Sécurité sanitaire des populations européennes
Recommandation 1445
(2000)
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Discussion par l'Assemblée le 27 janvier 2000 (7e séance) (voir Doc. 8551, rapport de la commission des questions sociales, de la santé et de la famille, rapporteur: M. Mattei). Texte adopté parl'Assemblée le 27 janvier 2000 (7e séance).
- Thesaurus
1. L’Assemblée est préoccupée par les risques
sanitaires liés à une accélération des évolutions technologiques et des
modifications écologiques, ainsi que par la difficulté de les maîtriser dans un
contexte de libre circulation des produits et des marchandises. Si ces
évolutions peuvent être bénéfiques pour la santé des populations, elles peuvent
aussi la menacer, ainsi que plusieurs problèmes récents l’ont illustré au
niveau international (sida, amiante, vache folle, dioxine dans l’alimentation
animale et intoxications liées à des boissons largement distribuées).
2. Elle constate l’inquiétude croissante des populations et son extrême
sensibilité aux questions de sécurité sanitaire, et considère dès lors qu’il
est de la plus haute importance de pouvoir fournir à tous les acteurs concernés
des informations fiables sur la réalité et le niveau des risques sanitaires
existants afin de pouvoir les gérer sur une base rationnelle.
3. L’Assemblée estime qu’il ne faut pas opposer l’intérêt du développement
économique et l’impérieuse nécessité de protéger la santé. Elle souligne qu’il
est impossible de ne pas accorder une égale importance aux deux aspects et
qu’ils sont indissociables.
4. Dans un souci d’efficacité de
l’allocation des ressources, l’Assemblée souhaite promouvoir un cadre global et
cohérent d’analyse des questions de sécurité sanitaire qui soit applicable à
l’ensemble des pays européens et quel que soit le secteur concerné. Il n’est
pas logique que les règles utilisées pour évaluer et gérer les risques
sanitaires varient selon les causes, le type de produit incriminé, les milieux
pollués, les filières de production concernées ou les voies d’exposition par
lesquelles l’homme est mis en contact avec les différents polluants physiques,
chimiques ou microbiologiques. Ces règles doivent être unifiées au niveau
européen.
5. L’Assemblée considère que le caractère évitable des
risques auxquels ont été soumises, de façon injustifiée, les populations
européennes a récemment créé une indignation de l’opinion et un sentiment
d’insécurité qui peut menacer la démocratie au travers de la désignation de
boucs émissaires, d’une accusation de laxisme, d’une perte de confiance de
l’opinion, tous éléments pouvant favoriser le développement d’une logique
totalitaire préjudiciable aux droits de l’homme, ainsi qu’à sa santé et à son
bien-être.
6. L’Assemblée constate qu’il existe une attente sociale
forte pour que soient correctement appliqués les principes de prévention et de
précaution, à laquelle il convient d’apporter une réponse raisonnable et
efficace. Un excès de précaution pourrait stériliser le progrès de même qu’un
trop grand laxisme. Il est donc nécessaire de donner un contenu concret à ces
principes qui constituent trop souvent des coquilles vides.
7. L’Assemblée est convaincue qu’une réflexion d’ensemble sur la sécurité sanitaire est l’aboutissement logique d’une action qu’elle avait entamée avec ses nombreuses recommandations et, notamment, la
Recommandation 1389 (1998) relative à la sécurité des consommateurs et à la qualité des produits alimentaires, et la
Recommandation 1417 (1999) relative à la crise de la dioxine et à la sécurité alimentaire. Elle souhaite désormais placer la problématique dans un champ plus large qui couvrirait tous les aspects de la sécurité sanitaire des populations européennes.
8. En conséquence,
l’Assemblée recommande au Comité des Ministres:
8.1 d’étendre le rôle du Comité européen de la santé en créant en son sein une cellule de sécurité sanitaire qui puisse offrir aux Etats membres des conseils dans les différents domaines concernés, telle que proposée dans la
Recommandation 1417 de juin 1999. Le Conseil de l’Europe a été la première institution européenne à édicter des recommandations en matière de santé publique. Il est logique qu’il continue ainsi à jouer son rôle de pionnier. Cette cellule aurait pour fonction:
a d’assister
les Etats membres dans l’établissement d’un diagnostic de leurs besoins dans le
domaine de la sécurité sanitaire;
b de rédiger un guide des
missions devant être assurées par les services en charge de la sécurité
sanitaire dans chacun des pays membres;
c de proposer une
démarche permettant de définir des priorités d’action dans le domaine de la
sécurité sanitaire;
d de fournir aux Etats membres une
capacité d’audit des dispositifs de gestion des alertes sanitaires pouvant
aboutir à une labelisation par le Conseil de l’Europe;
e de
proposer à l’Assemblée une charte pour la promotion de la sécurité sanitaire en
Europe;
f de rédiger un manuel de démarche qualité dans les
dispositifs de sécurité sanitaire;
g de concevoir un cadre
méthodologique afin d’évaluer l’efficacité des dispositifs de sécurité
sanitaire;
h de comparer les modes de gestion du risque en
Europe en utilisant, notamment, les méthodes de retour d’expérience;
i de concevoir des programmes de formation européenne sur la sécurité
sanitaire en liaison avec les institutions compétentes;
8.2 d’inviter l’Union européenne et les
organisations internationales compétentes à participer aux travaux de cette
cellule;
8.3 d’associer l’Assemblée à la création et au
fonctionnement de cette cellule.
9. En outre,
l’Assemblée recommande au Comité des Ministres d’inviter les Etats membres:
9.1 à mieux connaître les différents problèmes
pouvant affecter la sécurité sanitaire de leur population et, dans ce but,:
a à systématiser l’observation de la santé, des
risques et des facteurs de risques sanitaires;
b à développer
la surveillance sanitaire en liaison avec les principales expositions des
populations, de façon à être capable de détecter et d’identifier la nature des
menaces sanitaires dans les meilleurs délais possible;
c à
hiérarchiser les problèmes et les risques auxquels les populations sont
soumises;
d à organiser l’expertise sur la sécurité sanitaire
de façon performante;
e à stimuler la recherche sur la
sécurité sanitaire (détection des alertes, évaluation et gestion des risques en
situation d’urgence);
9.2 à mieux agir pour
maîtriser les risques sanitaires de leur population et, dans ce but,:
a à faire du risque sanitaire un objet de
gestion partagé par les services étatiques compétents;
b à
définir les principes de doctrine devant guider les politiques de gestion des
risques en s’inspirant des dix principes suivants, qui sont définis d’une
manière plus détaillée dans le rapport et qui devraient être consignés dans une
charte de la sécurité sanitaire:
9.2.2.1 transparence;
9.2.2.2 globalité;
9.2.2.3 rationalité;
9.2.2.4 prévention et précaution;
9.2.2.5 efficience;
9.2.2.6 territorialisation;
9.2.2.7 éthique;
9.2.2.8 pluralité de l’expertise;
9.2.2.9 responsabilité;
9.2.2.10 harmonisation;
c à instaurer des
processus de débat public pour les décisions en santé publique, en particulier
vis-à-vis de problèmes caractérisés par une incertitude scientifique
forte;
d à systématiser le recours aux analyses
coûts/bénéfices sanitaires;
9.3 à mieux
réagir face aux événements mettant en cause la sécurité sanitaire et, dans ce
but,:
a à s’assurer de l’existence de capacités
efficaces d’investigation épidémiologique des menaces sanitaires (épidémies,
clusters, expositions anormales), ainsi que de capacités d’analyses permettant
d’identifier des polluants dans les différents milieux;
b à
se donner les moyens de comprendre comment la population perçoit les problèmes
de risque pour disposer de stratégies d’intervention adaptées;
c à faire de la communication un véritable outil de sécurité
sanitaire;
d à donner une lisibilité des actions en faveur de
la sécurité sanitaire de façon à favoriser le retour de la confiance de
l’opinion;
e à systématiser la pratique des retours
d’expérience.
10. L’Assemblée
invite l’Union européenne à instituer, en concertation avec le Conseil de
l’Europe, une agence européenne de sécurité sanitaire qui puisse fournir une
expertise de haut niveau dans les différents secteurs qui ne sont pas couverts
par les dispositifs existants, notamment la pollution chimique des produits de
consommation, les contrôles de la qualité des filières de production d’aliments
pour l’homme et les animaux, la pollution des sols, la maîtrise des risques
tout au long des différentes filières de traitement des déchets et la capacité
de connaître la traçabilité des produits sur les
marchés.