24/09/2026 Elections
Les élections législatives marocaines ont offert aux électeurs et électrices un large choix politique et le scrutin a été organisé de manière efficace, a déclaré aujourd’hui une délégation d’observateurs de l’APCE. Pourtant, le taux de participation n’a atteint que 38,02 % des électeurs inscrits, soit moins d’un Marocain sur quatre en âge de voter. Conjugué au nombre important de bulletins nuls et blancs, ce chiffre met en évidence le défi démocratique central : il ne s’agit pas simplement de savoir comment les élections sont organisées, mais si les institutions politiques inspirent confiance et assurent une représentation significative.
« Une élection peut se dérouler en bon ordre tout en révélant de graves défis pour la démocratie représentative. Lorsque moins d’un adulte sur quatre exerce son droit de vote de manière valide, une participation aussi faible ne peut être ignorée. Elle soulève des questions importantes concernant la participation, la représentation et la confiance des citoyens dans le processus politique », a déclaré la cheffe de la délégation, Elisabetta Gardini (Italie, CEPA).
Les initiatives visant à encourager la participation des femmes et des jeunes sont les bienvenues, notamment les quatre-vingt dix sièges réservés aux femmes sur les listes régionales. Mais ces possibilités formelles ne se sont pas encore traduites par une influence politique suffisante. Le désengagement des jeunes vis-à-vis des processus politiques et électoraux reste un défi majeur, comme en témoignent les taux de participation électorale extrêmement faibles chez les jeunes.
L’APCE réitère son appel de longue date en faveur de l’inscription automatique de tous les citoyens éligibles. Le droit de vote ne devrait pas dépendre d’une demande administrative distincte. Le Maroc devrait également permettre à ses plus de six millions de citoyens résidant à l’étranger de voter en personne et au secret ; le vote par procuration ne peut garantir de manière adéquate le choix individuel ni le secret du scrutin.
« La confiance ne peut être rétablie par de simples promesses électorales ou des services numériques. Elle se renforce lorsque les citoyens constatent que leur vote a le même poids que celui des autres, que les institutions rendent des comptes et que la participation peut véritablement influencer les décisions publiques », a déclaré Mme Gardini.
Les observateurs ont également relevé des inégalités persistantes dans la pondération des voix, les effets d’un quotient électoral basé sur le nombre d’électeurs inscrits, ainsi qu’un environnement médiatique dans lequel la concentration économique et les restrictions généralisées à la liberté d’expression peuvent étouffer un véritable débat. La prochaine réforme électorale devrait donc placer au cœur de ses priorités le suffrage universel, le pluralisme politique et un débat public ouvert.
La délégation s’est en outre déclarée préoccupée par les allégations récurrentes d’achat de voix et d’orientation des votes par le biais de pressions économiques ou hiérarchiques. De telles allégations nécessitent une enquête rapide et approfondie, assortie de sanctions efficaces lorsque des violations sont établies.
La délégation multipartite de l’APCE, composée de 24 membres, a déployé 12 équipes à Rabat, Casablanca, Tanger, Fès et Marrakech ainsi que dans leurs environs. Elle a évalué le processus à l’aune des normes du Conseil de l’Europe et des engagements pris par le Parlement marocain en tant que « Partenaire pour la démocratie » de l’APCE. Son rapport final sera présenté à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe en janvier 2027.