Traiter la question des combattants étrangers de Daech et de leurs familles qui rentrent de Syrie et d’ailleurs dans les États membres du Conseil de l’Europe
Réponse à Recommandation
| Doc. 15844
| 11 octobre 2023
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- Adoptée lors de la
1477e réunion des Délégués des Ministres
(4 octobre 2023). 2023 - Quatrième partie de session
- Réponse à Recommandation
- : Recommandation 2244
(2023)
1. Le Comité des Ministres
a examiné avec soin la
Recommandation
2244 (2023) de l’Assemblée parlementaire qu’il a communiquée au
Comité de lutte contre le terrorisme (CDCT), au Comité européen
de coopération juridique (CDCJ) et au Comité directeur pour les
droits de l’enfant (CDENF) du Conseil de l’Europe, pour information
et commentaires éventuels. Il se félicite de l’attention que l’Assemblée
accorde au retour potentiel de combattants étrangers de Daech et
de leurs familles, y compris des enfants, dans des États membres
du Conseil de l’Europe. Il reconnaît l’urgence de la question qui
appelle une action internationale concertée et la coopération la
plus large possible.
2. Dans ce contexte, le Comité attire l’attention sur la nouvelle
Stratégie contre le terrorisme (2023-2027) qu’il a adoptée le 10
février 2023 et qui énonce un certain nombre d’actions visant à
aider les États membres à relever les défis liés au désengagement
et à la réinsertion, aux liens entre le terrorisme et les violations
des lois régissant les conflits armés ainsi qu’au retour et à la
relocalisation des combattants terroristes étrangers. En outre,
la Stratégie du Conseil de l’Europe pour les droits de l’enfant
(2022-2027) comprend des objectifs et des actions en rapport avec
la sauvegarde des droits des enfants des combattants étrangers de
Daech.
3. En ce qui concerne le paragraphe 4.1 de la recommandation,
le Comité note que la Stratégie contre le terrorisme préconise l’élaboration
d’instruments non contraignants pour aider davantage les États membres dans
les domaines de la déradicalisation, du désengagement et de la réinsertion
sociale des personnes impliquées dans des activités terroristes
ou risquant de l’être, en particulier en ce qui concerne les femmes
et les enfants qui ont été associés à des groupes terroristes ou
exploités par ces groupes. Ces travaux s’appuieront sur le rapport
qu’élabore actuellement le CDCT sur les pratiques comparatives dans
ces domaines, lequel dressera un état des lieux des progrès accomplis
dans les États membres.
4. S’agissant du paragraphe 4.2 de la recommandation, le Comité
des Ministres se félicite qu’il soit demandé que les combattants
soupçonnés d’avoir perpétré des actes terroristes, des crimes de
guerre, des crimes contre l’humanité et de génocide aient à rendre
compte de leurs actes devant la justice. Il convient tout à fait
de la nécessité, vu l’ampleur et la gravité de ces crimes, d’un
examen de l’interaction entre la législation antiterroriste et les
règles régissant les conflits armés, y compris la question du cumul
des poursuites. Dans ce contexte, le Comité informe l’Assemblée
que, dans le cadre de la Stratégie contre le terrorisme, le CDCT poursuivra
ses travaux sur l’utilisation des informations recueillies dans
les zones de conflit comme éléments de preuve dans les procédures
pénales pour terrorisme et autres infractions ainsi que l’élaboration
de lignes directrices sur les poursuites en cas d’infractions terroristes
et de violations graves du droit international humanitaire commises
dans le contexte d’un conflit armé et poursuivra les efforts visant
à renforcer les capacités des autorités nationales à envisager et
à appliquer un cumul de qualifications en vue de poursuivre effectivement
les personnes soupçonnées d’avoir été impliquées dans des activités
terroristes ou des violations graves du droit international humanitaire
commises dans le cadre d’un conflit armé.
5. En ce qui concerne le paragraphe 4.3, le Comité estime que
la création d’un tribunal international ou d’un tribunal hybride
compétent pour juger les crimes visés par le droit international
commis par les combattants étrangers de Daech, notamment la question
de la peine de mort mentionnée par l’Assemblée, est très compliquée.
Il rappelle que le CDCT a salué à de nombreuses reprises les efforts
déployés par les États membres pour que les personnes soupçonnées
d’avoir participé à des activités terroristes en Syrie et en Irak soient
traduites en justice, et a appuyé ces efforts par des activités
visant à améliorer la coopération internationale dans ce domaine,
telles que son Réseau 24/7 sur les combattants terroristes étrangers.
Le CDCT prévoit aussi d’établir un rapport sur la situation des
combattants terroristes étrangers en Europe et les développements
en la matière pour que les États membres soient tenus informés des
menaces que représentent ces combattants européens en Europe et
au-delà.
6. En ce qui concerne le paragraphe 4.4, le Comité est conscient
de la complexité de la situation, tant du point de vue de la sécurité
que des droits humains, des enfants qui se trouvent dans des camps
dans le nord‑est de la Syrie, où ils sont retenus dans des conditions
totalement inappropriées et exposés à la violence, aux abus et à
l’exploitation sexuels, au risque de radicalisation et à d’autres
violations de leurs droits fondamentaux.
7. Sur la question de la déchéance de nationalité, le Comité
des Ministres convient que les enfants de combattants étrangers
doivent être traités avant tout comme des enfants et ne doivent
pas subir les conséquences des infractions commises par des membres
de leur famille. Dans ce contexte, il rappelle les garanties énoncées
dans la Convention des Nations Unies de 1961 sur la réduction des
cas d’apatridie et dans la Convention européenne sur la nationalité
de 1997 (STE no 166) ainsi que dans la
Recommandation
CM/Rec(2009)13 sur la nationalité des enfants. Il informe l’Assemblée
que des travaux supplémentaires sont prévus sur des questions spécifiques
liées à l’apatridie des enfants et à leur accès à la nationalité.
8. Le Comité des Ministres estime en outre, en principe, que
les enfants de combattants étrangers qui sont ressortissants d’États
membres, lorsqu’ils sont rapatriés, peuvent l’être avec leur mère
lorsque cela est possible. C’est à chaque État membre d’en décider.
Selon les procédures judiciaires à l’encontre des parents à leur
arrivée sur le territoire national d’un État membre, le maintien
du lien avec leurs enfants devrait ensuite être envisagé au cas
par cas, eu égard à l’intérêt supérieur des enfants. Il informe
l’Assemblée des travaux en cours ou prévus sur ces questions difficiles,
notamment les projets de recommandations sur les droits et l’intérêt
supérieur de l’enfant en cas de procédures de séparation des parents
et de placement; les orientations sur les programmes de (ré)insertion
des enfants exposés à la violence et aux idéologies terroristes;
l’évaluation des besoins et des difficultés des enfants victimes
et témoins de crimes violents au sein du système judiciaire, en
particulier la réinsertion et la réadaptation des enfants touchés
par le terrorisme; et les droits de l’enfant dans les situations
de crise ou d’urgence, y compris les conflits armés et le terrorisme.