Observation des élections législatives en Arménie (7 juin 2026)
Rapport d’observation d’élection
| Doc. 16486 rev
| 22 septembre 2026
- Auteur(s) :
- Commission ad hoc du Bureau
- Rapporteur :
- M. Damien COTTIER,
Suisse, ADLE
- Origine
- Le rapport est établi
sous la responsabilité du rapporteur. Sa version originale anglaise
a été traduite vers le français par un outil de traduction automatique. 2026 - Quatrième partie de session
1 Introduction
1. À l’invitation du Président
du Parlement arménien, le Bureau de l’Assemblée parlementaire a
décidé, lors de ses réunions des 30 janvier et 2 mars 2026, d’observer
les élections législatives prévues le 7 juin 2026, de constituer
une commission ad hoc («délégation de l’APCE») composée de 20 membres
(SOC 7; PPE/DC 5; CEPA 4; ADLE 3; GUE 1), ainsi que des deux corapporteurs
de la Commission pour le respect des obligations et engagements
des États membres du Conseil de l'Europe (Commission de suivi),
et de mener une mission préélectorale. Il m’a désigné président
et Lord David Blencathra (Royaume-Uni, CEPA) vice-président de la
commission ad hoc. La composition de la délégation figure à l’annexe
1.
2. Conformément à l’accord de coopération signé entre l’Assemblée
et la Commission européenne pour la démocratie par le droit (Commission
de Venise) le 4 octobre 2004, Veronika Bílková (République tchèque)
a représenté la Commission de Venise en tant que conseillère juridique
au cours de cette mission d’observation électorale.
3. Une délégation préélectorale s’est rendue à Erevan les 11
et 12 mai 2026 afin d’évaluer le contexte préélectoral. Elle a rencontré
un large éventail d’interlocuteurs et d’acteurs clés du processus
électoral. La délégation préélectorale a souligné l’importance d’organiser
les élections législatives du 7 juin 2026 dans un climat exempt
de crainte, d’influence étrangère indue et d’utilisation abusive
des ressources administratives. La délégation a exprimé sa préoccupation
face à la nature de plus en plus complexe et systémique des ingérences
étrangères affectant le paysage politique et médiatique de l’Arménie
(voir son programme à l’annexe 2 et sa déclaration à l’annexe 3).
4. La délégation de l’APCE a mené ses activités du 5 au 8 juin
2026 dans le cadre d’une mission internationale d’observation électorale
(MIOE), aux côtés de délégations de l’Assemblée parlementaire de l’Organisation
pour la sécurité et la coopération en Europe (AP-OSCE), du Parlement
européen (PE) et de la mission d’observation électorale (MOE) du
Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme de l’OSCE
(BIDDH). Le programme des réunions de la délégation figure à l’annexe
4.
5. La MIOE a conclu que les élections législatives ont offert
aux électeurs un véritable choix entre différentes alternatives
politiques dans le cadre d’un processus bien mené, bien que des
pressions directes exercées depuis l’étranger, sous la forme d’un
nombre croissant de restrictions commerciales et de menaces pour
la sécurité, aient été observées pendant la campagne, dans le but
d’influencer indûment les électeurs en faveur de l’opposition (voir
le communiqué de presse conjoint figurant à l’annexe 5). Les conclusions
et constatations préliminaires ont été présentées lors de la conférence
de presse du 8 juin 2026.
Note
6. La délégation de l’APCE tient à remercier les autorités arméniennes
pour leur invitation et leur aide, ainsi que tous les interlocuteurs
et partenaires internationaux et nationaux pour leur coopération
efficace. La délégation salue également le soutien apporté par le
Bureau du Conseil de l’Europe à Erevan, qui a facilité le bon déroulement
des deux visites effectuées par la MOE de l’APCE.
2 Contexte
général et contexte politique
7. Les élections de juin 2026
ont été les premières élections législatives régulières organisées
depuis la transition de l’Arménie vers un régime parlementaire.
Elles se sont déroulées dans le contexte d’un rééquilibrage géopolitique
majeur, à la suite du processus de normalisation des relations entre
l’Arménie et l’Azerbaïdjan, de la grave crise des déplacements de
population liée au Haut-Karabakh, et d’un éloignement marqué vis-à-vis
de la Fédération de Russie.
8. Le Parti Contrat civil au pouvoir, dirigé par le Premier ministre
Nikol Pashinyan – dont le gouvernement était en place depuis la
Révolution de velours de 2018 et avait été reconduit en 2021 –,
cherchait à renforcer une orientation pro-européenne. L’opposition,
notamment les blocs «Arménie forte» et «Alliance arménienne» ainsi
que le Parti de l’Arménie prospère, a mené une campagne axée sur
la sécurité, la souveraineté et un engagement accru avec la Russie
et l’Union économique eurasienne.
9. Une polarisation sociétale généralisée et des manifestations
de masse ont créé un climat national tendu. La confiance dans les
institutions, ainsi que dans la possibilité d’un changement politique
par la voie électorale, a été affaiblie par des années de confrontation
et par les réformes juridiques et organisationnelles en cours. Ce
contexte a été encore exacerbé par des tensions inhabituelles entre
le gouvernement et les dirigeants de l’Église apostolique arménienne,
ainsi que par des poursuites pénales, y compris des détentions préventives, à
l’encontre de plusieurs personnalités de l’opposition et du monde
religieux.
3 Cadre juridique
et réformes électorales récentes
3.1 Cadre juridique
10. Les élections étaient régies
par la Constitution de 1995 telle que modifiée (2005, 2015) et par
le Code électoral de 2016, complétés par la loi sur les partis politiques,
la loi sur les rassemblements pacifiques et les nombreuses directives
de la Commission électorale centrale (CEC). Depuis 2021, une série
de réformes juridiques ont été introduites concernant le financement
des campagnes électorales, les quotas de genre, les observateurs
et les garanties techniques et procédurales. Il convient de noter
les amendements de juillet 2022 et de décembre 2024, qui, ensemble,
ont amélioré la mise en œuvre des quotas de genre, clarifié les obligations
de déclaration en matière de financement des campagnes électorales
et renforcé le rôle des observateurs et des commissions électorales.
11. Toutefois, des changements importants ont été apportés en
janvier et avril 2026, après la convocation des élections, ce qui
va à l’encontre des recommandations de la Commission de Venise concernant
la stabilité de la législation électorale. Il s’agissait notamment
de nouvelles modifications concernant l’accréditation des observateurs
et d’une interdiction de dernière minute visant la mention de noms
de personnes dans les intitulés des listes figurant sur les bulletins
de vote. Ces réformes sensibles et lourdes de conséquences n’ont
bénéficié que d’un soutien multipartite limité et d’une consultation
publique restreinte.
12. Bien qu’elles soient en partie d’ordre technique, la délégation
de l’APCE a relevé d’importantes lacunes persistantes:
- des dispositions en matière
de double nationalité, ainsi qu’en matière de droits des personnes
en situation de handicap, en contradiction avec la jurisprudence
de la Cour européenne des droits de l’homme et les recommandations
du Comité des droits des personnes handicapées des Nations Unies;
- une ambiguïté persistante concernant la campagne électorale
en ligne et le financement par des tiers;
- une qualité pour agir insuffisante en matière de recours
judiciaires et de listes électorales;
- un manque de garanties efficaces et de sanctions proportionnées
contre les abus administratifs.
3.2 Système électoral
13. Les élections législatives
en Arménie se déroulent selon le système de la représentation proportionnelle à
liste fermée, dans une circonscription unique à l’échelle nationale,
pour l’attribution d’au moins 101 sièges. Jusqu’à quatre sièges
sont réservés aux plus grandes minorités reconnues en Arménie. Les
partis doivent franchir un seuil électoral de 4 %, les alliances
de 8 % (10 % pour les alliances regroupant plus de trois partis). Les
quotas de genre imposent une proportion d’au moins 30% de femmes
sur chaque liste de candidats, règle appliquée tant au stade de
la désignation des candidats qu’à celui de la répartition des sièges.
14. Si aucun parti ni aucune alliance n’obtient la majorité simple,
une formule complexe attribue des mandats supplémentaires à la liste
gagnante ou, si nécessaire, déclenche un second tour entre les deux
listes ayant obtenu le plus grand nombre de voix. La Constitution
exige en effet une majorité parlementaire stable pour former un
gouvernement, définie comme représentant 52% des sièges. Si un candidat
remporte la majorité absolue des sièges mais n'atteint pas ce seuil,
il se voit attribuer des mandats supplémentaires afin de l'atteindre.
Dans le cas contraire, une coalition doit être formée dans un délai
de 14 jours; à défaut, un second tour est organisé 35 jours après
le jour du scrutin entre les deux listes arrivées en tête, le vainqueur
se voyant attribuer des sièges supplémentaires.Ce système est conçu
pour assurer la stabilité parlementaire et garantir une large représentation,
mais il a, dans la pratique, donné lieu à de vifs débats sur la
proportionnalité et l’équité de la répartition des mandats, notamment
en raison des seuils électoraux et du nombre relativement faible
de voix pouvant déterminer l’entrée au parlement.
3.3 Administration
électorale
15. L’administration électorale
à trois niveaux – la CEC, les 38 commissions électorales territoriales
(CET) et les plus de 2 000 commissions électorales de circonscription
– a été saluée pour sa compétence technique et sa transparence.
La diffusion en direct, la publication de toutes les décisions clés
et une campagne d’information complète des électeurs ont témoigné
des efforts déployés pour renforcer la confiance.
16. La CEC et la plupart des CET ont respecté les quotas légaux
en matière de parité hommes-femmes, même si les femmes sont restées
sous-représentées aux postes de direction. La CEC, nommée par le parlement
pour des mandats échelonnés de six ans, a été critiquée pour ne
pas avoir communiqué suffisamment à l’avance au public les ordres
du jour de ses sessions et pour fonctionner, parfois, sur la base d’un
consensus apparent établi avant la session, limitant ainsi la transparence
et la responsabilité.
17. Les agents électoraux ont bénéficié d’une meilleure formation,
et la logistique du jour du scrutin a été bien assurée. Cependant,
seule la moitié environ des bureaux de vote était entièrement accessible
aux électeurs à mobilité réduite.
18. Des inquiétudes concernant l’indépendance de la CEC et des
CET ont persisté en raison de procédures de nomination dominées
par la majorité parlementaire et d’anciennes affiliations à Contrat
civil
Note.
3.4 Plaintes et voies
de recours
19. Les mécanismes de plainte prévus
par la législation arménienne, principalement par l’intermédiaire
de la CEC et du tribunal administratif, sont raisonnablement solides
en théorie, mais leur portée et leur accessibilité sont limitées.
La plupart des plaintes concernant la radiation d’une liste, les
violations des règles de campagne ou l’ingérence d’observateurs
ont été examinées de manière transparente, rapide et accompagnées
d’une motivation publiée.
20. Toutefois, seules les personnes ayant un intérêt direct et
légalement reconnu dans une circonscription donnée peuvent déposer
des plaintes, ce qui limite la possibilité pour la société civile
et les électeurs concernés de demander réparation pour les abus
commis au niveau national. Les recours contre les refus de la CEC
d’accréditer des observateurs ou des candidats ont abouti dans quelques
cas, mais la plupart des plaintes importantes concernant la conduite
de la campagne, l’utilisation des ressources de l’État et le traitement
des bureaux de vote invalidés ont été rejetées ou renvoyées à d’autres
instances.
4 Inscription sur
les listes électorales
21. Le registre électoral définitif
comptait 2 503 976 noms. Étaient éligibles les citoyens âgés de
18 ans, justifiant d’un domicile et de documents valides au cours
des six mois précédant le jour du scrutin. Les listes électorales
étaient accessibles au public tant dans les bureaux de vote qu’en
ligne. Parmi les mesures spéciales figuraient le vote mobile pour
les personnes hospitalisées et un vote à l’étranger limité (réservé
au personnel diplomatique et militaire).
22. L’inscription de plus de 20 000 Arméniens déplacés du Haut-Karabakh
récemment naturalisés a constitué une avancée majeure, bien qu’environ
6 000 demandes de ce type soient restées en suspens, souvent pour
des raisons bureaucratiques
Note. Les observateurs nationaux ont
noté que cette exclusion touchait de manière disproportionnée les
plus vulnérables.
23. En réponse aux rumeurs selon lesquelles le transport d’un
grand nombre d’électeurs arméniens résidant en Fédération de Russie
pourrait être organisé, le vice-président du Parlement et le ministre
de l’Économie ont déclaré que les électeurs arméniens venant de
l’étranger étaient les bienvenus, mais ont menacé que ceux qui auraient
été soudoyés pour revenir seraient arrêtés à leur arrivée. Tous
les citoyens arméniens titulaires de documents valides et inscrits
à une adresse dans le pays peuvent voter en personne dans leur bureau
de vote désigné le jour du scrutin. Les citoyens dont les documents
ont expiré plus de six mois avant le jour du scrutin peuvent obtenir
un document temporaire auprès du Service de la Migration et des
citoyens (ministère de l’Intérieur), leur permettant d’être ajoutés
aux listes électorales supplémentaires.
24. Des critiques ont continué d’être formulées concernant la
publication des listes électorales signées après le jour du scrutin
– une pratique contraire aux recommandations de la Commission de
Venise en matière de protection de la vie privée.
25. Les personnes déclarées incapables par un tribunal et les
détenus condamnés pour des crimes graves restent privés de leur
droit de vote, ce qui est contraire aux normes européennes et internationales.
Les tentatives de ces personnes pour former un recours devant les
tribunaux ont pour la plupart échoué.
5 Enregistrement
des candidats et paysage politique
26. Un nombre record de 17 partis
et 2 alliances ont initialement déposé des listes (un parti s’est
retiré). La CEC a enregistré 16 partis et deux alliances, totalisant
1 938 candidats, après la disqualification de 23 candidats pour
des motifs liés à la résidence ou à des irrégularités administratives.
Les conditions requises étaient les suivantes:
- quatre ans de nationalité arménienne
et de domicile en Arménie;
- la maîtrise de la langue arménienne;
- un nombre de candidats compris entre 80 et 300 par liste;
- un quota de 30 % de femmes et, pour les candidats issus
de minorités, la présence sur au moins quatre listes.
27. L’exclusion des personnes ayant la double nationalité et l’exigence
d’une longue durée de résidence sont contraires aux arrêts de la
Cour européenne des droits de l’homme (Tanase
c. Moldavie).
6 Égalité entre
les femmes et les hommes et participation des minorités
28. Les règles de financement des
partis, les cautions de candidature et les modifications techniques
ont permis une plus grande diversité des listes de candidats, mais
aucune femme ne figurait en tête de liste et les candidats issus
des minorités étaient sous-représentés dans les places «gagnantes»
des listes.
29. Les femmes représentaient 37,3 % de l’ensemble des candidats
inscrits, soit le pourcentage le plus élevé de l’histoire de l’Arménie,
et étaient bien représentées parmi le personnel des bureaux de vote
et de la CET. Cependant, aucune ne figurait en tête de la liste
de son parti, et seules quelques-unes occupaient des places sur
les listes susceptibles de leur permettre de remporter un mandat.
30. Les quatre principales minorités nationales d’Arménie ont
bénéficié de sièges réservés par la loi et de sections réservées
aux minorités sur les listes des partis. Néanmoins, les missions
d’observation et les représentants de ces groupes ont signalé un
accès insuffisant aux fonds de campagne et aux programmes des grands
partis.
7 Campagne électorale
7.1 Contexte et déroulement
de la campagne
31. La période de campagne (officiellement
du 8 mai au 6 juin 2026) a été marquée par une polarisation marquée,
une rhétorique agressive et des allégations répétées d’irrégularités.
Elle s’est articulée autour des thèmes suivants:
- l’accord de paix avec l’Azerbaïdjan
et la mise en œuvre de l’accord de 2025 «relatif à l’établissement
de la paix et des relations interétatiques entre la République d’Arménie
et la République d’Azerbaïdjan»;
- la sécurité, la question du «corridor» et l’identité nationale;
- le choix entre l’intégration européenne et le rapprochement
avec l’Eurasie;
- les difficultés économiques et les mesures de lutte contre
la corruption.
32. De nombreux candidats ont fait état de menaces directes à
leur encontre ou à l’encontre de leurs partisans, émanant tant d’organismes
publics que d’acteurs étrangers. Des fonctionnaires ont déclaré
avoir été contraints ou soumis à des pressions pour assister à des
rassemblements de Contrat civil, tandis que des observateurs ont
également recensé plusieurs cas de pressions exercées par des chefs
d’entreprise sur leur personnel pour qu’il participe à des rassemblements
de l’opposition.
33. Les observateurs et la police ont recensé plus de 200 enquêtes
pénales pour achat de voix et délits électoraux connexes, visant
principalement l’opposition, ce qui a donné lieu à des perceptions
d’application sélective de la loi. La publication en ligne de conversations
téléphoniques privées de candidats visés a suscité des inquiétudes
supplémentaires concernant la surveillance politique.
34. Les récents programmes sociaux du gouvernement introduits
peu avant les élections
Note, tels que l’annulation ciblée de dettes
et l’assouplissement des sanctions en matière de conduite routière,
ont été considérés comme des outils de campagne de fait
Note, bien qu’ils soient techniquement
conformes à la loi électorale.
7.2 Financement de
la campagne électorale et utilisation abusive des ressources administratives
35. La législation arménienne réglemente
les dépenses de campagne et les dons, mais laisse les dépenses de
pré-campagne et celles de tiers largement hors de contrôle. Le plafond
autorisé des dépenses de campagne pour les partis est fixé à 800
millions d’AMD (1,86 million d’euros), et les dons individuels sont plafonnés
à 10 millions d’AMD (23 300 euros) par an.
36. Bien que les dons directs provenant de sources étrangères
ou d’entreprises soient interdits, des groupes d’observateurs ont
constaté d’importantes dépenses et des dons avant le début officiel
de la campagne qui n’ont pas été déclarés dans les rapports officiels.
37. Plusieurs événements de campagne très coûteux (notamment des
concerts), financés par des banques de premier plan, ont été largement
perçus comme un parrainage indirect de la campagne du parti au pouvoir. L’utilisation
de ressources publiques pour des événements de campagne et le traitement
différencié réservé par les organismes de contrôle aux programmes
sociaux de l’opposition et à ceux du gouvernement ont alimenté le
sentiment de partialité.
38. La réforme visant à renforcer la transparence des dons, notamment
en exigeant davantage de détails dans les rapports annuels des partis,
a amélioré le contrôle public; toutefois, les dépenses numériques
et les dons en nature persistants, en particulier sur les réseaux
sociaux, échappent à tout contrôle.
7.3 Droits humains,
pouvoir judiciaire et rôle des forces de l’ordre
39. Ces dernières années ont été
marquées par un recours accru aux forces de l’ordre contre les candidats et
militants de l’opposition, par des poursuites pénales de masse pour
achat de voix – visant presque exclusivement l’opposition ou des
intérêts commerciaux proches de celle-ci – et par l’absence de condamnations
dans ces affaires à la date du présent rapport, ce qui soulève des
questions quant au caractère sélectif de ces mesures et au respect
des garanties procédurales.
40. Des rapports d’ONG internationales et locales ont fait état
d’un recours disproportionné à la détention provisoire, d’intimidations
à l’encontre des leaders de la contestation et d’un «effet dissuasif»
sur les libertés de réunion et d’expression. Si les réformes juridiques
ont réduit le contrôle de l’exécutif sur les tribunaux, des problèmes
subsistent en matière d’indépendance judiciaire, de transparence
des nominations et de confiance du public.
8 Environnement
médiatique et liberté d’expression
41. La législation arménienne garantit
la liberté des médias et dépénalise la diffamation, mais le paysage médiatique
pendant la campagne était fortement polarisé et caractérisé par
un marché publicitaire en recul et de plus en plus concentré.
42. La télévision publique et plusieurs grands diffuseurs privés
ont fait preuve d’un parti pris manifeste en faveur du parti au
pouvoir et ont présenté les principaux partis d’opposition sous
un jour négatif, tandis que d’autres médias ont systématiquement
présenté le gouvernement sous un jour critique.
43. La majeure partie de la couverture télévisée a servi à amplifier
les insultes réciproques, accordant peu d’attention aux programmes
des candidats ou au débat public.
44. Les journalistes, en particulier dans les régions, ont été
victimes d’intimidations judiciaires, de poursuites civiles et,
dans certains cas, de menaces ciblées et de harcèlement sur les
réseaux sociaux.
45. Les efforts déployés par la Commission de la télévision et
de la radio pour faire respecter l’impartialité des médias ont été
entravés par la perte des autorisations de diffusion hertzienne
de deux grandes chaînes proches de l’opposition, ainsi que par le
caractère limité de son pouvoir de sanction.
9 Désinformation,
opérations d’information et espace en ligne
46. Les plateformes en ligne, notamment
Facebook, Instagram, Telegram et X, se sont révélées être le principal
champ de bataille pour la diffusion des messages de campagne. La
campagne a été marquée par une augmentation significative de l’utilisation:
- de contenus générés par l’intelligence
artificielle (IA) et de «deepfakes» visant à discréditer les adversaires
politiques;
- des réseaux de bots et de trolls servant de vecteurs à
des discours négatifs;
- des opérations d’information coordonnées et liées à l’étranger;
- des attaques virulentes visant la réputation personnelle
des personnalités tant du pouvoir que de l’opposition.
47. Bien que le cadre réglementaire arménien en matière de campagne
électorale en ligne soit minimal (il se limite principalement à
des obligations d’étiquetage pour les contenus payants), la CEC,
la Commission de régulation des systèmes d’information et le ministère
des Affaires étrangères ont joué un rôle plus actif dans la lutte
contre la désinformation virale et la vérification des faits, en
coopération avec des partenaires locaux et internationaux.
48. Les organismes nationaux de vérification des faits ont permis
de réfuter rapidement les fausses informations, mais une grande
partie des contenus préjudiciables avait déjà atteint une portée
virale.
10 Ingérence étrangère
et pressions de la Fédération de Russie
49. Ces élections ont été marquées
par une ingérence étrangère d’une ampleur qualifiée par les observateurs
de «sans précédent et inquiétante». La Fédération de Russie, en
particulier, a utilisé les sanctions économiques (embargos sur les
produits agricoles et menaces de révision des approvisionnements en
gaz) ainsi qu’une rhétorique diplomatique virulente pour faire pencher
le scrutin en faveur des partis alignés sur l’opposition ou anti-gouvernementaux.
50. Les autorités russes ont imposé plusieurs restrictions sur
les exportations arméniennes, notamment sur les fleurs, l’eau minérale
et l’alcool, et ont soumis les produits alimentaires à des contrôles.
Lors du sommet d’Astana de mai 2026, les dirigeants de l’Union économique
eurasienne ont exigé que l’Arménie organise un référendum pour choisir
entre le bloc et l’Union européenne, menaçant de suspendre ses adhésions
en raison de ses politiques pro-occidentales. Le 27 mai, les autorités
russes ont annoncé leur intention de revoir les conditions d’approvisionnement
en gaz naturel, en produits pétroliers et en diamants, et le 28
mai, elles ont annoncé des «restrictions temporaires» sur d’autres
produits agricoles.
51. Le 9 mai, le président russe Vladimir Poutine a présenté les
aspirations de l’Arménie à rejoindre l’Union européenne comme comportant
des risques comparables à ceux auxquels est confrontée l’Ukraine.
Le 30 mai, la Fédération de Russie a rappelé son ambassadeur à Erevan
pour consultation, en raison des mesures prises par les dirigeants
arméniens en vue de resserrer leurs relations avec l’Union européenne.
52. Des groupes d’observateurs nationaux et étrangers ont fait
état de campagnes d’information orchestrées par des acteurs liés
à la Russie, ainsi que de menaces proférées en Fédération de Russie
à l’encontre de citoyens et de chefs d’entreprise arméniens, leur
promettant des mesures punitives si le parti au pouvoir n’était
pas battu.
53. Bien que nettement moins marquées et se limitant pour l’essentiel
à des déclarations de principe, les prises de position ouvertes
et très médiatisées de responsables occidentaux et européens en
faveur du parti au pouvoir, notamment le Président américain, le
Président français et de hauts représentants de l’Union européenne,
ont également été perçues comme une ingérence extérieure, même si
elles n’avaient pas la dimension coercitive considérable associée
aux actions russes.
11 Société civile,
observateurs et plaintes
54. Les élections en Arménie ont
été observées de près par des groupes tant nationaux qu’internationaux. Treize
organisations de la société civile nationales et huit missions internationales
— dont la MIOE — ont enregistré des équipes, garantissant ainsi
que plus de 95 % des bureaux de vote ont été observés au moins une
fois le jour du scrutin.
55. Les principales coalitions nationales, telles qu’Akanates
et l’Alliance des observateurs indépendants, ont déployé plus de
1 500 observateurs et ont vérifié le déroulement du scrutin, du
dépouillement et de la transmission des résultats. Ces groupes,
en collaboration avec des conseillers juridiques, ont mis en place
des lignes d’intervention rapide pour les plaintes et ont répondu
à des centaines de demandes de renseignements et de réclamations
émanant d’électeurs le jour du scrutin.
56. Si l’accès des observateurs a été globalement respecté, des
cas d’intimidation, de restriction d’accès et de discours hostiles
ont été signalés, en particulier dans les bastions des principaux
partis. Environ 44 % des bureaux de vote observés ont connu au moins
une infraction liée à la campagne électorale, les problèmes les plus
courants étant le contrôle du processus de vote, les atteintes au
secret du scrutin et la présence non autorisée de mandataires ou
de représentants de candidats.
57. La crédibilité et la sophistication croissante des coalitions
d’observateurs nationaux constituent un atout pour la vie électorale
arménienne, mais leurs conclusions ne sont pas toujours prises en
compte par les institutions, et les allégations de partialité des
observateurs, y compris les attaques ad
hominem contre les dirigeants des organisations, ont
continué de marquer le climat tendu de la campagne.
12 Observations
le jour du scrutin
58. Le jour du scrutin, la délégation
de l’APCE s’est répartie en 13 équipes et a observé le déroulement
du vote à Erevan et dans ses environs, ainsi qu’à Gyumri, Hrazdan,
Gavar, Artashat, Sisian, Goris, Vanadzor, Shirak et Aparan.
59. Le jour du scrutin s’est déroulé dans le calme et l’ordre,
et le processus a été évalué positivement dans la grande majorité
des bureaux de vote observés par la MIOE. Les femmes étaient bien
représentées parmi les membres des commissions électorales de circonscription
dans ces bureaux de vote, représentant 70 % des membres et 51 %
des présidents. L’accessibilité a constitué une préoccupation majeure,
seuls 45 % des bureaux de vote ayant été jugés accessibles de manière
autonome aux électeurs en situation de handicap, tandis que l’aménagement
s’est avéré inadapté à ces électeurs dans 27 % des cas observés.
Des caméras ont été installées dans les bureaux de vote et ont permis
de suivre en direct le déroulement du scrutin et du dépouillement.
60. Des informations publiés dans les médias et reçues par la
délégation de l’APCE avant les élections alléguaient de manœuvres
visant à transporter des dizaines de milliers d’Arméniens de souche
russe afin d’influencer le vote le jour du scrutin. Cependant, la
délégation n’a pas eu d’éléments laissant penser que cela a été
confirmé lors des élections.
61. Le processus s’est globalement déroulé de manière transparente
et efficace, bien qu’il ait été affecté, dans certains bureaux de
vote, par une surfréquentation, des aménagements inadéquats, des
erreurs de procédure isolées et des ingérences de la part de mandataires
des candidats. Le secret du vote a été globalement respecté, avec
quelques atteintes liées principalement à une compréhension insuffisante
de la part des électeurs et à la surfréquentation. La clôture du
scrutin et le dépouillement ont été évalués positivement, avec quelques
incohérences procédurales occasionnelles.
62. Des irrégularités ont été constatées dans environ 44 % des
bureaux de vote observés:
- erreurs
de procédure: par exemple, tenue incomplète des registres, manipulation
incorrecte des bulletins de vote, absence d’explications sur les
règles;
- tentatives d’ingérence: surfréquentation, orientation
des électeurs par des mandataires, retrait de bulletins de vote;
- atteintes au secret du vote: vote en groupe, divulgation
publique des votes;
- campagne électorale: port de symboles, distribution non
autorisée de tracts de parti;
- conflits et tensions: disputes entre électeurs, divergences
entre les mandataires des partis et le personnel de la commission;
- problèmes liés au matériel et à l’équipement: dysfonctionnements
du système d’authentification des électeurs, approvisionnement insuffisant
en matériel, problème de transparence des enveloppes.
63. De rares incidents ont concerné des entrées entravées, notamment
celles des observateurs ou des médias. Ceux-ci ont généralement
été résolus rapidement avec le soutien de la CET.
64. Le dépouillement a été jugé «bon» dans la grande majorité
des bureaux de vote observés. Parmi les irrégularités occasionnelles
figuraient le dépouillement par des personnes non autorisées, la
signature ou l’affichage prématuré des procès-verbaux de résultats,
ainsi qu’une poignée de litiges concernant la validité des bulletins
de vote. Les divergences dans le traitement des bulletins nuls et
les erreurs arithmétiques dans les récapitulatifs des procès-verbaux
étaient principalement dues à l’inexpérience plutôt qu’à des manipulations.
65. La transparence a été améliorée grâce à la publication rapide
en ligne des résultats préliminaires par la CEC, mais certains groupes
d’observateurs se sont vu refuser l’accès au processus de dépouillement
dans 11 CET (sur 38), ce que la CEC a justifié en invoquant la cybersécurité.
66. Le taux de participation s’est élevé à 58,97 %, soit une augmentation
marquée par rapport aux élections anticipées de 2018 (48,62 %) et
de 2021 (49,40 %). Cela s’explique peut-être par le fait que de
nombreux Arméniens estimaient que l’élection de 2026 aurait des
conséquences exceptionnellement importantes pour la sécurité du
pays, sa politique étrangère et son orientation politique intérieure.
13 Dépouillement,
compilation et invalidation des résultats, et les développements
post-électoraux
67. La principale controverse post-électorale
a porté sur l’invalidation par la CEC des résultats des bureaux de
vote n° 10/51, 35/65 et 12/13. Les motifs invoqués étaient les suivants:
- dans deux bureaux de vote, des
électeurs militaires ont été autorisés à voter après la clôture
légale du scrutin;
- dans un bureau de vote, il n’y avait pas de bulletins
de vote du Pôle national démocratique pendant la majeure partie
de la journée.
68. Selon certaines estimations, si ces chiffres de participation
avaient été pris en compte, le parti «Arménie prospère» aurait pu
franchir le seuil électoral de 4 %, remporter des sièges et priver
le parti au pouvoir de sa majorité des trois cinquièmes. La CEC
a estimé, dans une justification d’une seule phrase, que «l’invalidation des
résultats dans ces bureaux n’avait pas affecté le résultat global»
et a refusé d’organiser un nouveau scrutin. Il s’agit là d’une justification
tout à fait insuffisante pour cette décision, compte tenu notamment
de l’importance de ses répercussions.
69. Tant la mission Akanates que l’Alliance des observateurs indépendants,
ainsi que la société civile et des experts juridiques, ont contesté
cette décision, la jugeant dépourvue de fondement juridique, contraire
au principe de proportionnalité et aux normes relatives à un recours
judiciaire effectif.
70. Le Président de la CEC, dans une déclaration subséquente,
a invoqué le rapport d’urgence de la Commission de Venise sur l’annulation
des résultats des élections par les cours constitutionnelles, qui
souligne les risques potentiels de vote tactique lors de nouveaux
scrutins. Toutefois, ce rapport n’exclut pas la tenue d’un nouveau
scrutin si la privation du droit de vote des électeurs est susceptible
de modifier fondamentalement la répartition des sièges et la représentativité
du parlement
Note.
71. L’affaire a été portée devant les tribunaux mais n’a pas été
réglée avant la convocation du parlement.
72. De plus, les procédures judiciaires relatives à l’exclusion
des résultats de certains bureaux de vote et à la perte de mandats
pour le parti «Arménie prospère» n’ont pas abouti à une solution,
en partie en raison de critères de recevabilité restrictifs et de
délais rigides. La transparence de la Cour administrative a été
saluée, mais sa capacité effective à corriger le résultat électoral
a fait défaut. Cela fait courir le risque de laisser une partie
importante de l’électorat sans représentation effective en raison
de la proximité entre le résultat du parti «Arménie prospère» et
le seuil électoral de 4%.
73. Les résultats officiels définitifs des élections législatives
arméniennes du 7 juin 2026, certifiés par la CEC le 14 juin 2026,
sont les suivants:
|
Parti / Alliance
|
Pourcentage des voix
|
Nombre de voix
|
Représentation parlementaire
|
|
Contrat civil (Nikol
Pashinyan)
|
49,75%
|
726 819
|
Majorité au pouvoir
|
|
Alliance «Arménie forte»
|
23,27%
|
340 006
|
Opposition
|
|
Alliance arménienne (Robert Kocharyan)
|
9,92%
|
144 983
|
Opposition
|
|
Arménie prospère
|
3,99%
|
58 287
|
N'est pas entré au Parlement
|
|
Les Ailes de l'unité
|
2,30%
|
33 537
|
N'est pas entré au Parlement
|
|
Parti méritocratique
|
2,10%
|
30 642
|
N'est pas entré au Parlement
|
|
Démocratie, Droit et
Discipline
|
1,76%
|
25 758
|
N'est pas entré au Parlement
|
|
Parti réformiste «Nouvelle
Force»
|
1,75%
|
25 551
|
N'est pas entré au Parlement
|
|
Autres (10 partis/alliances)
|
Moins
de 1,5% chacun
|
-
|
Ne sont pas entrés au
Parlement
|
74. Dans le cadre du système électoral
proportionnel arménien, seules trois forces politiques ont fait
leur entrée à l’Assemblée nationale:
- Contrat civil (majorité au pouvoir)
- Alliance «Arménie forte»
- Alliance arménienne
75. Avec 49,75% des voix obtenues et après application des règles
de répartition des sièges prévues par la loi électorale arménienne,
Contrat civil a obtenu la majorité parlementaire et formé le gouvernement.
76. L’Alliance «Arménie forte» a contesté le résultat, alléguant
des irrégularités et demandant l’annulation du scrutin. La CEC a
finalement confirmé les résultats.
77. La répartition des mandats a été directement influencée par
l’incapacité d’«Arménie prospère» à franchir le seuil électoral,
ce qui a entraîné la perte de sièges pour ce parti exclu au profit
de Contrat civil, qui s’est ainsi assuré une majorité des trois
cinquièmes, lui conférant le contrôle de la législation et des lois
constitutionnelles, mais sans atteindre la majorité qualifiée des
deux tiers requise pour organiser un référendum sur une nouvelle Constitution
ou adopter des amendements constitutionnels majeurs. De plus, la
composition du parlement ne reflète ni l’ensemble des forces politiques
participantes ni les préférences de l’ensemble des électeurs ayant voté
valablement.
78. Le parlement nouvellement élu a été constitué lors de sa première
séance, le 2 août 2026, conformément à la Constitution arménienne
et au Code électoral. Le 3 août, il a élu Ruben Rubinyan, membre du
parti au pouvoir Contrat civil
Note,
au poste de Président de l’Assemblée nationale.
79. Les élections législatives
du 7 juin 2026 ont offert aux électeurs un véritable choix entre
différentes alternatives politiques dans le cadre d’un processus
bien mené. Des pressions directes exercées depuis l’étranger, sous
la forme d’un durcissement des restrictions commerciales et de menaces
pour la sécurité pendant la campagne, visant à influencer indûment
les électeurs en faveur des forces d’opposition, ont été observées.
La campagne a été marquée par une forte confrontation et une rhétorique
clivante, ainsi que par des allégations d’achat de voix et d’autres
violations électorales qui ont donné lieu à de nombreuses poursuites pénales
à l’encontre de candidats et de militants de l’opposition, ce qui
a conduit de nombreux partisans de l’opposition à s’abstenir de
s’engager activement dans la campagne. Cette situation, conjuguée
aux pressions exercées sur les fonctionnaires pour qu’ils assistent
aux événements organisés par le parti au pouvoir, ainsi qu’aux mesures
sociales et économiques récemment mises en place, a suscité des
inquiétudes quant à l’égalité des chances en matière de campagne
électorale. Le cadre juridique offre une base solide pour des élections
démocratiques et l’administration électorale a bénéficié de la confiance
des parties prenantes. L’insuffisance du contrôle et de la réglementation
du financement des campagnes a limité la transparence et les possibilités
de contrôle public. L’accès des électeurs à des informations impartiales
et fiables a été compromis par un environnement médiatique polarisé,
une couverture médiatique partiale et une campagne en ligne clivante
recourant à des contenus manipulateurs. Le déroulement du scrutin
a été jugé de manière extrêmement positive dans la grande majorité
des bureaux de vote observés.
80. La délégation de l’APCE est toutefois préoccupée par l’invalidation,
par la CEC, des résultats de certains bureaux de vote qui étaient
décisifs pour l’entrée au parlement d’un parti d’opposition, sans
justification dûment motivée, compte tenu notamment de l’importance
de son impact, ni de disposition prévoyant un nouveau scrutin, ce
qui a ainsi affecté le résultat global et la représentation.
81. L’ingérence de la Fédération de Russie et les opérations d’information
étrangères ont atteint une ampleur sans précédent dans un État membre
du Conseil de l’Europe.
82. Les autorités doivent à présent s'attaquer, avec détermination,
aux problèmes constatés (ingérence étrangère continue, manipulation
des médias et de l’information, manipulation des ressources sociales, privation
massive du droit de vote par des décisions de la CEC et perception
persistante de poursuites sélectives) pour contrer toute érosion
de la confiance du public dans les processus électoraux.
83. Les résultats du scrutin indiquent que le peuple arménien
a exprimé le choix de la voie pro-européenne. La société a démontré
sa résilience démocratique en dépit des lacunes constatées et des
pressions extérieures d’un niveau jamais atteint. Les autorités
nouvellement élues ont ainsi reçu un mandat clair de la part de
la population qu’elles doivent à présent honorer.
84. Ces élections ont confirmé la capacité de l’Arménie à organiser
des scrutins complexes de manière techniquement compétente, globalement
pacifique et inclusive. La délégation de l’APCE salue le professionnalisme
et le dévouement du personnel électoral, ainsi que l’esprit constructif
dont ont fait preuve la majorité des parties prenantes et des électeurs.
Toutefois, pour que la démocratie arménienne progresse, des réformes
institutionnelles et juridiques urgentes s’imposent, notamment en
matière de financement des campagnes électorales, d’utilisation
de l’État à des fins partisanes, de recours juridiques en cas de
litiges électoraux et de résilience face aux menaces extérieures.
85. Les principales sources de préoccupation étaient les suivantes:
- le contexte géopolitique particulièrement
tendu, marqué par une ingérence étrangère directe et des pressions
sans précédent, notamment de la part des autorités de la Fédération
de Russie;
- la persistance de l’achat de voix;
- l’utilisation abusive des ressources administratives dans
le cadre de la campagne électorale;
- des lacunes majeures dans la mise en place de recours
judiciaires efficaces et rapides en cas de violations;
- la privation du droit de vote de l’électorat d’un parti
d’opposition, avec des conséquences parlementaires importantes.
86. Ces constatations confirment la position de l’Assemblée selon
laquelle les élections et leur observation ne se limitent pas au
jour du scrutin, mais constituent un processus comprenant plusieurs
étapes, dont chacune doit être analysée et évaluée afin de parvenir
à une conclusion bien fondée. Le travail accompli par le Conseil
de l’Europe s’inscrit dans le cadre du «cycle électoral», qui sert
de guide pour chaque étape du processus électoral et se divise en
trois parties: la période préélectorale (cadre juridique, planification
et mise en œuvre, formation et éducation, inscription des électeurs,
campagne électorale); la période électorale (opérations et jour
du scrutin, vérification des résultats) et la période postélectorale.
87. La délégation de l’APCE encourage donc les autorités arméniennes
à:
- renforcer davantage les
capacités nationales permettant d’identifier et de contrer les opérations d’information
et les pressions économiques émanant de la Fédération de Russie;
- renforcer l'indépendance des nominations au sein de l'administration
électorale;
- permettre à un plus large éventail de parties prenantes
d’introduire des recours devant les tribunaux;
- prévoir des délais prolongés et des recours plus souples
pour les litiges électoraux au niveau des bureaux de vote et à l'échelle
globale;
- combler les lacunes concernant le financement pré-électoral
et le financement par des tiers;
- réglementer pleinement l'utilisation des ressources administratives
et sanctionner efficacement tout abus;
- garantir l’impartialité des chaînes publiques et une plus
grande transparence quant à la propriété des médias privés;
- développer les mécanismes de lutte contre la désinformation
et les programmes d’éducation au numérique;
- mettre fin aux poursuites sélectives à l’encontre de l’opposition
et garantir le respect intégral des garanties procédurales dans
les procès liés aux élections;
- réviser les tactiques des forces de l'ordre afin de garantir
leur conformité avec les normes européennes en matière de droits
humains;
- garantir la liberté de réunion pacifique et le droit de
manifester pour tous les partis;
- simplifier les conditions d’éligibilité et les formalités
administratives pour les électeurs déplacés et vulnérables;
- accélérer les procédures d’obtention de la nationalité
et d’inscription sur les listes électorales, conformément aux meilleures
pratiques;
- modifier le Code électoral afin d’exiger explicitement
un nouveau scrutin lorsque la représentativité fondamentale est
en jeu, en fixant des seuils et des procédures spécifiques.
88. L’Assemblée se tient prête à collaborer avec les autorités
arméniennes pour traiter les questions soulevées et renforcer la
mise en œuvre des normes démocratiques européennes. Ce travail devrait
être mené dans le cadre de la procédure de suivi de l’Assemblée
et en étroite coopération avec la Commission de Venise.
Annexe 1 – Composition de la commission
ad hoc
Sur la base des propositions des groupes
politiques de l'Assemblée, la commission ad hoc était composée comme
suit:
Président: M. Damien
COTTIER, Suisse
Vice-président: Lord
David BLENCATHRA, Royaume-Uni
Groupe des socialistes, démocrates et
verts (SOC)
- M. Christophe CHAILLOU,
France
- M. Cerni ESCALE CABLE, Andorre
- Mme Edite ESTRELA, Portugal
- M. Dimitrios MANTZOS, Grèce
- Mme Luz MARTINEZ SEIJO, Espagne
- Mme Wanda NOWICKA, Pologne
- M. Roberto SPERANZA, Italie*
Groupe du Parti populaire européen (PPE/DC)
- M. Ricardo CARVALHO,
Portugal
- Mme Andrea EDER-GITSCHTHALER,
Autriche
- M. Tekke PANMAN, Pays-Bas
- M. Georgios STAMATIS, Grèce*
- Mme Albana VOKSHI, Albanie
Conservateurs européens, Patriotes &
Affiliés (CEPA)
- Lord David BLENCATHRA,
Royaume-Uni
- M. Malte KAUFMANN, Allemagne* (mission préélectorale uniquement)
- M. Zsolt NÉMETH, Hongrie
- M. José María SÁNCHEZ GARCÍA, Espagne
- Mme Victoria TIBLOM, Suède
Alliance des démocrates et des libéraux
pour l'Europe (ADLE)
- Mme Valentina
GRIPPO, Italie
- M. Damien COTTIER, Suisse*
- Mme Lesia ZABURANNA, Ukraine
Groupe pour la gauche unitaire européenne
(GUE)
- Mme Laura
CASTEL, Espagne*
Corapporteur·es AS/MON (ex officio)
- Mme Boriana
ÅBERG (Suède, PPE/DC)
- M. Piero FASSINO (Italie, SOC)
Commission de Venise
- Mme Veronika
BILKOVÁ, membre de la Commission de Venise au titre de la République
tchèque
- M. Adria RODRIGUEZ-PEREZ, conseiller juridique, secrétariat
de la Commission de Venise
Accompagnatrice
- Lady Tara BLENCATHRA,
accompagnant Lord David BLENCATHRA
Secrétariat
- M. Bogdan TORCATORIU,
Administrateur principal des élections, Division des élections
- Mme Carine ROLLER-KAUFMAN,
assistante, Division des élections
- M. Rafał SOKOL, secrétaire de la commission des questions
juridiques et des droits de l'homme
*Participant à la mission préélectorale
Annexe 2 – Programme de la délégation
préélectorale de l’APCE
Lundi 11 mai 2026
8h00-9h00 Réunion de la délégation, avec des interventions
de:
- M. Damien Cottier, chef
de délégation
- Mme Boriana Aberg, corapporteure
de la commission de suivi
- M. Maxime Longangué, chef du Bureau du Conseil de l'Europe
à Erevan
- Informations pratiques par le Secrétariat
9h15-10h15 Rencontre avec l'Ambassadeur Janez Lenarčič, chef
de la mission d'observation électorale (MOE) du BIDDH, M. Marcell
Nagy, chef adjoint de la MOE du BIDDH, et les membres de l'équipe
centrale du BIDDH:
- M. Vladimir
Misev (contexte politique et campagne électorale traditionnelle)
- Mme Julia Manchin (environnement
en ligne)
- Mme Desislava Hristova (administration
électorale)
10h30-11h30 Rencontre avec les membres du corps diplomatique
à Erevan:
- Mme Claudia
Busch, Ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire, Allemagne
- M. Alessandro Ferranti, Ambassadeur extraordinaire et
plénipotentiaire, Italie
- Mme Eva Sundqvist, Ambassadrice
extraordinaire et plénipotentiaire, Suède
- Mme Andrea Barbara Baumann,
Ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire, Suisse
- M. Vassilis Maragos, Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire,
chef de la délégation de l'Union européenne
11h45-12h45 Table ronde avec des représentant·es d'ONG:
- Centre de lutte contre la corruption
de Transparency International: Mme Sona Aivazyan
(directrice exécutive)
- Fondation pour le développement et la protection du droit
(LDPF): Mme Genya Petrosyan (directrice)
- Human Right House: Mme Sona
Mkhitaryan
14h15-15h15 Table ronde avec des représentant·es des médias:
- A1 Plus: Mme Karine
Asatryan, rédactrice en chef
- Quotidien Aravot: Mme Tatevik
Harutyunyan
- Club de presse d'Erevan: Mme Meriknaz
Harutyunyan, rédactrice en chef
15h30-16h15 Rencontre avec des représentants de l'Agence des
systèmes d'information d'Arménie (ISAA):
- M. Nerses Yeritsyan, président
- M. Shant Kassardjian, directeur de la cybersécurité
16h30-18h00 Rencontre avec des dirigeant·es et des représentant·es
des partis extraparlementaires se présentant aux élections
16h30-17h Première partie
- Parti
«Arménie forte»: M. Artur Danielyan, Mme Lilia
Shashanyan
17h10-17h40 Partie II
- Initiative
«Wings of Unity»: M. Arman Tatoyan, M. Liparit Drmeyan
16h30-17h00 Partie III
- «Congrès
national arménien»: M. Levon Zurabyan, vice-président, M. Avetis Avagyan
- Parti «New Power», M. Hakob Karapetyan
Mardi 12 mai 2026
09h00-11h45 Rencontres avec des dirigeant·es et des représentant·es
des groupes parlementaires à l’Assemblée nationale
09h00-09h45 Rencontre avec le groupe «Avec honneur», M. Hayk
Mamijanyan, chef du groupe
10h00-10h45 Rencontre avec le groupe Contrat civil, M. Hayk
Konjoryan, chef du groupe, M. Arman Yeghoyan, M. Sargis Khandanyan,
Mme Maria Karapetyan
11h00-11h45 Rencontre avec le groupe «Arménie», M. Seyran
Ohanyan, chef du groupe, Mme Lilit Galstyan,
Mme Anna Grigoryan, M. Armen Gevorgyan,
M. Armen Rustamyan, M. Artur Khachatryan
12h00-13h00 Rencontre avec le vice-président de l'Assemblée
nationale, M. Ruben Rubinyan, et des membres de la délégation arménienne
auprès de l'APCE: Mme Arusyak Julhakyan, Mme Hripsime
Grigoryan, Mme Sona Ghazaryan, M. Armen
Gevorgyan, M. Armen Rustamyan
13h15 Déjeuner officiel au nom du Président de l'Assemblée
nationale, M. Alen Simonyan, organisé par le vice-président de l'Assemblée
nationale, M. Ruben Rubinyan
15h10-15h55 Rencontre avec M. Vahagn Hovakimyan, président
de la Commission électorale centrale (CEC), et des membres de la
CEC
16h10-16h50 Rencontre avec M. Artur Nahapetyan, président
de la commission anti-corruption
17h00-17h45 Rencontre avec Mme Anna
Karapetyan, vice-ministre de la Justice
18h00-18h30 Préparation et adoption d'une déclaration par
la délégation
Annexe 3 – Déclaration de la délégation
préélectorale de l’APCE
Les élections
en Arménie ne doivent pas être compromises par des ingérences étrangères
et il est essentiel que tous les candidats bénéficient de conditions
équitables, déclare la délégation préélectorale de l’APCE à Erevan
À l’issue d’une visite de deux jours à Erevan les 11 et 12
mai 2026, une délégation préélectorale de l’Assemblée parlementaire
du Conseil de l’Europe (APCE)* a souligné l’importance de tenir
les élections législatives du 7 juin 2026 dans un environnement
exempt de crainte, d’influence étrangère indue et d’utilisation
abusive des ressources administratives. La délégation s’est dite
préoccupée par la nature de plus en plus complexe et systémique
des ingérences étrangères qui affectent le paysage politique et
médiatique de l’Arménie.
La délégation a appris que l’ingérence étrangère avait évolué
au-delà de la désinformation traditionnelle, englobant désormais
le financement politique illicite, les cyberattaques, la coercition
économique et les tentatives directes de manipulation du processus
électoral. Ces tactiques hybrides visent non seulement à influencer
l’opinion publique, mais aussi à s’assurer un levier géopolitique
à long terme sur l’Arménie.
La délégation a été informée de demandes directes et explicites
adressées par le président russe au Premier ministre arménien afin
de faciliter le vote de la diaspora arménienne depuis la Russie,
ainsi que d’incitations financières proposées par le principal parti
d’opposition à cette branche particulière de la diaspora pour qu’elle se
rende en Arménie et vote le jour du scrutin.
La délégation a souligné que de telles ingérences constituent
une menace persistante et évolutive, qui s'étend bien au-delà de
la période électorale.
La délégation a également pris note du soutien déclaré apporté
par certains partenaires occidentaux au parti au pouvoir.
La délégation salue le cadre juridique et réglementaire mis
en place par l’Arménie pour lutter contre les influences indésirables.
Toutefois, les mécanismes existants gagneraient à être renforcés
afin de faire face aux menaces dissimulées, coordonnées et transfrontalières.
La délégation estime qu’il est urgent de renforcer les capacités
institutionnelles, d’améliorer la coordination interinstitutionnelle
et d’accroître la transparence du financement politique.
En examinant le contexte préélectoral dans son ensemble, la
délégation a également exprimé sa préoccupation face à l’intensification
de la désinformation visant les défenseurs des droits de l’homme,
les journalistes et les organisations de la société civile. Des
discours tels que les accusations d’être un «agent étranger» compromettent
la confiance du public et restreignent l’espace civique. La délégation
a pris connaissance de rapports faisant état d’activités inauthentiques
coordonnées et de contenus manipulateurs sur les réseaux sociaux,
et a exprimé l’espoir que les entreprises technologiques prennent
des mesures plus fermes contre de telles campagnes.
La délégation s’inquiète également des pressions juridiques
croissantes, notamment des poursuites stratégiques contre la participation
publique (SLAPP), qui visent la société civile, les journalistes
et les observateurs électoraux. Ces tactiques risquent de restreindre
la liberté d’expression et de dissuader la participation démocratique.
La délégation a souligné qu’une société civile dynamique et indépendante
est essentielle pour des élections démocratiques et doit être protégée
contre toute intimidation.
Parmi les autres sujets de préoccupation figurent la polarisation
politique croissante, la faible confiance du public dans les institutions
et un désintérêt général pour la politique, en particulier chez
la jeune génération. La délégation a été informée de la rhétorique
électorale virulente et des allégations d’utilisation abusive des ressources
administratives, de pression sur les électeurs, de campagnes menées
par des tiers sans contrôle et d’achat de voix (parfois déguisé
en action caritative).
La délégation a également noté l’implication sans précédent
de l’Église apostolique arménienne dans la vie politique.
La transparence et la responsabilité en matière de financement
des campagnes électorales restent cruciales, en particulier au vu
des récentes modifications législatives qui ont relevé les plafonds
de dons sans combler pleinement les lacunes en matière de contrôle.
La délégation a souligné que la sauvegarde de l’intégrité
électorale exige une collaboration entre les autorités nationales,
la société civile et les partenaires internationaux, ainsi qu’une
action responsable de la part des plateformes numériques. Elle s’est
félicitée de la coopération constructive des autorités arméniennes
et des parties prenantes à l’approche des élections du 7 juin 2026,
reconnaissant l’importance de ce scrutin pour la trajectoire démocratique
et géopolitique de l’Arménie, en particulier dans le contexte des
efforts de paix en cours et de la transformation régionale.
La délégation a pris connaissance d’allégations de deux poids
deux mesures au sein du système judiciaire, les représentants de
l’opposition se plaignant du grand nombre de personnalités politiques
et de membres du clergé faisant l’objet d’enquêtes ou placés en
résidence surveillée à la suite de décisions judiciaires.
Au cours de sa visite, la délégation a rencontré le vice-président
de l’Assemblée nationale, des membres de la délégation arménienne
à l’APCE, les dirigeants des partis parlementaires et extraparlementaires,
le vice-ministre de la Justice, le président de la commission anti-corruption,
le président et d’autres représentants de l’Agence des systèmes
d’information, le président et les membres de la Commission électorale
centrale, le chef et le chef adjoint de la mission du BIDDH de l’OSCE
et des membres du corps diplomatique à Erevan, ainsi que des représentants
des médias et de la société civile.
La délégation a salué les efforts déployés par la Commission
électorale centrale, notamment en matière de formation et de partenariat
avec l’Agence des systèmes d’information, pour renforcer la cybersécurité.
À l’approche du jour du scrutin, la délégation de l’APCE exhorte
les autorités arméniennes à intensifier leurs efforts pour se prémunir
contre toute ingérence étrangère et garantir des conditions équitables
pour tous les candidats. Elle encourage les organisations de la
société civile à continuer de jouer leur rôle essentiel dans la surveillance,
le signalement et la promotion des normes démocratiques.
L'APCE déploiera une mission d'observation électorale à part
entière pour observer les élections du 7 juin 2026 aux côtés d'observateurs
du BIDDH, de l'Assemblée parlementaire de l'OSCE et du Parlement
européen.
Annexe 4 – Programme des réunions de la
mission d'observation électorale de l'APCE
Vendredi 5 juin 2026
9h15-10h15 Réunion interne de la délégation de l'APCE
- Mot de bienvenue de Damien Cottier,
chef de délégation
- Exposé de Veronika Bílková, Commission de Venise
- Exposé du corapporteur de la Commission pour le respect
des obligations et engagements des États membres du Conseil de l'Europe
(Commission de suivi), Piero Fassino
- Exposé du Secrétariat (aspects logistiques)
10h40-11h00 Mot de bienvenue et remarques liminaires
- Farah Karimi, coordinatrice
spéciale et cheffe de la mission d'observation à court terme de
l'OSCE
- Damien Cottier, chef de la délégation d'observateurs de
l'APCE
- Nathalie Loiseau, cheffe de la délégation d'observateurs
du Parlement européen
- Jevrosima Pejović, cheffe de la délégation d'observateurs
de l'Assemblée parlementaire de l'OSCE
11h00-13h00 Exposé de la mission d'observation électorale
du BIDDH
- Mot de bienvenue et
aperçu des travaux de la mission d'observation électorale: Janez
Lenarčič, chef de mission
- Aperçu politique, candidats et campagne électorale: Vladimir
Misev, analyste politique
- Environnement en ligne et campagne en ligne: Júlia Manchin,
analyste politique
- Financement de la campagne: Elissavet Karagiannidou, analyste
en financement électoral
- Cadre juridique et règlement des litiges électoraux: Smaranda
Săndulescu, analyste juridique
- Administration électorale, inscription des candidats et
des électeurs: Desislava Hristova, analyste électorale
- Environnement médiatique: Egor Tilpunov, analyste des
médias
- Contexte sécuritaire: Slaviša Kotlaja, experte en sécurité
14h30-16h00 Contexte sociopolitique
- Centre anti-corruption de Transparency International,
directrice exécutive, Sona Ayvazyan
- Fondation Partenariat EURASIA, directrice de programme,
Isabella Sargsyan
- Assemblée des citoyens d’Helsinki-Vanadzor, président,
Artur Sakunts
- Comité pour la protection de la liberté d’expression,
président, Ashot Melikyan
- Centre régional pour la démocratie et la sécurité, président,
Tigran Grigoryan
- Union des citoyens informés, coordinateur des programmes,
Daniel Ioannisyan
16h30-17h30 Représentants des partis/alliances parlementaires
en lice pour les élections
16h30-17h00 Contrat civil: Ruben Rubinyan et Arusyak Julhakyan,
candidats,
17h00-17h30 Alliance arménienne: Anna Grigoryan et Artur
Khachatryan, candidats,
17h45-19h15 Représentants des partis/alliances non parlementaires
participant aux élections
17h45-18h15 Parti de l'Arménie prospère: Elinar Vardanyan,
Ara Ayvazyan, candidats,
18h15-18h45 Parti républicain: Ruben Asatryan, candidat
18h45-19h15 Alliance Arménie forte: Gohar Meloyan, candidat
Samedi 6 juin 2026
09h00-10h30 Table ronde sur la couverture de la campagne et
des élections
- Centre d'initiatives
médiatiques-Media.am, rédacteur en chef, Gegham Vardanyan
- CivilNet, rédacteur en chef, Karen Harutyunyan
- Azatutyun-Radio Free Europe/Radio Liberty, service arménien,
directrice, Heghine Buniatyan
- A1+, rédactrice en chef, Karine Asatryan
- Hetq, directrice générale, Kristine Barseghyan
- Media Diversity Institute, Media Monitor, Seda Arakelyan
- Radio publique d'Arménie, directeur de la Radio publique
d'Arménie, Armen Koloyan, et responsable du service de l'information,
Liana Yeghiazaryan
11h00-12h30 Administration électorale
- Commission électorale centrale – Service de surveillance
et d'audit, responsable du service de contrôle et d'audit, Tigran
Babikyan
- Commission de la télévision et de la radio, membre de
la Commission, Gohar Mamikonyan
- Agence des systèmes d'information d'Arménie, directeur,
Nerses Yeritsyan
- Comité de lutte contre la corruption, Garegin Begoyan,
chef du département chargé des enquêtes sur les crimes liés à la
corruption dans les secteurs électoral et privé
12h30-13h45 Suite de la réunion d'information de la mission
d'observation électorale du BIDDH
- Procédures
le jour du scrutin: Desislava Hristova, analyste électorale
- Rapports sur le jour du scrutin: Anders Eriksson et Andreas
Roth, analystes statistiques
- Travail des observateurs à long terme: Kerstin Dokter,
coordinatrice des observateurs à long terme
- Briefing par les observateurs à long terme déployés à
Erevan et dans ses environs
13h45 Rencontre avec les interprètes et les chauffeurs
Dimanche 7 juin 2026
Jour du scrutin-Observation dans les bureaux de vote
(Ouverture des bureaux de vote à 08h00 et fermeture à 20h00)
Lundi 8 juin 2026
08h00-09h00 Réunion interne de la délégation de l'APCE (débriefing)
15h00 Conférence de presse
Annexe 5 – Communiqué de presse de la
Mission internationale d'observation électorale
Les électeurs
arméniens ont eu un véritable choix, malgré les pressions étrangères
directes et les inégalités dans l’accès à la campagne électorale
YEREVAN, 8 juin-Les élections législatives du 7 juin 2026
ont offert aux électeurs un véritable choix entre différentes alternatives
politiques dans le cadre d’un processus bien mené, bien que des
pressions directes exercées depuis l’étranger, sous la forme d’une
escalade des restrictions commerciales et de menaces pour la sécurité,
aient été observées pendant la campagne, dans le but d’influencer
indûment les électeurs en faveur de l’opposition, ont déclaré les
observateurs internationaux dans une déclaration
préliminaire publiée aujourd’hui.
La campagne a été très conflictuelle, marquée par une rhétorique
clivante, et entachée d’allégations d’achat de voix et d’autres
violations électorales qui ont conduit à de nombreuses poursuites
pénales contre des candidats et des militants de l’opposition, ce
qui a incité de nombreux partisans de l’opposition à s’abstenir
de s’engager activement dans la campagne. Cette situation, conjuguée
aux pressions exercées sur les employés du secteur public pour qu’ils
assistent aux événements du parti au pouvoir, ainsi qu’aux mesures
sociales et économiques récemment introduites, a suscité des inquiétudes
quant à l’égalité des chances en matière de campagne, indique la
déclaration.
«La concentration des arrestations et des poursuites pénales
à l’encontre de personnalités de l’opposition a contribué à donner
l’impression d’une justice sélective, tandis que la polarisation
du paysage médiatique, la rhétorique incendiaire, la désinformation,
ainsi que les pressions et ingérences étrangères persistantes ont
mis à l’épreuve la résilience démocratique de l’Arménie et l’intégrité
du débat public», a déclaré Farah Karimi, coordinatrice spéciale
et chef de la mission d’observation à court terme de l’OSCE. «Cela
souligne l’importance de poursuivre les efforts visant à renforcer
les institutions démocratiques, à préserver les libertés fondamentales
et à favoriser la confiance du public dans les processus démocratiques.»
«Les élections arméniennes se sont déroulées dans un contexte
géopolitique particulièrement tendu, marqué par une ingérence étrangère
directe», a déclaré Damien Cottier, chef de la délégation de l’Assemblée parlementaire
du Conseil de l’Europe. «En particulier, les pressions et les menaces
de la Russie ont atteint un niveau sans précédent et inquiétant.»
Le processus a été régi par des lois et règlements électoraux
révisés qui constituent une base solide pour des élections démocratiques.
Les changements apportés ces dernières années ont pour la plupart
été introduits à l’issue d’un vaste processus consultatif et ont
contribué à améliorer le cadre juridique, mais certaines lacunes et
ambiguïtés persistent, et un certain nombre de recommandations antérieures
du BIDDH et de la Commission de Venise du Conseil de l’Europe restent
sans suite.
«L’importance de ces élections, combinée à une rhétorique
polarisante tout au long de la campagne, a créé une atmosphère tendue
tant pour les électeurs que pour les responsables électoraux», a
déclaré Jevrosima Pejović, chef de la délégation de l’Assemblée
parlementaire de l’OSCE. «Les organes électoraux ont fonctionné
sous un regard accru, tandis que les électeurs ont été exposés à
une pression politique soutenue et à un débat public intense. Les
tensions découlant de facteurs internes et externes ont accentué
la pression entourant ces élections et influencé la perception du
public quant à la qualité de l’administration électorale, soulignant
l’importance de promouvoir un climat politique constructif et de
renforcer la confiance du public dans les organes électoraux.»
L’administration électorale a géré les préparatifs techniques
avec professionnalisme et efficacité, et a bénéficié de la confiance
des parties prenantes. Le déroulement du scrutin a été jugé extrêmement
positif dans la grande majorité des bureaux de vote observés.
«Nous avons rencontré des membres dévoués des bureaux de vote,
dont une grande majorité de femmes, qui ont accompli leurs tâches
avec dévouement et attention. Certains électeurs ne disposaient
pas des informations de base concernant leur bureau de vote et les
procédures de vote, et les autorités arméniennes devraient envisager
d’améliorer l’information des électeurs», a déclaré Nathalie Loiseau,
chef de la délégation du Parlement européen. «Les
élections se sont déroulées dans l’ensemble dans le calme et sans
incident. Le processus électoral s’est déroulé dans le calme et
a été très bien organisé, les procédures semblaient scrupuleusement
respectées et les petites incohérences constatées avant le dépouillement
ont été soigneusement vérifiées.»
La campagne en ligne a été très intense, et sa réglementation
est limitée, ce qui réduit la transparence et le contrôle. La campagne
en ligne a été conflictuelle et source de division. La mission du
BIDDH a noté l’utilisation de contenus manipulateurs, faux et générés
par l’IA diffusés par certains candidats, ainsi que de comptes non authentiques
et tiers visant à discréditer les adversaires, le gouvernement et
le processus électoral. Dans l'ensemble, les autorités ont pris
des mesures pour lutter contre la désinformation, mais la transparence
et l'efficacité de ces efforts ont été limitées par le manque d'informations
accessibles au public.
Les modifications apportées aux règles relatives au financement
des campagnes électorales ont élargi la définition des dépenses
de campagne, relevé les plafonds applicables aux dons et aux dépenses,
et redistribué les responsabilités en matière de contrôle. Toutefois,
un certain nombre de lacunes subsistent, ce qui limite la transparence,
la responsabilité et l’intégrité du financement des partis et des
campagnes électorales.
Malgré l’instauration de quotas de genre pour l’administration
électorale et le parlement, ainsi que des incitations financières
pour les partis qui maintiennent des organes dirigeants équilibrés
en termes de genre, la participation des femmes à la vie publique
et politique est restée faible. Les femmes représentaient 37,3 % des
candidats.
Le paysage médiatique est pluraliste mais polarisé, et le
suivi des médias effectué par la mission du BIDDH a révélé que la
plupart des médias étaient instrumentalisés par les candidats pour
amplifier les insultes mutuelles et la rhétorique de campagne clivante,
sans proposer d’analyse approfondie des programmes des candidats. La
télévision publique a affiché un parti pris manifeste en faveur
du parti au pouvoir, contrairement à ses obligations légales et
à son mandat public. Dans le même temps, plusieurs médias privés
ont présenté le gouvernement sous un jour négatif et ont accordé
une couverture favorable à certains candidats de l’opposition. L’ensemble
de ces éléments a compromis la capacité des électeurs à faire un
choix éclairé.
«Les électeurs arméniens ont eu-et ont saisi-l’occasion de
faire un choix authentique dans le cadre d’un processus électoral
géré de manière professionnelle et d’une campagne dynamique et pluraliste,
bien que souvent très polarisée», a déclaré Janez Lenarčič, chef
de la mission d’observation électorale du Bureau des institutions
démocratiques et des droits de l’homme de l’OSCE. «Malheureusement,
ils ont dû faire ce choix dans un contexte d’ingérence et de pression
étrangères sans précédent, sous la forme de mesures commerciales
punitives et de menaces quotidiennes de nouvelles conséquences négatives
en fonction du choix qu’ils feraient.»