C Exposé des motifs,
par M. IwińskiNote
1 Introduction
1. Lors de la préparation du présent rapport, la commission
des migrations, des réfugiés et de la population a tenu plusieurs
réunions dans la région euro-asiatique: au Kazakhstan, à l’occasion
du premier Forum parlementaire euro-asiatique sur les migrations,
qui s’est tenu à Almaty en septembre 2005
Note; dans le
kraï de Krasnoïarsk,
en Russie, en septembre 2006; à Antalya, en Turquie, en octobre 2007
Note; enfin, à Saint-Pétersbourg, à l’occasion
de la Conférence parlementaire internationale «Mondialisation des
processus migratoires: problèmes de réglementation juridique», organisée
conjointement par l’Assemblée interparlementaire de la Communauté
d’Etats indépendants (AIP CEI) et l’Assemblée parlementaire du Conseil
de l’Europe en avril 2008
Note. Le rapporteur a également
effectué une mission d’information dans la partie asiatique de la
Fédération de Russie (régions d’Irkoutsk et de Khabarovsk) en août
2008.
2. Au long des siècles, les mouvements migratoires et la mobilité
des personnes ont joué un rôle important dans l’histoire commune
et le développement socio-économique et culturel de l’Europe et
de l’Asie. Sur le plan historique et contemporain, la Russie et
la Turquie constituent les portes d’accès orientales à l’Europe,
reliant l’Europe au Moyen-Orient, l’Asie centrale et l’Extrême-Orient.
3. Le rapport de l’Assemblée parlementaire sur la présence turque
en Europe (
Doc. 11083) et sa
Recommandation
1774 (2006) couvrent en détail l’émigration turque vers l’Europe
occidentale. Le présent rapport porte donc plus particulièrement
sur les migrations et la mobilité en Russie et dans la Communauté d’Etats
indépendants (CEI)
Note.
4. Avec l’expansion de l’Empire russe aux XVIIe et
XVIIIe siècles, de la Pologne à l’ouest
jusqu’à à l’océan Pacifique à l’est, la Russie est devenue de loin
le plus vaste pays du monde en termes de superficie et possède,
entre l’Europe et l’Asie, la plus longue frontière terrestre extérieure.
Représentant presque un continent à elle seule, la Russie a attiré
de nombreux flux migratoires très divers au cours des différentes périodes
de son histoire.
5. L’Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS) a compté,
pendant la quasi-totalité du XXe siècle
et jusqu’à sa dissolution en 1991, 15 républiques constitutives,
devenues désormais des Etats indépendants (CEI). Ouvert au reste
du monde, l’espace postsoviétique reste néanmoins étroitement interconnecté
au plan économique et social. Les mouvements de population entre
la plupart des anciennes républiques soviétiques bénéficient d’une
exemption de visa. Ils s’effectuent dans le cadre d’un régime naturel et
humain de migration pour un territoire où les frontières des Etats
ont séparé des familles, des proches et des compatriotes. Après
dix-sept ans de développement souverain, les Etats postsoviétiques
cherchent aujourd’hui de manière pragmatique les moyens les plus
appropriés de tirer profit de la mondialisation à laquelle ils se
retrouvent mêlés.
6. La liberté des mouvements de population constitue une importante
ressource pour le développement économique dans la région euro-asiatique,
ce dont les pays de la région prennent de plus en plus conscience. En
termes de taux de développement économique, de PIB par habitant,
de taux de pauvreté et d’opportunités économiques offertes à leurs
citoyens, ces Etats connaissent des disparités considérables. Elles
s’ajoutent au déséquilibre démographique entre les pays de la CEI
et les autres pays de la région, le déclin rapide de la population
en Russie et en Ukraine contrastant avec le taux de croissance relativement
fort de la population des Etats d’Asie centrale, de Transcaucasie
et du Moyen-Orient. Ces facteurs sont à l’origine de nombreux flux migratoires.
Dans ce contexte, le marché commun de l’emploi de la CEI peut s’avérer
un instrument économique permettant d’employer au mieux la main-d’œuvre
de la région, d’équilibrer les excédents et les déficits du marché
du travail, de donner une impulsion aux économies moins développées
et de servir l’intégration régionale dans l’intérêt mutuel des pays
concernés. Le Moyen-Orient connaît une situation politique totalement
différente et bien plus complexe, où le principe d’un marché commun
et ouvert du travail est sérieusement mis en péril par l’instabilité
actuelle dans la région.
7. Aujourd’hui, les migrations de travail dans la région euro-asiatique
sont pour l’essentiel illégales, en raison notamment des barrières
administratives et de l’excès de bureaucratie dans les procédures
d’obtention des autorisations dans le principal pays d’accueil,
qui est la Russie. Les migrations irrégulières et l’emploi illégal
de travailleurs migrants sont un problème tant pour les pays d’origine
que de destination. Ces phénomènes entraînent une altération du
marché du travail, l’expansion de l’économie souterraine, la corruption,
la criminalisation des migrants, leur rupture avec la légalité,
la propagation des pratiques d’exploitation et le mépris de leurs
droits humains. Ces problèmes ont aussi été soulignés par le directeur
du service des migrations de la Fédération de Russie, M. Romodanovski,
lors de la 8e Conférence du Conseil de l’Europe
des ministres responsables des questions de migration (Kiev, 4 et
5 septembre 2008).
8. Récemment, la Russie a révisé sa politique de migration à
l’égard des travailleurs migrants en provenance des Etats de la
CEI, qui bénéficient d’un régime d’exemption de visa pour l’entrée
sur le territoire
Note. La
nouvelle réglementation, entrée en vigueur en janvier 2007, est
plus libérale à l’égard des citoyens de la CEI. Elle accroît les
possibilités de migration légales en simplifiant les procédures
d’obtention de permis de séjour temporaire et de travail, et facilite
l’organisation des migrations de travail grâce à l’introduction
de quotas annuels d’importation de main-d’œuvre. Cette nouvelle
politique s’annonce comme une solution efficace pour remédier aux
migrations irrégulières dans la région de la CEI. Au cours des six
premiers mois d’application de la nouvelle réglementation, 1,5 million
de permis de travail ont été délivrés en Russie contre 702 000 pour
toute l’année 2006.
2 Modification des
tendances migratoires dans le territoire postsoviétique
9. Les Etats membres de la CEI sont interconnectés par
de nombreux flux migratoires et peuvent être considérés comme un
système international de migration à part entière. Ce système est
caractérisé par les facteurs suivants:
- des liens historiques;
- une proximité géographique, des frontières «transparentes»
(sans visa);
- une infrastructure de transport commune;
- une facilité psychologique de déplacement (langue, ancien
territoire commun);
- une complémentarité démographique;
- un intérêt mutuel pour un marché commun de l’emploi;
- des migrations irrégulières à grande échelle;
- une coopération régionale visant à une gestion coordonnée
des migrations.
10. L’ampleur des migrations internationales dans le cadre du
système migratoire euro-asiatique en fait l’un des plus vastes systèmes
au monde. Selon les estimations des Nations Unies (2005), la Russie
– principal pays de destination de la région – se classe au second
rang en nombre d’immigrants derrière les Etats-Unis, et l’Ukraine
occupe la quatrième place après l’Allemagne (Etats-Unis, 38,9 millions
d’immigrants ; Russie, 12,1 millions ; Allemagne, 10,1 millions ;
Ukraine, 6,8 millions).
11. Au cours des quinze dernières années, la nature des flux migratoires
dans la région de la CEI a évolué, passant de migrations forcées,
à l’origine – conséquences de fortes pressions politiques et économiques, telles
que les conflits militaires, les explosions sociales, la discrimination
des minorités ethniques, les crises économiques –, à des migrations
économiques volontaires. Dès le milieu des années 1990, des facteurs économiques,
tout autant répulsifs qu’attractifs, se sont ajoutés et progressivement
substitués aux facteurs migratoires ethniques et politiques. Les
écarts socio-économiques entre les nouveaux Etats souverains ont favorisé
l’émergence de vagues importantes de travailleurs migrants. A l’origine,
les flux migratoires visaient essentiellement la Russie, où la transition
vers l’économie de marché et la stabilisation de la situation socio-économique
se déroulaient mieux que dans la plupart des autres Etats de la
CEI. Les migrants partaient pour trouver un emploi, une meilleure
situation économique et sociale et une plus grande stabilité.
Tableau 1 – CEI: Ecarts de niveaux
de vie
|
Pays de la CEI
|
PIB par habitant, dollars
des Etats-Unis*
|
Salaire mensuel moyen,
dollars des Etats-Unis **
|
Taux de pauvreté (population
vivant en dessous du seuil de pauvreté) %**
|
Pourcentage de la population
vivant avec moins de 2 dollars des Etats-Unis par jour, %***
|
|
Arménie
|
1 234
|
98,4
|
–
|
49
|
|
Azerbaïdjan
|
2 585,9
|
78,7
|
68
|
9
|
|
Bélarus
|
3 316,2
|
161,8
|
22
|
2
|
|
Géorgie
|
1 765,8
|
58,5
|
11
|
16
|
|
Kazakhstan
|
4 386,1
|
207,3
|
35
|
25
|
|
Kirghizistan
|
507,7
|
51,7
|
40
|
25
|
|
Moldova
|
917,4
|
89,5
|
23
|
64
|
|
Fédération de Russie
|
6 330,8
|
237
|
31
|
8
|
|
Tadjikistan
|
411,5
|
21,5
|
–
|
43
|
|
Turkménistan
|
3 888,6
|
–
|
–
|
44
|
|
Ukraine
|
2 020,6
|
110,8
|
32
|
46
|
|
Ouzbékistan
|
498,6
|
35,8a.
|
–
|
72
|
Sources:
* FMI, World Economic Outlook Database, avril 2006.
** Population et niveaux de vie dans les pays de la CEI. Bulletin
statistique, Moscou, CIS Interstate Statistical Committee, 2005.
*** ONU, Bureau de référence sur la population, Données 2005
sur la population mondiale.
Chiffre pour 1995.
12. Il convient de noter que le développement du secteur
privé en Russie au cours des années 1990 et son besoin croissant
de main-d’œuvre, ainsi que les flux migratoires en provenance des
Etats à main-d’œuvre excédentaire, sont apparus spontanément, sans
intervention notable de la part des gouvernements de la région.
Les voies de migration de main-d’œuvre régulière étaient insuffisantes
et les infrastructures officielles de migration (agences privées
ou publiques de l’emploi, bases de données sur les besoins et les
offres d’emplois, services d’information et de consultation destinés
aux migrants, etc.) n’étaient pas développées. Cette situation a
entraîné l’apparition d’un vaste marché régional de l’emploi irrégulier.
Elle a encore été aggravée par les activités de réseaux internationaux
d’organisations criminelles spécialisées dans la traite des êtres
humains sur tout le territoire postsoviétique. Face à la demande
croissante de travailleurs migrants en Russie, les trafiquants exploitent
habilement les lacunes de la législation nationale sur les migrations, l’absence
d’infrastructure officielle et les procédures d’obtention de permis
de travail, bureaucratiques à l’excès.
13. Le nombre des migrants irréguliers dans la région de la CEI
est estimé entre 5 et 15 millions de personnes (pour la plupart
en Russie; jusqu’à un million de travailleurs saisonniers au Kazakhstan;
environ 200 000 migrants de transit irréguliers en Ukraine).
Tableau 2 – CEI: estimations
des travailleurs migrants à l’étranger (en milliers), au début des
années 2000
|
Etat de la CEI
|
Travailleurs migrants
à l’étranger
|
Travailleurs migrants
en Russie
|
|
Arménie
|
800-900
|
650
|
|
Azerbaïdjan
|
600-700
|
550-650
|
|
Géorgie
|
250-300
|
200
|
|
Kirghizistan
|
400-450
|
350-400
|
|
Moldova
|
500
|
250
|
|
Tadjikistan
|
600-700
|
600-700
|
|
Ukraine
|
2 000-2 500
|
1 000-1 500
|
|
Ouzbékistan
|
600-700
|
550-600
|
|
Fédération de Russie
|
2 000-3 000
|
–
|
Selon les estimations nationales des pays d’origine.
Source: Overview of
the CIS Migration Systems, ICMPD, Vienne, 2006.
14. Les estimations présentées dans le tableau 2 incluent
les travailleurs migrants des pays de la CEI travaillant, légalement
ou non, dans d’autres pays. Pour les Etats d’Asie centrale et les
républiques du Caucase, la Russie est le principal pays de destination,
accueillant de 70 à 90 % de leurs travailleurs migrants. S’agissant
de la Moldova et de l’Ukraine, environ la moitié seulement des migrants
originaires de ces pays vont en Russie, l’autre moitié se rendant
dans les pays occidentaux, en Europe, et notamment dans les pays d’Europe
du Sud où de nombreux réseaux de migrants moldoves ou ukrainiens
ont été mis en place ces quinze dernières années et facilitent aujourd’hui
les migrations, offrant une assistance à leurs compatriotes nouvellement
arrivés.
15. Si la Russie est le principal pays d’accueil de la région,
elle est également un important pays d’émigration. Les migrants
en provenance de Russie se rendent pour l’essentiel dans des pays
d’Europe occidentale plus développés, en Amérique du Nord et du
Sud ou en Asie.
16. Parallèlement à la Russie, le Kazakhstan est devenu ces dernières
années un pays d’accueil pour les travailleurs migrants saisonniers
originaires du Kirghizistan, du Tadjikistan et de l’Ouzbékistan.
Ayant perdu 20 % de sa population du fait de l’émigration massive
des populations d’origines slave, germanique et juive dans les années
1990, le Kazakhstan connaît une pénurie de main-d’œuvre, tandis
que le redressement économique s’accompagne d’une hausse des salaires.
Des travailleurs migrants qualifiés viennent de Russie et de pays
extérieurs à la région de la CEI, essentiellement pour travailler
dans l’industrie pétrolière, les transports et le bâtiment. Comme
pour la Russie, les migrations de travail vers le Kazakhstan sont
très majoritairement irrégulières. D’après les estimations, le Kazakhstan
accueille jusqu’à un million de travailleurs migrants en situation
irrégulière
Note. Depuis les années 2000,
la nature des migrations économiques dans la région de la CEI change:
l’emploi salarié, régulier ou clandestin, progresse au détriment
du «commerce de navette». Dans les pays d’accueil, les employeurs
sont tout autant des personnes morales que physiques, et tout autant
des ressortissants du pays que des membres des diasporas. Par exemple,
en Russie, les entreprises du bâtiment arméniennes et les sociétés
azerbaïdjanaises de commerce de gros et de détail embauchent fréquemment
des compatriotes nouvellement arrivés dans le pays.
17. Les études sur les migrants irréguliers de Russie
Note révèlent les
caractéristiques socio-économiques de ces personnes. Par exemple,
les travailleurs migrants temporaires, en situation régulière ou
irrégulière, sont principalement des hommes en âge de travailler
(âge moyen: 32-33 ans; hommes: 80 %), mariés (plus de 60 %) et pères
de famille (40-45 %), dont les familles sont restées au pays. Moins
de la moitié d’entre eux ont suivi des études secondaires ou supérieures
et seulement un sur quatre dispose des qualifications professionnelles
nécessaires pour son travail en Russie. Les migrants irréguliers
sont traditionnellement issus de régions rurales. Les migrants kirghizes
et ouzbeks arrivent souvent en groupes originaires d’un même village.
Les migrants masculins en situation irrégulière se rencontrent principalement
dans le secteur du bâtiment (travailleurs peu qualifiés ou temporaires),
le commerce et les services (commerce non sédentaire, ateliers de
réparation automobile, salubrité urbaine, etc.) et l’agriculture,
tandis que les femmes occupent des emplois dans l’agriculture et
– plus couramment – dans le secteur des services (ménage, plonge,
service en salle, call-girls
, services
sexuels).
3 Migration de transit
18. Les migrants venant d’Asie et même d’Afrique vers
des pays plus développés de l’Union européenne empruntent le territoire
postsoviétique comme couloir de transit. D’après les estimations,
plus de 300 000 migrants de transit venus d’Afghanistan, de Chine,
d’Angola, du Pakistan, d’Inde, du Sri Lanka, de Turquie, d’Ethiopie
et d’autres pays sont restés bloqués en Russie et en Ukraine en
raison des contrôles stricts exercés aux frontières de l’Union européenne.
Ils séjournent en Russie durant des mois, voire des années (généralement
sans aucun statut légal), afin de réunir les fonds nécessaires pour
financer leur passage clandestin ou l’acquisition de documents de
voyage et de visas falsifiés. Ils gagnent de l’argent dans l’économie
souterraine ou au moyen d’activités criminelles.
19. De nombreux migrants irréguliers en transit, originaires de
lointains pays d’Asie et d’Afrique, présentent des risques épidémiologiques.
Lors de leur séjour en Russie, en Ukraine ou dans d’autres Etats
de transit euro-asiatiques, ils ne bénéficient pas d’un accès satisfaisant
au système de santé.
20. Dans les situations d’abus, l’absence de papiers en règle
et la peur d’être arrêtés ou expulsés empêchent les migrants de
transit de demander de l’aide auprès des autorités. Le rôle protecteur
de celles-ci est alors remplacé par un cadre de protection informel
issu de la solidarité ethnique ou des organisations criminelles.
Les migrants de transit en situation irrégulière sont donc aisément
recrutés pour des activités criminelles.
21. Les migrants de transit ne souhaitent pas s’intégrer dans
la société locale. Ils ont le sentiment d’être contraints de rester
dans un pays qu’ils considèrent comme une simple étape sur leur
parcours vers des Etats plus prospères en termes d’opportunités
économiques et de protection sociale.
22. Pendant ce temps, les flux de migrants de transit étant mal
contrôlés, les pays où ces migrants sont bloqués souffrent d’un
marché du travail souterrain de plus en plus important, de risques
épidémiologiques, de conflits ethniques et d’une progression de
la criminalité liée aux trafiquants d’êtres humains et aux passeurs.
4 Migration chinoise
23. Les flux migratoires de la Chine vers la Russie et
d’autres pays euro-asiatiques augmentent régulièrement depuis une
dizaine d’années. Ils découlent des incitations du Gouvernement
chinois à l’exportation de main-d’œuvre et au commerce informel
(«commerce des êtres humains», tel qu’il est défini par les autorités
chinoises), ainsi que de l’intérêt évident de la Chine pour les
ressources naturelles des anciennes républiques soviétiques et les
pratiques de travail clandestin largement répandues. Les migrants
chinois tiennent principalement de petits commerces ou occupent
des emplois dans le bâtiment, le commerce, la restauration ou l’industrie.
Des équipes chinoises de travailleurs du bâtiment sont employées
par des entreprises chinoises participant, sous contrat (ou en sous-traitance),
à des projets de construction en Russie, au Kazakhstan, au Tadjikistan
et dans d’autres Etats de la CEI (à l’image d’un modèle de migration
de main-d’œuvre mis en place par les entreprises de construction
turques).
24. Pour la Russie, la migration depuis la Chine est un processus
contradictoire, présentant de nombreux avantages et inconvénients.
Sous l’angle positif, les migrants chinois sont âpres à la tâche,
conciliants et disciplinés, et représentent donc une ressource précieuse
pour combler le manque de main-d’œuvre dans un grand nombre de territoires
et d’industries. En 2006, 228 800 travailleurs migrants chinois
étaient employés en Fédération de Russie. Parmi eux, 50 % travaillaient
dans la partie européenne centrale de la Russie, 23 % dans la région
d’Extrême-Orient et 19 % en Sibérie méridionale. Les travailleurs
migrants chinois représentent aujourd’hui 13,3 % de l’effectif total
de la main-d’œuvre étrangère en Russie et constituent le troisième
groupe le plus important de travailleurs étrangers déclarés. Dans
certains territoires (par exemple en Russie extrême-orientale),
ils représentent plus de la moitié des travailleurs étrangers.
25. Néanmoins, cette situation a également des aspects négatifs.
Le plus souvent, les activités des migrants chinois en Russie ne
correspondent pas aux intérêts du pays. Le commerce non sédentaire
de biens de consommation chinois à bas prix met en péril les petites
entreprises russes des territoires où sont situés les «marchés chinois».
L’intérêt essentiel du commerce chinois en Russie est l’importation
de matières premières, qui tourne souvent à la prédation sur le
bois et les métaux au moyen d’opérations illégales menées en coopération
avec des entreprises criminelles russes. Dans un certain nombre
de villes russes, les communautés ethniques chinoises constituent
de puissantes structures économiques et sociales indépendantes,
comparables à des enclaves dans l’économie russe. Disposant d’une
presse communautaire indépendante, d’un système financier, de diverses
entreprises légales, semi-légales ou illégales, d’hôtels, de restaurants,
d’entrepôts, etc., les communautés ethniques chinoises sont devenues
les centres de coordination des activités commerciales des migrants
chinois. Un autre sujet de préoccupation concerne l’intérêt géopolitique
de la Chine pour le territoire des provinces russes extrême-orientales,
en référence au concept des «territoires perdus», vieux de 150 ans.
Cette question est particulièrement sensible en Russie extrême-orientale,
où la population locale diminue en raison du vieillissement de la
population et du déclin démographique, ainsi que de l’exode vers
les régions occidentales de la Russie. La population de la Russie extrême-orientale
est passée de 7 à 6 millions d’habitants entre 1994 et 2005, alors
que celle des trois provinces du nord-est de la Chine, voisines
de la Russie, est de 105 millions de personnes et continue d’augmenter.
26. Le nombre total de migrants chinois vivant en Russie de manière
plus ou moins permanente est estimé à près d’un million. Toutefois,
les études les concernant montrent que plus de la moitié d’entre
eux ont l’intention de ne pas résider longtemps en Russie mais de
rentrer en Chine ou d’aller dans d’autres pays (principalement européens)
lorsqu’ils auront épargné suffisamment d’argent ou obtenu un diplôme
dans l’enseignement supérieur russe. Par conséquent, le potentiel
migratoire chinois augmente non seulement en Chine proprement dite,
mais aussi en Russie et dans d’autres pays où les conditions économiques
et politiques sont favorables au commerce mais pas à une installation
permanente.
27. Ainsi, à l’inverse des échanges migratoires au sein de la
région de la CEI, où les migrations de travail facilitent l’intégration
régionale, les migrations des Chinois en Russie sont sources de
tensions supplémentaires entre les deux pays. Les migrations de
travail temporaire entre la Russie et la Chine sont régies par deux
accords intergouvernementaux signés en 1992 et 2000. Un nouvel accord
sur la lutte contre la migration irrégulière et l’emploi illégal
des migrants chinois sur le territoire de la Russie est actuellement
à l’étude entre le Gouvernement de la Fédération de Russie et celui
de la République populaire de Chine. Il porte principalement sur
la répression des activités illégales des citoyens chinois sur le
territoire de la Fédération de Russie.
5 Migration turque
28. Les travailleurs migrants turcs constituent un autre
exemple de «migration extérieure» vers la région de la CEI. Contrairement
aux migrants chinois, ils sont considérés comme le groupe de travailleurs
étrangers le plus discipliné, transparent et gérable. Les travailleurs
migrants turcs viennent principalement dans la région en tant que
travailleurs sur projet embauchés par des entreprises de construction
turques. Ils sont étroitement «liés» à leurs employeurs turcs et
ne participent pas à titre indépendant au marché du travail national
des pays de la CEI. Ils n’entrent donc pas en concurrence avec les
travailleurs nationaux et sont par conséquent bien accueillis par
les gouvernements de leurs pays d’accueil. Le tableau 3 présente
le nombre des travailleurs migrants turcs dans les pays de la CEI
enregistrés par l’Office du travail de Turquie. Ils sont essentiellement concentrés
dans les pays les plus développés (Russie, Kazakhstan) et dans les
Etats d’Asie centrale et en Azerbaïdjan, qui sont plus proches de
la Turquie du point de vue de la religion, de la culture et de la
langue.
Tableau 3 – Nombre des travailleurs
migrants turcs dans les pays de la CEI (chiffres fournis par l’Office
du travail de Turquie), 1998-2003
|
Pays
de la CEI
|
1998
|
1999
|
2000
|
2001
|
2002
|
2003
|
|
Azerbaïdjan
|
276
|
152
|
214
|
267
|
668
|
1 049
|
|
Géorgie
|
194
|
150
|
157
|
65
|
375
|
357
|
|
Kazakhstan
|
3 145
|
1 524
|
1 790
|
1 290
|
1 102
|
1 532
|
|
Kirghizistan
|
8
|
88
|
177
|
34
|
95
|
34
|
|
Moldova
|
102
|
119
|
20
|
2
|
132
|
0
|
|
Fédération de Russie
|
7 426
|
2 215
|
2 199
|
4 190
|
10 137
|
10 816
|
|
Tadjikistan
|
–
|
–
|
0
|
–
|
0
|
245
|
|
Turkménistan
|
563
|
1 576
|
2 184
|
1 327
|
1 068
|
1 603
|
|
Ukraine
|
124
|
93
|
222
|
90
|
151
|
89
|
|
Ouzbékistan
|
1 326
|
872
|
176
|
455
|
423
|
773
|
Sources: TC Çalışma
ve Sosyal Güvenlik Bakanlığı, DIYIH (Dış İlişkiler ve Yurt Dışı
İşçi Hizmetleri) Genel Müdürlüğü Bültenleri (1998-2004), Raporlari
(1999-2003), Ankara, selon les données communiquées par le Turkiye
Is Kurumu (Office du travail de Turquie).
29. Les sources des pays d’origine avancent des chiffres
encore plus élevés. Par exemple, dès le milieu des années 1990,
les travailleurs migrants turcs constituaient déjà en Russie l’une
des mains-d’œuvre étrangères les plus nombreuses. La crise financière
de 1998 a engendré une baisse du nombre absolu des migrants turcs, rapidement
enrayée dès le milieu des années 2000. En 2005, la Turquie se plaçait
après la Chine et l’Ukraine au troisième rang des pays d’origine
des travailleurs migrants employés officiellement en Russie. Ils
sont essentiellement regroupés dans les régions en plein essor (Moscou,
Saint-Pétersbourg, le kraï de
Krasnodar, le district autonome des Iamalo-Nenets, le Tatarstan).
Outre les travailleurs sur projet, le groupe des migrants turcs
comprend aussi le personnel hautement qualifié des entreprises turques
(du secteur financier, commercial), des enseignants des républiques
musulmanes et de petits négociants en biens de consommation turcs.
Tableau 4 – Travailleurs migrants
turcs en Russie, 1994-2007
|
Année
|
Nombre (en milliers)
|
Pourcentage du total
|
|
1994
|
12,1
|
9,4
|
|
1995
|
36,2
|
12,9
|
|
1996
|
39
|
13,4
|
|
1997
|
33,2
|
13,7
|
|
1998
|
35,7
|
14,7
|
|
1999
|
26,7
|
12,6
|
|
2000
|
17,8
|
8,4
|
|
2001
|
20,9
|
7,4
|
|
2002
|
15,4
|
4,3
|
|
2003
|
37,9
|
10
|
|
2004
|
48
|
10,4
|
|
2005
|
73,7
|
10,5
|
|
2006
|
101,4
|
10
|
|
2007
|
131,2
|
7,7
|
Source: Données communiquées
par le Service fédéral des statistiques (ROSSTAT).
30. Dans les Etats d’Asie centrale et en Azerbaïdjan,
qui sont essentiellement des pays d’origine, les migrants turcs
représentent un groupe important de travailleurs étrangers recrutés
dans des projets de construction et d’infrastructure, dans le secteur
bancaire, l’enseignement et le commerce. Selon les chiffres fournis
par l’Azerbaïdjan, plus de 20 000 travailleurs turcs étaient employés
dans le pays en 2004. Le Kazakhstan compte 15 700 travailleurs migrants
originaires de Turquie, tandis qu’ils sont 6 300 en Ouzbékistan.
31. On observe à l’inverse des flux migratoires des pays de la
CEI vers la Turquie. Des étudiants d’Etats d’Asie centrale, d’Azerbaïdjan
et des républiques musulmanes de la Fédération de Russie se rendent
en Turquie pour faire des études supérieures, suivre une formation
ou travailler. Pendant la saison touristique, des dizaines de milliers
de travailleurs immigrés venus des pays postsoviétiques cherchent
du travail dans les stations balnéaires touristiques ayant une forte
demande de guides, de gérants ou de serveurs russophones. Le problème
vient du fait que la plupart d’entre eux arrivent en Turquie munis
d’un visa touristique, qui ne leur permet pas de prétendre à un
emploi rémunéré.
6 Traite des êtres humains et
exploitation du travail
32. Les pratiques courantes de traite des êtres humains
constituent un problème grave et de plus en plus répandu, commun
à la fois aux pays d’origine et de destination de la région euro-asiatique.
Des hommes, des femmes et des enfants des pays de la CEI où les
salaires sont bas sont les victimes, consentantes ou trompées, de
la traite à des fins de travail forcé ou d’exploitation sexuelle.
Mus par le désespoir et la pauvreté, des individus acceptent d’être
surexploités, de subir des traitements dégradants et de vivre en
situation irrégulière pour pouvoir apporter à leurs familles une
aide financière. Des centaines de milliers de migrants tadjiks,
kirghizes, moldoves ou ouzbeks sont emmenés en Russie pour occuper
un emploi saisonnier dans le secteur de la construction ou de l’agriculture,
et leur salaire constitue un revenu pour leurs familles restées
au pays. Mais ils en payent le prix: leurs droits de l’homme sont
bafoués et ils sont opprimés et exposés à des risques sanitaires.
33. Les gouvernements des pays d’origine ne sont pas indifférents
à cette situation. Le gouvernement russe est également conscient
que l’expansion des pratiques de traite des travailleurs immigrés
irréguliers porte préjudice au marché du travail national, nourrit
l’économie souterraine, suscite la corruption et favorise la criminalité
et les tensions sociales. Les pays d’envoi et de destination ont
ainsi le même intérêt à lutter contre la traite des êtres humains
dans la région. Ils ne pourront y parvenir qu’à condition de conjuguer
les efforts des gouvernements respectifs dans le cadre d’une coopération
interministérielle, d’échanges d’informations, d’opérations conjointes
de lutte contre la traite, etc.
34. Les instances gouvernementales en charge de la gestion des
migrations doivent porter une attention particulière à la dimension
humaine des migrations. Développer des voies de migration légales,
donner aux migrants potentiels l’accès aux informations relatives
aux possibilités d’émigration, à leurs droits et aux risques liés
aux emplois illégaux, fournir des services juridiques et consultatifs
spécialisés pour les migrants, sanctionner lourdement les employeurs
peu scrupuleux qui embauchent illégalement des migrants sont autant de
mesures susceptibles de faire reculer la traite des êtres humains
et de renforcer la sécurité des migrants.
35. Des efforts supplémentaires, au niveau national et de la part
des ONG, sont nécessaires pour contribuer à l’établissement d’une
tolérance zéro au sein de la société contre l’exploitation, la violence
et le travail forcé.
7 Exode des cerveaux/Mobilisation
des compétences
36. La région euro-asiatique (notamment la Russie, l’Ukraine
et le Kazakhstan) a été lourdement touchée par l’exode des personnels
hautement qualifiés au cours des années 1990. Le PNUD estime que
le coût annuel de l’exode des cerveaux pour la Russie s’élève à
25 milliards de dollars des Etats-Unis (données pour 2004).
37. De nombreux chercheurs des anciennes républiques soviétiques
travaillent aujourd’hui dans des universités et des centres de recherche
européens ou américains. Ils ont été incités à quitter leur pays
d’origine du fait des bas salaires proposés dans le secteur de la
recherche et développement (R&D) et du peu de prestige attaché
aux professions intellectuelles. Certains d’entre eux ont émigré
à titre définitif, d’autres gardent des contacts avec leur patrie
et animent des projets internationaux, des cours de formation, etc.,
dans l’intérêt commun des chercheurs de la CEI et d’autres pays.
38. La science contemporaine connaît une mutation. Elle s’internationalise
de plus en plus: dans de nombreux domaines scientifiques, tels que
les études spatiales, les technologies de l’énergie, la physique
des hautes énergies, la biologie moléculaire, etc., le développement
à l’échelle d’un seul pays est difficilement réalisable aujourd’hui.
Les projets de la plus haute priorité dans ces domaines nécessitent
des ressources considérables, tant humaines que financières. En
outre, la coopération entre les chercheurs de différentes écoles
scientifiques donne de meilleurs résultats et «l’échange des cerveaux»
est un instrument important pour le progrès scientifique et l’enrichissement
mutuel des chercheurs. Par conséquent, le développement de la science
fondamentale a aujourd’hui besoin d’une gestion mondiale. De nouvelles
formes d’organisation et de mobilisation des ressources intellectuelles
à l’échelle mondiale doivent être trouvées. Un autre aspect de cette nouvelle
approche consiste à donner aux économies nationales la capacité
à appliquer et intégrer les résultats des hautes technologies produits
à cette échelle mondiale.
39. Progressivement, les Etats euro-asiatiques les plus avancés
prennent conscience de la nécessité, s’ils veulent participer plus
efficacement au nouvel ordre de la recherche scientifique, non seulement
de fournir des cerveaux, mais aussi d’être en mesure d’absorber
dans leur économie les innovations produites. La Russie, par exemple,
s’emploie ainsi à accélérer le développement des secteurs des technologies
de pointe. Le secteur informatique russe connaît le plus fort taux
de croissance annuel (15 %). Afin de réduire les pertes liées à
l’exode des cerveaux et de stimuler l’application des technologies
de pointe, la Russie met l’accent sur les points suivants: 1. la
réorganisation du secteur de la R&D, avec pour priorités les
études prospectives, les écoles scientifiques et les jeunes chercheurs
de talent; 2. la restructuration de l’économie, avec une attention particulière
au secteur des technologies de l’information; 3. l’encouragement
des investissements privés dans la R&D; 4. le développement
de la coopération interétatique dans le secteur de la R&D, etc.
Par ailleurs, les investissements étrangers – en expansion – dans
les Etats de la CEI sont souvent suivis de l’arrivée de «personnel
international» au sein des sociétés transnationales: ouvriers hautement
qualifiés, cadres, experts financiers, etc. Ils constituent l’aspect
positif de la «circulation des cerveaux», compensant partiellement
le coût de l’exode pour les pays d’origine. Les migrants très qualifiés
apportent de nouveaux savoirs et contribuent à la qualification
des travailleurs locaux.
8 Envois de fonds par les migrants
vers les pays d’origine
40. L’amélioration du niveau de vie des ménages est l’effet
positif le plus évident des migrations de travail. L’argent gagné
à l’étranger est envoyé aux familles restées au pays et consacré
à l’achat de biens de consommation et de maisons, et à l’investissement
dans le capital humain et l’économie.
41. Dans les années 2000, les envois de fonds dans la région postsoviétique
ont considérablement augmenté. La Russie, premier pays d’accueil,
est la principale source d’envois de fonds. D’après la Banque centrale
de Russie, le montant total des envois effectués depuis la Russie
vers d’autres pays de la CEI a été multiplié par douze entre 1999
et 2005, passant de 0,5 milliard à 6 milliards de dollars des Etats-Unis.
Selon la Banque nationale du Kazakhstan, depuis l’an 2000 les envois
de fonds effectués de manière officielle par les résidents et les
non-résidents augmentent de 150 à 200 % par an, et ils ont dépassé
1 milliard de dollars des Etats-Unis en 2005. Toutefois, une part
considérable de l’argent des migrants n’est pas acheminée vers les
pays d’origine par des voies officielles (transfert bancaire, virement
postal, autres systèmes d’envoi de fonds), mais de manière informelle
– par des amis, des proches ou les migrants eux-mêmes – et en espèces. Selon
le Service fédéral des migrations de la Fédération de Russie, les
migrants envoient chaque année près de 10 milliards des Etats-Unis
à l’étranger.
42. Dans de nombreux petits pays de la CEI, les envois de fonds
des migrants jouent un rôle plus important dans la stabilisation
du développement économique que les investissements étrangers directs
(IED) ou l’aide officielle au développement (AOD) (tableau 5). Outre
les chiffres officiels du FMI, ce tableau présente des estimations
du montant total des envois de fonds.
Tableau 5 – Rôle comparatif des
envois de fonds dans les petits pays de la CEI, 2006
|
Pays
|
Balance des paiements
Transferts des migrants
|
IED
|
AOD et aide officielle
|
Exportations de biens
et de services
|
|
En millions de dollars des Etats-Unis
|
|
Arménie
|
1 175
|
543
|
213
|
1 408
|
|
Azerbaïdjan
|
812
|
- 584
|
206
|
13 862
|
|
Géorgie
|
485
|
1 060
|
361
|
2 554
|
|
Kirghizistan
|
739
|
182
|
311
|
1 099
|
|
Moldova
|
1 182
|
242
|
228
|
1 546
|
|
Tadjikistan
|
1 019
|
339
|
240
|
646
|
|
Ouzbékistan
|
–
|
164
|
149
|
6 528
|
|
En quote-part du PIB (%)
|
|
Arménie
|
18,3
|
8,5
|
3,3
|
22
|
|
Azerbaïdjan
|
6
|
-2,9
|
1,1
|
70
|
|
Géorgie
|
6,4
|
13,8
|
4,7
|
33
|
|
Kirghizistan
|
27,8
|
6,5
|
11,1
|
39
|
|
Moldova
|
36,2
|
7,3
|
6,9
|
46
|
|
Tadjikistan
|
36,2
|
12
|
8,6
|
23
|
|
Ouzbékistan
|
–
|
1
|
0,9
|
38
|
BOP – Balance des paiements, données du FMI.
IED – Investissements étrangers directs, données de la Banque
mondiale.
AOD – Aide officielle au développement, données de la Banque
mondiale.
PIB – Produit intérieur brut.
Source: FMI, statistiques
de balance des paiements, août 2007, Banque mondiale, base de données
des indicateurs du développement de la Banque mondiale, avril 2008.
43. Les pays d’envoi et de destination de la région de
la CEI ont pour principale préoccupation d’étendre les canaux officiels
d’envois de fonds des migrants et d’inciter les travailleurs migrants
à transférer l’argent par des voies légales. Les banques centrales
des pays de la région coordonnent leurs activités afin d’informer
les travailleurs migrants sur la manière d’envoyer des fonds légalement.
Les banques nationales des pays d’origine et d’accueil développent
leurs services aux migrants en coopération avec Western Union, MoneyGram,
TWML, Contact et d’autres systèmes de transfert de fonds.
9 D’une stratégie de survie à
une stratégie de développement
44. Les migrations internationales offrent de nombreux
avantages et bénéfices aux parties concernées, qu’il s’agisse des
migrants, des employeurs, des pays de destination ou des pays d’envoi.
Cependant, ces avantages sont étroitement liés aux stratégies individuelles
des migrants, aux types et formes de migration et aux modèles économiques
des pays d’envoi et de destination. Jusque récemment, dans la région
euro-asiatique, les migrations transfrontalières relevaient d’une
stratégie de survie. L’absence de perspectives économiques poussait
les personnes originaires des petits pays de la CEI à partir chercher
un emploi ailleurs. Les enquêtes sur la manière dont les familles
des migrants originaires des républiques d’Asie centrale utilisent les
fonds transférés montrent que l’argent gagné à l’étranger sert principalement
à la consommation (nourriture, vêtements et autres besoins de la
vie quotidienne).
45. Cependant, la structure des dépenses dans les ménages de migrants
est corrélée à la fois à la durée du séjour des migrants dans le
pays de destination (ou au nombre de séjours de courte durée pour
les travailleurs saisonniers) et à la situation économique dans
le pays d’origine où vit la famille du migrant. Par exemple, les
migrants du Tadjikistan qui ont travaillé plusieurs années en Russie
(70 % des migrants tadjiks ayant fait l’objet d’une étude en 2005
travaillaient à l’étranger depuis plus de cinq ans) investissent
davantage dans la santé et l’éducation, qui améliorent le capital
humain. Ils parviennent parfois à réunir le capital de départ nécessaire
pour créer leur propre petite entreprise à leur retour au Tadjikistan.
L’étude menée en 2004 au Kirghizistan
Note montre que le modèle de dépense des
fonds envoyés par les migrants comprend effectivement un volet «investissement»:
111 entreprises de petite taille, appartenant à d’anciens travailleurs migrants
qui ont acquis leur capital de départ au cours de leurs séjours
en Russie, ont créé des emplois pour près de 4 000 de leurs compatriotes
kirghizes. On observe un modèle similaire en Arménie.
46. Les migrations internationales peuvent devenir une stratégie
de développement, plutôt que de survie, lorsque le développement
de l’économie du pays d’envoi offre un terrain propice aux initiatives
du secteur privé susceptibles, à leur tour, de générer des ressources
additionnelles pour le développement. Les migrations peuvent ainsi
contribuer à l’augmentation des revenus dans le secteur agricole
– par exemple lorsqu’un membre de la famille part travailler à l’étranger
pour financer le développement de la ferme.
47. Le rôle des gouvernements est de valoriser les migrations
au service du développement, en encourageant les migrants à envoyer
des fonds à leur famille par les voies officielles et à investir
ces fonds dans des projets de développement. Les organes financiers
et économiques de la Moldova, du Tadjikistan, du Kirghizistan, de
l’Arménie, de l’Ouzbékistan et de l’Azerbaïdjan portent un grand
intérêt aux expériences d’autres pays d’origine tels que l’Inde,
la Chine et la Turquie. Ces pays ont pris conscience du rôle que
les envois de fonds des migrants peuvent jouer dans le développement
économique et ils ont élaboré des instruments pratiques pour attirer
ces fonds (en proposant des réductions d’impôts, des conditions préférentielles
d’investissement, des crédits, etc.).
10 Sur la voie d’un marché commun
de l’emploi de la CEI
48. Les disparités de potentiel économique et démographique
entre les pays de la CEI débouchent «naturellement» sur des migrations
interrégionales, qui pourraient être un instrument de promotion
d’un codéveloppement fondé sur des ressources mutuellement complémentaires.
Correctement gérées, ces migrations dans la région peuvent équilibrer
les pénuries et surplus de main-d’œuvre entre les divers pays et secteurs
industriels. Les similitudes entre les systèmes éducatifs, y compris
la formation professionnelle et l’enseignement secondaire, peuvent
aussi faciliter les migrations interrégionales de main-d’œuvre qualifiée.
49. Les millions de migrants irréguliers présents sur le territoire
de la CEI prouvent l’énorme potentiel des migrations de travail
dans la région. De fait, les migrants «votent avec leurs pieds»
pour un espace de migration unique et un marché commun de l’emploi.
Les migrations et la liberté de circulation devraient rester le
lien le plus fort entre les ex-républiques soviétiques, en dépit
des nombreux intérêts contradictoires et incompréhensions apparus
entre les Etats au cours des quinze dernières années de développement postsoviétique.
50. La nouvelle approche des migrations régionales est née dans
les années 2000, après l’instauration d’une relative stabilité économique
et la prise de conscience, au plus haut niveau de l’Etat, des avantages
des migrations de travail. A l’heure actuelle, l’organisation des
mouvements de main-d’œuvre, qui garantit les droits sociaux et professionnels
des travailleurs migrants, figure à l’ordre du jour des organisations
régionales et dans les accords bilatéraux. Une nouvelle impulsion
a été donnée à la coopération interétatique de terrain par la révision,
en 2007, de la réglementation russe sur les migrations. Celle-ci
a favorisé l’élaboration de nouveaux accords bilatéraux adaptés
sur les migrations de travail entre la Russie et le Tadjikistan,
l’Ouzbékistan et l’Azerbaïdjan, ainsi que la mise au point de programmes
de «travailleurs invités», sous la forme d’accords directs entre
les pays d’origine et les entreprises russes qui manquent de main-d’œuvre.
11 Nouvelle stratégie de migration
de la Fédération de Russie
51. La politique de la Fédération de Russie en matière
de migrations internationales est parvenue aujourd’hui à un tournant.
Les tendances démographiques négatives (déclin absolu de la population
de près d’un million de personnes par an en raison d’un écart considérable
entre les naissances et les décès; à compter de 2006, déclin absolu
de la population active, jusqu’à 700 000 personnes à partir de 2010; vieillissement
de la population et augmentation du taux de dépendance) et le redressement
économique qui engendre un besoin croissant de main-d’œuvre (stabilisation
du taux de croissance économique, expansion du secteur privé, notamment
dans les services et l’industrie de la construction, gros consommateurs
de main-d’œuvre) ont incité les autorités russes à porter un regard
nouveau sur les ressources migratoires. Cette évolution politique
fait suite à une réglementation plutôt restrictive des migrations
au cours des années 1990, qui s’est traduite par un déclin considérable
de l’immigration régulière vers la Russie depuis les autres pays
de la CEI, passant de plus de 900 000 personnes en 1994 à moins
de 50 000 au début des années 2000.
52. Dans le même temps, les migrations de travail irrégulières
ont connu un grand essor. Ce phénomène montre clairement le fort
potentiel migratoire au sein de l’espace postsoviétique et la nécessité
d’une nouvelle stratégie de gestion des migrations en Russie, qui
tienne compte des intérêts économiques et démographiques pragmatiques.
Si les migrations irrégulières restent en Russie un problème de
sécurité majeur, la conception de la sécurité nationale a elle aussi
évolué, passant d’une approche exclusivement axée sur l’Etat à un
concept plus large d’équilibre de la sécurité économique, sociale,
démographique, culturelle, ethnique et humaine de la nation. Ainsi,
l’objectif général de maîtrise des migrations irrégulières sera probablement
atteint en associant les instruments de surveillance (gestion correcte
des frontières, identification des trafiquants d’êtres humains,
contrôle de l’immigration, sécurisation des documents d’identité, etc.)
et des mesures plus humaines telles que la régularisation des migrants
en situation irrégulière et le développement de voies légales pour
les migrations permanentes et temporaires, en remplacement des migrations
irrégulières et de la traite des êtres humains.
53. A la suite de l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur l’immigration
en janvier 2007, 1 717 137 travailleurs immigrés ont obtenu des
permis de travail en Russie en 2007. D’après les chiffres du Service fédéral
des migrations, le nombre des travailleurs immigrés en situation
régulière originaires des pays de la CEI a augmenté fortement de
2006 en 2007, passant de 537 700 à 1,15 million. Le nombre des travailleurs immigrés
en situation régulière originaires d’autres pays a augmenté, passant
de 476 300 en 2006 à 564 300 en 2007. Le tableau 6 présente la ventilation
de ces chiffres (en pourcentages) selon les pays d’origine.
Table 6 – Travailleurs migrants
en Russie, 2007
|
Pays d’origine
|
Travailleurs migrants
en Russie
|
|
Ouzbékistan
|
20,1 %
|
|
Tadjikistan
|
14,6 %
|
|
Chine
|
13,3 %
|
|
Ukraine
|
12,2 %
|
|
Turquie
|
7,6 %
|
|
Kirghizistan
|
6,4 %
|
|
Moldova
|
5,5 %
|
|
Viêt Nam
|
4,6 %
|
|
Autres
|
15,7 %
|
Source: Service des
migrations de la Fédération de Russie, 2007.
54. Restrictive à l’origine, la politique de la Russie
en matière de migration s’oriente aujourd’hui vers une approche
plus flexible qui élargit les voies légales de migration et supprime
les lourdes barrières bureaucratiques auxquelles sont confrontés
les migrants. Les autorités sont parvenues à la conclusion que le modèle
existant de gestion des migrations en Russie est inefficace. Il
ne répond pas aux intérêts économiques et démographiques nationaux,
pousse les migrants vers l’économie souterraine, crée des obstacles
au développement du marché de l’emploi national, permet à des millions
de personnes de résider en Russie sans aucune protection juridique,
encourage la corruption et favorise l’augmentation de la criminalité
parmi les migrants. Ces raisons ont motivé la révision de la stratégie
de gestion des migrations.
55. Les documents légaux ci-dessous, adoptés récemment dans le
domaine de la gestion des migrations, illustrent le changement radical
de la stratégie russe en matière de migration:
55.1 le Programme d’Etat 2006-2012
de soutien à la réinstallation volontaire de compatriotes en Fédération
de Russie (adopté par décret présidentiel du 22 juin 2006);
55.2 la Politique de 2005 de régularisation des travailleurs
migrants en situation irrégulière venant des Etats de la CEI bénéficiant
du régime d’exemption de visa pour l’entrée en Fédération de Russie;
55.3 la loi fédérale sur l’enregistrement des citoyens étrangers
et apatrides en Fédération de Russie (entrée en vigueur le 15 janvier
2007);
55.4 les modifications de la loi fédérale sur le statut juridique
des citoyens étrangers en Fédération de Russie (entrées en vigueur
le 15 janvier 2007);
55.5 les nouveaux principes de la politique d’Etat en matière
de migration (examinés en sessions par la Gosudarstvennaya Duma
en 2006).
56. Ces documents légaux ont été préparés en consultation avec
des experts, des associations d’employeurs, des agences de recrutement
privées et des ONG. Parallèlement, des débats publics très animés ont
été organisés dans les médias, avec la participation de fonctionnaires
de haut rang du ministère de l’Intérieur, du Service fédéral des
migrations, du ministère du Développement économique et du Service fédéral
de l’emploi.
57. Les «maîtres mots» de la nouvelle politique de migration sont
«sélectivité» et «régularisation». Cette politique prévoit des mécanismes
facilitant l’octroi d’un statut régulier et l’emploi légal des migrants
venant des anciens Etats soviétiques pour résider en permanence
en Russie ou y travailler temporairement.
58. La Russie encourage les migrations régulières et la coopération
régionale dans ce domaine, offrant aux migrants des petits pays
de la CEI l’occasion de travailler, de gagner de l’argent et de
l’envoyer dans leur pays d’origine pour soutenir leurs familles
et leurs économies nationales. Par ailleurs, les migrations de travail
dans la région de la CEI – inspirées par les liens culturels et
historiques et la maîtrise de la langue russe – sont effectivement
des facteurs de stabilisation et d’intégration entre les pays, pour
leur développement et leur bénéfice mutuels. Les pays de destination,
à savoir la Russie et le Kazakhstan, et les pays d’origine (Ouzbékistan,
Tadjikistan, Kirghizistan, Moldova, Ukraine et Arménie) soulignent
unanimement leur intérêt pour le développement d’un marché commun
de l’emploi pour la CEI.
12 Coopération régionale en matière
de gestion des migrations
59. Plusieurs organisations régionales ont œuvré à la
coordination de la gestion des migrations dans la région euro-asiatique,
notamment les suivantes: la Communauté d’Etats indépendants (CEI);
la Communauté économique eurasienne (EAEC), comprenant le Bélarus,
le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Russie et le Tadjikistan; la
coalition GUAM, comprenant la Géorgie, l’Ukraine, l’Azerbaïdjan
et la Moldova. De nombreux accords bilatéraux ont également été
conclus.
12.1 Principaux accords multilatéraux
- Accord entre les Etats
de la CEI sur la coopération en matière de migrations de travail
et de garanties sociales pour les travailleurs migrants (1994);
- Accord entre les Etats de la CEI sur la coopération dans
la prévention des migrations irrégulières (1998);
- Accord EAEC sur les voyages sans visa: Bélarus, Kazakhstan,
Kirghizistan, Fédération de Russie, Tadjikistan (2005);
- Participation au processus de Budapest (depuis 2004);
- Dialogue Issyk-Koul de la Conférence internationale sur
la politique des migrations pour l’Asie centrale, le Caucase et
les pays voisins;
- Accord international sur la gestion des migrations entre
l’Ouzbékistan, le Kazakhstan et le Kirghizistan (2000).
12.2 Accords bilatéraux sur les
migrations de travail
- Russie-Bélarus (dans
le cadre de l’Accord sur l’Union entre la Russie et le Bélarus);
- Russie-Tadjikistan (intergouvernemental; interministériel;
Bureau de représentation du ministère du Travail du Tadjikistan
en Russie);
- Russie-Kirghizistan (intergouvernemental; entre les ministères
de l’Intérieur; traitant des questions de migration);
- Kazakhstan-Kirghizistan (intergouvernemental, sur les
travailleurs agricoles dans les régions frontalières);
- Tadjikistan-Kirghizistan (intergouvernemental);
- Russie-Ukraine (intergouvernemental, interministériel);
- Russie-Arménie (intergouvernemental);
- Ukraine-Moldova;
- Ukraine-Arménie;
- Ukraine-Slovaquie;
- Ouzbékistan-Turkménistan (à propos d’un régime simplifié
de franchissement de frontière pour les habitants des zones frontalières);
- Ouzbékistan-Corée du Sud (quotas de main-d’œuvre);
- Tadjikistan-Turquie (entre les ministères du Travail).
12.3 Projets en cours
- Elaboration de la Convention
de la CEI sur le statut juridique des travailleurs migrants;
- dans le cadre de la Communauté économique eurasienne (EAEC),
élaboration d’un accord sur l’emploi temporaire de citoyens des
Etats membres de l’EAEC sur les territoires d’autres Etats membres;
- espace économique commun du Bélarus, du Kazakhstan, de
la Russie et de l’Ukraine, visant à faciliter la liberté de circulation
des capitaux, des biens et de la main-d’œuvre.
12.4 Activités non gouvernementales
- Accords directs sur
l’exportation de main-d’œuvre (recrutements organisés) entre les
entreprises russes et les services d’émigration des pays sources
de main-d’œuvre;
- instauration de «passerelles de migration» entre les Etats
d’Asie centrale et les provinces russes (ONG: information, consultations,
formation);
- coopération entre les agences privées de recrutement –
International Association «Labour Migration» (IALM) (Association
internationale «Migration économique»).
60. La coordination des activités au niveau non gouvernemental
est une alternative nouvelle et très prometteuse aux migrations
irrégulières, à l’emploi illégal et à la traite des êtres humains.
Ainsi, en 2003, l’IALM a été créée en tant qu’association professionnelle
régionale d’agences privées de l’emploi de Russie, d’Ukraine, du
Tadjikistan et du Kirghizistan. Son principal objectif est de promouvoir
les possibilités d’emploi temporaire légal au moyen de vastes campagnes
d’information visant les employeurs et les travailleurs migrants
potentiels, la coopération entre les agences de l’emploi des pays
d’origine et d’accueil, la création au niveau de la CEI de bases
de données régionales sur les demandes et les offres d’emploi, etc.
Travaillant en partenariat avec des organisations internationales
et les organes étatiques nationaux chargés de la gestion des migrations,
l’IALM est un composant structurel d’une nouvelle infrastructure
internationale des migrations en région euro-asiatique, et un bon
exemple de combinaison des intérêts entre les Etats et la communauté économique.
13 Conclusion
61. Le phénomène des migrations s’est accru, diversifié
et complexifié depuis une quinzaine d’années en Eurasie. Il est
intimement lié à la mondialisation et découle souvent des disparités
de développement et de croissance démographique. Les migrations
de travail prennent de l’importance dans la région. Les gouvernements,
les organisations interétatiques et la population doivent de plus
en plus faire face à des questions telles que l’immigration irrégulière,
la criminalité organisée transnationale et la traite des êtres humains.
La région euro-asiatique présente un éventail complet des avantages
et inconvénients des migrations internationales. Si les mouvements
de main-d’œuvre peuvent être particulièrement bénéfiques, grâce
notamment aux transferts de fonds effectués par les migrants vers
leur pays d’origine, les migrations irrégulières ont comme conséquence
négative de menacer la sûreté nationale et la sécurité des personnes. Les
Etats de la CEI ont donc un intérêt commun à veiller très attentivement
à la bonne gestion des flux migratoires, tant au plan national qu’international.
62. En vue d’optimiser les avantages liés au développement des
pays d’origine défavorisés et de limiter ses effets négatifs, les
Etats euro-asiatiques parviennent à une approche commune des actions
nécessaires, en l’occurrence:
13.1.
En matière de gestion des migrations de travail
62.1 réduire l’ampleur des migrations
irrégulières et de l’emploi illégal en s’attaquant à l’économie souterraine
des pays d’accueil, en régulant le marché du travail, en développant
des voies officielles de migration de travail par l’action combinée
des agences de l’emploi nationales et privées dans les pays d’envoi
et de destination.
13.2.
En matière de migration de transit
62.1 relever les défis posés par
l’«asymétrie des frontières» en améliorant les infrastructures aux points
de passage de frontière et en développant la coopération entre les
Etats de transit de la CEI pour contrôler l’immigration; recourir
à des instruments internationaux pour réduire les risques de «transit prolongé»
et de blocage de milliers de migrants dans les pays de transit.
13.3. En matière de fuite des cerveaux
62.1 encourager le secteur de la
recherche et développement et la coopération interétatique dans
le domaine de la recherche afin de développer une économie de la
connaissance et de stimuler le retour des intellectuels; initier
au niveau supranational de nouvelles formes de gestion des sciences fondamentales,
capables d’attirer les ressources financières et humaines nécessaires
et d’offrir aux différents pays un accès équitable aux technologies
innovantes.
13.4.
En matière d’envoi de fonds par les migrants dans leur pays d’origine
62.1 encourager les migrants à envoyer
leur argent via des canaux officiels, réduire le coût des transferts
financiers, inciter les migrants à investir l’argent gagné à l’étranger
dans les entreprises, le capital humain, les infrastructures locales
et les projets de développement.
63. La stratégie de la CEI en matière de migration est à un tournant.
Les pays d’envoi et de destination sont parvenus à une meilleure
compréhension des avantages qu’offrent les migrations internationales
pour le développement régional. Les pays de la région ont instauré
une coopération au niveau gouvernemental et les organisations non
gouvernementales, les universitaires et les médias ont déployé beaucoup
d’efforts pour faire des migrations un instrument efficace de développement
mutuel des économies nationales et de la région dans son ensemble.
L’ouverture d’un dialogue parlementaire permanent revêtirait de
ce fait une importance toute particulière.
64. En tant qu’espace de débat politique sur les questions migratoires,
l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe pourrait promouvoir
efficacement l’émergence d’une conception commune des avantages des
migrations et des risques qu’elles comportent. Elle pourrait aussi
encourager la coopération interétatique dans la région euro-asiatique,
ce qui permettrait de conjuguer les efforts pour une meilleure gestion
des migrations. Les parlementaires des Etats euro-asiatiques pourraient
œuvrer plus activement à l’organisation et à la sécurisation des
migrations en définissant des cadres pour les politiques migratoires,
en coordonnant les législations nationales sur les migrations, en
instaurant des systèmes interétatiques de partage de données sur
les migrations ou en les renforçant et, enfin, en améliorant les
infrastructures nationales et internationales de migration. Dans
un contexte plus large, une gestion adaptée des migrations et une
bonne coopération entre les Etats pourraient transformer le phénomène
des migrations en ressource importante pour le développement économique
durable des pays d’origine et d’accueil de la région.
14 Mission d’information du rapporteur
en Fédération de Russie
65. En août 2008, le rapporteur a effectué une mission
d’information dans la partie asiatique de la Fédération de Russie,
à savoir les régions d’Irkoutsk et Khabarovsk et l’oblast autonome juif. Le but de
la mission était de collecter des informations sur les tendances
migratoires et les réponses politiques récentes dans deux régions
frontalières importantes, en particulier pour ce qui concerne les
migrations de Chinois vers la Russie.
66. Pendant sa visite, le rapporteur a rencontré le vice-représentant
plénipotentiaire du Président de la Fédération de Russie pour le
District fédéral extrême-oriental, le vice-gouverneur de la région
de Khabarovsk, le gouverneur de l’oblast autonome
juif de Birobidjan, des représentants des autorités régionales d’Irkoutsk, des
employés des services régionaux de l’emploi de Khabarovsk et d’Irkoutsk
et des agents du Service fédéral des migrations déployés dans les
régions. Le rapporteur a également rencontré des chercheurs du département
extrême-oriental de l’Académie des sciences de Russie, de la section
régionale de l’Institut d’Etat d’études juridiques et du Centre
d’études sociales indépendantes d’Irkoutsk. A la fin de sa visite,
le rapporteur s’est entretenu avec la vice-directrice du Service
fédéral des migrations, à Moscou.
67. Actuellement, il n’existe pas au niveau des régions de Russie
de législation spécifique concernant les migrations, celles-ci relevant
de la compétence des autorités fédérales depuis 2002. Cette année
2002 a été marquée au niveau fédéral par un changement radical en
matière de politiques migratoires, avec la création du Service fédéral
des migrations et de ses antennes régionales et l’adoption d’un
certain nombre de lois visant à rationaliser et optimiser les flux
migratoires dans le pays.
68. Le rapporteur a observé que les objectifs politiques fédéraux
concernant les mesures d’incitation visant les travailleurs migrants
originaires de pays de la CEI et les mesures de restriction de l’immigration
hors CEI ne répondent pas toujours aux besoins des régions. Les
différentes régions de la Fédération de Russie connaissent évidemment
des situations très diverses, selon leur situation géographique,
le nombre de leurs centres urbains et les besoins de main-d’œuvre
dans les différents secteurs économiques. Les régions frontalières,
celles qui possèdent de grandes agglomérations industrielles et
celles qui extraient et exportent des matières premières et des
ressources naturelles (pétrole, gaz, minerais, bois, etc.) ont davantage
que d’autres besoin de main-d’œuvre étrangère. Pour la région d’Irkoutsk
et l’Extrême-Orient russe (région de Khabarovsk, oblast autonome juif, région de
l’Amour et kraï de Primorski),
du fait de leur proximité géographique avec la Chine, il est plus
difficile d’attirer les travailleurs migrants de la CEI que ceux
des provinces chinoises voisines.
69. Les statistiques fournies par le Service fédéral des migrations
montrent qu’en 2007 le quota fédéral global pour les travailleurs
hors CEI était limité à 318 752 permis de travail, alors qu’il était
de 6 millions pour la main-d’œuvre en provenance de la CEI. Toutefois,
en termes réels, le quota pour les travailleurs hors CEI a été dépassé,
tandis que seulement 30 % du quota CEI a été utilisé pour cette
année. Par exemple, les districts de l’Extrême-Orient russe n’ont
utilisé que 16 % du quota CEI.
70. En outre, le rapporteur observe que les permis de travail
annuels délivrés dans le cadre du système des quotas ne sont pas
directement liés à des contrats d’embauche, ce qui entraîne souvent
un décalage avec les compétences requises dans certains secteurs
(par exemple la construction ou l’industrie du bois). Par conséquent,
il semble nécessaire de promouvoir le recours à des agences de recrutement
privées afin d’aider les services régionaux de l’emploi et les employeurs
à recruter des travailleurs migrants ayant les compétences requises
et d’éviter que les migrants se mettent en situation irrégulière.
71. Il n’existe pas de statistiques fiables concernant les migrations
irrégulières, mais uniquement des estimations. Le Service fédéral
des migrations a estimé, pour l’année 2006, le nombre des migrants
irréguliers entre 7 et 15 millions. Ce chiffre a fortement diminué
après la mise en œuvre de la réforme législative en matière de migration
de 2007, et le nombre des migrants irréguliers en Fédération de
Russie est maintenant estimé entre 3 et 6 millions. Depuis l’entrée
en vigueur de cette réforme, les autorités régionales, en coopération
avec le Service fédéral des migrations, appliquent une plus grande
sévérité en matière d’expulsions, qui sont désormais assorties d’une
interdiction de cinq ans de retour sur le territoire russe. Les employeurs
font également l’objet de sanctions financières.
72. Dans les régions d’Irkoutsk et de Khabarovsk, comme dans beaucoup
d’autres régions industrialisées de Sibérie et de l’Extrême-Orient
russe, le problème majeur tient au déplacement et à la diminution
de la population active en raison du vieillissement de la population
et de l’exode des travailleurs qualifiés vers la partie européenne
de la Fédération de Russie ou vers l’étranger. Il est assez difficile
d’attirer des travailleurs qualifiés étrangers, en particulier ceux
de la CEI, vers les parties orientales de la Russie, en raison de
la rigueur du climat et du prix élevé des logements dans ces régions.
Un budget fédéral de 40 millions de roubles a été attribué pour
la période 2007-2012 à la mise en place de mesures d’incitation
pour attirer les travailleurs qualifiés originaires de pays de la
CEI. Le nombre des migrants qualifiés bénéficiant de ce programme
reste cependant extrêmement faible par rapport aux besoins estimés.
73. Par exemple, la région d’Irkoutsk compte 2,5 millions d’habitants
et présente un déclin démographique de 12 000 personnes par an (dû
à la fois à l’émigration et à la mortalité). La région a perdu 100 000
habitants au cours des dix dernières années, et les travailleurs
immigrés sont donc essentiels pour son développement économique.
Les autorités fédérales ont fixé à 11 000 le quota des migrants
hors CEI pour 2008. Au mois d’août 2008, 10 000 permis de travail
avaient déjà été délivrés, principalement à des travailleurs immigrés chinois
et, dans une moindre mesure, mongols et coréens. D’après les statistiques
régionales, 20 000 travailleurs immigrés en situation régulière
viennent en outre des républiques d’Asie centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan
et Kirghizistan) et seulement 10 % d’Ukraine, de Moldova, du Bélarus
et de Serbie.
74. En comparaison, l’Extrême-Orient russe (grande région) a une
population de 6,3 millions d’habitants et présente un déclin démographique
de 2 millions d’habitants sur les vingt dernières années. L’exemple
de l’oblast autonome juif
montre, à l’échelle régionale, une émigration massive de la population
juive au début des années 1990. On estime à environ 1,6 million
le nombre de Juifs qui ont quitté la Russie, principalement pour Israël
(entre 75 et 80 %), les Etats-Unis d’Amérique, le Canada et l’Allemagne.
Pour la plupart de ces migrants, l’intégration a été globalement
plus difficile qu’elle ne l’avait été pour leurs prédécesseurs des
années 1970, en particulier en Israël, où les migrants ont été si
nombreux qu’on a pu parler d’une grande Aliyah russe. Aujourd’hui,
avec le redressement économique de l’Extrême-Orient, cette tendance
est inversée et de nombreux émigrés juifs reviennent régulièrement
pour entretenir leurs liens familiaux et investir dans l’économie
locale.
75. En raison du déclin démographique et de l’émigration passée,
l’Extrême-Orient russe compte aujourd’hui 98 000 travailleurs venus
de pays hors CEI et 49 000 originaires de pays de la CEI. Les pays
les plus représentés sont la Chine, la République populaire démocratique
de Corée, la République de Corée et les Philippines.
76. Dans la région de Khabarovsk, les travailleurs immigrés représentent
actuellement 3 à 4 % de la population en âge de travailler. Selon
la stratégie de développement régional (couvrant la période jusqu’en 2025),
les prévisions concernant les besoins en travailleurs immigrés avancent
le chiffre de 10 %. Il y a actuellement 10 000 travailleurs chinois
en situation régulière et on estime à 10 % de ce chiffre le nombre
des travailleurs clandestins chinois. Une réglementation spécifique
s’applique aux chefs d’entreprise chinois qui emploient leurs compatriotes.
77. En Fédération de Russie, les migrants chinois travaillent
essentiellement dans le commerce (43,5 %), la construction (27,8 %),
l’agriculture et l’industrie du bois (15,9 %). Dans l’oblast autonome juif, par exemple, des
fermiers chinois louent des terres agricoles. Les autorités des
régions et des districts s’inquiètent cependant du recours excessif
aux pesticides et de la mauvaise qualité des produits agricoles.
La région de Khabarovsk a mis en place une nouvelle politique visant
à attirer les agriculteurs tadjiks et à subventionner les fermiers
locaux pour qu’ils améliorent les techniques agricoles.
78. Les migrations chinoises vers les régions orientales de la
Fédération de Russie sont extrêmement controversées. Elles suscitent
des divergences d’opinion entre les autorités fédérales et régionales,
ainsi qu’entre les responsables politiques qui appliquent des politiques
migratoires restrictives et les chercheurs qui affirment que ces
politiques peuvent infléchir les flux migratoires réguliers, mais
pas l’immigration irrégulière.
79. Le rapporteur reprend les observations intéressantes de Vilya
Gelbras, maître de recherche à l’Institut de l’économie mondiale
et des relations internationales de l’Académie des sciences russe
et professeur à l’université d’Etat de Moscou.
80. Selon M. Gelbras, la nature des migrations chinoises vers
la Russie a changé de multiples manières ces dernières années. La
fréquence des voyages vers la Russie a fortement augmenté, ce qui
est le signe d’une «migration pendulaire». Un type de main-d’œuvre
spécifique, qui facilite la circulation des marchandises, est apparu.
En d’autres termes, les autorités chinoises stimulent la circulation
transfrontalière des personnes et des biens. Les migrants font désormais
partie intégrante, semble-t-il, des stratégies commerciales et productives
de la Chine. A première vue, les flux transfrontaliers ressemblent
à une migration pendulaire, mais ils reflètent en réalité un mécanisme
spécifique de transport des biens à travers les frontières qui permet
de réduire le coût économique (non-paiement des droits et taxes)
ou de contourner les procédures officielles limitant la circulation
des biens.
81. L’activité transfrontalière des Chinois en Russie semble obéir
fréquemment au schéma suivant: une société est enregistrée simultanément
en Chine et en Russie; une de ses filiales, enregistrée en Russie
par un citoyen russe non autorisé à effectuer des opérations financières,
mène des activités commerciales de gros et de détail; l’autre société
est enregistrée en Chine par un citoyen chinois et mène des activités
de commerce de gros; les marchandises sont acheminées par petits
chargements, depuis un entrepôt situé en Chine vers la Russie; le
bénéfice des ventes est réexpédié en Chine. Cette forme de commerce
représente 40 à 60 % des exportations chinoises vers la Russie.
82. En outre, les bénéfices des sociétés commerciales alloués
à la modernisation et au développement sont utilisés (par le biais
de sociétés russes) pour stocker, acheter et réexpédier en Chine
des marchandises et des matières premières rares telles que le bois
et les métaux non ferreux. Par exemple, quelque 1,5 million de mètres
cubes de bois sont abattus illégalement chaque année dans le kraï de Primorski (territoire maritime). En
Chine, ces marchandises sont vendues et les bénéfices sont répartis
en quantité variable entre les personnes qui ont participé aux différentes
phases des transactions.
83. Afin d’enrayer ces pratiques et de protéger son économie et
ses ressources naturelles, la Russie doit se doter d’une politique
de migrations prenant en compte les caractéristiques spécifiques
de ses différentes régions. D’immenses différences existent entre
la partie européenne de la Russie, la Sibérie et l’Extrême-Orient.
La Chine et les régions orientales de la Russie – et en particulier
l’Extrême-Orient russe – sont économiquement interdépendantes.
84. Le rapporteur exprime plusieurs constats et recommandations,
qui ressortent de ses discussions avec les divers interlocuteurs
rencontrés lors de sa visite:
84.1 la
politique migratoire et le système des quotas de migration de travail
de la Fédération en particulier doivent être assouplis, afin de
prendre en compte les besoins spécifiques des régions en termes
d’économie et de main-d’œuvre;
84.2 la politique migratoire doit faire partie intégrante d’une
stratégie régionale de développement socio-économique (prévisions
des besoins de main-d’œuvre selon les secteurs économiques);
84.3 les politiques migratoires devraient être élaborées en
concertation entre les autorités fédérales, les autorités régionales,
les employeurs, les représentants des travailleurs immigrés et les
syndicats;
84.4 une harmonisation des salaires est nécessaire pour garantir
l’égalité de traitement et la protection sociale des travailleurs
migrants (code du travail), afin d’éviter la discrimination et les
disparités entre les économies locales;
84.5 les politiques migratoires doivent s’accompagner des infrastructures
nécessaires à leur mise en œuvre (renforcement de la formation des
personnels pour les contrôles aux frontières, les contrôles douaniers,
dans les inspections du travail, mais également dans les centres
pour l’emploi, les services d’aide sociale et les services de protection
juridique, afin d’aider les travailleurs immigrés et de faciliter leur
intégration);
84.6 les agences de recrutement publiques ou privées devraient
être associées à la gestion de l’immigration, en aidant les services
régionaux de l’emploi et les employeurs à recruter des travailleurs immigrés
ayant les compétences requises.
85. En conclusion, le rapporteur, compte tenu, d’une part, de
la richesse de l’Extrême-Orient russe en ressources naturelles et,
d’autre part, de la densité démographique extrêmement faible et
du manque d’infrastructures, préconise d’appliquer à l’avenir des
politiques migratoires souples qui favoriseront le développement
économique régional.
__________
Commission chargée du rapport: commission des migrations,
des réfugiés et de la population.
Renvoi en commission: Doc.
10719 et Renvoi no 3198 du 17 mars
2006 (expire le 17 mars 2008) – Renvoi prolongé jusqu’au 31 décembre
2008 (autorisation du Bureau le 21 janvier 2008).
Projets de résolution et de recommandation adoptés à l’unanimité
par la commission le 29 septembre 2008.
Membres de la commission: Mme Corien
W.A. Jonker (Présidente),
M. Doug Henderson (1er Vice-Président), M. Pedro Agramunt (2e Vice-Président),
M. Alessandro Rossi (3e Vice-Président),
Mme Tina Acketoft, M. Francis Agius, M. Ioannis Banias, Mme Donka
Banović, M. Jean-Guy Branger,
M. Márton Braun, M. André Bugnon, M. Mevlüt Çavuşoğlu,
M. Sergej Chelemendik, M. Vannino Chiti, M. Christopher Chope (remplaçant: M. Bill Etherington), M. Boriss Cilevičs, Mme Minodora Cliveti, M. Telmo Correia, Mme Claire
Curtis-Thomas (remplaçante: Baroness Anita Gale),
M. Ivica Dačić, M. Taulant Dedja, M. Nikolaos Dendias, M. Arcadio
Díaz Tejera (remplaçant: M. JordiXuclà
i Costa), M. Mitko Dimitrov, M. Karl Donabauer, M. Tuur Elzinga, M. Valeriy Fedorov, M. Oleksandr Feldman,
Mme Doris Fiala,
M. Paul Giacobbi (remplaçant: M. Denis Jacquat),
Mme Gunn Karin Gjul,
Mme Angelika Graf,
M. John Greenway, M. Tony
Gregory (remplaçant: M. Peter Kelly),
M. Andrzej Grzyb, M. Michael Hagberg, Mme Gultakin
Hajiyeva, M. Davit Harutyunyan, M. Jürgen Herrmann, M. Bernd Heynemann,
M. Jean Huss, M. Ilie Ilaşcu,
M. Tadeusz Iwiński, M. Mustafa Jemiliev
(remplaçante: Mme Oksana Bilozir), M. Tomáš Jirsa, M. Reijo Kallio, M. Hakki Keskin, M. Egidijus Klumbys, M. Ruslan
Kondratov (remplaçant: M. Ivan Savvidi),
M. Dimitrij Kovačič, M. Andros Kyprianou, M. Geert Lambert, M. Younal Loutfi, M. Andrija
Mandić, M. Jean-Pierre Masseret (remplaçant: M. Jean-Pierre Kucheida), M. Slavko Matić, Mme Ana
Catarina Mendonça, M. Gebhard Negele,
M. Hryhoriy Omelchenko, M. Morten Østergaard, M. Alexey Ostrovsky
(remplaçant: M. Oleg Panteleev),
M. Grigore Petrenco, M. Cezar Florin Preda, M. Milorad Pupovac (remplaçant:
M. Mario Zubović), Mme Mailis Reps, M. Gonzalo Robles Orozco,
M. Giacomo Santini, Mme Michaela
Sburny, M. André Schneider,
M. Samad Seyidov, M. Steingrímur J. Sigfússon, Mme Miet
Smet, M. Giacomo Stucchi,
M. Vilmos Szabó, M. Tuğrul Türkeş, Mme Özlem Türköne, M. Michał Wojtczak, M. Marco
Zacchera (remplaçant: M. Pasquale Nessa),
M. Yury Zelenskiy (remplaçant: M. Arsen Fadzaev),
M. Andrej Zernovski, M. Lasha
Zhvania (remplaçant: M. Guiorgui Kandelaki),
M. Jiří Zlatuška, N., N.
N.B. Les noms des membres présents à la réunion sont indiqués
en gras.
Secrétariat de la commission:M.
Lervik, M. Neville, Mme Odrats.