Renforcer les relations entre le Conseil de l’Europe et l’Amérique latine
Réponse à Recommandation
| Doc. 16289
| 23 octobre 2025
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- Adoptée lors de la
1541e réunion des Délégués des Ministres
(22 octobre 2025). 2025 - Commission permanente de novembre (République de Moldova)
- Réponse à Recommandation
- : Recommandation 2296
(2025)
1. Le Comité des Ministres
a examiné attentivement la
Recommandation
2296 (2025) de l'Assemblée parlementaire «Renforcer les relations
entre le Conseil de l'Europe et l'Amérique latine».
2. Le Comité des Ministres rappelle que, lors du 4e Sommet
de Reykjavík, en 2023, les chefs d'État et de gouvernement du Conseil
de l'Europe se sont engagés à renforcer le rôle du Conseil de l'Europe
dans l'architecture multilatérale européenne et dans la gouvernance
mondiale en renforçant sa dimension extérieure. La Déclaration de
Reykjavík appelait, entre autres, à un dialogue politique accru
avec d'autres organisations internationales. Elle s'engageait également
à renforcer le dialogue avec les États observateurs, avec lesquels
le Conseil de l'Europe et ses États membres partagent un ensemble
de valeurs fondamentales et de principes communs, et à promouvoir
une ratification accrue des conventions du Conseil de l'Europe ouvertes
aux États non-membres par le biais de campagnes d'universalisation
ciblées, afin de faire progresser le respect des normes ambitieuses
de l'Organisation au-delà des frontières européennes.
3. Plus récemment, lors de sa 134e Session
ministérielle (Luxembourg, 13-14 mai 2025), le Comité des Ministres
a encouragé l'intensification des efforts visant à développer davantage
la dimension extérieure de l'Organisation.
4. Le Comité des Ministres souligne que la Déclaration de Reykjavík
a donné un nouvel élan à la dimension extérieure du Conseil de l'Europe,
renforçant son rayonnement grâce à un engagement fondé sur ses valeurs fondamentales
avec les démocraties du monde entier et à la contribution active
des États observateurs, en particulier le Mexique en ce qui concerne
l'Amérique latine. La Déclaration a également joué un rôle crucial dans
le renforcement des relations du Conseil de l'Europe avec d'autres
organisations internationales, notamment l'Organisation des États
américains et le Système ibéro-américain. Deux ans après la Déclaration de
Reykjavík, cette dimension continue de gagner du terrain.
5. Le Comité des Ministres se félicite de l'importance accordée
par l'Assemblée au renforcement des relations entre le Conseil de
l'Europe et l'Amérique latine, tant par le biais de partenariats
avec des organisations multilatérales que par le dialogue avec les
États de la région. Cela s'inscrit dans le cadre du renforcement
des activités du Conseil de l'Europe dans la région, tant au niveau
de ses organes que dans des secteurs spécifiques.
6. Le Comité apprécie la coopération de longue date entre la
Commission européenne pour la démocratie par le droit (Commission
de Venise) et les pays d'Amérique latine, qui s'est intensifiée
au cours des cinq dernières années. Le Brésil, le Chili, le Costa
Rica, le Mexique et le Pérou sont membres à part entière de la Commission
de Venise, tandis que l'Argentine et l'Uruguay en sont des États
observateurs. Cette coopération s'effectue par l'intermédiaire de
la Sous-commission pour l'Amérique latine et couvre des domaines
tels que la transition démocratique, l'élaboration de la constitution,
la justice constitutionnelle, les institutions démocratiques et
la législation et la pratique électorales. En raison de l'intérêt
croissant pour la coopération avec l'Amérique latine, la Commission
de Venise a adopté plusieurs avis sur des projets de loi en Bolivie,
au Chili, au Mexique et au Pérou.
7. La Commission de Venise a également développé des échanges
actifs avec des organisations régionales telles que l'Organisation
des États américains (OEA), la Cour interaméricaine des droits de l'homme,
l'Union interaméricaine des organes électoraux (UNIORE) et la Conférence
ibéro-américaine de justice constitutionnelle (CIJC). La coopération
étroite entre la Commission de Venise et l'OEA a abouti à un accord
de coopération sur l'assistance technique pour le développement
des principes de l'État de droit et de la séparation des pouvoirs
en Amérique latine (2020), ainsi qu'à un accord qui renforce l'interaction
de la Commission avec le Département de la coopération et de l'observation
électorales (DECO) de l'OEA. Plusieurs avis et demandes d'études
ont été formulés ou facilités dans le cadre de cet accord. Lors
de sa 143e session plénière (13-14 juin
2025), la Commission a adopté un mémoire d'amicus curiae à l'intention
de la Cour interaméricaine des droits de l'homme sur la démocratie
en tant que droit humain, moyen de développement social, politique
et économique et d'exercice effectif des droits humains, ou les
deux à la fois, préparé à la demande de la Cour interaméricaine
des droits de l'homme. Enfin, grâce à des programmes conjoints UE-CoE, la
Commission peut coopérer avec d'autres pays de la région (par exemple,
la Bolivie, Haïti) et participe à des événements régionaux ou en
organise en coopération avec des partenaires tels que le Programme
des Nations Unies pour le développement (PNUD), l'OEA, la Fédération
des médiateurs (FIO), l'UNIORE, le Réseau mondial de justice électorale
et d'autres.
8. Le Comité des Ministres note également que la Commission de
Venise continue de s'engager dans la région en rédigeant des avis,
par exemple sur la réforme du ministère public au Pérou, et en organisant
des événements, en particulier une Conférence internationale sur
la démocratie et l'État de droit avec la Cour interaméricaine des
droits de l'homme et le Centre d'études politiques et constitutionnelles
d'Espagne (novembre 2025).
9. En ce qui concerne la coopération sectorielle, le Comité des
Ministres observe que, par exemple, la Convention d'Istanbul et
son organe de suivi indépendant, le GREVIO (Groupe d'experts sur
l'action contre la violence à l'égard des femmes et la violence
domestique), constituent un point d'entrée pour une coopération renforcée
avec l'OEA. Cela s'explique par le statut de la Convention d'Istanbul
en tant que traité régional sur la violence à l'égard des femmes,
comparable à la Convention interaméricaine sur la prévention, la
sanction et l'élimination de la violence à l'égard des femmes (Convention
de Belém do Pará adoptée en 1994), qui jette les bases de la coopération.
Une publication conjointe élaborée en 2014 souligne la complémentarité
de ces deux traités régionaux et de leurs mécanismes de suivi respectifs
(GREVIO et MESECVI, le mécanisme de suivi de Belém do Pará).
10. Les deux mécanismes de suivi sont membres de la Plateforme
pour mettre fin à la discrimination et à la violence à l'égard des
femmes (Plateforme EDVAW), qui se réunit régulièrement pour échanger
sur des thèmes communs et définir des programmes d'action conjoints.
Cette plateforme de mécanismes indépendants de défense des droits
des femmes, mise en place à travers le monde, a pour objectif d'évaluer et
de promouvoir les politiques et les programmes visant à mettre fin
à la discrimination et à la violence à l'égard des femmes.
11. Enfin, le Comité des Ministres note que la perspective de
créer un bureau de liaison du Conseil de l'Europe à New York contribuerait
à renforcer la dimension extérieure du Conseil de l'Europe dans
la région. Un tel bureau jouerait un rôle clé dans la dynamique
de coopération, promouvrait les normes du Conseil de l'Europe, renforcerait
la visibilité des instruments juridiques internationaux du Conseil
de l'Europe ouverts aux États non membres (notamment dans les pays
d'Amérique latine) et faciliterait l’interaction avec les organisations
régionales.