La virginité de la femme est-elle une qualité déterminante en vue du mariage?
Réponse à Question écrite
| Doc. 11994
| 17 juillet 2009
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- adoptée
à la 1063e réunion des Délégués des Ministres (8 juillet 2009)
- Réponse à Question écrite
- : Question écrite n° 550 (Doc. 11650)
- Thesaurus
Dans un jugement du 1er avril 2008, le tribunal de grande
instance de Lille a annulé un mariage au motif que la femme aurait
menti à son futur mari sur sa virginité. Le tribunal a estimé que
le mariage avait été conclu "sous l'empire d'une erreur objective"
mais aussi qu'une telle erreur était "déterminante dans le consentement [du
mari]". L'épouse avait acquiescé à la demande de nullité formée
par son mari.
Comme l'a relaté la presse, les deux époux étaient en l'espèce
Français, de confession musulmane.
Ce jugement a entraîné de nombreuses polémiques en France
et à l'étranger. La ministre de la Justice de France a demandé,
le 2 juin 2008, au parquet, de faire appel du jugement; appel qui
a été interjeté le 3 juin.
Cette décision est contraire au droit de disposer de son corps
en ce qui concerne les seules femmes; en ce sens, la décision est
contraire à l'égalité entre les hommes et les femmes alors que ce
n'est qu'à leur égard que la preuve de la virginité est matériellement
possible sinon évidente. Il en découle que la décision est manifestement
discriminatoire.
Madame Err demande au Comité des Ministres:
Quelles initiatives le Comité des Ministres entend-il prendre
pour éviter que de telles jurisprudences ne se reproduisent?
Réponse du Comité des Ministres
1. En réponse à la question de
l’Honorable parlementaire, le Comité des Ministres tient avant tout
à réaffirmer son attachement aux valeurs défendues par le Conseil
de l’Europe et à la réalisation de l’objectif principal de l’Organisation,
en particulier pour ce qui est de protéger et promouvoir les droits
humains et leur pleine jouissance. Il rappelle également que l’égalité
entre les femmes et les hommes fait partie intégrante des droits
humains et est un critère fondamental de la démocratie
Note.
2. D’un point de vue factuel, le Comité des Ministres rappelle
que suite à la décision du 1er avril 2008 par le tribunal de grande
instance de Lille d’annuler un mariage au motif que la femme avait
menti à son mari sur sa virginité, la Cour d’appel de Douai a rendu
une décision en appel le 17 novembre 2008 dans laquelle elle déboutait
la demande d’annulation du mariage au motif que la virginité de
l’épouse n’était pas une qualité essentielle du mariage.
3. Le Comité des Ministres salue cette décision des autorités
judiciaires françaises. Il considère en effet qu’une annulation
de mariage pour une question de virginité aurait soulevé plusieurs
questions au regard de la Convention européenne des droits de l’homme,
notamment sous l’angle de l’interdiction de la discrimination évoquée
par l’Honorable parlementaire.