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Observation de l’élection présidentielle en Arménie (18 février 2013)

Rapport d’observation d’élection | Doc. 13172 | 22 avril 2013

Auteur(s) :
Commission ad hoc du Bureau
Rapporteure :
Mme Karin S. WOLDSETH, Norvège, GDE

1 Introduction

1. Le 5 octobre 2012, le Bureau de l’Assemblée a décidé d’observer, sous réserve de la réception d’une invitation officielle, l’élection présidentielle de 2013 en Arménie et constitué à cette fin une commission ad hoc composée de 22 membres: 7 pour le Groupe du Parti populaire européen (PPE/DC); 6 pour le Groupe socialiste (SOC); 3 pour l’Alliance des démocrates et libéraux pour l’Europe (ALDE); 3 pour le Groupe démocrate européen (GDE); et 1 pour le Groupe pour la gauche unitaire européenne (GUE). Le Bureau a en outre décidé que les deux corapporteurs de la commission de suivi pour l’Arménie seraient désignés membres de droit de la commission ad hoc et de la délégation préélectorale.
2. Le 8 décembre 2012, l’Assemblée a reçu une invitation officielle pour observer l’élection présidentielle du 18 février 2013, émanant du Président de l’Assemblée nationale arménienne, M. Hovik Abrahamian. A ses réunions du 17 décembre 2012 et du 25 janvier 2013, le bureau a approuvé la composition de la commission ad hoc et m’a désigné président et rapporteur. Pour la composition finale de la commission ad hoc, voir l’annexe 1.
3. Le 4 octobre 2004, un accord de coopération a été conclu entre l’Assemblée parlementaire et la Commission européenne pour la démocratie par le droit (Commission de Venise). Conformément à l’article 15 de cet accord, «lorsque le Bureau de l’Assemblée décide d’observer une élection dans un pays dont la législation a déjà été examinée par la Commission de Venise, un de ses rapporteurs sur la question peut être invité à intégrer la mission d’observation électorale de l’Assemblée en qualité de conseiller juridique», le Bureau de l’Assemblée a invité un membre de la Commission de Venise à intégrer la commission ad hoc en tant que conseiller.
4. Pour évaluer l’état des préparatifs de l’élection, ainsi que le climat politique préélectoral, le Bureau a envoyé une mission préélectorale à Erevan les 16 et 17 janvier 2013. Cette délégation était composée de moi‑même, en qualité de chef de délégation, de M. Luca Volontè (Italie, PPE/DC), de M. Stefan Schennach (Autriche, SOC) et de Mme Mailis Reps (Estonie, ALDE).
5. Le programme de la mission préélectorale (annexe 2) prévoyait notamment des rencontres avec des candidats à l’élection présidentielle, y compris le Président sortant, les chefs de tous les groupes politiques représentés à l’Assemblée nationale arménienne, le ministre des Affaires étrangères, le président de l’Assemblée nationale, le président de la commission électorale centrale, le directeur de la police nationale, le procureur général, le chef de la mission d’observation électorale du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'homme de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE/BIDDH) et son équipe, des représentants d’organisations non gouvernementales (ONG) et des médias, ainsi que des représentants de la communauté diplomatique à Erevan. La déclaration publiée par la délégation préélectorale à la fin de sa visite figure à l’annexe 3.
6. La commission ad hoc s’est réunie à Erevan du 16 au 19 février 2013; elle a notamment rencontré des candidats à l’élection présidentielle, ou leurs représentants, des chefs de groupes politiques représentés à l’Assemblée nationale arménienne, le président de la commission électorale centrale, un représentant de la police, des représentants des ONG et des médias, le chef de la mission d’observation électorale de l’OSCE/BIDDH et son équipe, ainsi que des représentants des institutions européennes ayant leur siège à Erevan (le programme de la visite de la commission ad hoc figure à l’annexe 4).
7. Conformément aux lignes directrices et aux décisions pertinentes du Bureau, la commission ad hoc a observé cette élection dans le cadre de la mission internationale d’observation des élections (MIOE), qui comprenait aussi des missions d’observation électorale de l’OSCE/BIDDH, dirigée par l’Ambassadeur Heidi Tagliavini, et du Parlement européen, dirigée par M. Milan Cabrnoch. L’Assemblée parlementaire de l’OSCE a décidé d’observer cette élection en dehors du cadre de la MIOE, participant toutefois à son programme d’information conjoint. La coopération entre ces trois partenaires de la MIOE s’est révélée excellente.
8. En tant que président de la commission ad hoc, j’ai également rencontré, à sa demande, une délégation de la mission d’observation de la Communauté des Etats Indépendants (CEI).
9. Le jour du scrutin, la commission ad hoc s’est scindée en 11 équipes qui ont observé les élections à Erevan et ses alentours, ainsi que dans les régions d’Armavir, d’Abovyan, d’Artashat, de Gyumri, de Sevan, d’Ijevan, de Hrazdan Dilijan, de Vanaszor et de Vayots Dzor.
10. Dans sa déclaration de constatations et conclusions préliminaires, publiée le lendemain du scrutin, la MIOE a conclu à l’unanimité que l’élection présidentielle du 18 février avaient été, de manière générale, bien administrée et qu’elle s’était caractérisée par le respect des libertés fondamentales. Les candidats avaient pu faire campagne librement. Les médias s’étaient acquittés de leur obligation légale d’assurer une couverture équilibrée, et tous les candidats avaient pu utiliser leur temps d’antenne. Cependant, un manque d’impartialité de la part de l’administration publique, l’utilisation abusive de ressources administratives, et des cas de pressions sur les électeurs avaient posé problème. Le scrutin, qui s’était déroulé dans le calme et l’ordre, avait toutefois été émaillé par des interventions déplacées dans le processus électoral, principalement de la part de représentants du Président sortant, et par quelques violations graves. La déclaration de constatations et conclusions préliminaires figure à l’annexe 5.
11. La commission ad hoc tient à remercier le Secrétariat de la délégation arménienne auprès de l’Assemblée parlementaire, la mission d’observation électorale de l’OSCE/BIDDH et le Bureau du Conseil de l'Europe à Erevan de leur soutien et de leur coopération dans l’accomplissement de cette mission.

2 Contexte politique et juridique

12. Conformément aux dispositions constitutionnelles pertinentes, l’élection présidentielle du 18 février 2013 a été annoncée par la Commission électorale centrale (CEC) le 8 décembre 2012.
13. Il s’agissait du premier scrutin présidentiel depuis les événements tragiques de mars 2008. Ces événements, survenus après l’élection présidentielle de 2008, remportée par M. Serge Sargsian (Parti Républicain d’Arménie – PRA) avec 52,8 % des voix, M. Levon Ter-Petrossian, premier Président d’Arménie étant arrivé deuxième avec 21,5 % des voix. Ce dernier avait contesté les résultats de l’élection et ses partisans avaient organisé une série de protestations les semaines suivantes. Après les affrontements entre police et manifestants du 1er mars 2008, qui s’étaient soldés par la mort de 10 personnes et au cours desquels plus de 200 personnes avaient été blessées, l’état d’urgence avait été déclaré par le Président en exercice de l’époque, M. Robert Kotcharian. Pour beaucoup, l’élection de février 2013 et les élections législatives qui l’ont précédée ont donc marqué un important progrès dans le dépassement des tensions politiques survenues après les événements de 2008.
14. Les dernières élections législatives ont eu lieu le 6 mai 2012. Le Parti républicain, dirigé par le Président sortant, a remporté 69 des 131 sièges que compte le parlement. Le Parti «Arménie Prospère» (AP), qui était partie intégrante de la précédente coalition gouvernementale, est redevenu le principal parti de la minorité parlementaire en remportant 37 sièges. Le Congrès national arménien (CNA), parti de l’ancien Président Levon Ter-Petrossian, a remporté 7 sièges au sein du nouveau parlement. Le Parti «Etat de droit» et la Fédération révolutionnaire arménienne ont remporté 6 sièges chacun; quant au parti «Héritage», il a obtenu 5 sièges. La coalition gouvernementale actuelle est composée du Parti républicain et du Parti «Etat de droit».
15. L’élection présidentielle du 18 février 2013 est la première à avoir été organisée en application du nouveau Code électoral. Adopté en mai 2011, ce code a été élaboré dans le cadre d’une étroite collaboration avec la Commission de Venise.
16. Dans leur Avis conjoint sur le nouveau Code électoral (CDL-AD(2011)032), la Commission de Venise et l’OSCE/BIDDH indiquent que plusieurs de leurs recommandations ont été prises en compte et considèrent que la nouvelle loi est détaillée et offre une bonne base à des élections démocratiques. Tout en se félicitant des progrès accomplis à certaines égards – composition des commissions électorales, accès aux listes électorales et renforcement de la transparence du financement des campagnes – l’avis fait également état de certaines défaillances persistantes, notamment de restrictions au droit de se porter candidat, de la possibilité de radier facilement des candidats, de la séparation insuffisante entre l’Etat et les partis, et insiste sur la nécessité d’améliorer les procédures de plainte et d’appel.
17. Concernant le droit de présenter sa candidature à l’élection présidentielle, le Code électoral prévoit que les candidats doivent avoir la nationalité arménienne depuis 10 ans et avoir résidé de façon permanente dans le pays depuis 10 ans au moins. Ces conditions de résidence et de nationalité de 10 ans sont disproportionnées. En outre, la loi électorale prive tous les prisonniers de leurs droits électoraux, quelle que soit la gravité de l’infraction commise, ce qui est contraire au principe du suffrage universel et à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme sur le sujet.
18. Après les élections législatives de mai 2012, un groupe de travail composé de membres du gouvernement et d’autres représentants de l’Etat a été établi par un décret présidentiel et chargé d’élaborer un plan d’action aux fins de mise en œuvre des recommandations de la MIOE. Les résultats de ses activités ont été présentés à l’OSCE/BIDDH en octobre 2012 mais, conformément au Code de bonne conduite en matière électorale de la Commission de Venise, l’OSCE/BIDDH a recommandé de ne pas modifier des aspects fondamentaux de la législation à une date aussi rapprochée de l’élection présidentielle de 2013.
19. Une caractéristique politique importante de cette élection a été la décision des trois principaux partis politiques, y compris le parti le plus important de la minorité parlementaire, de ne pas désigner de candidats, ainsi que la décision d’un certain nombre de personnalités politiques de premier plan de ne pas se présenter à l’élection. En outre, les partis de l’opposition ne sont pas parvenus à désigner ou à appuyer une candidature commune contre le président sortant, ce qui a eu des répercussions sur la dynamique de l’élection et sur les possibilités de choix.

3 Administration des élections et enregistrement des électeurs et des candidats

20. L’élection a été administrée sur la base d’un système tripartite de commissions électorales, constitué de la Commission électorale centrale (CEC), de 41 commissions électorales territoriales (CET) et de 1 988 commissions électorales d’arrondissement (CEA).
21. La CEC est composée de sept membres nommés par le Président, sur la base de candidatures proposées par le Défenseur des droits de l'homme (trois membres), le président de la Cour de cassation (deux membres) et le président du Barreau (deux membres). Chaque CET est composée de sept membres désignés par la CEC parmi les citoyens se portant eux-mêmes candidats à ces fonctions. Pour ce qui est de la composition de la CEC et des CET, le Code électoral fixe des quotas par sexe.
22. Les CEA sont composées de huit membres. Deux sont nommés par les différentes CET, tandis que chaque parti et groupe représentés au parlement peut nommer un des six membres restants. Les membres des CEA doivent passer un test et obtenir un certificat de capacité délivré par la CEC.
23. Ceux qui occupent les fonctions de direction de la CEC et des CET (président, vice-président et secrétaires) sont élus par ces commissions elles-mêmes parmi leurs membres. Les fonctions de président et de secrétaire des CEA sont réparties par la CEC entre les personnes désignées par les partis et les groupes, proportionnellement à leurs sièges au parlement.
24. La CEC et les CEA ont préparé les élections de façon professionnelle, en respectant les délais légaux. La CEC a travaillé dans la transparence, en diffusant des informations et en permettant aux candidats et à leurs représentants, aux observateurs et aux médias d’assister à ses réunions. Elle a lancé des spots télévisuels d’éducation des électeurs, produit des documents d’information sur le processus électoral et dispensé des formations à l’ensemble des membres des CET et des CEA. Elle a également organisé le vote électronique des diplomates en poste à l’étranger et des membres de leur famille.
25. L’enregistrement des candidats a été inclusif. Les candidats à l’élection présidentielle ont été désignés par les partis politiques ou se sont eux-mêmes portés candidats. Au total, 15 candidatures ont été soumises à la CEC; un candidat s'est retiré et sept n’ont pas pu consigner la somme demandée pour se présenter, à savoir 8 millions de dram (soit environ 14 700 €).
26. Trois candidats potentiels n’ont pas obtenu les certificats de résidence requis par le Département des passeports et des visas de la Police nationale (DPV). Vu que le Code électoral ne précise pas comment sont calculées les 10 années de résidence, le DPV n’a délivré de certificats qu’aux candidats qui n’avaient pas résidé en dehors du territoire pour une période continue supérieure à six mois au cours des 10 années précédentes.
27. Les huit candidats enregistrés pour cette élection présidentielle étaient: Hrant Bagratian, Andreas Ghukasian, Aram Harutiunian, Paruyr Hairikian, Raffi Hovannisian, Arman Melikian, Serge Sargsian et Vardan Sedrakian. M. Aram Harutiunian a retiré sa candidature le 8 février 2013.
28. L’inscription sur les listes électorales est passive et se fait à partir du registre national de la population. Le DPV est chargé de la gestion du registre électronique national et soumet les listes électorales actualisées à la CEC. Les listes électorales préliminaires ont été publiées et mises à la disposition du public dans les délais prévus par la loi.
29. Pour améliorer la fiabilité des listes électorales et renforcer la confiance de la population à l’égard de l’inscription sur les listes électorales, une version électronique des listes électorales a été affichée sur le site internet de la CEC, ce qui a permis aux électeurs de vérifier leurs données personnelles et celles des autres. De plus, la police a créé une ligne téléphonique et organisé des contrôles au porte à porte pour vérifier les fausses adresses, les immeubles détruits dans lesquels des électeurs étaient toujours enregistrés, ainsi que les adresses auxquelles un nombre important d’électeurs étaient enregistrés. Ces mesures ont permis d’améliorer de manière significative la qualité du registre national de la population et des listes électorales.
30. Conformément au Code électoral, les ressortissants arméniens établis en dehors du pays peuvent voter aux élections nationales s’ils se trouvent en Arménie le jour du scrutin. Pour participer à une élection nationale, les Arméniens résidant à l’étranger doivent présenter une demande dans ce sens au plus tard sept jours avant la date du scrutin. Ils sont inscrits sur la liste d’électeurs supplémentaires de la CEA la plus proche de leur lieu de résidence le jour de l’élection, ainsi qu’indiqué dans leur demande. En vertu de la loi sur l’enregistrement public, les ressortissants arméniens résidant à l’étranger pour une période de plus de six mois sont tenus d’en informer les autorités, à la suite de quoi ils sont notamment radiés des listes électorales. Toutefois, un nombre important d’Arméniens ayant leur résidence permanente ou provisoire à l’étranger ne satisfont pas à cette obligation légale.
31. Comme l’a relevé la délégation préélectorale, un certain nombre de candidats et de partis politiques ont exprimé leur préoccupation au sujet de la fiabilité des listes électorales, affirmant que le nombre d’électeurs enregistré était particulièrement exagéré et pouvait correspondre à des usurpations d’identité d’électeurs résidant à l’étranger. Aucun élément de preuve n’a toutefois été fourni à l’appui de ces allégations.
32. La veille du scrutin, 2 505 980 électeurs étaient enregistrés. Il était également possible de s’inscrire le jour du scrutin pour ceux qui détenaient une décision en ce sens du DPV ou d’un tribunal. 14 293 électeurs ont utilisé cette possibilité.

4 Période de campagne et cadre médiatique

33. La campagne électorale a débuté le 21 janvier 2013 et s’est achevée le 16 février 2013. Elle s’est caractérisée par un respect général des libertés fondamentales et les candidats ont pu faire campagne sans entrave. De manière générale, les candidats ont fait campagne discrètement, la campagne du Président sortant et celle de M. Raffi Hovannisian ayant été les plus visibles, avec un certain nombre de défilés dans tout le pays. Le Président sortant a pu s’appuyer sur un important réseau de campagne et sur les bureaux du Parti républicain dans l’ensemble du pays (soit 1 186 en dehors d’Erevan). Les autres candidats n’avaient qu’un nombre limité de bureaux, situés dans les principales villes, ou n’en avaient pas du tout. Les médias électroniques et les réseaux sociaux ont été largement utilisés par les électeurs et les candidats pendant cette campagne électorale.
34. Tous les candidats, sauf le candidat sortant, ont exprimé des préoccupations au sujet de l’intégrité du processus électoral, de la fiabilité des listes électorales et de l’utilisation abusive des ressources administratives. Les règles relatives à la campagne n’ont pas offert une protection suffisante contre l’utilisation abusive des ressources administratives, ni contre le flou dans la distinction entre l’Etat et le parti dirigeant. Les observateurs à long terme de l’OSCE/BIDDH ont constaté des cas de détournement des ressources administratives en faveur du candidat sortant, à la fois à Erevan et dans les régions, ce qui s’est notamment traduit par des pressions sur les agents publics par leurs supérieurs pour qu’ils participent à des événements liés à la campagne, par l’installation de quartiers généraux de campagne dans des immeubles occupés par l’Etat, les autorités locales et les commissions électorales, ainsi que l’utilisation d’installations publiques à des fins de campagne.
35. Le Code électoral autorise les fonctionnaires et agents publics à participer aux activités de la campagne s’ils sont en congé. Un grand nombre de fonctionnaires et d’agents publics l’ont fait pour pouvoir participer aux activités de campagne du Président sortant, ce qui est conforme aux dispositions légales; leur nombre élevé ayant toutefois contribué à créer une confusion entre Etat et parti politique et entre fonctions officielles et activités de campagne.
36. S’il est appliqué comme il se doit, le Code électoral pourrait efficacement assurer l’intégrité du financement des campagnes et renforcer sa transparence. Toutefois, un certain nombre de décisions du CEC ont sapé l’efficacité du Code électoral en la matière, notamment une décision selon laquelle le loyer payé pour des locaux ne constituait pas une dépense de campagne.
37. En Arménie, la télévision est de loin la principale source d’information, en particulier en dehors d’Erevan. L’impact des médias écrits décline alors que les médias électroniques gagnent rapidement de l’importance. Les médias ont accordé beaucoup d’attention à la campagne électorale et aux activités politiques y relatives, couvrant régulièrement les activités et positions de l’ensemble des candidats. Plus actifs dans leurs campagnes, Serge Sargsian et Raffi Hovannisian ont toutefois bénéficié d’une meilleure couverture que les autres candidats.
38. Pendant la campagne, les médias publics ont assuré une couverture équilibrée et tous les candidats ont utilisé leur temps d’antenne gratuit. Toutefois, la couverture des candidats a surtout été formelle et n’a pas donné lieu à des analyses politiques. Il est regrettable qu’aucun débat télévisé entre candidats n’ait pas pu être organisé.
39. La plupart des parties prenantes se sont félicitées de l’amélioration du cadre médiatique, signalant toutefois des problèmes persistants d’autocensure et pointant l’absence de propriété pluraliste des médias.
40. Le 31 janvier, le candidat à la présidence Paruyr Hairikian a été victime d’une tentative d’assassinat; blessé, il a dû être hospitalisé. La loi arménienne autorise un candidat à demander à la Cour constitutionnelle le report de l’élection de deux semaines en cas «d’obstacles insurmontables» à sa campagne. Le 5 février, l’intéressé a annoncé qu’il ne demanderait pas de report; puis, le 10 février, il a présenté une telle demande, la retirant le 11 février. Ces faits ont semé une certaine confusion dans la campagne électorale.

5 Jour de l’élection

41. De manière générale, la journée électorale s’est déroulée dans le calme et sans violence. Les procédures d’ouverture ont été évaluées positivement dans pratiquement tous les bureaux de vote observés par les observateurs de la MIOE. Le processus électoral, qui s’est déroulé sans heurt, était bien organisé dans la plupart des bureaux de vote observés. Bien qu’il ait été évalué positivement dans l’ensemble, le processus de vote a été évalué négativement dans 5 % des bureaux de vote, principalement en raison d’ingérences excessives dans celui-ci et de cas isolés de violations graves.
42. Les observateurs de la MIOE, notamment les observateurs de l’Assemblée, ont relevé un grand nombre de cas dans lesquels des militants favorables au Président orientaient des électeurs devant les bureaux de vote. Les représentants des candidats étaient présents dans 88 % des bureaux de vote; ils représentaient principalement le candidat sortant. Les représentants des autres candidats n’étaient présents que dans un nombre limité de bureaux de vote. Toutefois, la présence d’observateurs non-partisans (organisations non gouvernementales et autres) a été assurée dans 63 % des bureaux de vote observés. On a constaté que les représentants du Président sortant étaient indûment intervenus dans les travaux des CEA, ou les avaient orientés, dans 7 % des bureaux de vote observés. On a également constaté dans 2 % des bureaux observés, des tentatives d’influencer les électeurs, ainsi que des pressions, et dans 1 % des bureaux de vote observés, des électeurs ont été victimes d’actes d’intimidation.
43. Les observateurs de la MIOE ont également relevé un certain nombre d’autres violations graves, notamment des cas d’urnes mal scellées (dans 5 % des bureaux de vote observés), une série de signatures apparemment identiques sur les listes électorales (dans 3 % des bureaux de vote observés), des cas de vote par procuration (3 % des bureaux de vote observés) et de votes multiples (2 % des bureaux de vote observés). Ont en outre été constatés des éléments indiquant de possibles achats de voix. Au total, deux cas d’achat de voix et quatre cas de bourrage des urnes ont été directement observés par les observateurs de la MIOE. Des cas de vote collectif ont été constatés dans 6 % des bureaux de vote observés, et dans 6 % d’entre eux les électeurs n’ont pas tous rempli leur bulletin de vote secrètement. Dans 12 % des bureaux de vote, les électeurs n’ont pas tous inséré leur bulletin de vote dans l’enveloppe fournie avant de quitter l’isoloir.
44. La loi électorale dispose que le passeport de l’électeur doit être tamponné après le vote, au moyen d’une encre spéciale qui disparaît après un certain temps, de façon à éviter le vote multiple. Cette encre spéciale, censée rester visible pendant 12 heures, s’est révélée facilement effaçable alors même qu’elle avait été testée avant le scrutin par la CEC. Ces problèmes d’encre affectent inutilement la confiance des électeurs. Son utilisation devrait être revue.
45. Dans 7 % des bureaux de vote observés, les observateurs de la MIOE ont constaté des cas dans lesquels des électeurs avaient été évincés parce que leurs noms ne figuraient pas sur la liste électorale du bureau de vote concerné. Il convient de relever que dans de nombreux cas, le même local accueillait plusieurs bureaux de vote.
46. Le dépouillement a été évalué positivement dans tous sauf neuf des bureaux de vote observés. Les irrégularités constatées étaient principalement de nature procédurale, mais dans sept cas le protocole de dépouillement avait été signé au préalable et, dans cinq cas, il n’avait pas été publié après la fin du dépouillement. Dans 14 cas, des personnes n’appartenant pas aux CEA ont été observées en train de participer à la procédure de dépouillement.
47. De la même manière, le processus de tabulation a été évalué dans toutes sauf une des 41 CET que compte l’Arménie. Toutefois, les observateurs ont noté que la présence d’un grand nombre de personnes dans 12 CET avait eu des répercussions négatives sur ce processus. Dans 12 CET, les observateurs n’avaient pas pu observer la saisie informatique des résultats dans des conditions satisfaisantes. Après l’élection, 55 protocoles électoraux certifiés, obtenus par les observateurs de la MIOE le jour du scrutin ont été comparés avec les résultats officiels affichés sur le site internet de la CEC; cette comparaison n’a révélé aucun écart significatif.
48. Le 25 février 2013, la CEC a décidé à l’unanimité que le Président sortant, M. Serge Sargsian, avait remporté l’élection présidentielle du 18 février avec 58,64 % des voix. M. Raffi Hovhannisian est arrivé en deuxième position avec 36,75 % des voix. Quant au taux de participation, il a été de 60,18 %.
49. Les résultats finaux ont été les suivants:
  • Serge Sargsian: 58,64 %, soit 861 373 voix
  • Raffi Hovhannisian: 36,75 %, soit 539 693 voix
  • Hrant Bagratian: 2,15 %, soit 31 643 voix
  • Paruyr Hairikian: 1,23 %, soit 18 096 voix
  • Andreas Ghukasian: 0,57 %, soit 8 329 voix
  • Vardan Sedrakian: 0,42 %, soit 6 210 voix
  • Arman Melikian: 0,24 %, soit 3 520 voix.

6 Plaintes et recours et situation postélectorale

50. Avant l’élection, les commissions électorales et les tribunaux ont été saisis d’un nombre réduit de plaintes, ce qui s’explique par le fait que le Code électoral limite le droit de déposer une plainte aux personnes dont les droits électoraux individuels sont en jeu. Les décisions de tribunaux relatives aux droits électoraux ne peuvent pas faire l’objet d’un recours. Il s’ensuit que la possibilité pour les électeurs d’exercer un recours juridictionnel effectif et de demander réparation est singulièrement limitée.
51. Avant le jour du scrutin, la CEC a été saisie de cinq plaintes. Deux d’entre elles concernaient la question de la somme à consigner pour se porter candidat; ces plaintes ont été rejetées au motif que le montant de la consignation étant fixé par le Code électoral, la question ne relevait pas de la compétence de la CEC. Les trois autres plaintes ont été rejetées sur le fond.
52. La Cour administrative a été saisie de cinq plaintes avant le jour du scrutin; elles ont toutes été rejetées pour des raisons d’incompétence juridictionelle ou de fond.
53. La Police nationale et le Procureur général ont fait savoir qu’ils menaient des enquêtes sur 300 cas présumés d’infraction pénale et administrative. Des procédures pénales ont été engagées dans près de 10 cas, la plupart des autres ayant été considérés comme closes sur la base des résultats des enquêtes préliminaires.
54. Le lendemain de l’élection, le 19 février 2013, M. Raffi Hovhannisian a fait une déclaration dans laquelle il a contesté les premiers résultats annoncés par la CEC et affirmé qu’il avait en réalité remporté l’élection présidentielle. Ses partisans ont ensuite organisé plusieurs manifestations à Erevan et dans d’autres villes, manifestations auxquelles la police n’a nullement fait obstacle.
55. Le 2 mars 2013, la Mission d’observation électorale de l’OSCE/BIDDH a publié un rapport postélectoral intérimaire. Dans ce rapport, elle relevait notamment que l’analyse statistique des résultats électoraux montrait qu’il y avait, selon elle, un lien suspect et étroit entre le taux de participation et le nombre de voix recueillies par le Président sortant, les CEA où le taux de participation était supérieur à la moyenne se caractérisant également par un nombre de voix supérieur pour Serge Sargsian. Dans ce rapport intérimaire, il était également indiqué que le suivi des médias par la Mission d’observation électorale avait montré que contrairement aux médias électroniques, le principal radiodiffuseur avait fait preuve de davantage de sélectivité dans la couverture des événements postélectoraux, laquelle était limitée s’agissant des points de vues critiques à l’égard du déroulement des élections. Ces questions importantes doivent faire l’objet d’enquêtes et d’analyses plus approfondies.
56. Le 4 mars 2013, M. Hovhannisian, ainsi que le candidat à l’élection présidentielle, M. Ghukasian, ont officiellement saisi la Cour constitutionnelle arménienne, demandant l’annulation des résultats de l’élection présidentielle du 18 février 2013 tels qu’annoncés par la CEC.
57. Le 14 mars, la Cour constitutionnelle a rejeté les requêtes de MM. Hovhannisian et Ghukasian demandant l’annulation des résultats définitifs de l’élection présidentielle annoncés par le CEC le 25 février 2013. Parallèlement, la Cour a annulé les résultats de la CEA 17/05 et recommandé que le Procureur général ouvre un enquête sur d’éventuels faits de fraude électorale dans ce bureau de vote. Toutefois, l’annulation des résultats dans cette CEA n’ont rien changé au résultat global et, par conséquent, à l’élection de Serge Sargsian à la Présidence de l’Arménie.

7 Conclusions

58. L’élection présidentielle du 18 février 2013 a été, dans l’ensemble, bien administrée et s’est caractérisée par le respect des libertés fondamentales. Cette élection a marqué un progrès par rapport au précédent scrutin présidentiel de 2008.
59. Les observateurs de la mission d’observation internationale, y compris les membres de la commission ad hoc, ont évalué positivement le vote dans 95 % des bureaux de vote observés, ainsi que 92 % des 106 dépouillements observés; ils ont également évalué positivement le processus de tabulation dans toutes sauf une des 41 CET du pays.
60. Cependant, un certain nombre de déficiences, d’ordre structurel pour certaines, ont été observées. Parmi elles, figuraient notamment l’utilisation abusive des ressources administratives et l’intervention de représentants et de partisans de candidats dans le processus électoral. Autant de problèmes récurrents qui vont à l’encontre des normes européennes relatives aux élections démocratiques et qui sapent la confiance de la population dans le processus électoral. Nous exhortons les autorités à s’attaquer à ces graves problèmes afin qu’ils ne se reproduisent plus lors de futures élections, tant à l’échelon national, local ou régional.
61. La commission ad hoc regrette que les électeurs aient vu leur possibilité de choix limitée par la décision de partis politiques de premier plan de ne pas présenter de candidats.
62. Pour contribuer à assurer la confiance de la population dans le processus électoral, nous attendons des autorités qu’elles mènent des enquêtes sur toutes les allégations de fraude électorale et d’agissements fautifs, et qu’elles punissent leurs auteurs conformément à la loi.
63. La commission ad hoc se félicite des progrès accomplis et appelle les autorités à pallier les déficiences relevées et à appliquer les recommandations formulées dans le présent rapport, ainsi que celles des autres membres de la MIOE, en étroite collaboration la Commission de Venise et le mécanisme de suivi de l’Assemblée actuellement mis en œuvre.

Annexe 1 – Composition de la commission ad hoc

Sur la base des propositions des groupes politiques de l’Assemblée, la commission ad hoc se composait comme suit:

  • Karin WOLDSETH (GDE, Norvège), Présidente de la délégation*
  • Groupe du parti populaire européen (PPE/CD)
    • Jean-Marie BOCKEL, France
    • Lolita ČIGĀNE, Lettonie
    • Renato FARINA, Italie
    • Marietta de POURBAIX-LUNDIN, Suède
    • François ROCHEBLOINE, France
    • Senad ŠEPIĆ, Bosnie-Herzégovine
    • Luca VOLONTÈ *, Italie
  • Groupe socialiste (SOC)
    • Tadeusz IWINSKI, Pologne
    • Paolo CORSINI, Italie
    • Pietro MARCENARO, Italie
    • Luc RECORDON, Suisse
    • René ROUQUET, France
    • Stefan SCHENNACH *, Autriche
  • Groupe démocrate européen (GDE)
    • Robert WALTER, Royaume-Uni
    • Øyvind VAKSDAL, Norvège
  • Alliance des democrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE)
    • André BUGNON, Suisse
    • Kerstin LUNDGREN, Suède
  • Groupe pour la gauche unitaire européenne (GUE)
    • Dimitrios PAPADIMOULIS, Grèce
  • Commission de Venise
    • Oliver KASK, membre de la Commission de Venise
  • Secrétariat
    • Bogdan TORCATORIU, Administrateur, Unité de la coopération interparlementaire et de l’observation des élections
    • Bastiaan KLEIN, Administrateur, Secrétariat de l’Assemblée
    • Gael MARTIN-MICALLEF, Administrateur, Commission de Venise
    • Franck DAESCHLER, Assistant administratif principal, Unité de la coopération interparlementaire et de l’observation des élections

* Mission préélectorale (16-17 janvier 2013)

Annexe 2 – Programme de la mission préélectorale (16-17 janvier 2013)

Mercredi, 16 janvier 2013

10:00-10:30 Réunion de la délégation

10:30-11:00 Réunion avec M. Oleksandr Pavlyuk, Chef du Bureau du Conseil de l’Europe à Erevan

11:00-12:00 Réunion avec le corps diplomatique à Erevan:

  • Ambassadeur Katherine Leach, Ambassade du Royaume Uni à Erevan
  • Ambassadeur Reiner Morell, Ambassade de l’Allemagne à Erevan
  • Sir Timothy Straight, Consul Honoraire de la Norvège et de la Finlande
  • M. Onno Simons, Premier Conseiller, Chef de la section politique, économique, de presse et de l’information, Délégation de l’Union européenne en Arménie
  • Mme Ruzanna Baghdasarian, Administratrice associée de programme national, Bureau de l’ OSCE à Erevan

12:00-13:00 Réunion avec des représentants des ONG:

  • Armenian Helsinki Committee: M. Avetik Ishkhanian, Président
  • Helsinki Citizens' Assembly: M. Arthur Sakunts, Président
  • Transparency International: Mme Sona Aivazian, Vice-directrice
  • It's your choice: M. Harutyun Hambardzumyan, Président
  • Open Society Institute: Mme Larisa Minasian, Directrice exécutive
  • Counterpart International: Mme Lusine Hakobian, Directrice de programmes de la société civile, et M. Carel Hofstra, Directeur de programme

15:00-16:00 Réunion avec Ambassadeur Heidi Tagliavini, Chef de la Mission d’observation des élections de l’OSCE/BIDDH, et son équipe

16:00-17:00 Réunion avec des représentants des médias:

  • Club de presse de Erevan: M. Boris Navasardian, Président
  • Institut du Caucase: Mme Nina Iskandarian
  • RFE/RL (Radio Liberty): M. Aghassi Yenokian, Directeur
  • TV publique: M. Marat Ordian, Directeur adjoint
  • Radio publique: M. Amasya Hovhannisian, Directeur adjoint

Jeudi, 17 janvier 2013

9:00-10:30 Réunions avec des candidats présidentiels:

9:00-9:30 M. Vardan Margarian (représentant M. Hrant Bagratian, leader du Parti de la Liberté)

9:30-10:00 M. Paruyr Hairikian, leader du Parti de l’Auto-détermination nationale

10:00-10:30 M. Hovsep Khurshudian et M. Armen Martirosian (représentant M. Raffi Hovhanisian, leader du parti Héritage)

11:00-12:30 Réunions avec des leaders de groupes parlementaires:

11:00-11:30 Arménie prospère (Mme Naira Zohrabian, M. Vahe Hovhannisian)

11:30-12:00 Congrès National Arménien (M. Levon Zourabian)

12:00-12:30 Fédération révolutionnaire arménienne (M. Armen Rustamian)

13:45-14:30 Réunion avec M. Tigran Mukuchian, Président de la Commission électorale centrale

14:40-15:20 Réunion avec M. Aghvan Hovsepian, Procureur général

15:30-16:15 Réunion avec M. Edward Nalbandian, ministre des Affaires étrangères

16:30 Réunion avec M. Serge Sargsian, Président de l’Arménie

18:00-18:45 Réunion avec M. Vladimir Gasparian, Chef de la Police nationale

19:30 Conférence de presse

20:30 Dîner offert par M. Hovik Abrahamian, Président de l’Assemblée Nationale

Annexe 3 – Déclaration de la délégation préélectorale

Arménie: la délégation pré-électorale de l’APCE note les efforts pour organiser une élection démocratique mais se dit préoccupée par le manque général d’intérêt et de confiance dans le processus électoral

Strasbourg, 17.01.2013 – L’intention des autorités arméniennes d’organiser une élection parfaitement conforme aux normes internationales a été saluée par la délégation de l’APCE en visite dans le pays pour évaluer le climat pré-électoral avant l’élection présidentielle du 18 février.

Néanmoins, la délégation s’est dite préoccupée par le fait que des inexactitudes considérables subsistent sur la liste électorale, alors qu’une liste exacte est une condition préalable à toute élection digne de ce nom. Les choses ne sont toujours pas claires en ce qui concerne le droit de vote des Arméniens qui vivent à l’étranger. La délégation a aussi eu la déception de constater que les recommandations antérieures concernant le caractère d’urgence de la résolution de ces problèmes n’avaient pas été suivies d’effet.

La délégation a aussi constaté qu’à un mois du scrutin, le grand public manquait à la fois d’intérêt pour le processus électoral et de confiance dans celui‑ci. Cette question est très préoccupante, étant donné en particulier que les grands partis politiques, sur lesquels on comptait beaucoup pour présenter des candidats à la présidence, ont choisi de ne pas le faire en raison de leur manque de confiance dans le déroulement de l’élection. Cette décision a restreint le choix des électeurs, conduisant à une situation d’autant plus regrettable que l’élection à venir est déjà assombrie par l’apathie et le manque de confiance. La délégation a souligné qu’il fallait impérativement rétablir la confiance des citoyens car les élections sont une composante essentielle du développement démocratique.

Elle espère vivement aussi que les questions qui avaient déjà fait l’objet de critiques dans le rapport de l’APCE relatif aux élections législatives du 6 mai 2012, en particulier les cas d’intimidation d’électeurs et le recours considérable aux ressources administratives, ont été traitées d’une manière garantissant que de telles pratiques ne se reproduiront pas. Elle espère aussi que tous les candidats seront mis sur un pied d’égalité, notamment grâce à une couverture médiatique équilibrée.

La délégation salue le renforcement de la liberté des médias et elle espère que les candidats inscrits se lanceront dans la campagne électorale sur la base de programmes politiques concrets et que le débat public se concentrera plus sur le fond, afin que le corps électoral puisse faire un choix éclairé.

La délégation est consciente des améliorations juridiques introduites par le nouveau Code électoral adopté en 2011. Elle insiste toutefois sur le fait que l’application juste et équitable du Code est aussi importante que le Code lui‑même.

La délégation préélectorale de l’APCE* se trouvait à Erevan à l’invitation du Président de l’Assemblée nationale de l’Arménie. Elle a rencontré des candidats à la présidence, dont le Président en exercice, des présidents de groupes au parlement, le ministre des Affaires étrangères, le Président de l’Assemblée nationale, le Président de la commission électorale centrale, le Directeur de la police nationale, le Procureur général, des représentants d’ONG et de médias, le Chef de la Mission d’observation des élections du BIDDH de l’OSCE et des diplomates en poste à Erevan.

Une délégation complète de 22 membres de l’Assemblée parlementaire arrivera à Erevan à la mi‑février pour observer le scrutin. La délégation de l’APCE présentera ses conclusions et recommandations à l’Assemblée au cours de la session d’avril de celle‑ci à Strasbourg.

*Karen Woldseth (Norvège, GDE), chef de la délégation, Luca Volontè (Italie, PPE/DC), Stefan Schennach (Autriche, SOC), Mailis Reps (Estonie, ADLE)

Annexe 4 – Programme de la mission d’observation des élections (16-19 février 2013)

Samedi, 16 février 2013

11:00 Réunion de la délégation de l’APCE – informations générales

12:00-12:30 Ouverture par les Chefs des délégations parlementaires:

  • M. Tonino Picula, Assemblée parlementaire de l’OSCE
  • Mme Karin Woldseth, APCE
  • M. Milan Cabrnoch, Parlement européen

12:30-13:00 Contexte politique:

  • Ambassadeur Andrey Sorokin, Chef du Bureau de l’OSCE à Erevan
  • Dr Oleksandr Pavlyuk, Chef du Bureau du Conseil de l’Europe à Erevan
  • M. Traian Hristea, Chef de la Délégation de l’Union européenne à Erevan

13:00-14:30 Equipe centrale de la MOE de l’OSCE/BIDDH:

  • Ambassadeur Heidi Tagliavini et son équipe
  • Contexte politique, campagne électorale et médias, contexte électoral et procédures de vote

15:00-16:30 Table ronde avec des ONG:

  • Armenian Helsinki Committee: M. Avetik Ishkhanian, Président
  • Helsinki Citizens' Assembly: M. Arthur Sakunts, Président
  • Transparency International: Mme Sona Aivazian, Vice-directrice
  • It's your choice, M. Hasmik Sargsian, attaché de presse
  • Open Society Institute: Mme Larisa Minasian, Directrice exécutive
  • Centre des études régionales: M. Richard Giragosian, Directeur
  • Counterpart International: M. Carel Hofstra, Directeur de programme, et Mme Lusine Hakobian, Directrice de programmes pour la société civile

16:30-18:00 Table ronde avec des représentants des médias:

  • Commission sur la Télévision et la Radio: M. Armen Mkrtchian, membre
  • Club de presse de Erevan: M. Mikayel Zolian, Coordonnateur de projet
  • Institute du Caucase: Mme Nina Iskandarian, Rédactrice
  • RFE / RL (Radio Liberty): M. Hrayr Tamrazian, Directeur
  • Public TV: M. Gevorg Altunian, Chef de la section informations
  • Public Radio: Mme Lusine Vasilian, Rédactrice en chef de Radiolur
  • A1 Plus: Mme Karine Asatrian, Rédactrice en chef
  • Aravot Daily: Mme Christine Mirzoyan, journaliste

Dimanche, 17 février

9:00-9:45 Réunion avec M. Davit Harutunian, Chef adjoint du Bureau de campagne électorale du Parti Républicain et Président de la Commission permanente sur des questions d’Etat et juridiques, et M. Vigen Sargsian, Chef de l’Administration présidentielle, représentant M. Serge Sargsian, Président de l’Arménie

9:45-11:15 Réunion avec des candidats présidentiels ou leurs représentants:

  • M. Raffi Hovhanisian, leader du parti Héritage, et M. Hovsep Kahursdhudian, porte-parole
  • M. Arshak Avagian, Chef du Bureau électoral de M. Hrant Bagratian, leader du Parti de la Liberté
  • M. Paruyr Hayrikian, leader du Parti de l’Auto-détermination nationale, et M. Garo Yeghnukian, Chef du Bureau central de campagne électorale

11:15-12:45 Réunion avec des leaders de groupes parlementaires:

  • Congrès National Arménien: M. Levon Zurabian, Coordinateur, M. Avetis Avakian, Chef du Bureau de M. Levon Ter-Petrosian, et M. Vladimir Karapetian

12:45-13:45 Administration électorale:

  • M. Tigran Mukuchian, Président de la Commission électorale centrale, et Mme Tatevik Ohanian, membre

13:45-14:30 Liste électorale et autres questions liés à la police:

  • Général Major Hunan Pogosian, Premier adjoint du Chef de la police, et Général Major Arthur Osikian, adjoint du Chef de la police
  • Colonel Hayk Kochinian, Département des passeports et visas de la Police nationale

14:30 Déploiement et réunion avec les chauffeurs et les interprètes

Lundi, 18 février

Toute la journée Observation de l’ouverture, du vote et du comptage des votes

Mardi, 19 février

9:00 Réunion d’information de la commission ad hoc (debriefing)

15:00 Conférence de presse

Annexe 5 – Communiqué de presse conjoint

Election en Arménie: globalement bien administrée et respect des libertés fondamentales, malgré la persistance de sérieux problèmes

Strasbourg, 19.02.2013 – L’élection présidentielle arménienne a été globalement bien administrée et s’est caractérisée par le respect des libertés fondamentales, notamment de la liberté de réunion et d’expression, a conclu la mission internationale d’observation des élections dans une déclaration publiée aujourd’hui. Dans le même temps, un manque d’impartialité de la part de l’administration publique et l’utilisation abusive de ressources administratives ont généré un certain flou dans la distinction entre les activités de l’Etat et celles du parti au pouvoir, selon cette déclaration.

L’enregistrement de candidatures était largement ouvert, les concurrents en lice ont pu faire campagne librement et les électeurs ont eu la possibilité d’exprimer leur choix. Les médias ont rempli leur obligation légale d’assurer une couverture équilibrée de la campagne et tous les candidats ont fait usage de leur temps d’antenne gratuit, selon les observateurs.

Parmi les problèmes d’utilisation abusive de ressources administratives, la déclaration mentionne la participation à la campagne du candidat sortant, d’un grand nombre de fonctionnaires et agents publics, sur leur temps de congé.

«Le processus électoral a enregistré des améliorations notables depuis la dernière élection présidentielle et nous avons constaté des progrès dans de nombreux domaines, notamment en ce qui concerne l’environnement médiatique et le cadre légal» a déclaré Karin Woldseth, qui conduisait la délégation de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE). «Dans le même temps, nos conclusions communes pointent plusieurs domaines importants dans lesquels des améliorations sensibles sont nécessaires pour que la population puisse avoir pleinement confiance dans le processus électoral».

Le cadre électoral couvre tous les aspects de l’élection; il est globalement propice à la conduite d'élections démocratiques et les commissions électorales ont administré le processus de manière professionnelle, selon les termes de la déclaration. Elle indique aussi qu’aucune preuve n'a été apportée avant le scrutin pour étayer les allégations de plusieurs candidats, qui affirmaient que les listes électorales avaient été gonflées et craignaient que l’identité d’électeurs de l’étranger ait été usurpée par de faux électeurs. La mission a jugé positivement les efforts faits pour améliorer la précision des listes électorales, bien qu’il reste encore à faire dans ce domaine.

«Nous avons assisté à une journée électorale calme, qui ne s’est distinguée par aucun problème majeur du point de vue des procédures électorales et concluant une campagne assez calme et discrète, sans débat politique d’importance et sans réelle compétition», a déclaré Milan Cabrnoch, chef de la délégation du Parlement européen, qui attribue cette situation essentiellement à la décision de trois principaux partis de ne pas désigner de candidat.

La campagne a été paisible, bien qu'un candidat ait été blessé par balle dans les premiers jours, dans des circonstances actuellement sous enquête. Si le scrutin s’est passé dans le calme et l’ordre, il a été marqué par des interventions déplacées dans le déroulement des opérations, principalement de la part de représentants du candidat sortant, et quelques atteintes graves au bon déroulement du scrutin, y compris des cas de pressions exercées sur des électeurs, ont été observées.

«Après six semaines de présence dans le pays, nous pouvons dire que les candidats ont pu faire campagne librement et que les libertés fondamentales ont été respectées. Globalement, l’élection a été administrée de manière professionnelle et de réels efforts ont été faits par les autorités pour améliorer la qualité des listes électorales. Les médias ont assuré une couverture plutôt équilibrée de tous les candidats, même si cette couverture aurait gagné à inclure une analyse plus critique et des débats entre les candidats», selon l’ambassadrice Heidi Tagliavini, chef de la mission d’observation électorale de longue durée du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme de l’OSCE (OSCE/BIDDH). «Malheureusement, les limites floues entretenues entre l’Etat et le parti au pouvoir restent problématiques, comme l’ont montré l’utilisation abusive qui a été faite des ressources administratives, les pressions exercées sur les électeurs et le manque d’impartialité de l’administration publique».