Suivre la protection des victimes de viol
Réponse à Question écrite
| Doc. 11563
| 10 avril 2008
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- Adoptée
par le Comité des Ministres le 12 décembre 2007, lors de la 1014e
réunion des Délégués des Ministres.
- Réponse à Question écrite
- : Question écrite n° 521 (Doc. 11186)
- Thesaurus
1. Le Comité des Ministres
a examiné avec attention la Question écrite no 521 de l’honorable parlementaire
qui aborde la question du suivi de la protection des victimes de
viol. Le Comité des Ministres considère que le viol en tant qu’atteinte
à l’intégrité physique et psychique et à la dignité de la victime
constitue une violation des droits de la personne humaine, et réaffirme
Note que
l’utilisation du viol en tant qu’instrument de guerre et dans une
stratégie de purification ethnique constitue un crime de guerre
et devrait être considérée comme un crime contre l’humanité. Le
Comité des Ministres rappelle qu’à cet égard le Tribunal pénal international
pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) et la Cour pénale internationale (CPI)
ont compétence pour traduire en justice les personnes présumées
responsables de violations graves du droit international humanitaire,
à savoir les crimes de génocide, les crimes contre l’humanité et
les crimes de guerre. La Chambre pour les crimes de guerre en Bosnie-Herzégovine
et d’autres cours régionales jouent également un rôle de plus en
plus important dans l’administration de la justice pour les crimes
de guerre.
2. Le Comité des Ministres rappelle que le Conseil de l’Europe
s’est très rapidement préoccupé de la situation des femmes en Europe
du Sud-Est lors des conflits armés, notamment lors de séminaires internationaux
sur «Les hommes et la violence à l’égard des femmes» (1999) et sur
«La participation des femmes à la prévention et au règlement des
conflits» (2001).
3. Le Comité des Ministres rappelle en outre que les questions
relatives à la protection des victimes de viol, notamment en situation
de conflit et d’après-conflit, ont été traitées lors de la 5e Conférence
ministérielle européenne sur l’égalité entre les femmes et les hommes
(Skopje, 22 et 23 janvier 2003). Cette conférence portait sur le
thème de «La démocratisation, la prévention des conflits et la construction
de la paix: les perspectives et les rôles des femmes». La conférence
a adopté une résolution sur «les rôles des femmes et des hommes
dans la prévention des conflits, la consolidation de la paix et
les processus démocratiques après les conflits – une perspective
de genre» qui prend en compte et se félicite de «l’adoption (17
juillet 1998) et de l’entrée en vigueur le 1er juillet 2002 du Statut
de Rome de la Cour pénale internationale qui prévoit que le viol, l’esclavage
sexuel, la prostitution forcée, la grossesse forcée, la stérilisation
forcée ou toute autre forme de violence sexuelle de gravité comparable
constituent des crimes contre l’humanité lorsqu’ils sont commis
dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre
toute population civile et en connaissance de cette attaque». Dans
ce contexte, la résolution propose un certain nombre de mesures
aux gouvernements afin de protéger les droits humains des femmes
et d’assister les victimes des conflits. De plus, l’un des suivis de
cette conférence ministérielle a été la préparation d’une recommandation
sur le rôle des femmes et des hommes dans la prévention et la résolution
des conflits et la consolidation de la paix.
4. A cet égard, le Comité des Ministres souhaite attirer l’attention
de l’honorable parlementaire sur sa Recommandation Rec(2002)5 sur
la protection des femmes contre la violence, qui inclut expressément
et de façon détaillée la violation des droits humains des femmes
en situation de conflit armé dans la définition même de la violence
à l’égard des femmes. Outre les mesures générales préconisées pour
protéger les femmes contre toutes les formes de violence, la recommandation
comporte également un certain nombre de mesures additionnelles concernant
les violences en situation de conflit et d’après-conflit, qui prévoient
notamment que les Etats devraient:
- incriminer toutes les formes de violence à l’encontre
des femmes et des enfants dans les situations de conflit, conformément
au droit humanitaire international. A cet égard, la recommandation
reprend textuellement les dispositions pertinentes du Statut de
Rome de la Cour pénale internationale définissant certaines violences
sexuelles commises contre les femmes comme crimes contre l’humanité ou
crimes de guerre;
- envisager d’accorder le statut de réfugié(e) ou une protection
subsidiaire en raison de persécutions fondées sur l’appartenance
sexuelle et/ou octroyer le statut de résidente pour des motifs humanitaires aux
femmes victimes de violence pendant un conflit;
- soutenir et financer les ONG et les autres institutions
officielles dans la région qui conseillent et aident les victimes
de violence dans les situations de conflit et d’après-conflit.
Dans le cadre du suivi de la mise en œuvre de cette recommandation,
un certain nombre d’informations ont été recueillies quant au suivi
des victimes de viol dans les Etats membres sur la base de réponses
à un cadre de suivi fondé sur des indicateurs, préparé aux fins
du suivi de la recommandation, qui a été envoyé aux Etats membres
en 2005. Les Etats de l’Europe du Sud-Est ont répondu à ce cadre
de suivi. Il ressort de ces informations, rassemblées et analysées
dans une étudeNote réalisée
en 2006 et complétée par une autre étude en 2007, que 16 plans d’action
nationaux (sur les 40 Etats membres qui ont envoyé des réponses)
traitent des questions de viol et de violence sexuelle et que 7
de ces plans d’action nationaux traitent de la violence dans les
situations de conflit et d’après-conflit. Les conclusions tirées
des informations recueillies à propos des victimes de viol et d’agression
sexuelle concernent tous les Etats membres ayant participé à cette
étude et ne peuvent donc pas fournir d’indications spécifiques concernant
les victimes de viol en Europe du Sud-Est.
5. Le Comité des Ministres rappelle,
en outre, sa Recommandation Rec(2006)8 sur l’assistance aux victimes
d’infractions, laquelle est adressée en priorité aux victimes appartenant
à des groupes vulnérables, soit du fait de leurs caractéristiques
personnelles, soit du fait des circonstances de l’infraction, les
victimes de viols appartenant sans doute à cette catégorie de victimes.
Cette recommandation invite les Etats membres à prévoir un nombre
important de mesures d’intervention et d’assistance aux victimes,
visant à diminuer les effets négatifs de l’infraction et à assister
les victimes dans tous les aspects de leur réintégration, que ce
soit dans la communauté, à leur domicile ou sur leur lieu de travail.
L’assistance devrait inclure des soins médicaux, des aides matérielles,
et des services de santé psychologique, offerts de façon gratuite,
au moins pour la période correspondant aux suites immédiates de
l’infraction. Une autre priorité d’action pour les Etats membres consiste
à protéger les victimes autant que possible de la victimisation
secondaire. Ils devraient favoriser la mise en place de services
spécifiquement axés sur l’aide aux victimes, des centres spécialisés
pour des victimes des violences sexuelles et domestiques ainsi que
des centres spécialisés pour des victimes d’infractions dans des
situations de victimisation massive, dont le terrorisme. Les Etats
membres sont aussi invités à accorder une indemnisation aux victimes
d’une infraction intentionnelle avec violence, y compris aux victimes
de violences sexuelles, ainsi qu’à la famille proche et aux personnes
à charge d’une victime décédée à la suite d’une telle infraction.
A la lumière de ses conclusions au paragraphe 4 ci-dessus et lors
du suivi de la mise en œuvre de cette recommandation, le Comité
des Ministres demandera aux autorités des Etats membres, en particulier
en situation de conflits, de prévoir des informations spécifiques
sur la situation des victimes de viol.
6. En outre, le Comité des Ministres a été informé du rôle important
et actif joué par l’OSCE ainsi que par plusieurs organisations non
gouvernementales qui ont apporté, et continuent de le faire, une
aide directe aux victimes de viol dans les pays concernés. Dans
ce contexte, il insiste sur l’importance de renforcer encore la coopération
régionale entre toutes ces organisations dans ce domaine. Le Comité
des Ministres reconnaît également pleinement la nécessité de fournir
une assistance spéciale aux victimes dans les rangs des réfugiés et
des personnes déplacées, qui sont, en même temps, les catégories
socialement et économiquement les plus vulnérables.