La culture européenne est née do la pensée et de l'action séculaires de peuples libres. Elle est une et diverse. Sa diversité tient à ses origines. Les différences de structure et de conditions de vie des peuples se sont fixées en elle, comme les multiples formes du libre effort collectif d'où elle est issue. Des générations d'hommes et de femmes de toute classe sociale l'ont marquée de leur empreinte.
Elle est une, par le respect qu'elle voue à la personne humaine, à la primauté de l'esprit, à la liberté d'opinion et la libre expression des idées; par l'intransigeance do sa résistance à toute oppression.
Elle n'est au service ni d'une nation ni d'une classe, mais de l'homme. Aucune considération nationale ou idéologique no peut prévaloir contre elle.
Il n'appartient a aucun pouvoir d'interdire ou d'entraver la recherche individuelle de la vérité.
La culture n'est pas un moyen de rendements Elle ne se mesure pas aux progrès techniques qu'elle permet d!accomplir ni aux accroissements de puissance qui en résultent. Elle réside essentiellement dans un effort de connaissance désintéressé et un épanouissement de la personnalité qui peuvent emprunter, selon les individus, les formes les plus élevées ou les plus humbles.
La culture ne peut être le privilège d'une minorité. Tout homme y a droit au même titre qu'à la liberté, et c'est le devoir de toute démocratie d'en assurer l'accès à chaque citoyen malgré les inégalités économiques et sociales.
Ces principes ayant été admis à l'unanimité par la commission, celle-ci a formulé les projets de recommandation dont le texte suit :
Il est recommandé au Comité des Ministres :
D'établir un ensemble de conventions culturelles entre les Etats Membres du Conseil de l'Europe; dans l'esprit des accords déjà conclus entre plusieurs de ces pays;
De prendre toutes mesures utiles, pour assurer, entre les Etats Membres du Conseil, la libre circulation et le libre échange, en franchise de droits de douane et de toutes taxes similaires, des livres, des périodiques, des journaux, des reproductions artistiques et des films documentaires — à l'exception des publications et des films tombant sous le coup des lois en vigueur sur la moralité publique;
D'envisager les moyens d'établir entre les Etats Membres du Conseil, une coopération plus étroite en matière de recherche scientifique et de développement technique; de mettre en commun à cette fin, autant qu'il est possible, les ressources matérielles de ces pays et de réaliser les connexions nécessaires entre les personnels techniques;
De mettre au point l'aide pratique à apporter, par voie législative ou autrement,, aux organisations privées qui visent à promouvoir la culture européenne.
Il est recommandé au Comité des Ministres d'inviter prochainement les Ministres de l'Education nationale à se réunir pour établir un plan européen de coopération culturelle.
Les Ministres de l'Education nationale pourront être, à cette fin, assistés par les experts dont le concours leur paraîtra utile.
Pour les questions relevant de la juridiction universitaire, le Comité des Ministres invitera les autorités responsables des Universités (Recteurs, Chanceliers, Vice-Chanceliers) à se réunir et à se concerter au sujet des dispositions à prendre.
Le plan de coopération sera présenté à la prochaine session de l'Assemblée. Il portera notamment sur les points suivants :
L'Assemblée considère que la question d'une d Université européenne » pourrait être discutée au cours d'une prochaine session.
Elle croit de son devoir, enfin, d'attirer l'attention des Ministres de l'Education nationale sur le sort malheureux des professeurs et des maîtres d'enseignement chassés de leurs foyers par la guerre et ses suites, et qui ont perdu leur situation, leurs livres et leurs instruments de travail. L'Assemblée souhaite que leurs connaissances et leurs talents puissent être mis au service de la culture et de la science européenne.
Il est recommandé au Comité des Ministres d'instituer un Centre européen de la culture, dont la mission essentielle serait :
L'Assemblée est d'avis qu'il appartiendra aux organisateurs du Centre européen de la Culture de juger s'il y a lieu de fonder dans chaque pays une filiale du Centre, travaillant en liaison avec celui-ci.
L'Assemblée constate que ces diverses tâches sont connexes, dans leur ensemble, à celles qui incombent à l'U. N. E. S. C. 0. sur le plan européen. Elle exprime donc le voeu qu'une liaison efficace soit établie avec cette organisation.