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Women in politics: how to move towards equality? – 13 July 2021 (Rabat, Morocco)

Intervention during the Conference organised by PACE at the invitation of the Parliament of Morocco, in the framework of the project "Support to the development of the role of the Parliament in the consolidation of democracy in Morocco" financed by the EU and implemented by the Council of Europe

(French only)

Monsieur le Président de la Chambre des Représentants du Parlement,

Madame l’Ambassadrice de l’Union Européenne,

Madame la Présidente du Conseil National des Droits de l’homme,

Mesdames et Messieurs, chers amis,

Je suis particulièrement heureux et honoré d’être parmi vous aujourd’hui, et de participer à cette conférence sur Les femmes en politique : comment progresser vers l’égalité ?

Je tiens à remercier le Parlement du Maroc de nous permettre de nous réunir et d’avancer, ensemble, dans notre réflexion sur un sujet qui me tient particulièrement à cœur, celui de la réalisation d’une véritable égalité entre les femmes et les hommes.

C’est l’une des priorités politiques de mon mandat, et c’est aussi un principe essentiel pour notre avenir, que nous devons défendre, diffuser et promouvoir.

A l’heure où nous célébrons l’anniversaire des 10 ans du statut de partenaire pour la démocratie auprès de l’Assemblée Parlementaire du Parlement du Maroc, - le premier partenaire de ce statut - , je voudrais féliciter le Parlement du Maroc pour la progression de la représentativité des femmes en son sein, depuis l’adoption du système des quotas en 2002.

Les progrès sont notables, et il faut continuer sur ce chemin : le chiffre de 21 % du nombre total de parlementaires peut être augmenté, pour le bénéfice de toutes et tous, et pour permettre une implication accrue des femmes dans la vie politique du Maroc.

Mais une réelle égalité en matière de participation ne saurait se résumer à une question de chiffres seulement. L’autonomisation des femmes est fondamentale pour parvenir à l’égalité de genre.

L’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe, que j’ai l’honneur de présider, qui réunit des parlementaires de tous les États membres du Conseil de l’Europe, et également des pays partenaires pour la démocratie et des états observateurs, a été pionnière en matière d’égalité hommes-femmes.

Elle est à l’origine des progrès accomplis dans la lutte contre toutes les formes de discrimination envers les femmes, et a recommandé certaines mesures pour les combattre, telles que l’instauration de quotas de genre en politique, des politiques pour renforcer la participation des femmes dans la vie économique, ainsi que pour favoriser l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée. Les femmes doivent lutter pour parvenir à des postes décisionnels, pour qu’on se rende compte de leur talent, de leurs capacités. De nombreux facteurs les en empêchent : politiques, sociaux, économiques, culturels mais aussi médiatiques.

Or les constitutions et les lois électorales peuvent être déterminantes pour y remédier.

En 2003, le Conseil de l’Europe a adopté une référence en la matière, la Recommandation sur la participation équilibrée des femmes et des hommes à la prise de décision politique et publique. Les gouvernements des États membres se sont engagés à atteindre une représentation minimale de 40% des femmes et des hommes à la vie politique et publique, à travers des mesures législatives, administratives et d’accompagnement, et à adopter des indicateurs pour mesurer les progrès accomplis.

L’assemblée parlementaire apporte également son soutien politique à la Stratégie pour l’égalité entre les femmes et les hommes 2018-2023 du Conseil de l’Europe, qui précise que l’objectif général de l’Organisation en la matière est de parvenir à une égalité réelle entre les femmes et les hommes et d’autonomiser les femmes et les hommes dans les états membres du Conseil de l’Europe.

L’assemblée a d’ailleurs appelé, dans sa résolution de 2019 portant sur « Vers un agenda politique ambitieux du Conseil de l’Europe pour l’égalité de genre », à « parvenir à une représentation égale des femmes et des hommes au sein des organes décisionnels d’ici à 2030 ».

Combien de temps faudra-t-il pour parvenir à une représentation politique équilibrée entre les hommes et les femmes ? Et tant qu’elle n’est pas assurée, peut-on vraiment parler de démocratie représentative ?

L’assemblée a également lancé l’initiative #PasdansmonParlement en 2019, pour sensibiliser aux effets du sexisme et du harcèlement sexuel sur les femmes parlementaires et favoriser les mesures pour mettre fin à ces comportements au sein des parlements.

Notre Commission sur l’égalité et la non-discrimination a accompli un travail remarquable au fil des dernières années sur la question de la représentation politique des femmes.

Je salue en particulier le travail de Mme Eglantina Gjermeni, qui prend part avec nous à cette conférence, pour son rapport sur « Promouvoir la participation des femmes issues de groupes sous-représentés à la prise de décision politique et publique », qui a été débattu le mois dernier lors de la session plénière de l’Assemblée parlementaire à Strasbourg. Il s’agit un rapport important, dont la valeur ajoutée réside dans sa capacité de nous sensibiliser sur la complexité de nos sociétés et sur la pluralité de groupes qui la composent.

On ne peut pas parler tout simplement de « représentation des femmes ». Les femmes rurales, les femmes handicapées, les jeunes femmes, les femmes de couleur ou issues de l'immigration, les femmes LBTI ont des difficultés encore plus marquées pour accéder à la politique. Souvent elles sont donc peu, ou pas du tout représentées. Je suis sûr que les responsables politiques marocains sont conscients de ces difficultés, qui concernent, en plus des femmes vivant au Maroc, celles des communautés marocaines à l’étranger.

Je sais que le parlement marocain a contribué activement aux travaux du réseau parlementaire sur les politiques de la diaspora, et qu’il a soutenu le lancement du Prix européen de la diaspora, qui met en valeur l’enrichissement mutuel entre le pays d’accueil et d’origine.

L'autonomisation des femmes migrantes devrait être l'une des tâches prioritaires des politiques d'inclusion sociale. Le droit de participer de manière significative aux processus décisionnels implique bien plus que le simple fait de voter ou de se présenter aux élections.

Il découle de la liberté de s'exprimer, de partager des expériences et de construire des réseaux de soutien ; de la possibilité pour tous les membres de la communauté de prendre part à des mécanismes participatifs formels et non formels, de sensibiliser et d'influencer les décisions politiques ; et de la capacité d'accéder à l'information, de renforcer les capacités et de développer des compétences de leadership dans la poursuite de priorités et de résultats particuliers.

Les politiques migratoires devraient prendre plus en compte la diversité des expériences des femmes migrantes. Les femmes migrantes se sont organisées en associations de migrants et de diasporas pour représenter leurs intérêts aux niveaux local et national. L'engagement et le soutien des autorités locales à l'égard de ces organisations pourraient être un bon exemple d'une approche inclusive du ‘leadership’. Sans cette participation, en particulier au niveau de la base, les processus politiques risquent d'être de plus en plus détachés de la réalité de la vie des femmes. En outre, grâce à leur expérience des discriminations croisées, les femmes migrantes et réfugiées peuvent apporter une vision transversale et holistique du changement systémique nécessaire.

La réalisation de progrès vers l’objectif d’une meilleure représentativité des femmes en politique demande une forte volonté politique, des ressources adéquates, des mécanismes institutionnels et un changement dans les mentalités et dans les perspectives d’éducation pour les filles – par exemple, les filles sont souvent sous-représentées dans les filières dites « STEM ». Les médias ont aussi un rôle à jouer, en luttant contre les stéréotypes et en présentant les femmes aux postes de décision politique et publique de façon réaliste et impartiale.

Il est essentiel d’adopter des lois et des politiques d’égalité entre les femmes et les hommes et d’assurer l’intégration d’une démarche soucieuse de l’égalité de genre dans tous les domaines de la vie publique et privée, suivie d’une mise en œuvre effective.

Il est également fondamental à mon sens d’associer les hommes et les garçons à la planification et à la mise en œuvre des stratégies et des mesures visant à atteindre l’égalité hommes-femmes.

Mesdames et Messieurs,

Je ne saurai parler d’autonomisation des femmes, de promotion de leurs droits, sans aborder un fait majeur : celui de la violation du droit à la vie, et à une vie sans violence.

L’assemblée est en effet également à l’origine de la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et des filles et la violence domestique – autrement appelée la Convention d’Istanbul.

Nous avons organisé il y a quelques jours, lors de notre session de juin, un événement pour marquer les 10 ans de la Convention d’Istanbul, avec un panel de haut niveau et un débat parlementaire.

Nous avons souhaité mettre l’accent sur la Convention d’Istanbul à cause de l’accroissement du nombre de cas de violence domestique suite aux mesures de confinement liées à la crise sanitaire de la COVID-19. Depuis le début de la pandémie et des mesures de confinement, on a pu observer une augmentation de 60% des appels d’urgence concernant des femmes victimes de violence domestique.

Je voudrais le rappeler ici et clairement : la violence envers les femmes touche tous les pays. Tous les âges. Et toutes les classes sociales.

Elle cause au niveau mondial plus de 90 000 morts par an. En Europe, 1 femme sur 5 est victime de violence physique ou sexuelle, et tous les jours, 7 femmes décèdent sous les coups de leur partenaire.

La Convention d’Istanbul sauve des vies. Elle protège les familles, les femmes, les filles et les enfants de la violence.

Je sais que les débats dans plusieurs pays sur la Convention d’Istanbul ou même sur le concept même de « genre » ont pu être faussés par des malentendus et des contre-vérités. Ne vous y trompez pas.

La Convention d’Istanbul s’occupe purement et simplement de sauver la vie des femmes victimes de violences dans leur foyer, et aucun autre instrument international ne protège mieux les femmes dans le monde.

Notre réseau parlementaire pour le droit des femmes de vivre sans violence a soutenu la mise en œuvre de cette convention, en sensibilisant les législateurs, les responsables politique et le public au fléau de la violence envers les femmes, et en proposant des solutions pratiques et des orientations sur la manière d’y faire face. La Convention d’Istanbul prévoit un rôle spécifique pour les parlements des pays qui y ont adhéré avec l’article 70, notamment au niveau du suivi de sa mise en œuvre.

Un manuel révisé à l’usage des parlementaires sur la Convention d’Istanbul a été réalisé, et j’ai encouragé les pays à le traduire dans toutes les langues – le Parlement du Maroc pourrait ainsi contribuer à sa traduction en arabe.

La route est certes longue, mais l’essentiel est de s’atteler aux problèmes, dans esprit de coopération multilatérale.

C’est ce qui m’amène également à saluer le lancement – aujourd’hui ! – du projet « Appui au développement du rôle du parlement dans la consolidation de la démocratie au Maroc 2020-2023 », financé par l’Union Européenne et mis en œuvre par le Conseil de l’Europe. L’objectif principal de ce projet est de fournir les outils nécessaires pour renforcer le rôle du parlement du Maroc en tant que garant de la diplomatie parlementaire, et il soutiendra aussi sa coopération avec les parlements des pays voisins et des pays membres du Conseil de l’Europe sur des sujets d’intérêt commun, en particulier la création d’un espace juridique commun entre le Maroc et l’Europe.

Mesdames et messieurs, Chers collègues,

Les partis politiques ont un rôle très important à jouer dans le combat pour l’égalité. Ils sont les gardiens des listes électorales et de la visibilité des candidats. Ils sont, ou ont été pendant longtemps, une partie du problème, mais ils peuvent certainement contribuer à la solution. J’espère que dans les discussions d’aujourd’hui nous suivrons ce fil rouge.

N’oublions pas que l’égalité des genres n’est pas seulement importante pour la représentation politique ; elle l’est dans tous les domaines de la vie. Il faut qu’elle soit pleinement intégrée dans la culture d’un pays. Ce n’est qu’ainsi qu’elle pourra se refléter naturellement dans la vie politique.

J’aime souvent à citer Paul-Henri Spaak, premier président de l’Assemblée Parlementaire, qui disait : « Entre le monde parfait et le monde meilleur, je choisis le monde meilleur. Le monde parfait est impossible. Le monde meilleur, lui, ne dépend que de nous. Le monde meilleur exige du courage, de la responsabilité et de la solidarité ». Je suis convaincu que des conférences telles que celles-ci vont dans cette voie.