la plus grande organisation internationale d'étudiants en agriculture.

Mais aujourd’hui, je souhaite également m’exprimer au nom de tous les jeunes d’Europe, ces jeunes qui vivront le plus longtemps avec toutes les conséquences des décisions que nous prenons aujourd’hui. Le changement climatique ne fait pas de distinction. Il se moque de votre âge, de votre nationalité, de votre genre ou de votre lieu de naissance. Il dépasse les frontières.

Mais s’il nous touche tous, il ne nous touche pas tous de la même manière. Je tiens à mettre en lumière les jeunes des zones rurales, car ils disposent souvent de moins de services, de moins d’opportunités et d’une protection moindre face aux impacts climatiques. Cet été, la sécheresse a touché la moitié de l’Union européenne et le Royaume-Uni. Mais pour les jeunes agriculteurs, la sécheresse n’est pas une simple statistique. Ce sont des mois de travail perdus. Ce sont des revenus perdus. Et il y a aussi l’incertitude de savoir s’ils auront les moyens de semer à nouveau l’année suivante. Et lorsque l’agriculture devient plus incertaine, les jeunes finissent par partir. Alors, si les jeunes quittent l’agriculture, qui nourrira l’Europe en 2050 ?

C’est pourquoi les jeunes du secteur agricole doivent avoir véritablement leur mot à dire dans l’avenir climatique de l’Europe. Mais avoir voix au chapitre ne suffit pas. Les jeunes ont également besoin des connaissances nécessaires pour s’en servir. Comment pouvons-nous demander aux jeunes d’agir face à une crise qu’on ne leur a jamais vraiment appris à comprendre ? Nous avons besoin d’une éducation au climat dans chaque salle de classe, car le savoir peut véritablement donner du pouvoir aux honorables députés.

Nous n’avons pas choisi la crise climatique, mais nous pouvons choisir la manière d’y répondre. Donnez aux jeunes le savoir, donnez-leur le pouvoir, donnez-leur la parole, mais aussi la possibilité d’agir.

Nous, les jeunes, sommes prêts à apprendre, nous sommes prêts à agir et nous sommes prêts à nous exprimer.

Merci.

Mme Petra BAYR

Autriche, SOC, Présidente de l'Assemblée

12:12:07

C'est ensuite au tour de M. Marc RISCH, du Liechtenstein.

M. Marc RISCH

Liechtenstein, ADLE

12:12:12

Merci, Madame la Présidente.

Chers collègues et invités,

Un grand merci à la rapporteure pour ce rapport si urgent. À deux reprises au cours du débat, ma tension artérielle a failli monter en flèche, mais j’y reviendrai plus tard.

En tant que médecin et scientifique préoccupé, j’intitulerai mon intervention « Lorsque la chlorophylle se tait, nous devons parler d’autant plus fort ». Je me limiterai à une brève réflexion sur la réalité biophysique, car la limite biophysique pour la survie de la vie humaine est atteinte. C’est de la science pure. Le fait dramatique est le suivant : à partir d’une température foliaire de 42 °C, la photosynthèse dans la chlorophylle des arbres et des forêts s’effondre. Ce n’est pas un processus progressif. C’est un arrêt biophysique brutal. C’est de la véritable éducation, c’est un véritable savoir, et cela n’a absolument rien à voir avec la lutte idéologique de gauche, la manipulation ou la science vaudou. À 42 degrés, nous sommes menacés d’une carence certaine en oxygène. Malheureusement, les formules creuses telles que « l’ouverture à la technologie » ou même le vaudou ne vous mèneront nulle part.

Pour être très clair : on ne négocie pas avec la thermodynamique. C’est du programme de première année de médecine, y compris en Espagne et en Allemagne. L’infrastructure biologique de la planète s’effondre sous nos yeux, et ce depuis des années.

Chers collègues,

Il est de notre devoir de faire davantage que de nous contenter d'inverser la tendance à l’accélération du changement climatique, avec vous, les plus jeunes, et avec les personnes âgées inquiètes. Qui paiera le prix si les objectifs climatiques ne sont pas atteints ? Je le répète : à partir de 42 degrés Celsius, le droit à la vie, auquel nous accordons tant d’importance, se heurte à une réalité biophysique implacable et immuable. L'angoisse climatique ne doit pas être un diagnostic. L'angoisse climatique doit être notre boussole. Une boussole pour enfin trouver le chemin qui nous permettra de sortir de notre comportement narcissique et exploiteur envers la Terre-Mère.

Merci.

Mme Petra BAYR

Autriche, SOC, Présidente de l'Assemblée

12:14:35

Merci. C'est maintenant au tour de Mme Aysu BANKOĞLU, de Türkiye.

Mme Aysu BANKOĞLU

Türkiye, SOC

12:14:39

Madame la Présidente,

Chers collègues,

Je tiens à remercier Mme Aurora FLORIDIA pour ce rapport essentiel. Et je souhaite la bienvenue à nos chers jeunes amis issus des différentes organisations de jeunesse, et représentant la jeunesse dans notre assemblée.

En tant que parlementaires, nous devons reconnaître une vérité fondamentale mise en évidence dans ce rapport. L’habitabilité de notre planète est la condition préalable à tous les droits humains. Et la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) l’a également clairement établi : l’inaction climatique constitue une violation de nos droits humains. Or, ce sont les jeunes qui portent le plus lourd fardeau de notre retard. Ils sont ceux qui ont le moins contribué à cette crise, mais ce sont eux qui en subiront les conséquences tout au long de leur vie.

Et au sein de cette génération, nous devons accorder une attention particulière aux filles et aux jeunes femmes. Chers collègues, le changement climatique n’est pas neutre du point de vue du genre ; il aggrave considérablement les inégalités existantes. Les catastrophes climatiques perturbent leur accès à l’éducation et aux ressources vitales, menacent leur accès aux soins de santé et augmentent leur exposition à la violence. Il n’y a pas de justice climatique sans justice de genre. Et notre approche de la crise climatique doit être véritablement intersectionnelle. Les jeunes issus de communautés marginalisées, minoritaires et défavorisées sont souvent les premiers à subir les ravages environnementaux.

Mais malgré ces vulnérabilités particulières, les jeunes continuent d’être largement écartés des processus de décision. Nous les invitons à participer à des tables rondes et nous saluons leur engagement, mais lorsqu’il s’agit de définir les budgets ou d’élaborer les politiques fiscales, les gouvernements les associent encore trop rarement aux décisions. Il est temps de dépasser cette participation purement symbolique, chers collègues.

Et l’équité intergénérationnelle exige que nous ne fassions pas porter à la génération suivante le poids de notre inaction.

Il est temps d’ancrer le droit à un environnement sain dans un instrument juridiquement contraignant au sein du Conseil de l’Europe. Assumons donc des responsabilités réelles et juridiquement contraignantes.

Madame la Présidente, l’âge moyen de cette Assemblée semble aujourd’hui plus jeune grâce à la présence de nos jeunes représentants.

Merci.

Mme Petra BAYR

Autriche, SOC, Présidente de l'Assemblée

12:17:03

Je donne maintenant la parole à Mme Wanda NOWICKA, de Pologne.

Mme Wanda NOWICKA

Pologne, SOC

12:17:13

Le rapport de Mme Aurora FLORIDIA consacré à la crise environnementale en Europe arrive à point nommé et répond à un besoin réel. Félicitations.

Le changement climatique, les vagues de chaleur extrême, les sécheresses, les incendies, les inondations, les tempêtes et les températures insupportables sont devenus une réalité quotidienne pour les Européens. C’est pourquoi une mobilisation générale pour relever les défis climatiques est absolument nécessaire et doit impliquer tous les segments de notre société, en particulier les jeunes. Aujourd’hui, les jeunes générations sont souvent bien plus conscientes que d’autres des dangers que le changement climatique fait peser sur l’avenir, car c'est leur avenir qui sera, en réalité, le plus touché par ces changements.

En Pologne, les mouvements de jeunes s’engageant dans des politiques et des campagnes respectueuses de l’environnement sont visibles et ont un impact significatif. Les militants pour le climat du mouvement Last Generation ont mené des actions bloquant la circulation routière. Malgré certaines controverses autour de ces actions, il est reconnu que le mouvement Last Generation a considérablement contribué à sensibiliser la société au changement climatique et qu’il a influencé les politiques publiques, notamment en matière d’allocation de fonds pour des systèmes de transports publics sans émissions de carbone.

Des personnes de tous âges s’engagent dans des actions nombreuses et variées. Nous sommes tous inspirés par les militantes de KlimaSeniorinnen Schweiz, qui ont obtenu gain de cause contre la Suisse devant la Cour européenne des droits de l'homme.

Alors, si tant de choses positives sont déjà mises en œuvre pour protéger notre planète, pourquoi la situation est-elle si critique ? Les sociétés européennes sont de plus en plus conscientes de la catastrophe climatique imminente et elles attendent des décideurs politiques qu’ils agissent. Nous, les responsables politiques, devons faire beaucoup plus avant qu’il ne soit trop tard. Nous le devons aux générations futures.

Merci.

Mme Petra BAYR

Autriche, SOC, Présidente de l'Assemblée

12:19:27

Merci.

Et la dernière personne à avoir la parole dans ce débat aujourd'hui est M. Andries GRYFFROY, de Belgique.

M. Andries GRYFFROY

Belgique, ADLE

12:19:38

Chers collègues,

Nous nous trouvons aujourd’hui à un tournant décisif de l’histoire de l’humanité. Mais vous, les jeunes, êtes le catalyseur ultime d’un avenir durable. Une véritable action en faveur du climat nécessite votre énergie débordante, vos voix intrépides et vos esprits brillants.

Pour assurer notre avenir, nous devons aller au-delà des méthodes traditionnelles. Nous avons besoin de mesures d’atténuation ambitieuses pour réduire drastiquement les émissions de carbone à l’échelle mondiale, associées à une approche révolutionnaire de l’efficacité énergétique qui transforme nos foyers, nos écoles et nos industries en écosystèmes intelligents, verts et propres.

Cependant, les effets du changement climatique se font déjà sentir. C’est pourquoi nous devons investir massivement dans l’adaptation. S’adapter, c’est redéfinir notre relation avec la nature. Cela implique de mettre en place des infrastructures résilientes, de restaurer des écosystèmes protecteurs tels que les mangroves, et de concevoir des systèmes agricoles durables capables de résister aux phénomènes météorologiques extrêmes. Une adaptation menée par les jeunes garantit que nos communautés les plus vulnérables ne soient pas laissées pour compte, transformant ainsi la survie en une opportunité de croissance durable.

Aucune de ces transformations n’est possible sans des fondations solides. L’éducation est notre principal atout : elle dote votre génération des connaissances nécessaires pour bouleverser les systèmes obsolètes et polluants. Fortes de ces connaissances, votre passion pour l’innovation donnera naissance à la prochaine génération de technologies vertes et propres.

L’innovation ne se résume pas à inventer de nouveaux gadgets ; il s’agit de réécrire les règles du jeu. Il s’agit pour de jeunes entrepreneurs d’ouvrir la voie à des économies circulaires où les déchets deviennent des ressources, de développer des outils basés sur l’intelligence artificielle (IA) pour optimiser les réseaux d’énergie propre et de trouver des solutions créatives et adaptées au contexte local aux crises mondiales.

L’avenir n’est pas une réalité lointaine qu’il faut attendre. Il se construit activement en ce moment même grâce à vos idées et à vos actions. Collaborons, pensons différemment, adaptons-nous intelligemment et menons ensemble une action climatique audacieuse. C’est maintenant qu’il faut agir.

Merci.

M. George PAPANDREOU

Grèce, SOC

12:52:21

Discours non prononcé (Règlement, Art. 31.2), disponible uniquement en anglais

M. Dimitrios MANTZOS

Grèce, SOC

12:57:22

Discours non prononcé (Règlement, Art. 31.2), disponible uniquement en anglais

Mme Agnes Sirkka PRAMMER

Autriche, SOC

13:04:09

Discours non prononcé (Règlement, Art. 31.2), disponible uniquement en allemand

Mme Giulia MURATORI

Saint-Marin, SOC

13:08:57

Discours non prononcé (Règlement, Art. 31.2), disponible uniquement en italien

Mme Petra BAYR

Autriche, SOC, Présidente de l'Assemblée

12:21:53

Merci.

Je tiens à remercier tous les intervenants.

Je pense que la longue liste d'intervenants témoigne de l'intérêt de chacun et de l'engagement de nombreux participants.

Sur ce, je donne la parole à Mme Aurora FLORIDIA, rapporteure, pour répondre.

Vous disposez de 3 minutes.

Mme Aurora FLORIDIA

Italie, SOC, Rapporteure

12:22:12

Merci, Madame la Présidente.

Je tiens à remercier sincèrement mes collègues, les intervenants et les représentants de la jeunesse pour leurs propos forts et percutants, ainsi que pour les réflexions et les points de vue qu’ils ont partagés ici aujourd’hui dans cette Assemblée.

Nous avons entendu les cris de colère et de frustration de la jeune génération. Elle nous observe et nous devons être à la hauteur de ses attentes. Nous avons également entendu qu’il est urgent d’agir dès maintenant. Et cette résolution, ce rapport, ne constituent qu’une étape sur la voie que nous nous efforçons de tracer. Vous exigez que nous reconnaissions le droit à un environnement sain, propre et durable. Nous y travaillons et nous avons besoin que les États membres s’engagent à nos côtés.

C’est un peu comme une équipe d’alpinistes, si vous me permettez la comparaison. Certains États membres ouvrent la voie, d’autres aident leurs camarades à grimper et d’autres encore ont peur d’avancer, ce qui est compréhensible. Quelques collègues hésitent encore. À ceux-là, je dirais simplement : écoutez le débat, écoutez les jeunes générations. Suivez notre travail. C'est un travail qui est bel et bien concret, et non idéologique. Nous recherchons des solutions. Rejoignez notre réseau parlementaire pour un environnement sain, participez au travail que nous menons.

Mais, je vous en prie, ne faites pas obstacle à celles et ceux qui sont prêts à avancer. Nous voulons atteindre ensemble le sommet de cette montagne. Avec les jeunes générations, avec toutes les générations. Et permettez-moi également de remercier les KlimaSeniorinnen qui sont ici et qui montrent véritablement ce que signifie œuvrer pour un objectif intergénérationnel. Nous devons donc être unis et aller de l’avant.

Soyons des rêveurs. Moi, je suis vraiment une rêveuse. Il y a trois ans, je ne pensais pas que nous serions ici aujourd’hui, avec vous, les représentants de la jeunesse, ainsi qu’avec les KlimaSeniorinnen, pour prendre la parole devant vous. Soyons des rêveurs. Et soyez assurés que nous allons tout mettre en œuvre pour accélérer la reconnaissance du droit de vivre dans un monde sain et durable. Merci.

Merci pour tout.

Merci à l’équipe.

Merci.

Mme Petra BAYR

Autriche, SOC, Présidente de l'Assemblée

12:25:43

Merci.

Je constate que la présidente de la Commission des questions sociales, de la santé et du développement durable souhaite également prendre la parole.

Vous disposez de 3 minutes.

Mme Saskia KLUIT

Pays-Bas, SOC, Présidente de la Commission des questions sociales, de la santé et du développement durable

12:25:48

Merci beaucoup, Madame la Présidente.

Oui, j’aimerais dire quelques mots au sujet de ce débat, car à écouter ce qui se dit ici, on pourrait croire qu’il y a un large consensus sur les mesures à prendre face à la situation dans laquelle nous nous trouvons. Je n’ai entendu que quelques voix s’élever pour dire qu’il ne fallait pas faire peur aux jeunes à propos du changement climatique. Et je leur dirais ceci : si vous voyez un tigre, vous pouvez bien sûr faire comme s’il s’agissait d’un chaton et essayer de le caresser, mais la peur est une réaction bien meilleure et bien plus raisonnable face à un tigre, car elle vous poussera à agir, à faire ce qu’il faut et à vous mettre en sécurité. Et c’est exactement ce que nous devons faire.

J’ai moi-même été l'une d'entre vous et, trente ans plus tard, me voici aujourd’hui devant vous. Je pense que nous devons aller plus loin. Nous travaillons actuellement à l’élaboration d’un instrument juridiquement contraignant, et certains pays sont prêts à avancer sur cette question. Sans un tel instrument, nous n’avons pas encore accompli les progrès nécessaires.

Nous avons entendu le témoignage d’un agriculteur qui, pendant cinq années consécutives, a perdu son cheptel et ses revenus. Nous avons entendu les jeunes exprimer leurs inquiétudes quant à leur avenir. Nous avons également été confrontés au récit de nombreuses catastrophes climatiques. Ce matin encore, les informations rapportaient que la Suisse avait perdu, au cours de cette seule année, 5 % de ses glaciers. C’est considérable pour nos ressources en eau douce. C’est considérable pour l’agriculture et cela a des conséquences majeures sur notre capacité à assurer notre production alimentaire.

Nous n’avons plus le temps. Nous devons agir, et nous avons des propositions d’actions concrètes.

Je tiens donc à dire à tous mes collègues présents dans cette salle, quel que soit leur bord politique : si vous êtes favorables à ce que l'on en fasse davantage, demandez à votre gouvernement de cesser de faire obstacle à la prochaine étape et, si possible, adhérez à l'engagement en faveur d'un nouvel instrument juridiquement contraignant. Dans la plupart des pays, cela n’apportera rien de nouveau sur le plan législatif, mais cela offrira une bien meilleure protection aux jeunes et aux personnes âgées qui souffrent déjà de problèmes de santé liés au changement climatique.

Nous affirmons défendre les droits humains, mais cette année encore, des milliers de personnes ont perdu la vie en Europe, des pères, des mères, des sœurs et des frères, en raison des conséquences du changement climatique. Et, malgré tous nos efforts, la situation risque de s’aggraver d’année en année. C’est pourquoi j’ai décidé, en ma qualité de présidente, alors qu’il me reste encore une commission à présider, de remettre la question du changement climatique et ce rapport à l’ordre du jour.

Et si vous avez pris la parole aujourd’hui, je m’adresse à chacun de mes collègues, j’attends de vous que vous ne vous contentiez pas de vous exprimer ici. Dans les semaines qui viennent, je vous invite également à vous adresser à votre gouvernement pour lui demander de prendre des mesures concrètes en faveur de l’élaboration d’un instrument juridiquement contraignant. Nous pourrons ainsi, en décembre, faire le point ensemble sur les avancées concrètes que nous aurons réalisées.

Je tiens également à remercier la Présidente ainsi que Mme Aurora FLORIDIA pour l’organisation de cette journée "Green Day", qui revêt une importance particulière dans une année marquée par un épisode exceptionnel d’El Niño. Nous avons beaucoup parlé de l’Europe, mais, pour être tout à fait honnête, mes préoccupations dépassent largement les frontières européennes et concernent le monde entier.

Merci beaucoup.

Vote : L'Europe, le continent où le réchauffement est le plus rapide: accélérer l’action en faveur du climat avec les jeunes

Mme Petra BAYR

Autriche, SOC, Présidente de l'Assemblée

12:29:21

Le débat est clos.

La Commission des questions sociales, de la santé et du développement durable a présenté un projet de résolution et un projet de recommandation dans le Document n°16493, pour lesquels aucun amendement n’a été déposé.

Nous allons maintenant procéder au vote sur le projet de résolution figurant dans ce document. La majorité simple est requise.

Le scrutin est ouvert.

Le scrutin est clos.

Je demande l'affichage du résultat.

Merci beaucoup.

Le projet de résolution est adopté.

[Applaudissements]

Nous allons maintenant procéder au vote sur le projet de recommandation figurant dans le Document n°16493. Je vous rappelle que la majorité des deux tiers est requise.

Le scrutin est ouvert.

Le scrutin est clos.

Je demande l'affichage du résultat.

Le projet de recommandation figurant dans le document n° 16493 est adopté.

[Applaudissements]

Félicitations à la rapporteure rapporteur et à la commission.

Merci beaucoup.

Nous allons maintenant écouter une déclaration de Son Altesse Sérénissime le Prince Albert II de Monaco.

Nous attendons juste qu’il fasse son entrée.

Discours : S.A.S. le Prince Albert II de Monaco

Mme Petra BAYR

Autriche, SOC, Présidente de l'Assemblée

12:32:18

Votre Altesse,

C’est un grand honneur de vous accueillir à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE).

Votre présence est un honneur pour cette Assemblée et témoigne avec force des valeurs que nous partageons : un monde plus juste, plus durable et plus pacifique. En juin, lors de notre commission permanente à Monaco, nous avons eu l’occasion d’entamer un dialogue sur ces mêmes thèmes, et nous allons le poursuivre aujourd’hui à Strasbourg.

Votre Altesse, vous êtes reconnu comme un dirigeant visionnaire et un défenseur infatigable de notre planète. En avril 2006, vous vous êtes rendu au pôle Nord. Vous avez vu de vos propres yeux les effets du réchauffement climatique sur la banquise antarctique. Je me suis rendue deux fois en Antarctique et j’ai pu constater l’ampleur des ravages qui s’y opèrent. Votre voyage a inspiré la création de la Fondation Prince Albert II de Monaco cette même année. Depuis lors, votre fondation défend des causes environnementales à travers le monde, en protégeant la biodiversité marine, en luttant contre le réchauffement climatique et en promouvant le développement durable. Aujourd’hui, elle compte parmi les voix les plus respectées au monde en matière de biodiversité et d’action pour le climat.

Des deux régions polaires au bassin méditerranéen, en passant par des projets dans les pays les moins avancés, vous êtes devenu l’un des leaders environnementaux les plus influents de notre époque. Votre engagement s’inscrit pleinement dans la mission du Conseil de l’Europe et de cette Assemblée en particulier. C’est un privilège de me tenir à vos côtés dans cette cause commune.

Je tiens également à saluer la présidence réussie de Monaco au Comité des ministres, qui se poursuit actuellement. Sous la direction de Monaco, le Comité avance sur des priorités clés, notamment l’intégration de la protection de l’environnement dans le cadre des droits humains. Le débat passionnant sur la crise environnementale sous l’angle des droits humains, qui s’est tenu début septembre à Monaco, a illustré cette approche tournée vers l’avenir. Il a renforcé le rôle du Conseil face à la triple crise planétaire : la crise climatique, la pollution et la perte de biodiversité.

Vivre dans un environnement sain est un droit humain. Monaco en est conscient. Cette Assemblée l’est également.

Votre Altesse Sérénissime, votre engagement en faveur de notre environnement et votre soutien indéfectible à la coopération multilatérale sont une source d’inspiration pour nous tous. Nous vous sommes reconnaissants de votre partenariat constant. Nous nous réjouissons de pouvoir tirer les enseignements de votre expérience et de votre vision. Et au nom de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, des parlements de nos 46 États membres, de nos observateurs et de nos partenaires pour la démocratie, je vous adresse notre plus chaleureuse bienvenue et notre profonde gratitude. Nous attendons avec impatience votre allocution, et poursuivons ensemble ce que nous avons commencé à Monaco.

La parole est à vous.

M. Albert II GRIMALDI

Prince héréditaire de Monaco

12:35:57

Merci beaucoup Madame la Présidente. [En anglais]

Madame la Présidente de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe,

Monsieur le Secrétaire Général du Conseil de L'Europe,

Madame la Secrétaire Générale de l'Assemblée parlementaire,

Madame la Secrétaire Générale adjointe,

Monsieur le Président de la Cour européenne des droits de l'homme,

Monsieur le Commissaire aux droits de l'homme,

Madame la Présidente du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux,

Mesdames et messieurs les parlementaires,

Excellences,

Mesdames et Messieurs en vos titres et qualités,

Chers amis,

Je suis très heureux de pouvoir m'adresser à vous aujourd'hui dans le cadre de la présidence monégasque du Comité des Ministres du Conseil de l'Europe. C'est la première fois que la Principauté de Monaco assume cette fonction importante, c'est pour mon pays une responsabilité en même temps qu'un honneur. C'est aussi le fruit d'un engagement profond dont je voudrais aujourd'hui vous parler.

Depuis le 5 octobre 2004, date de notre adhésion au Conseil de l'Europe, Monaco a noué avec cette organisation un lien essentiel, fondé sur des valeurs communes et sur la conviction que les petits États ont un rôle particulier à jouer dans la construction de l'Europe et dans les équilibres du monde. Cette conviction qui nous réunit aujourd'hui trouve ses racines dans l'histoire, dans les valeurs et dans les actes de mon pays. Puisque vous m'en offrez aujourd'hui l'occasion, je voudrais donc profiter de cette séance exceptionnelle pour vous dire ce que nous sommes, ce qui nous réunit et ce qui fait de Monaco un pays pleinement engagé dans les combats qui sont les vôtres.

Au premier rang de cette convergence, il y a un attachement profond aux droits, à la justice, à la protection des libertés fondamentales et au respect de la dignité de la personne humaine. Monaco est un État de droit, fier de ses principes, fièrement engagé dans la défense des droits humains et des libertés qui sont au cœur des missions de cette organisation. Notre Constitution, nos lois, notre système judiciaire protègent chacun de nos citoyens et de nos résidents. Ils assurent à tous la liberté d'expression, la liberté de culte et la liberté d'opinion. Notre monarchie constitutionnelle garantit un juste équilibre des pouvoirs en même temps qu'elle permet la stabilité et la pérennité de notre pays. Notre système social, sans doute l'un des plus avancés de ce continent, offre à chacun et à chacune une place et des protections importantes. Notre société, mêlant plus de 140 nationalités et dans laquelle les nationaux sont minoritaires, est un modèle de coexistence harmonieuse et d'ouverture au monde. Et notre économie s'appuie sur l'apport quotidien de dizaines de milliers de travailleurs, de touristes et d'investisseurs étrangers qui nous rappellent concrètement l'importance et la valeur de l'accueil et du dialogue avec l'autre.

Pour toutes ces raisons, l'engagement de la Principauté de Monaco au sein du Conseil d'Europe est une évidence que nous sommes heureux de pouvoir incarner concrètement au travers des grands sujets qui structurent notre présidence. Qu'il s'agisse de la protection des droits de l'enfant, du combat contre les violences faites aux femmes, de la lutte contre la cybercriminalité, de la promotion du sport, l'occasion nous est offerte de mieux affirmer ce que nous sommes et de renforcer nos efforts en vue d'une extension et d'un renforcement sur notre continent des principes qui nous guident. Car nous sommes convaincus que les grands enjeux qui traversent nos sociétés et les menaces qu'elles affrontent doivent être abordés collectivement, à la lumière de nos valeurs partagées. C'est la seconde raison qui, à mon sens, rend si évident et si indispensable notre engagement au sein du Conseil de l'Europe, l'impérieuse nécessité de défendre le multilatéralisme et de prouver son utilité face aux crises de notre monde.

Petit État couvrant à peine plus de 2 km², comment pourrions-nous être tentés par un système international qui serait fondé sur le seul droit de la force, du nombre ou de la puissance ? Attachés depuis plus de 700 ans à notre indépendance, à notre régime et à notre Constitution, comment pourrions-nous adhérer à un ordre instable soumis aux aléas et à des rapports de force ?

Or, le Conseil de l'Europe est précisément une communauté de droit qui garantit ces principes. Sa puissance repose sur un socle unique, un patrimoine juridique commun, des engagements librement consentis et des mécanismes permettant de les garantir. La Convention européenne des droits de l'homme et la Cour qui en assure l'application sont au cœur de cet espace. Soutenir leur autorité, garantir l'indépendance de la Cour, c'est ainsi assurer la protection concrète des droits de quelque 700 millions de citoyens européens, parmi lesquels, maintenant, 10 000 Monégasques et les 40 000 résidents de notre principauté qui se sentent pleinement chez eux.

Mais ce système n'est solide que si chaque État respecte ses engagements et exécute pleinement les arrêts qui lui sont adressés. C'est une exigence collective à laquelle nul ne peut se soustraire sans affaiblir l'édifice tout entier. De la même manière, ce système n'est solide que s'il garantit l'intégrité, la souveraineté et la liberté des États qu'il réunit.

L'agression de la Fédération de Russie contre l'Ukraine est à cet égard une violation flagrante du droit international que nous ne pouvons pas accepter. Face à ce crime qu'elle a condamné sans réserve, la Principauté de Monaco a soutenu toutes les initiatives exigeant le retrait des forces russes et réaffirme l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Elle a adopté de nombreuses mesures restrictives alignées sur celles de l'Union européenne. Elle a apporté son concours humanitaire au peuple ukrainien.

Le Conseil de l'Europe, lui aussi, a su répondre avec détermination à cette crise, notamment par l'action du Registre des dommages, la création de la Commission internationale des réclamations, et les avancées vers l'opérationnalisation du Tribunal spécial pour le crime d'agression contre l'Ukraine. Par là, notre organisation a envoyé un message qui dépasse le seul conflit en Ukraine. Les violations du droit international ne sauraient rester sans réponse. Une paix durable ne se construit ni sur la violation des principes communs ni sur l'impunité de ceux qui les piétinent.

Dans un contexte où le multilatéralisme est mis à l'épreuve, cela implique de renforcer l'action des organisations internationales dans leur domaine de compétences respectives. Sa stratégie d'action extérieure adoptée à Chișinău va dans ce sens. Elle vise à donner davantage de cohérence et de portée à l'action du Conseil de l'Europe, tout en préservant sa complémentarité avec l'Union européenne, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et les Nations Unies. Chaque organisation doit pouvoir apporter sa contribution propre. C'est à cette condition que le multilatéralisme garde son sens.

L'influence du Conseil de l'Europe dépasse d'ailleurs les seules frontières de notre continent. Plusieurs de ces conventions sont devenues des références bien au-delà de ces États membres. Cette capacité à convaincre et à rassembler est une force que nous devons préserver. Car le multilatéralisme repose sur une conviction simple. Quels qu'ils soient, les grands défis de notre époque ne peuvent trouver de réponse individuelle. C'est le troisième point que je voudrais évoquer aujourd'hui, au moment de souligner les profondes convergences qui unissent la Principauté de Monaco et cette organisation.

Les guerres, comme les crises climatiques, les menaces technologiques, comme les attaques contre nos démocraties, sont autant de périls qui ne connaissent pas de frontières. Face à eux, nos réponses doivent être pensées et construites en commun. En évoquant cet impératif, je pense en particulier à un sujet qui m'est particulièrement cher, et vous l'avez rappelé, Madame la Présidente, auquel Monaco consacre une part importante de son action, la protection de l'environnement. Nous savons aujourd'hui, le maintien d'une planète viable, saine, aux équilibres climatiques préservés, aux océans vivants et à la biodiversité foisonnante, tout cela est indispensable au développement de l'humanité. Or, le réchauffement, la pollution, l'extinction des espèces et la dégradation des écosystèmes les plus fragiles affectent déjà concrètement nos sociétés, nos économies et menacent l'exercice de nos droits fondamentaux. Face à de tels phénomènes, nul ne peut agir seul. Aucun État, aucune institution, aucun acteur, quelle que soit sa nature, ne peut être efficace s'il ne fédère avec lui toutes les parties prenantes, car toutes ont une responsabilité dans la situation actuelle et toutes ont la capacité de l'infléchir chacun à son niveau. Notre réponse ne peut donc être que collective, fondée sur la connaissance scientifique, sur la coopération internationale et sur notre responsabilité à l'égard des générations futures.

Pour Monaco, cet engagement est ancien. Le soutien à la science, la protection des océans et la préservation de la biodiversité sont au cœur de l'action de la Principauté depuis près de 150 ans. Ils sont la raison d'être de la fondation qui porte mon nom. Depuis 20 ans, elle a conduit ou soutenu largement plus de 800 projets à travers le monde, et notamment sur notre continent. Pour chacun d'entre eux, nous travaillons en partenariat étroit avec des centres de recherche, des universités, des entreprises, des États et des organisations internationales. Parmi celles-ci, le Conseil de l'Europe assume évidemment ses responsabilités. C'est un autre des enjeux qui fait de notre engagement une évidence. La stratégie sur l'environnement pour 2025-2030, issue du processus engagé à Reykjavík, en témoigne. La jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme nous rappelle, elle aussi, que les atteintes à l'environnement ont des conséquences très concrètes sur les droits garantis par la Convention.

Le 2 septembre dernier, dans le cadre de la réunion des Délégués des Ministres que Monaco a accueillie, nous avons voulu créer un espace de dialogue entre expertise scientifique, réflexion juridique et perspective politique. Ces échanges ont montré à quel point les liens entre protection de l'environnement, droits fondamentaux et actions publiques sont profonds et indissociables.

Je sais l'attention que votre Assemblée porte à la reconnaissance du droit à un environnement propre, sain et durable. Cette réflexion doit se poursuivre avec ambition et avec pragmatisme, dans le respect des compétences de chacun et dans la recherche de convergence entre nos États. Protéger la nature, c'est garantir les conditions mêmes dans lesquelles pourront s'exercer demain les droits que nous défendons aujourd'hui.

Madame la Présidente,

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Excellences,

Chers amis,

Faire prévaloir le droit, maintenir le dialogue entre les nations, préserver notre planète, ces trois exigences procèdent, au fond, d'une même conviction : celle que notre avenir ne peut se construire ni dans l'isolement ni dans le rapport de force, mais dans la responsabilité, dans la coopération et dans le respect des règles que nous nous sommes collectivement données. Dans un monde difficile, fragmenté, incertain, notre responsabilité est donc de préserver les espaces où les nations peuvent se rencontrer, se comprendre et agir ensemble au service de la paix, de la stabilité et du progrès.

C'est cette conception du monde qui, depuis des décennies, est au cœur des nombreux engagements de Monaco pour l'État de droit, pour la coopération internationale et pour la protection de la planète. C'est cette même conception que Monaco défend depuis 2004 au sein de cette organisation, j'ose dire de notre organisation, et que nous continuerons plus que jamais de défendre avec vous tous. Parce que le multilatéralisme est un trésor qu'il nous faut protéger et faire croître, parce qu'il est notre destin commun.

Je vous remercie.

[Applaudissements]

Mme Petra BAYR

Autriche, SOC, Présidente de l'Assemblée

12:48:39

Votre Altesse,

Chers collègues,

Mesdames et Messieurs,

Ce matin, un prince et un jeune militant ont pris la parole dans notre Assemblée. Une belle diversité, je dirais. Deux générations, mais un seul message. La crise climatique n’est pas pour demain, elle est déjà là. Merci à tous pour votre contribution.

Cela me semble évident, d'autant plus à la lumière de vos propos, nous avons tous du travail à faire. Nous devons tous ramener ces débats chez nous et essayer de faire tout ce qui est en notre pouvoir. Parmi ces actions figurent notamment la résolution et la recommandation intitulées « L’Europe, le continent où le réchauffement climatique est le plus rapide : accélérer l’action en faveur du climat avec les jeunes », car nous venons de les adopter à une large majorité.

Mais il y a aussi d’autres points que vous venez d’évoquer. Je peux vous assurer que, par exemple, la protection, le soutien et la solidarité envers l’Ukraine constituent une priorité absolue, tout comme le Tribunal spécial pour le crime d’agression contre l’Ukraine. En effet, il faut demander des comptes aux responsables. Et nous nous battrons pour cela, car nous savons que la paix ne sera durable et pérenne que lorsque les auteurs de ces crimes n’en tireront aucun bénéfice. Sinon, c’est la porte ouverte à un nouveau conflit.

Et il en va de même pour ce que vous avez dit au sujet des instances multilatérales : il faut les aider à être actives, efficaces, et à proposer des solutions solides et des voies à suivre. Je pense que cela vaut également pour ce que l’on entend dire au sujet de l’environnement et de la paix : il ne faut pas réagir quand il est trop tard, mais plutôt prévenir. Il faut prévenir les catastrophes. Il faut prévenir les catastrophes humaines qui accompagnent la guerre.

Travaillons donc pour une planète saine, pacifique et juste pour tous.

Merci beaucoup pour ce débat.

[Applaudissements]

L’Assemblée tiendra sa prochaine séance publique cet après-midi à 15 h 30, sur la base de l’ordre du jour adopté lundi.

La séance est levée.

La séance est levée à 12h50