09/11/2016 Questions politiques et démocratie
Alep ne sera pas la dernière bataille de la guerre en Syrie, même si les espoirs sont grands qu'elle permette du moins une reprise des pourparlers. Les experts invités à une audition sur la situation à Alep, organisée par la Commission des questions politiques étaient unanimes dans leur analyse. Comme le souligne Jean-Claude Mignon (France, PPE/DC) dans son rapport, après plus de cinq ans et demi, il apparaît clairement que la crise syrienne n'appelle pas simplement une solution militaire. La chute d'Alep ne saurait constituer la fin du conflit et des divisions internes, alimentées par les intérêts de puissances étrangères.
Pour Florence Gaub, analyste à l'Institut d'Etudes de Securité de l'Union Européenne, si la guerre en Syrie a d'ores et déjà fait plonger le pays 40 ans en arrière, sa reconstruction prendra beaucoup de temps. Pour y maintenir la paix, il faudra environ 250 000 hommes, « car un conflit de cette envergure ne disparait pas, il devient souterrain. Par ailleurs, le risque d'un embrasement dans une région où un conflit vient d'avoir lieu est toujours très élevé », explique Mme Gaub en ajoutant que c'est la question de la sécurité qui domine aujourd'hui les préoccupations de la population syrienne par rapport aux problèmes politiques.
« Au-delà de la guerre, le peuple syrien subit de plein fouet toute une série de fléaux corollaires, tels que les activités commerciales des milices, la corruption, la violence arbitraire ou encore l'énorme clivage en termes de richesses », explique Frédéric Pichon, spécialiste du Moyen-Orient et chercheur à l'Université de Tours. « A chaque fois que l'État se retire, l'espace est comblé par des organisations hybrides aux confins du terrorisme et de la mafia », explique-t-il en soulignant qu'il faudra beaucoup de temps et d'argent pour que la paix revienne.
Un système démocratique à l'occidentale ne serait cependant pas transposable mécaniquement à une zone post-conflit selon Mme Gaub : « tout l'art consiste à transposer la démocratie dans une culture politique ».
« Quant à Alep et Mossoul, nous ne pourrons pas faire l'économie d'une réflexion sur l'avenir politique des sunnites dans la région », rappelle M. Pichon. « La solution ne pourra pas être militaire, mais politique. Il est primordial de reprendre le dialogue avec tous. Une politique qui consiste à délégitimer et diaboliser les uns par rapport aux autres, mène dans l'impasse ».
Dans ses projets de résolution et de recommandation adoptés à l'unanimité sur la base du rapport de Jean-Claude Mignon, la Commission des questions politiques appelle ainsi à un processus inclusif dirigé par les Syriens et conduisant à une véritable transition politique. Celle-ci, dit-elle, doit répondre aux aspirations légitimes du peuple syrien et lui permettre de décider de son avenir de manière indépendante et démocratique par le biais d'élections libres et équitables, après stabilisation de la situation dans le pays.