Observation des élections législatives anticipées en Jordanie (20 septembre 2016)
Rapport d’observation d’élection
| Doc. 14159
| 10 octobre 2016
- Auteur(s) :
- Commission ad hoc du Bureau
- Rapporteur :
- M. René ROUQUET,
France, SOC
1 Introduction
1. Le 26 janvier 2016, l’Assemblée
parlementaire a adopté la
Résolution
2086 (2016) octroyant au Parlement de Jordanie le statut de «partenaire
pour la démocratie» auprès de l’Assemblée parlementaire. Elle souligne
l’importance de l’organisation d’élections libres et équitables
comme un point fondamental d’une vraie démocratie et a exprimé l’attente,
par conséquent, d’être invitée à observer les élections législatives
en Jordanie à commencer par les élections anticipées prévues en
2016.
2. Lors de sa réunion du 24 juin 2016, le Bureau de l’Assemblée
parlementaire a décidé, sous réserve d’y être invité, d’observer
les élections législatives en Jordanie. Il a constitué à cette fin
une commission ad hoc composée de 11 membres, y compris la rapporteure
de la commission des questions politiques et de la démocratie sur
«L’évaluation du Partenariat pour la démocratie concernant le Parlement
de Jordanie» et a désigné M. René Rouquet (France, SOC) comme Président
de cette commission ad hoc.
3. A sa réunion du 5 septembre 2016, le Bureau a pris note de
la lettre d’invitation envoyée par M. Khalid Al Kaladeh, Président
de la Commission électorale indépendante du Royaume Hachémite de
Jordanie.
4. Conformément à l’accord de coopération signé le 4 octobre
2004 entre l’Assemblée parlementaire et la Commission européenne
pour la démocratie par le droit (Commission de Venise), un représentant
de la Commission de Venise a été invité à rejoindre la commission
ad hoc en tant que conseiller juridique.
5. La composition de la commission ad hoc, constituée sur la
base des propositions des groupes politiques à l’Assemblée, est
reproduite à l’annexe 1.
6. La commission ad hoc s’est rendue en Jordanie du 17 au 22
septembre 2016 et elle a rencontré, entre autres, des représentants
des partis politiques, M. Shalem Hamad, ministre de l’Intérieur,
M. Ali Al Drabkeh, Secrétaire Général de la Commission électorale
indépendante, ainsi que des représentants de la communauté internationale
présente en Jordanie et des représentants de la société civile.
Le programme des rencontres de la commission ad hoc figure en annexe
2. La commission ad hoc souhaite remercier les autorités jordaniennes pour
leur soutien dans l’organisation de cette visite.
7. Pour ces élections, le Royaume est divisé en 23 circonscriptions
électorales; elles étaient 45 en 2012. Les circonscriptions électorales
et la répartition des sièges entre les 12 gouvernorats et les trois régions
de Badia
Note ont
été définies conformément à la loi de 2016 relative aux élections
et au règlement sur les circonscriptions électorales (no 6/2016).
Cette répartition est présentée à l’annexe 3.
8. Le jour des élections, la commission ad hoc s’est répartie
en six équipes qui ont observé le vote à Amman et dans les alentours,
ainsi que dans les gouvernorats de Badia Central, Balqua, Jerash,
Karak, Irbid, Madaba, Ma’an et Tafileh.
9. La commission ad hoc a conclu que la Commission électorale
indépendante a organisé ce scrutin d’une manière intègre et en toute
transparence. Le communiqué de presse publié à la fin des élections
figure à l’annexe 4.
2 Contexte politique et cadre
juridique
2.1 Le parlement
10. La Jordanie est une monarchie
constitutionnelle parlementaire. Elle a un parlement bicaméral,
composé du Sénat et de la Chambre des députés. Les membres du Sénat
sont nommés par le Roi en vertu d’un décret royal, dans les conditions
fixées par la Constitution. Le mandat des sénateurs est de quatre ans.
Les sénateurs dont le mandat a expiré peuvent être nommés pour un
nouveau mandat. Le nombre de sénateurs (en comptant aussi le Président
du Sénat) ne peut être supérieur à la moitié du nombre des députés.
Actuellement, le Sénat compte 75 sièges. Le Président du Sénat est
nommé par le Roi, en vertu d’un décret royal, pour un mandat de deux ans,
renouvelable.
11. L’ancienne Chambre des députés, composée de membres élus au
suffrage direct, a été dissoute par le Roi le 31 mai 2016. Elle
avait été élue pour quatre ans selon la législation adoptée en 2012
et comptait 150 sièges dont 123 avaient été pourvu au scrutin général
direct et secret par circonscriptions électorales locales uninominales.
Parmi ces 123 sièges 9 étaient réservés aux chrétiens, 9 aux Bédouins,
3 aux Tchétchènes et Circassiens et 15 aux femmes. Les 27 autres
sièges avaient été attribués aux partis politiques sur une circonscription
nationale générale à la représentation proportionnelle fermée.
12. La composition de l’ancien parlement était fortement caractérisée
par un système qui permettait une forte représentation de tribus
transjordaniennes et de différents regroupements de taille réduite
autour des personnalités importantes, tant au niveau local que national.
Ces derniers s’occupaient plutôt de questions relatives à leurs
fiefs électoraux plutôt qu’aux questions d’importance nationale.
13. Ce comportement a entraîné au fil des années un désintérêt
et une insatisfaction assez importants envers le travail du parlement,
ressenti par beaucoup de Jordaniens et par conséquent un taux de
participation assez modeste aux élections. A ce désintérêt s’ajoutait
aussi le système «actif» d’inscription aux listes électorales, qui
signifiait que les citoyens intéressés à participer au scrutin devaient
faire des démarches volontaires pour être ensuite inscrits sur les
listes électorales.
14. La nouvelle Chambre des députés sera formée sur la base des
résultats des élections du 20 septembre 2016, qui ont été organisées
selon les termes de la loi relative aux élections modifiée en mars 2016
Note.
Elle comprend 130 membres élus au suffrage direct, c'est-à-dire
20 de moins que la chambre dissoute. Le nombre de sièges réservés
reste inchangé (36). Les 130 membres sont élus pour un mandat de quatre ans.
Le Président est lui aussi élu. La durée de son mandat, qui a été
doublée, sera de deux ans.
15. La nouvelle loi introduit un changement fondamental: les députés
seront tous élus au scrutin proportionnel sur des listes de parti.
Ce changement va de pair avec l’idée que la Jordanie a besoin d’un «régime
parlementaire»; en effet, le roi Abdallah II a déclaré depuis des
années que le Parlement jordanien devait représenter l’ensemble
de l’éventail idéologique des partis et que le Premier ministre
devrait être élu par une coalition gouvernementale. Le système d’inscription
aux listes électorales a également été modifié, il est devenu «passif»,
c’est-à-dire que tous les citoyens qui ont plus 17 ans et 90 jours
le jour du scrutin sont automatiquement inscrits et peuvent voter.
2.2 Le gouvernement
16. En ce qui concerne les relations
entre le parlement et le gouvernement, il faut rappeler que le 29 mai 2016,
le roi Abdallah II a nommé M. Hani al-Mulki, chef de l’administration
de la région économique spéciale d’Aqaba, au poste de Premier ministre,
en remplacement de M. Abdullah Ensour. M. Hani al-Mulki avait dans
un premier temps un mandat de quatre mois jusqu’à après les élections
du 20 septembre 2016; qui consistait notamment à mener à bien les
objectifs de la réforme «Projet pour la Jordanie à l’horizon 2025»
et à mettre en œuvre la loi de décentralisation, qui ne prendra
pas effet avant les élections municipales de 2017.
17. La nomination de M. al-Mulki marque le passage à un gouvernement
technique, qui agit sans le support d’un parlement. En effet la
Chambre des députés a été dissoute le 31 mai 2016 et, conformément
à la Constitution, ses membres ont immédiatement perdu leurs prérogatives
et ils ne siègent plus depuis lors.
18. Suite aux élections du 20 septembre 2016, le Roi a donné le
25 septembre à M. Hani al-Mulki le mandat de former un nouveau gouvernement.
2.3 Les réformes introduites
par le Roi
19. Les pouvoirs du Premier ministre
sont limités, surtout depuis la série de modifications constitutionnelles annoncées
en avril 2016 qui ont renforcé le pouvoir exécutif, et principalement
les pouvoirs du Roi. De fait, le 27 avril 2016, le Parlement jordanien
a adopté un amendement constitutionnel controversé qui donne au
Roi le pouvoir de nommer et de destituer de hauts fonctionnaires
sans consulter le gouvernement.
20. Un paragraphe ajouté à l’article 40 de la Constitution habilite
le Roi à choisir son successeur, le chef de la magistrature et le
président du Conseil constitutionnel. Le Roi, qui est le commandant
suprême des forces armées, a aussi le dernier mot en ce qui concerne
les postes les plus élevés dans l’armée, les services de renseignement
et la Garde nationale. Les prérogatives liées au pouvoir exécutif
qui sont exercées par le Roi restent inchangées, mais, auparavant,
ses décisions devaient passer par le gouvernement, même si celui-ci mettait
rarement son veto à une nomination décidée par le Roi. Avec l’amendement
constitutionnel, les pouvoirs du Roi sont désormais inscrits dans
la législation.
21. Ce renforcement des pouvoirs du Roi doit être examiné dans
un contexte politique et sur un arc temporel plus vastes et complexes,
ainsi que sur une stratégie de développement du pays à long terme.
A la suite des manifestations qui ont eu lieu dans le contexte du
«Printemps arabe», le Roi a rapidement instauré i) un comité du
dialogue national, chargé de proposer des dispositions législatives
concernant les élections et les partis politiques, et ii) le comité
royal sur la réforme constitutionnelle, chargé de proposer des modifications
à apporter à la Constitution.
22. Sur la base des travaux de ces comités, entre août 2014 et
mai 2016, le parlement a adopté 42 amendements constitutionnels,
qui changent 39 des 131 articles de la Constitution, et prévoient
la création d’une commission électorale indépendante, le renforcement
de l’obligation, pour le gouvernement, de rendre compte de son action,
le renforcement de l’autonomie des partis politiques, l’interdiction
de la torture et le durcissement des règles relatives à la dissolution
du parlement.
23. Quatre lois majeures, considérées comme des composantes essentielles
de l’ensemble des réformes faites par le Roi, ont également été
adoptées: i) la loi sur la Commission électorale indépendante; ii)
la loi modifiée sur les élections; iii) la loi sur les partis politiques;
et iv) la loi sur la Cour constitutionnelle.
24. A ce groupe de lois s’ajoute la législation sur la décentralisation
adoptée le 23 aout 2015. Cette loi prévoit l’élection de Conseils
aux niveaux des Gouvernorats et au niveau des municipalités. Elle
est considérée comme un pas ultérieur vers la démocratisation du
pays, en contribuant à élargir la participation de la population
jordanienne aux décisions politiques et comme moteur du développement
économique au niveau local.
3 Administration des élections,
inscription des électeurs et des candidats
25. Les élections législatives
sont administrées par la Commission électorale indépendante (CEI)
et par les commissions électorales de rang inférieur.
26. La CEI a été établie en 2011 pour gérer et superviser de manière
autonome le processus électoral. Les réformes constitutionnelles
successives de 2014 et de 2016 ont d’avantage renforcé les prérogatives
de cet organe qui s’occupera aussi de la gestion des prochaines
élections municipales. La CEI est composée par un Conseil de commissaires,
lui-même composé d’un président et de quatre membres nommés par
décret royal pour un mandat de six ans non renouvelable (article 6),
et les commissions électorales de rang inférieur. Au mois d’avril
2016, le Roi a désigné Dr Khaled Kaladeh comme Président de la CEI.
27. Selon l’article 27 de la loi électorale, «Une commission électorale
est constituée dans chaque circonscription électorale, sur décision
du Conseil; son président et ses membres sont désignés dans cette même
décision, pour exercer les fonctions prévues par la présente loi
et les autres règlements et instructions générales adoptés en application
de celle-ci». Les membres de cette Commission sont choisis parmi
les fonctionnaires d’institutions gouvernementales et publiques.
Ils/elles ne doivent pas avoir de lien de parenté, et ce jusqu’au
deuxième degré, avec les candidats dans leur circonscription.
28. La loi électorale prévoit que seuls les partis politiques
et les candidats indépendants peuvent designer des observateurs.
Ces observateurs peuvent assister au vote et au dépouillement, mais
seulement une personne par liste/candidat indépendant pour chaque
bureau de vote.
29. Tout citoyen jordanien de plus de 17 ans et trois mois a le
droit de vote, pourvu qu’il ait tous ses droits civils et politiques
et ne présente aucun des critères disqualifiant prévus par la loi.
30. Selon les données fournies par la CEI, 4 130 145 Jordaniens
étaient inscrits sur les listes de votants. La répartition entre
genres était la suivante: 2 186 951 femmes, soit 52,8 % des votants
et 1 952 711 hommes, équivalant à 47, 2 % des votants.
31. Le nombre de votants a augmenté de 45 % depuis 2012, surtout
en raison de l’inscription automatique de tous les citoyens à l’âge
de 17 ans et trois mois.
32. En ce qui concerne l’enregistrement de listes de partis politiques
et de coalitions, les partis politiques pouvaient enregistrer leurs
listes à partir du mois d’août. Selon les données de la CEI, 39
partis politiques sur 50 enregistrés au ministère de l’intérieur,
ont présenté des listes de candidats dans les limites de temps impartis
par la loi, afin de leur permettre de participer aux élections du
20 septembre 2016.
33. Selon l’article 11 de la loi sur les élections, un candidat
à la Chambre des députés doit remplir un certain nombre de conditions,
notamment: il/elle doit être citoyen jordanien depuis au moins 10
ans, ne pas détenir la citoyenneté d’un autre pays, et avoir au
moins 30 ans le jour du scrutin. Au total 1 252 candidats dont 252 femmes,
se sont présentés sur 226 listes.
34. Le ministre de l’Intérieur et le Secrétaire général de la
CEI ont présenté aux membres de la commission ad hoc les procédures
de vote, le dépouillement des bulletins, et la déclaration des résultats
des élections, ainsi que les changements les plus importants intervenus
dans la nouvelle législation qui gère ces élections.
4 Campagne électorale, financement
de la campagne et couverture médiatique
35. La campagne électorale a commencé
le 16 aout 2016 et devait s’arrêter selon la législation 24 heures avant
le jour des élections, mais en réalité elle ne s’est jamais arrêtée.
Entre autres, la partie terminale de la campagne électorale a coïncidé
avec la fête de l’Aïd-el-Kébir «la fête du sacrifice», une des fêtes
les plus importantes pour les pays musulmans. Cette coïncidence
a fait en sorte que les Jordaniens étaient en congé du 9 au 17 septembre,
trois jours avant le scrutin. En général les interlocuteurs rencontrés
par la commission ad hoc n’ont signalé aucun incident majeur pendant
la campagne électorale.
36. Lors de ses rencontres avec les représentants des partis et
de la société civile, la délégation de l’Assemblée a mis en valeur
l’importance de la participation active des citoyens jordaniens
aux élections parlementaires du 20 septembre 2016. Cette participation
devrait renforcer la confiance et le respect des citoyens dans le
processus démocratique et légitimer davantage le parlement nouvellement
élu.
37. Les représentants des partis politiques Moubada et Proper
Democratic Party, que la commission ad hoc a rencontrés, ont mis
en avant les points suivants dans leur évaluation des changements
législatifs et du déroulement de la campagne électorale:
- avec la fête de l’Aïd-el-Kébir,
la campagne électorale n’a duré que cinq semaines, une période relativement
courte;
- les changements de la législation électorale, semblent
être un véritable «saut dans l’inconnu». Plus particulièrement,
il faut voir comment le nouveau système de vote par liste de partis,
se conjuguera avec la structure actuelle de la société jordanienne
encore liée aux structures tribales ou à des liaisons personnelles.
Les interlocuteurs ont souligné que la majorité des partis n’avait
pas de programme mais plutôt des slogans;
- des cas d’achat de votes pourraient être assez importants,
en particulier en ce moment festif ou l’échange des cadeaux est
une tradition largement respectée et il est très difficile de faire
une véritable distinction entre le type et la provenance de cadeaux.
Cet achat de voix peut se faire soit par un paiement direct en espèces
aux «chefs de famille», mais aussi aux femmes, soit via le paiement
de frais de scolarité pour les enfantsNote;
- le déroulement de la campagne électorale est assez particulier:
au lieu d’organiser de grandes réunions publiques, les principaux
partis, regroupements ou personnalités, louent des tentes dans les
zones-clé des villes pour y accueillir les électeurs et leur offrir
des rafraîchissements et discuter. Même si la législation électorale
est assez stricte sur les dépenses électorales, avec un maximum
de 5JOD (€ 6) par électeur et par circonscription dans les grandes
villes (pour une circonscription d’une grande ville, de 200 000
personnes, cela ferait 1 million de JOD), et 3JOD (€ 4) dans les
autres zones, nos interlocuteurs estimaient que les frais pourraient
être largement dépassés, étant donné que la location d’une tente
pouvait coûter une somme d’environ 6 000/7 000 JOD (€ 7 500/8 800)
par jour, pour une bonne vingtaine de jours sans compter les services
fournis aux personnes qui ont visité les tentes;
- des cas importants d’utilisation impropre de ressources
administratives;
- le comportement illicite de certains fonctionnaires publics
qui ont consacré une partie de leur temps de travail à la campagne
électorale, même si cela est strictement interdit par la loi.
4.1 Les médias
38. D’une façon générale, les médias
ont fait un effort considérable pour informer les votants sur le
nouveau système électoral et les encourager à participer au scrutin.
Les spots de la CEI sur les modalités de vote étaient transmis gratuitement
tous les jours par les radios et télévisions.
39. Par ailleurs, la radio et la télévision de propriété de l’Etat,
Jordan Radio and Television Corporation (JRTV), et une bonne partie
des médias privés avaient décidé de ne pas couvrir les activités
de la campagne électorale pour maintenir la neutralité et l’impartialité.
Cette décision a limité l’accès des candidats aux médias et a réduit
la possibilité pour les votants de connaître plus en détail les
candidats et leurs programmes.
40. De plus, les candidats n’avaient pas la possibilité d’acheter
des créneaux horaires auprès de la radio et la télévision d’Etat
pour mener leur campagne. Cette mesure a été prise pour éviter que
les candidats plus riches puissent avoir un avantage sur ceux avec
moins de moyens.
41. JRTV a quand même organisé et transmis un programme, six jours
par semaine, appelé «Débats 2016» dans lequel les candidats avaient
la possibilité de présenter leurs programmes gratuitement.
42. Pour toutes ces raisons, un grand nombre de candidats a utilisé
les réseaux sociaux comme outil médiatique principal pour leur campagne.
43. La commission ad hoc a pris note de préoccupations exprimées
par les représentants des partis. Elle pense que la nouvelle législation
électorale ainsi que les règlements exécutifs couvrent la majorité
des questions soulevées.
44. Elle salue l’effort fait par la Commission électorale indépendante
qui a fait un travail remarquable tant au niveau national qu’au
niveau local. La CEI a pu compter sur l’aide technique du Programme
des Nations Unies pour le développement (PNUD) et un financement
important de l’Union européenne. Grâce à ce soutien, la CEI a pu
mettre en place un système performant de mise en œuvre de la nouvelle
législation électorale à tous les niveaux.
45. Il faut souligner, entre autres, l’important effort de formation
des responsables de 1 483 bureaux de vote, répartis sur tout le
territoire de la Jordanie, qui ont pu faire face à une large palette
de problèmes qui se sont présentés le jour des élections.
46. La commission ad hoc est confiante dans le système judiciaire
de la Jordanie et qu’il répondra, à ses différents niveaux, à d’éventuels
recours en justice.
5 Jour du scrutin
47. Le jour du scrutin a été calme
et les électeurs ont pu faire leur choix librement parmi les listes
des partis de différentes sensibilités politiques.
48. Les six équipes de l’Assemblée ont observé les élections dans
52 bureaux de vote à Amman et dans les alentours, ainsi que dans
les gouvernorats de Badia Central, Balqa, Jerash, Madaba, Ma`an,
Karak, Tafileh et Irbid.
49. Les bureaux de vote étaient séparés par genre, les hommes
votaient dans les écoles de tous les niveaux, réservées aux garçons
et les femmes dans les écoles réservées aux jeunes filles.
50. La CEI a décidé, dans l’après-midi du jour du scrutin, de
prolonger d’une heure la durée du vote, qui avait débuté à 7 heures
du matin et s’est conclu à 20 heures.
51. Un incident s’est produit dans la circonscription électorale
de Badia Centre. Huit urnes ont été volées et ensuite retrouvées.
La CEI a donc procédé à un nouveau vote dans les districts électoraux
concernés le 21 septembre. Le deuxième vote s’est déroulé cette
fois sans incident.
52. Les membres de la commission ad hoc ont évalué le déroulement
du scrutin comme étant très positif, y compris le dépouillement
des votes. Les équipes n’ont pas constaté d’irrégularité.
53. Néanmoins, certaines insuffisances ont été constatées par
les membres de la commission ad hoc:
- la conception des bulletins de vote, sous forme d’un livret,
a créé des confusions pour les électeurs au moment de leur choix
entre les différentes listes, d’où un certain nombre de bulletins
de vote invalides. Le choix du livret a aussi créé une certaine
lenteur dans le processus de dépouillement;
- globalement les bureaux de vote sont assez difficilement
accessibles aux personnes à mobilité réduite;
- des difficultés pour les personnes illettrées, essentiellement
dans les localités rurales, pour voter sans assistance;
- peu de femmes étaient membres des bureaux de vote; sur
les 52 bureaux de vote visités seules 15 femmes occupaient la fonction
de présidente.
54. Selon les résultats définitifs de la CEI, le taux de participation
a été de 36 %, soit 1,4 millions de votants sur 4,1 millions d’ayants
droit. En 2013, la participation avait été de 56 %, soit 1,29 millions
de votants sur 2,3 millions d’ayants droit.
55. Globalement les listes qui soutiennent le gouvernement actuel
semblent avoir remporté le scrutin. Par ailleurs, il faut souligner
que le Front d’Action Islamique, la branche politique des frères
musulmans, le seul mouvement politique organisé au niveau national,
a obtenu 16 sièges sur 130 grâce à ses trois listes (Al Islah –
coalition nationale pour la réforme, Al aqsa et Zamzam).
56. Une analyse plus poussée du vote est difficile en ce moment
dans la mesure où la majorité des députés ont été élus sur la base
de listes avec des noms à connotation géographique ou faisant plutôt
référence à des personnalités au niveau local. La formation de blocs/coalitions
parlementaires parmi les listes/partis qui interviendra lors de
la constitution du parlement permettra une analyse plus approfondie
des résultats. Pour la première fois, 20 femmes siégeront au parlement,
15 élues sur les postes réservés aux femmes et 5 élues sur les listes
proportionnelles
6 Conclusions
57. La commission ad hoc de l’Assemblée
parlementaire pour l’observation des élections de la Chambre des
députés de la Jordanie a conclu que les élections législatives du
20 septembre 2016 se sont déroulées dans une atmosphère calme, les
électeurs ayant pu faire leur choix librement entre les listes de
partis de différentes sensibilités politiques.
58. La commission ad hoc salue le professionnalisme de la Commission
électorale indépendante qui a organisé ce scrutin d’une manière
intègre et en toute transparence. Elle salue le professionnalisme
et la courtoisie des membres des bureaux de vote que la délégation
a pu rencontrer lors de sa visite.
59. La commission ad hoc considère que certains aspects du processus
électoral pourraient être améliorés. La loi électorale et ses règlements
exécutifs devraient mieux réglementer la question de la «campagne électorale
prolongée», qui a continué le jour du vote jusqu’aux portes des
centres de vote. La loi devrait également considérer si le choix
du type de modalité de vote à travers le bulletin de vote sous forme
de petit livret est la plus appropriée en termes de lisibilité pour
les électeurs et de gestion pour le processus de dépouillement.
Par ailleurs l’Assemblée parlementaire salue l’effort d’assurer
une grande transparence lors du dépouillement avec l’utilisation
d’une caméra, ce qui a permis à tous les observateurs de voir le
contenu de chaque bulletin de vote.
60. La commission ad hoc invite les autorités de la Jordanie à
procéder à une analyse approfondie de l’organisation des élections
législatives du 20 septembre 2016, les premières depuis l’adoption
de la nouvelle législation électorale. La commission ad hoc est
convaincue que ce travail devrait être réalisé en étroite coopération
avec la Commission de Venise afin d’améliorer la législation électorale
ainsi que certains aspects pratiques de l'organisation du scrutin
et, d’une manière générale, de tout le processus électoral avant
les prochaines échéances électorales.
61. La commission ad hoc souligne la nécessité de renforcer la
coopération entre l’Assemblée parlementaire et le parlement nouvellement
élu dans le cadre de la
Résolution
2086 (2016) sur le statut de partenaire pour la démocratie.
Annexe 1 –
Composition de la commission ad hoc
Sur la base des propositions des groupes
politiques de l’Assemblée, la commission ad hoc se composait comme
suit:
Président: René ROUQUET, France (SOC)
- Groupe
du Parti populaire européen (PPE/DC)
- Vladyslav GOLUB, Ukraine
- Nicole DURANTON, France
- Groupe socialiste (SOC)
- René ROUQUET, France
- Geneviève GOSSELIN-FLEURY, France
- Alliance des démocrates et
des libéraux pour l’Europe (ADLE)
- Olena SOTNYK, Ukraine
- Andrea RIGONI, Italie
- Anne KALMARI, Finlande
- Groupe des conservateurs européens
(CE)
- Suella FERNANDES,
Royaume-Uni
- Arkadiusz MULARCZYK, Pologne
- Rapporteure de la commission
des questions politiques et de la démocratie sur «L’évaluation du partenariat
pour la démocratie concernant le Parlement de Jordanie»
- Commission de Venise
- Sergeï KOUSNETSOV, Chef de Division
- Secrétariat
- Alessandro MANCINI, Administrateur,
Division de soutien de projets parlementaires, Assemblée parlementaire
- Danièle GASTL, Assistante, Division de l’observation des
élections et de la coopération interparlementaire
Annexe 2 –
Programme de la mission d’observation des élections (Amman, 18-22
septembre 2016)
Dimanche
18 septembre 2016
10h00-10h45 Réunion de la commission ad hoc:
- Ouverture de la réunion et mots
de bienvenue par M. René ROUQUET, Chef de la délégation
- Les nouveautés dans le domaine de la législation des élections
par M. Serguei KOUZNETSOV, Commission de Venise
- Organisation pratique et logistique, présentée par le
Secrétariat
11h00-12h00 Rencontre avec M. Slameh HAMMAD, Ministre de
l’Intérieur, accompagné de collègues responsables de l’administration
électorale et des questions électorales
12h15-13h45 Rencontre avec:
- M. Egidijus
NAVIKAS, Chef de la section politique, Délégation de l’Union européenne
auprès du Royaume Hachémite de Jordanie,
- M. Nikolai VULCHANOV, Adjoint au Chef de la Mission d’observation
des élections de l’Union européenne en Jordanie EU EOM, et son
équipe
- Mme Lora BORISSOVA, Adjointe
au Chef de Division, Service de la démocratie et de l’Action
extérieure européenne
- M. Gonzalo JORRO MARTINEZ, Responsable de programme, Délégation
de l’Union européenne
- Contexte politique, campagne électorale
14h30-16h00 Rencontre avec M. Ali Al DRABKEH, Secrétaire
Général de la Commission électorale indépendante
16h30-17h15 Rencontre avec des représentants des ONG impliquées
dans l’observation des élections:
- Mme Lena
ALOUL, Transparency International Jordan
- M. Amer BANI AMER, Centre AL Hayat pour le développement
de la société civile, RASED
17h15-18h15 Rencontre avec M. Richard CHAMBERS, Conseiller
technique principal du programme du PNUD, Appui pour le cycle
électoral en Jordanie
Lundi 19 septembre
2016
10h00-11h30 Rencontre avec la délégation partenaire pour la
démocratie du Parlement jordanien auprès de l’APCE
11h30-12h30 Rencontre avec Mme Abla
ABU OULBI, Proper Democratic Party
14h30-16h30 Rencontre avec Mme Laurence
CARLIER, coordinatrice adjointe des observateurs de longue durée
de l’EU EOM dans la circonscription d’Amma,
Mardi 20 septembre
2016
06h30-07h00 Observation de l’ouverture des bureaux de vote
07h00-20h00 Observation des votes
20h00- Observation des procédures de comptage
Mercredi 21 septembre
2016
10h00 Réunion de débriefing de la commission ad hoc
13h00 Publication du communiqué de presse
Annexe 3 –
Répartition des circonscriptions et des sièges pour les élections
législatives de 2016, telle que définie par la loi sur l’Election
de la Chambre des Députes (loi n° 6/2016) et le règlement exécutif sur
les circonscriptions électorales

Annexe 4 –
Communiqué de presse de la mission d’observation de l’Assemblée
parlementaire
Le Partenariat
pour la Démocratie avec le Parlement de la Jordanie sur la bonne
voie – des élections législatives anticipées bien organisées
Strasbourg, 22.09.2016 – Suite à l’invitation de la Commission
Electorale Indépendante, l’Assemblée parlementaire du Conseil de
l’Europe (APCE) a observé pour la première fois les élections anticipées
de la Chambre des Représentants en Jordanie le 20 septembre 2016.
Le Parlement de Jordanie a obtenu en 2016 le statut de «Partenaire
pour la démocratie» auprès de l’Assemblée parlementaire du Conseil
de l’Europe et s’est engagé à tout faire pour que les élections
se déroulent conformément aux normes internationales.
La délégation de l’APCE, présidée par Mr René ROUQUET, France
(SOC), qui comportait treize membres, de 7 pays européens, s’est
rendue en Jordanie entre le 17 et le 21 septembre. Elle a eu des
entretiens avec certains candidats, le Ministre de l’Intérieur,
le Secrétaire Général de la Commission Electorale Indépendante, les
représentants de la société civile et des organisations internationales.
Le jour du scrutin, six équipes d’observateurs ont été déployées
et ont observé le vote à Amman et dans les alentours, ainsi que
dans les gouvernorats de Badia Central, Balqa, Jaresh, Madaba, Ma`an,
Karak, Tafileh et Irbid.
La délégation de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe
salue le professionnalisme de la Commission Electorale Indépendante
qui a organisé ce scrutin d’une manière intègre et en toute transparence. Elle
salue le professionnalisme et la courtoisie des membres des bureaux
de vote que la délégation a pu rencontrer lors de sa visite. Les
Jordaniennes et Jordaniens appelés à organiser ce nouveau scrutin
dans un cadre législatif complètement nouveau, ont relevé ce très
important défi d’une manière excellente.
La délégation souligne que certains aspects du processus électoral
pourraient être améliorés en bénéficiant de l’expertise de la Commission
de Venise du Conseil de l’Europe. La loi électorale et ses règlements
exécutifs devraient mieux réglementer la question de la «campagne
électorale prolongée» qui a continué le jour du vote jusqu’aux portes
des centres de vote. La loi devrait également considérer si le choix
du type de modalité de vote à travers le bulletin de vote sous forme
de petit livret est la plus appropriée en termes de lisibilité pour
les électeurs et de gestion du processus de dépouillement. Par ailleurs
l’APCE salue l’effort d’assurer une grande transparence développé
pour le dépouillement avec l’utilisation de caméras, qui a permis
à tous les observateurs de voir le contenu de chaque bulletin de
vote.
L’APCE salue l’engagement des membres de la délégation jordanienne
qui ont participé très activement à ses travaux suite à l’obtention
du Statut de Partenaire pour la démocratie. La délégation jordanienne
a su mettre en valeur le développement du processus démocratique
dans leur pays mais a aussi permis de rendre les membres de l’Assemblée
parlementaire du Conseil de l’Europe plus attentifs aux défis auxquels
le pays est confronté.
Dans la suite de son engagement avec le Parlement de Jordanie,
l’APCE continuera de soutenir activement les Jordaniens dans leurs
efforts de consolidation du processus démocratique dans leur pays.
L`APCE est naturellement prête à continuer à travailler avec un
intérêt renouvelé avec la nouvelle délégation dont elle espère qu’elle
sera désignée dans les meilleurs délais.
L’APCE débattra d’un rapport concernant les élections parlementaires
lors de la partie de session d’octobre 2016.