Demander à la France de promouvoir la protection des minorités nationales et des langues minoritaires ou régionales, notamment en ce qui concerne l'utilisation de la langue catalane dans l'enseignement
Réponse à Question écrite
| Doc. 15549
| 10 juin 2022
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- Adoptée lors de la
1434e réunion des Délégués des Ministres
(11 mai 2022). 2022 - Troisième partie de session
- Réponse à Question écrite
- : Question écrite n° 763 (Doc. 15303)
1. Concernant les
langues minoritaires, le Comité des Ministres prend note des informations
fournies par la France et présentées ci-dessous. Il rappelle que
la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires (STE
n° 148) est ouverte à l’adhésion des États membres du Conseil de
L’Europe et de tout autre État sur invitation du Comité des Ministres.
Les activités de promotion de la Charte s’adressent donc à la fois aux
États membres et aux États non membres.
2. La France n’est effectivement pas partie à la Convention-cadre
sur la protection des minorités nationales (STE n° 157) ni à la
Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Elle a
signé cette Charte le 7 mai 1999 mais ne l’a pas ratifiée. En effet,
le Conseil constitutionnel a jugé (décision du 16 juin 1999), en s’appuyant
sur l’article 2 de la Constitution française disposant que «la langue
de la République est le français», que la Charte comportait des
clauses contraires à la Constitution et qu’en adhérant à la Charte,
la France méconnaîtrait les principes constitutionnels d’indivisibilité
de la République, d’égalité devant la loi, d’unicité du peuple français
et d’usage officiel de la langue française.
3. Néanmoins, il convient de souligner que, depuis 2008, les
langues régionales sont reconnues par la Constitution française,
à travers son article 75-1, qui dispose que «les langues régionales
appartiennent au patrimoine de la France».
4. Par ailleurs, si la voie de la ratification n’est pas celle
choisie par la France compte tenu de son cadre constitutionnel,
le gouvernement conduit une action concrète et déterminée pour valoriser
les langues régionales et accompagner leur promotion.
5. Dans le domaine de l’éducation, la France promeut les langues
régionales dans l’ensemble de la filière éducative, de la maternelle
à l’enseignement supérieur. Actuellement, près de 121 000 élèves
apprennent les langues régionales, dont 11,5 % (14 021) sont scolarisés
dans des écoles pratiquant l’enseignement immersif.
6. La Loi du 8 juillet 2013 (n° 2013-593) prévoit, s’agissant
des langues et cultures régionales appartenant au patrimoine de
la France, que leur enseignement est favorisé paritairement dans
les régions où elles sont en usage. Cet enseignement peut être dispensé
tout au long de la scolarité selon des modalités définies par voie
de Convention entre l’État et les collectivités territoriales où
ces langues sont en usage.
7. D’autres dispositions législatives et réglementaires œuvrent
en faveur du développement de l’enseignement des langues vivantes
régionales. La loi n° 2021-641 du 21 mai 2021 relative à la protection patrimoniale
des langues régionales et à leur promotion a ainsi mis en place
plusieurs mesures qui participent à la valorisation et au développement
de l’enseignement des langues régionales. L’introduction de l’article L. 312-11-2
dans le code de l’éducation précise ainsi que «la langue régionale
est une matière enseignée dans le cadre de l’horaire normal des
écoles maternelles et élémentaires, des collèges et des lycées sur
tout ou partie des territoires concernés, dans le but de proposer
l’enseignement de la langue régionale à tous les élèves». La loi
permet également la facilitation de la scolarisation des enfants
dans les établissements privés du premier degré sous contrat d’association
dispensant un enseignement de langue régionale lorsque la commune
de résidence ne dispose pas d’école dispensant un enseignement de
langue régionale. La loi instaure aussi l’obligation pour les communes
de résidence qui ne disposent pas d’écoles bilingues à contribuer
aux frais de scolarité des élèves concernés dans les écoles privées
sous contrat proposant un enseignement bilingue.
8. Par ailleurs, depuis la rentrée 2021, l’enseignement du breton,
du basque, du corse et de l’occitan est intégré à l’offre nationale
de formation à distance (CNED) afin de faciliter l’accès à cet enseignement
sur l’ensemble du territoire et d’augmenter le nombre de pratiquants.
9. Suite à la publication du rapport Euzet-Kerlogot en juillet
2021, la France a poursuivi sa réflexion pour continuer de promouvoir
l’enseignement des langues régionales dans le cadre de sa constitution.
10. Afin de mettre en perspective les différentes actions déployées
en faveur de l’apprentissage des langues vivantes et des langues
de l’Antiquité, un Conseil supérieur des langues a été créé le 24
janvier 2022. Instance d’expertise et de réflexion, il vise trois
objectifs principaux: élever le niveau général des élèves en langues, favoriser
l’ouverture et les échanges dans un souci de justice sociale et
de transmission de l’humanisme, et construire des politiques linguistiques
appuyées sur la recherche et adaptées aux besoins des territoires.