Structures, procédures et moyens de la Cour européenne des Droits de l’Homme
Recommandation 1535
(2001)
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Discussion par l’Assemblée
le 26 septembre 2001 (28e séance) (voir Doc. 9200, rapport
de la commission des questions juridiques et des droits de l’homme,
rapporteuse: Mme Nabholz-Haidegger). Texte adopté par l’Assemblée
le 26 septembre 2001 (28e séance).
- Thesaurus
1. L’Assemblée parlementaire souhaite
une fois encore souligner l’importance capitale de la Convention européenne
des Droits de l’Homme qui a institué un système sans précédent de
protection des droits et des libertés individuels actuellement applicable
à la quasi-totalité de l’Europe.
2. Conformément à l’article 34 de la Convention, la Cour européenne
des Droits de l’Homme «peut être saisie d’une requête par toute
personne physique, toute organisation non gouvernementale ou tout
groupe de particuliers qui se prétend victime d’une violation (…)
des droits reconnus dans la Convention ou ses protocoles».
3. Ce droit de requête individuelle est la pierre angulaire de
la Convention et il est essentiel de faciliter son exercice et sa
mise en œuvre par tous les moyens.
4. La création d’une Cour unique permanente en 1998 a essentiellement
été motivée par le nombre sans cesse croissant de requêtes individuelles
auquel le système à temps partiel, qui existait jusqu’alors, n’avait
pas pu faire face.
5. Le nombre de requêtes individuelles a toutefois continué d’augmenter
fortement et, par conséquent, le nombre d’affaires en souffrance,
loin de diminuer, a continué de progresser considérablement.
6. C’est ainsi que le nombre de requêtes individuelles est passé
de 4 044 en 1988 à 20 538 en 1999 et à 26 398 en 2000. Nous avons
reçu 20 739 requêtes au cours des sept premiers mois de l’année
2001; si cette tendance se maintient jusqu’à la fin de l’année,
le nombre total de requêtes reçues en 2001 s’élèvera à 35 553.
7. Si des mesures immédiates à court terme et à long terme ne
sont pas prises, et si l’on ne met pas à la disposition de la Cour
les ressources dont elle a besoin sans délai, la Cour et le système
de la Convention devront faire face à une situation de crise.
8. La mise à disposition de ressources humaines et financières
suffisantes permettra d’améliorer la situation préoccupante à court
terme. L’adaptation des méthodes de travail et des procédures de
la Cour devra également apporter une contribution importante à cette
amélioration.
9. Toutefois, le développement de l’application directe de la
jurisprudence de la Cour par les cours et les tribunaux des Etats
membres ainsi que la transposition de la jurisprudence de la Cour
dans la législation interne des Etats membres devraient contribuer
à réduire considérablement le nombre de recours à Strasbourg.
10. Il ne saurait être question de «croissance zéro» des moyens
financiers mis à la disposition de la Cour tant que le nombre de
requêtes augmente. Cela étant, toute augmentation des ressources
financières doit être durable et il va sans dire qu’une stabilisation
du nombre de requêtes devrait s’accompagner d’une stabilisation budgétaire.
11. Tous ces éléments doivent être examinés à la lumière des évolutions
en cours au sein de l’Union européenne, notamment les propositions
visant à réviser les traités de l’Union européenne pour les fondre
en une Constitution européenne qui pourrait éventuellement recouvrir
la protection des droits fondamentaux, ainsi que la proposition
de l’Assemblée concernant l’adhésion de l’Union européenne à la
Convention européenne des Droits de l’Homme.
12. Toutefois, quelles que soient les mesures qui seront prises,
elles ne devront en aucune manière compromettre, entraver ou restreindre
le libre exercice du droit de requête individuelle, et tout système
de «filtrage» ne peut exister qu’au niveau de la Cour, dans le respect
de son Règlement et sous la responsabilité pleine et entière de
ses juges.
13. L’Assemblée se félicite des mesures énergiques déjà prises
par la Cour elle-même et par le Comité des Ministres pour répondre
à la situation, notamment l’accroissement provisoire des ressources
humaines en janvier 2001 et la décision de mettre en place le groupe
d’évaluation chargé d’étudier les moyens possibles de garantir l’efficacité
de la Cour européenne des Droits de l’Homme.
14. L’Assemblée recommande en conséquence au Comité des Ministres:
i de réaffirmer le rôle central et
la vocation de la Convention européenne des Droits de l’Homme, en liaison
avec tous les systèmes juridiques nationaux et internationaux d’Europe,
dans le maintien d’une société démocratique stable, dans la continuité
de la prééminence du droit et dans le respect des droits de l’homme,
ainsi que le rôle indispensable de la Cour européenne des Droits
de l’Homme en tant que garante ultime de la Convention;
ii d’exprimer la détermination politique des Etats membres
du Conseil de l’Europe à garantir l’efficacité de cet instrument
sans égal en assurant son financement et en veillant à ce que les
décisions de la Cour soient dûment exécutées;
iii dans le contexte des suites à donner aux conclusions du
groupe d’évaluation, qui devraient être transmises aux membres de
l’Assemblée parlementaire dès leur distribution au Comité des Ministres, de
mettre à disposition, de façon urgente, les ressources humaines
et autres indispensables pour garantir à court terme et à long terme
l’efficacité de la Cour européenne des Droits de l’Homme, y compris
la mise à disposition de locaux supplémentaires à Strasbourg;
iv de veiller, en traitant séparément les besoins supplémentaires
du système de la Convention, y compris de la Cour, et les critères
employés par le Comité des Ministres pour l’adoption du budget global
du Conseil de l’Europe, à ce que les futurs besoins supplémentaires
de la Cour puissent être satisfaits sans grever le budget d’autres
activités du Conseil de l’Europe;
v d’amorcer des travaux préliminaires avec toutes les parties
intéressées pour élaborer un protocole d’amendement à la Convention
européenne des Droits de l’Homme visant à assurer l’efficacité à
long terme de la Cour européenne des Droits de l’Homme.