Protocole additionnel à la Convention européenne des Droits de l'Homme relatif aux droits sociaux fondamentaux
Recommandation 1415
(1999)
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Discussion par
l’Assemblée le 23 juin 1999 (21e séance)
(voir Doc. 8357,
rapport de la commission des questions sociales, de la santé et
de la famille, rapporteuse: Mme Pulgar;
et Doc. 8433,
avis de la commission des questions juridiques et des droits de
l’homme, rapporteur: M. Jurgens). Texte adopté par l’Assemblée le
23 juin 1999 (21e séance).
- Thesaurus
1. L’Assemblée réaffirme résolument
son attachement à une protection effective des droits de l’homme. Elle
observe qu’il ne saurait y avoir de démocratie véritable sans une
reconnaissance de tous les droits de l’homme, y compris des droits
sociaux.
2. Les droits économiques et sociaux sont inhérents à la dignité
humaine et sont clairement des droits de l’homme, au même titre
que les droits civils et politiques. Ces deux catégories de droits
sont interdépendantes et ne sauraient faire l’objet d’un traitement
différencié.
3. La plupart des Etats procèdent à l’heure actuelle à des réformes
économiques et à d’importantes restructurations sociales. Les pays
d’Europe centrale et orientale, en particulier, doivent faire face
à un lourd processus de transition. La mondialisation de l’économie,
la globalisation des marchés commerciaux et financiers, le renforcement
de la pression économique et de la logique concurrentielle sur la
société rendent indispensable de promouvoir des valeurs et des normes
communes, qui puissent être respectées par l’ensemble des pays européens.
4. Le progrès économique ne s’accompagne pas nécessairement du
progrès social, mais le progrès économique ne doit pas se faire
sans le progrès social, ni sans droits sociaux. De cela dépend le
modèle de société dans laquelle nous vivrons demain.
5. Les Etats membres du Conseil de l’Europe doivent poursuivre
leur coopération dans le développement de normes sociales communes,
et accepter des engagements sociaux similaires. Ils doivent également s’engager
résolument à garantir la jouissance et l’exercice effectifs de droits
sociaux à chacun. Cet objectif doit constituer une priorité absolue
pour les gouvernements.
6. A l’occasion du 50e anniversaire
de la Déclaration universelle des droits de l’homme, le Comité des Ministres
a adopté le 10 décembre 1998 une déclaration dans laquelle «les
gouvernements des Etats membres du Conseil de l’Europe [réaffirment]
le besoin de renforcer la protection des droits économiques et sociaux
fondamentaux (…) comme faisant tous partie intégrante de la protection
des droits de l’homme».
7. L’Assemblée rappelle que la Charte sociale européenne constitue
la référence normative en matière de droits sociaux fondamentaux
et l’un des piliers du modèle social européen.
8. L’Assemblée s’est étroitement associée à la promotion de cet
instrument, notamment à son processus de relance, et rappelle à
cet égard sa
Recommandation
1354 (1998). Elle se félicite en particulier du succès de
la campagne de ratification lancée en janvier 1997, et de l’entrée
en vigueur du protocole de 1995 prévoyant un système de réclamations
collectives, et souhaite que la Charte sociale européenne et la
Charte révisée recueillent le plus grand nombre de ratifications
pour le 50e anniversaire de l’Organisation.
9. L’enracinement de la démocratie en Europe passe par la garantie
d’une plus grande effectivité et d’une plus grande justiciabilité
des droits sociaux. Une réflexion doit s’amorcer sur le renforcement
des instruments juridiques internationaux existants.
10. Dans sa
Recommandation
1354 (1998), l’Assemblée relève que la Cour européenne
des Droits de l’Homme joue «un rôle fondamental dans la défense
des droits de l’homme, des droits civiques et de la dignité de la
personne», et souhaite que l’on étudie «la possibilité d’inscrire
certains droits de la Charte sociale dans la Convention européenne
des Droits de l’Homme, afin de poser les bases d’un plus grand respect
juridique».
11. Aménager la compétence de la Cour européenne des Droits de
l’Homme, qui peut être saisie par des requêtes individuelles, semble
la voie la plus efficace – complémentaire au mécanisme de contrôle
de la Charte sociale européenne – pour améliorer la protection des
citoyens européens et garantir le respect des droits sociaux par
les Etats.
12. Un protocole additionnel à la Convention européenne des Droits
de l’Homme permettrait de pallier les lacunes existantes, et constituerait
un instrument de renforcement de la cohésion sociale, notamment
pour combler le fossé des inégalités et établir des sauvegardes
au profit des groupes les plus vulnérables de la société. L’élaboration
d’un tel protocole constitue pour le Conseil de l’Europe le défi
du prochain millénaire.
13. L’Assemblée relève que certains droits sociaux sont déjà reconnus
et protégés par la Convention européenne des Droits de l’Homme,
notamment dans le cadre de ses articles 4, 8, 11 et 14. Ces articles
ont toutefois une portée limitée, tant pour ce qui concerne les
violations du principe de non-discrimination (article 14) que pour
la violation de droits collectifs (article 11).
14. L’Assemblée recommande au Comité des Ministres d’inviter les
Etats membres du Conseil de l’Europe:
i à s’engager fermement à tous les niveaux en faveur d’une
reconnaissance et d’une mise en œuvre immédiate et concrète des
droits sociaux;
ii à adopter une législation reconnaissant et garantissant
le bénéfice de droits sociaux fondamentaux minimaux à chacun;
iii à signer et ratifier les instruments internationaux pertinents,
en particulier la Charte sociale européenne, la Charte sociale révisée
et le Code européen de sécurité sociale révisé;
iv à prendre sans délai les mesures législatives et réglementaires
nécessaires à la mise en œuvre de ces instruments;
v à renforcer les mécanismes et procédures juridictionnels
au niveau national, afin que les individus puissent faire légitimement
valoir leurs droits sociaux.
15. L’Assemblée recommande au Comité des Ministres:
i d’entreprendre une étude pour déterminer
quels sont les droits sociaux qui sont garantis par les Constitutions
des Etats membres et considérés par les cours nationales comme des
droits justiciables, et qui pourraient être ajoutés aux dispositions
normatives de la Convention européenne des Droits de l’Homme;
ii d’entreprendre une étude pour déterminer ceux des droits
garantis par la Charte sociale européenne et la Charte sociale révisée
qui pourraient être considérés comme justiciables et ajoutés aux
dispositions normatives de la Convention européenne des Droits de
l’Homme;
iii de consulter la Cour européenne des Droits de l’Homme
afin de déterminer ceux des droits sociaux qui seraient déjà garantis
par la Convention, à la lumière de sa jurisprudence;
iv sur la base des études qui précèdent, d’élaborer un protocole
additionnel à la Convention européenne des Droits de l’Homme, qui
pourrait garantir dans un premier temps certains des droits suivants:
a Protection des besoins élémentaires:
- droit à l’hébergement;
- droit au bénéfice de l’assistance sociale et médicale
de base;
- droit à un revenu minimal;
b Protection dans le milieu du travail:
- droit à une rémunération équitable;
- droit de recevoir régulièrement et dans les délais son
salaire, sa pension de retraite ou ses allocations sociales;
- droit à des conditions de travail équitables, satisfaisantes
et respectueuses de la dignité humaine (en particulier droit à une
durée de travail raisonnable, droit à des congés payés annuels,
droit à des jours fériés payés, droit au repos hebdomadaire);
- droit à la sécurité et à l’hygiène dans le travail, et
protection contre le travail insalubre et dangereux;
- droit à une formation professionnelle continue appropriée;
- droit à une protection spécifique en cas de licenciement
(droit à un délai minimal de préavis en cas de licenciement, droit
à une indemnité minimale en cas de licenciement non fautif, interdiction
du licenciement ou du renvoi pour des raisons arbitraires);
- droit à la protection de la travailleuse salariée ou indépendante,
en tant que mère de famille ou femme enceinte;
- interdiction du travail des enfants avant l’âge de fin
de scolarité obligatoire;
- droit à l’intégration des personnes handicapées dans le
monde du travail;
- droit à la protection contre le harcèlement sexuel sur
le lieu de travail.
16. L’Assemblée, consciente de l’ambition et de la difficulté
de cette entreprise, est d’avis qu’une démarche progressive s’impose,
et que la justiciabilité de l’ensemble de ces droits devrait constituer
un objectif à plus long terme.
17. Par ailleurs, l’Assemblée prend note de la volonté du Comité
des Ministres, aux termes de sa déclaration à l’occasion du 50e
anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme,
de «parachever dans les meilleurs délais le texte d’un instrument
juridique contraignant prévoyant l’interdiction de la discrimination
sous toutes ses formes».
18. Elle rappelle qu’elle a recommandé à de nombreuses reprises
au Comité des Ministres d’élaborer un projet de protocole additionnel
à la Convention européenne des Droits de l’Homme renforçant la clause
de non-discrimination de l’article 14, et souligne à cet égard que
nombre de droits sociaux ont trait à l’égalité. Un tel projet de
protocole pourrait donc prendre en considération un certain nombre
de droits sociaux, tels que la non-discrimination dans l’accès aux
soins de santé et aux services sociaux, l’égalité de traitement
dans le travail et l’égalité de rémunération notamment entre les
hommes et les femmes, ou la non-discrimination dans l’accès aux
logements sociaux.