12/12/2016 Observation d'élections
Selon les observateurs internationaux à Skopje, la coopération entre les partis pour mettre fin à la crise politique a abouti à des élections pluralistes, même si des réformes durables restent nécessaires
Les élections législatives qui se sont tenues le 11 décembre dans « l’ex-République yougoslave de Macédoine » ont été pluralistes et ont constitué une étape essentielle dans la résolution d’une profonde crise politique qui dure depuis deux ans. Elles se sont toutefois déroulées dans un climat marqué par une grande méfiance du public à l’égard des institutions et de la classe politique, ont conclu les observateurs internationaux dans une déclaration préliminaire publiée aujourd’hui.
Alors que les principales forces politiques ont accepté une série de changements juridiques et institutionnels visant à garantir une participation sur un pied d’égalité, il faut encore résoudre des problèmes sous-jacents, notamment en lien avec les médias et l’inscription des électeurs, et ce de manière durable, indique la déclaration.
« La forte participation montre que les électeurs ont compris le rôle crucial d’un bon processus électoral pour l’avenir de leur pays », a souligné Roberto Battelli, coordinateur spécial et chef de la mission d’observation de courte durée de l’OSCE. « Il appartient désormais à la classe politique de répondre à ces attentes. Elle doit tirer parti de la dynamique actuelle et de la mission qui lui a été confiée afin de poursuivre les réformes nécessaires pour l’avenir du pays ».
Les améliorations significatives apportées à la législation électorale ont tenu compte de la plupart des recommandations formulées par le BIDDH et la Commission de Venise du Conseil de l’Europe. Des mécanismes temporaires ont été mis en place en vue d’un contrôle entre les partis des principaux volets du processus électoral. En revanche, selon la déclaration, plusieurs recommandations restent sans suite et certaines dispositions sont ambiguës.
« Le pays se trouve à un nouveau carrefour qui lui ouvre la voie vers la normalité dans la vie politique. Tous les acteurs concernés doivent maintenant prouver leur engagement à guider le pays dans cette voie », a déclaré Stefan Schennach, chef de la délégation de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. « Les différentes communautés ethniques ont déjà prouvé lors des manifestations de rue de l’été dernier que la coopération dans un but politique commun est possible. Le pays doit maintenant œuvrer à l’unisson pour que les clivages ethniques cèdent la place à une coopération visant l’édification de la nation ».
Bien que les libertés fondamentales aient été respectées dans l’ensemble et que les candidats aient pu faire campagne librement, les observateurs ont eu connaissance d’allégations d’intimidation d’électeurs et de fréquentes pressions exercées sur les fonctionnaires, allégations qu’ils ont vérifiées dans une douzaine de cas.
« Nous avons vu un nombre impressionnant de personnes souhaiter mieux pour leur pays et pour les générations à venir. Les tendances positives que nous avons observées doivent maintenant se traduire dans des mécanismes durables, et les défaillances que nous recensons doivent être corrigées au moyen d’un dialogue constructif avec les institutions compétentes de l’État, en particulier avec le Parlement », a affirmé Azay Guliyev, chef de la délégation de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE. « Toutes les forces politiques doivent œuvrer pour garantir qu’il n’y aura pas de retour en arrière dans la crise politique ».
Selon les observateurs, les préparatifs de la Commission électorale nationale (CEN) en vue des élections ont été entravés par une organisation interne inefficace, une prise de décisions politisée et des délais légaux raccourcis. La Commission n’a pas toujours mené ses activités en toute transparence, car elle a souvent tenu des séances à huis clos et n’a pas publié systématiquement ses décisions. Le jour des élections, le scrutin a été bien organisé globalement et s’est déroulé sans incidents majeurs.
« Nous pensons que ces élections ont montré ce que veulent les gens de ce pays et ce qu’ils méritent pleinement : voir la fin d’une longue période de crise politique. Nous attendons du nouveau gouvernement qu’il envoie un signal clair de sa volonté de travailler avec tous les partis politiques siégeant au Parlement dans le but d’entreprendre des réformes devenues urgentes », a souligné Igor Šoltes, chef de la délégation du Parlement européen. « Nous appelons tous les partis à fournir l’appui nécessaire aux institutions judiciaires, et au Bureau du Procureur spécial en particulier, dans la mesure où ses travaux doivent être menés à bon terme dans leur intégralité ».
Pour répondre aux préoccupations de longue date concernant l’exactitude des listes électorales, la Commission électorale nationale a examiné pour la première fois le registre électoral, par un recoupement de plusieurs bases de données et des vérifications ‘en porte-à-porte’, selon la déclaration. Les défaillances juridiques et structurelles de la tenue du registre des électeurs devant encore être corrigées, le contrôle effectué par la Commission, qui ne s’appliquait qu’à ces élections, ne garantit pas d’amélioration durable sur ce point.
L’environnement médiatique diversifié est marqué par des clivages politiques et ethniques. Le suivi des médias a fait ressortir que, si les médias publics ont assuré aux candidats un traitement globalement équitable dans les actualités, certains médias privés ont pris position en faveur du parti au pouvoir. D’importantes réformes des médias doivent encore être mises en œuvre.
« Les événements qui ont précédé les élections ont nécessité une coopération entre les partis pour mettre en place des mécanismes temporaires capables de résoudre les problèmes urgents. Le processus s’en est trouvé amélioré, en particulier pour ce qui concerne les médias et le cadre juridique », a indiqué Tana de Zulueta, chef de la mission d’observation électorale du BIDDH. « Pour que ces améliorations s’inscrivent dans la durée, les lacunes sous-jacentes devront être corrigées. Il faudra pour cela renforcer la coopération et l’engagement pour des mesures de reformes systématiques, mais surtout, inclusives, du système électoral ».
Texte intégral de la déclaration
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