Éliminer les stéréotypes de genre dans les médias
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Discussion
par l’Assemblée le 24 juin 2026 (23e séance)
(voir Doc. 16418,
rapport de la commission sur l'égalité et la non-discrimination,
rapporteure: Mme Yevheniia Kravchuk;
et Doc. 16419,
avis de la commission de la culture, de la science, de l'éducation
et des médias, rapporteur: M. Benjamin Dalle). Texte adopté
par l’Assemblée le 24 juin 2026 (23e séance).Version
provisoire sous réserve de révision éditoriale.
1. Les stéréotypes
de genre, ou les stéréotypes sur les caractéristiques et les rôles
traditionnellement attribués aux femmes et aux hommes dans la vie
privée et familiale, ainsi que dans la vie professionnelle et publique,
restent omniprésents dans les espaces de communication publics,
aussi bien dans les médias traditionnels tels que la presse, la
radio et la télévision que dans les médias modernes, y compris les plateformes
en ligne et les réseaux sociaux.
2. Ces stéréotypes, outre le fait qu’ils reflètent des traditions
sociales anciennes, perpétuent également celles-ci en les normalisant
et, parfois, en les présentant sous un jour attrayant, en particulier
pour les jeunes générations. La popularité dans les réseaux sociaux
de ce que l’on appelle les «épouses tradi» («trad
wives»), qui représentent une image traditionnelle idéalisée
de la féminité domestique, est un exemple manifeste de cette dynamique.
3. Les stéréotypes de genre entravent les progrès vers l’égalité
de genre et compromettent l’empouvoirement des femmes en véhiculant
le message selon lequel la position des femmes dans la vie privée
et publique est limitée et prédéterminée. Ils sont également préjudiciables
pour les garçons et les hommes, en leur présentant des comportements
et des rôles masculins stéréotypés auxquels ils peuvent se sentir
fortement contraints de se conformer, et ont en outre un impact
négatif sur les sociétés dans leur ensemble en les privant de l’éventail
complet et du plein potentiel de leurs populations. Il faut s’opposer
à ces stéréotypes et les combattre partout où ils se manifestent,
et en particulier dans les espaces de communication qui touchent
de larges pans de la population.
4. L’Assemblée parlementaire réaffirme que les femmes, dans toute
leur diversité, peuvent aspirer à n’importe quel rôle ou position
dans la société et s’en acquitter avec succès. L’empouvoirement
des femmes consiste à leur permettre de réaliser ce potentiel.
5. Les stéréotypes de genre étant un problème éminemment culturel,
la solution doit elle aussi être avant tout de nature culturelle,
sous la forme de mesures appliquées à l’éducation, aux médias et
au secteur de la culture en général.
6. Se référant à sa
Résolution
1751 (2010) et sa
Recommandation
1931 (2010) «Combattre les stéréotypes sexistes dans les médias»,
l’Assemblée rappelle que les stéréotypes de genre constituent une entrave
à l’égalité de genre et qu’ils sont trop souvent banalisés et tolérés,
au nom de la liberté d’expression. Depuis l’adoption de ces textes,
le paysage médiatique a considérablement évolué, avec une augmentation de
l’influence des réseaux sociaux, et l’impact négatif des stéréotypes
de genre s’est encore accru.
7. L'Assemblée se félicite de la Recommandation CM/Rec(2026)1
du Comité des Ministres aux États membres sur l'égalité et l'intelligence
artificielle, et reconnaît les risques que les systèmes d'intelligence artificielle
(IA) font peser sur l'égalité et la non-discrimination. En particulier,
ces systèmes peuvent reproduire, perpétuer et accentuer les stéréotypes
de genre existants. L'Assemblée reconnaît aussi que la sous-représentation
des femmes ainsi que d’autres individus et groupes exposés à la
discrimination dans le secteur de l’IA – notamment aux postes de
décision et dans la conception et le développement des systèmes
d’IA – renforce davantage ces risques. L'Assemblée est également
consciente des défis distincts que peuvent présenter les systèmes
d'IA en raison de leur complexité, de leur effet à grande échelle
et de leur transparence limitée.
8. Dans le contexte mondial actuel de recul de la démocratie
et d’attaques croissantes contre l’égalité de genre, la prévention
et la lutte contre les stéréotypes de genre sont plus pertinentes
et urgentes que jamais.
9. À cet égard, il est important de se pencher non seulement
sur la représentation des femmes à l'écran, mais aussi sur le rôle
des femmes dans les coulisses de la production de séries télévisées
et de films. Les réalisatrices, productrices et scénaristes contribuent
souvent de manière décisive à rendre la représentation plus équilibrée,
les perspectives plus diversifiées et les scénarios plus riches.
Les scénarios écrits par des femmes tendent aussi à créer des rôles
plus substantiels et plus marquants pour les actrices. L'égalité
de genre dans les médias n'est donc pas seulement une question de
visibilité, mais aussi d'accès au pouvoir créatif et à la prise
de décisions éditoriales. Soutenir les talents féminins à tous les
niveaux du secteur audiovisuel est essentiel pour parvenir à des
représentations plus inclusives et plus réalistes des femmes dans la
société.
10. Les stéréotypes de genre sont souvent exacerbés par l’intersectionnalité:
les jeunes femmes, les femmes issues de groupes racisés et les femmes
lesbiennes, transgenres et bisexuelles y sont particulièrement vulnérables
et ciblées de manière disproportionnée. Les femmes transgenres sont
victimes de formes graves de stéréotypes, qui les décrivent comme
étant malades ou instables ou comme une menace pour la sécurité
et l’intégrité d’autrui. Les politiques visant à prévenir et à combattre
les stéréotypes de genre devraient par conséquent reposer sur une
approche largement intersectionnelle.
11. L'intersection entre l'âge et le genre est d'une importance
capitale à cet égard. Trop souvent, les femmes n’ont que des possibilités
réduites lorsqu'elles vieillissent, par exemple en tant que présentatrices,
journalistes ou dans les premiers rôles à l’écran, alors que c'est
beaucoup moins le cas pour les hommes. Cette inégalité contribue
à l'invisibilité des femmes âgées dans la vie publique et renforce
les stéréotypes préjudiciables qui associent la valeur des femmes
principalement à la jeunesse et à l'apparence.
12. En ce qui concerne les hommes et les garçons, le préjudice
causé par la pression sociale les incitant à se conformer aux rôles
traditionnels est aggravé par l’idée qu’ils ne devraient pas chercher
de l’aide ni même exprimer leur vulnérabilité («les garçons ne pleurent
pas»).
13. L'Assemblée souligne que les médias peuvent jouer un rôle
émancipateur important en s'attachant à promouvoir le respect mutuel,
l'égalité des chances, la cohésion sociale et des modèles diversifiés
pour les jeunes générations.
14. Compte tenu de ces considérations, l’Assemblée appelle les
États membres et observateurs du Conseil de l’Europe ainsi que les
États dont le parlement bénéficie du statut d’observateur ou de
partenaire pour la démocratie auprès de l’Assemblée:
14.1 en ce qui concerne l’éducation,
l’information et la sensibilisation:
14.1.1 à veiller à ce que les programmes scolaires d’éducation
complète à la sexualité, adaptés à l’âge et obligatoires, traitent
de l’égalité de genre, du consentement et de l’analyse critique
des stéréotypes de genre dans les médias traditionnels et numériques;
14.1.2 à intégrer des programmes d’éducation aux médias à tous
les niveaux d’enseignement afin de doter les enfants, les jeunes
et les adultes des compétences nécessaires pour repérer et combattre
les stéréotypes de genre, la désinformation, les discours de haine
sexistes et les contenus fallacieux dans les formats audiovisuels,
imprimés et en ligne;
14.1.3 à développer et soutenir la formation des enseignant·es
et les ressources éducatives leur permettant de combattre les stéréotypes
de genre dans les médias et de promouvoir une réflexion critique
sur les représentations des personnes dans toute leur diversité
en termes d’orientation sexuelle, d’identité de genre et d’expression
de genre;
14.1.4 à mener des campagnes nationales de sensibilisation, en
ciblant en particulier les jeunes, afin de mettre en évidence les
effets sociétaux néfastes des stéréotypes de genre, des discours
de haine sexistes et de la normalisation de l’inégalité de genre
dans les médias et les environnements en ligne;
14.1.5 à encourager la coopération entre l’enseignement public
et les radiodiffuseurs de service public et autres médias pour produire
et diffuser des campagnes d’information en faveur de modèles de
comportement non stéréotypés et de l’égalité de genre;
14.1.6 à étendre l’éducation aux médias et l’éducation à l’égalité
de genre aux structures d’éducation non formelle et à l’apprentissage
tout au long de la vie afin d’atteindre les groupes vulnérables
et de renforcer la résilience face aux contenus numériques préjudiciables;
14.2 en ce qui concerne la coopération avec la société civile:
14.2.1 à fournir un financement durable,
un soutien institutionnel et une protection aux organisations non
gouvernementales qui œuvrent dans les domaines de l’égalité de genre,
des droits des femmes, de l’éducation aux médias, de l’empouvoirement
des jeunes et de la prévention de la violence à l’égard des femmes
et des filles;
14.2.2 à considérer les organisations de la société civile comme
des partenaires clés dans la conception, la mise en œuvre et l’évaluation
des politiques nationales de lutte contre les stéréotypes de genre
dans les médias et les espaces numériques;
14.2.3 à financer la recherche, la formation et les campagnes
de la société civile visant à remettre en question les normes de
genre préjudiciables et à promouvoir des représentations inclusives
dans les médias;
14.3 en ce qui concerne les plateformes en ligne et les entreprises
technologiques:
14.3.1 à exiger des
plateformes de réseaux sociaux et des services en ligne l’élaboration
et l’application des normes communautaires transparentes et actualisées
interdisant le harcèlement fondé sur le genre, les discours de haine
sexistes, les violences et les abus véhiculés par l’image, les hypertrucages (deepfakes) et les stéréotypes causant
un préjudice démontrable;
14.3.2 à renforcer la coopération avec les plateformes en ligne,
la société civile et les vérificateurs de faits afin de détecter,
de déclasser et de supprimer les contenus préjudiciables tout en
préservant la liberté d’expression;
14.3.3 à exiger des plateformes qu’elles fournissent des rapports
de transparence réguliers détaillant les pratiques de modération,
les délais d’application, les processus de recours et l’impact des
algorithmes sur l’amplification des contenus basée sur le genre;
14.3.4 à renforcer les outils de signalement à l’usage des utilisateurs
sur les plateformes, offrant des réponses et des recours rapides
et efficaces pour les victimes d’abus liés au genre et de violences
véhiculées par l’image;
14.3.5 à contraindre les plateformes à contrôler et à réduire
les préjugés de genre qui perpétuent les stéréotypes ou les contenus
misogynes dans les algorithmes, les systèmes de recommandation et
la publicité ciblée;
14.3.6 à promouvoir la coopération avec les plateformes en ligne
dans le domaine de la prévention et de la lutte contre les deepfakes et la manipulation d’images
ciblant les femmes et les hommes dans la politique et la vie publique;
14.3.7 à exiger que la distribution non autorisée d’imitations
numériques réalistes de caractéristiques personnelles soit considérée
comme illégale dans leur législation nationale, ainsi que cela est
proposé par l'Assemblée dans sa Résolution 2654 (2026) «La protection
du droit d’auteur dans l’environnement de l’intelligence artificielle»;
14.3.8 à promouvoir une utilisation des systèmes d’IA inclusive
et transformative afin de promouvoir l’égalité, y compris l’égalité
de genre, en veillant à ce que la législation, les politiques et
les cadres réglementaires, administratifs et autres pertinents créent
les conditions nécessaires en vue d’initiatives dans ce domaine
et à envisager de promouvoir leur financement à un niveau adéquat,
comme le propose la Recommandation Rec(2026)1 du Comité des Ministres
aux États membres sur l'égalité et l'intelligence artificielle;
14.4 en ce qui concerne les médias, les services publics de
radiodiffusion, le secteur de la publicité et d’autres secteurs
culturels:
14.4.1 à exhorter les organisations
de médias, les associations de journalistes, le secteur de la publicité
et d’autres secteurs culturels à adopter des codes d’éthique solides
et des mécanismes d’autorégulation décourageant explicitement les
stéréotypes de genre et les représentations sexistes et promouvant
des représentations non stéréotypées des femmes et des hommes, ainsi
que leur présence égale à l'écran et hors écran;
14.4.2 à mettre en œuvre des plans d’action en faveur de l’égalité
de genre dans les médias de service public, incluant un recrutement
et une progression de carrière équitables, des quotas pour les postes
de direction et des mesures de lutte contre le harcèlement;
14.4.3 à renforcer les voix des femmes et de la diversité dans
les informations, les divertissements, les sports et la couverture
politique, ainsi que dans la publicité, en évitant l’attribution
de rôles stéréotypés;
14.4.4 à financer et promouvoir des contenus de tous genres présentant
des femmes et des hommes dans des rôles diversifiés, de direction
et non traditionnels;
14.4.5 à conditionner le financement public des projets cinématographiques,
audiovisuels et culturels à des objectifs d’égalité de genre, à
des équipes équilibrées et à des récits inclusifs, tout en tenant
compte des exigences créatives du projet financé et de la liberté
d'expression des artistes qui y participent;
14.4.6 à soutenir la formation, les stages et le mentorat afin
d’encourager la participation des femmes à des fonctions dirigeantes
dans le journalisme, la production et la création;
14.4.7 à exiger des organisations de médias qu’elles garantissent
la parité hommes-femmes parmi les expert·es, les dirigeant·es et
les athlètes dans les grilles de programmes et les choix éditoriaux
de la radiodiffusion publique;
14.4.8 à veiller tout particulièrement à assurer une représentation
équitable des femmes de tous âges, tant à l'écran que dans les fonctions
éditoriales;
14.4.9 à promouvoir une représentation non stéréotypée et respectueuse
des hommes et des garçons;
14.4.10 à encourager les organismes de régulation des médias à
intégrer une perspective de genre dans leurs activités normatives
et de suivi, en vue de prévenir et de combattre les stéréotypes
de genre dans les secteurs des médias et de la publicité;
14.4.11 à encourager les institutions et les entreprises culturelles
à promouvoir l’égalité de genre et à lutter contre les stéréotypes
discriminatoires dans la production et la diffusion culturelles;
14.5 en ce qui concerne le suivi, la recherche et les données:
14.5.1 à collecter et publier systématiquement
des données ventilées par sexe et par âge sur la représentation
dans les médias, les violences et les abus en ligne fondés sur le
genre et l’impact des stéréotypes, afin de suivre les progrès accomplis;
14.5.2 à commander des recherches régulières sur la prévalence,
les manifestations et les effets des stéréotypes de genre dans les
médias traditionnels, numériques et algorithmiques.
15. L’Assemblée souligne qu’une approche intersectionnelle est
primordiale dans la conception, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation
de la législation et des politiques visant à prévenir et à combattre
les stéréotypes de genre. Une collecte efficace de données doit
tenir compte de l’intersection de tous les motifs de discrimination,
y compris l’âge, l’origine ethnique, le statut migratoire, le handicap,
l’orientation sexuelle, l’identité de genre et l’expression de genre.