Les mesures d'urgence prises en milieu carcéral pour faire face à la pandémie doivent respecter les droits de l'homme et se limiter à la mesure et à la durée nécessaires. D'importantes mesures sanitaires et médicales, notamment le dépistage médical ou les campagnes de vaccination et de rappel, doivent être mises en place pour aider à planifier et à gérer des crises sanitaires telles que la pandémie de covid-19. Il importe d'accorder la priorité qui convient à l'identification et à la prise des mesures destinées à protéger les groupes à risque dans les prisons.
La surpopulation carcérale peut faciliter la propagation des maladies. En recourant à des peines de substitution à la détention, les pays ont atténué ces risques les États devraient faire un meilleur usage de ces techniques pour qu’elles deviennent un outil de lutte à long terme contre la surpopulation carcérale.
La justification des mesures restrictives doit être clairement expliquée aux détenus. Des mesures compensatoires doivent être mises en place dans la mesure du possible, car elles peuvent être cruciales pour la santé mentale et le bien-être des détenus. Les évolutions positives intervenues au cours de la pandémie ont permis d'améliorer l'accès aux télécommunications pour que les détenus puissent rester en contact avec leur famille, mais ces mesures ne remplacent pas un véritable contact humain.
L'impact des conditions difficiles imposées au personnel pénitentiaire pendant la pandémie doit être reconnu et traité, car elles ont été rendues nécessaires pour maintenir le bien-être général de tous au sein du système pénitentiaire.
Les parlements des 30 États membres du Conseil de l’Europe suivants ont répondu à un questionnaire envoyé par l’intermédiaire du Centre européen de recherche et de documentation parlementaires (CERDP) et ont fourni des informations relatives à leur droit interne et à leur pratique: Albanie, Allemagne, Arménie, Autriche, Belgique, Bulgarie, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Géorgie, Grèce, Hongrie, Irlande, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Macédoine du Nord, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Royaume-Uni, Slovénie, Suède, Suisse et Türkiye.
Un État, le Monténégro, n’a pas répondu aux questions, car les données concernant les mesures épidémiologiques ne sont plus disponibles sur les sites officiels. 15 États membres n’ont pas répondu au questionnaire. Les références aux «États membres» qui figurent ci-après concernent ceux qui ont répondu au questionnaire.
À partir de mars 2020, la pandémie de coronavirus a placé les États membres du Conseil de l’Europe devant la tâche délicate d’empêcher l’épidémie de covid-19 de pénétrer dans les prisons et les lieux de détention, dont les populations sont particulièrement vulnérables aux maladies.
Dans tous les pays ayant répondu, des mesures de confinement ont été mises en place pour empêcher la propagation de la covid-19 dans les prisons et autres lieux de détention, afin de protéger la santé des détenus, du personnel pénitentiaire et des visiteurs. Les mesures ont été différentes en fonction de la situation générale de la pandémie dans chaque pays ou dans ses régions. Elles ont souvent varié d’un établissement pénitentiaire à l’autre, guidées en grande partie par la gravité de la situation liée à la covid-19 dans la région ou dans l’établissement et par les ressources disponibles dans chaque établissement.
Dans l’ensemble, tous les États membres ont mis en place: (a) des mesures sanitaires dans les espaces de détention (voir ci-dessous); et (b) des mesures de distanciation sociale pour limiter les contacts des détenus au sein de l’établissement ou avec le monde extérieur (voir la question 5). Certains États membres ont pris des mesures visant à réduire le nombre de détenus de façon temporaire ou définitive, afin de limiter le risque de propagation de la covid-19 dans des prisons bondées (voir la question 4).
Tous les États membres qui ont répondu ont mis en place des mesures sanitaires pour protéger les détenus et le personnel pénitentiaire, par exemple la désinfection régulière des surfaces, la fourniture d’équipements de protection, l’aération des pièces, l’installation de cloisons en Plexiglas dans les parloirs et d’autres mesures d’hygiène élémentaire visant à éviter la contamination par le virus.
La plupart des pays ont mis en place des examens médicaux et une quarantaine d’environ 14 jours pour les nouveaux détenus (c’est le cas de l’Albanie, l’Allemagne l’Autriche, la Bulgarie, l’Estonie, la Finlande, la France, la Hongrie, l’Irlande, la Lituanie, le Luxembourg, la Macédoine du Nord, la Norvège, la Roumanie, la Suisse et la Türkiye), ainsi que des mesures d’isolement pour les détenus symptomatiques ou cas contacts de détenus positifs à la covid-19.
La plupart des États membres ont indiqué avoir proposé une vaccination volontaire contre le virus de la covid-19 dès que les vaccins ont été disponibles.
Certains pays tels que leDanemark, l’Estonie, la Finlande, la France, la Grèce et la Hongrie ont déclaré avoir mené des campagnes de sensibilisation visant à lutter contre la propagation de la covid-19.
Dans de nombreux pays, les mesures de lutte contre la pandémie de covid-19 ont tenu compte des besoins spécifiques des personnes vulnérables (Albanie, Autriche, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Irlande, Lettonie, Macédoine du Nord, Norvège, Pologne, Portugal, Roumanie, Royaume-Uni, Slovénie, Suède et Suisse). Cependant, la plupart des réponses ne précisaient pas la teneur exacte des mesures prises.
En Autriche, des enquêtes systématiques ont été menées pour évaluer la vulnérabilité des détenus. En Autriche, en Estonie, en Irlande, en Norvège, au Royaume-Uni et en Suisse, les détenus vulnérables ont été séparés des autres, pour leur propre protection. Au Danemark, les détenus vulnérables ont été invités à s’auto-isoler. En Finlande, en France, en Macédoine du Nord, au Portugal et en Slovénie, ils ont pu bénéficier d’une suspension de peine (voir aussi plus loin la question 4). Souvent, les détenus vulnérables ont fait l’objet d’une surveillance spéciale de la part du personnel médical (par exemple, en Lettonie). En Türkiye, les détenus vulnérables peuvent, s’ils le souhaitent, se faire vacciner contre le pneumocoque.
La Lituanie a indiqué que les mesures prises ne tenaient pas compte des besoins particuliers des détenus. Aucune information n’a été fournie sur la situation en Allemagne, en Arménie, en Belgique, en Bulgarie, en Géorgie, en Grèce, en Hongrie, au Luxembourg et aux Pays-Bas.
La plupart des pays ont cité un ou plusieurs textes de loi spécifiques comme fondement des mesures de lutte contre la propagation de la pandémie de covid-19 dans les prisons. Certains États ont adopté des lois spécifiques sur la covid-19, également applicables à la population carcérale. Dans d’autres, le droit pénitentiaire a autorisé les directeurs de prisons à prendre des mesures directes. Ces éléments répondent aussi à la question 6 sur le fondement juridique des restrictions imposées aux activités et aux visites.
Les pays qui ont pris des mesures actives pour réduire le nombre de détenus sont l’Allemagne, l’Arménie, l’Autriche, la Belgique, le Danemark, la Finlande, la France, la Géorgie, l’Irlande, la Macédoine du Nord, la Norvège, le Portugal, le Royaume-Uni, la Slovénie, la Suisse et la Türkiye. Certains pays, comme la Roumanie, n’ont pris aucune mesure pour réduire la population carcérale.
La plupart de ces pays ont recouru à la libération conditionnelle, temporaire ou anticipée des prisonniers pour réduire le nombre de détenus (par exemple, l’Allemagne, l’Arménie, l’Autriche, la Belgique, le Danemark, la France, la Géorgie, l’Irlande, la Macédoine du Nord, la Norvège, le Portugal, le Royaume-Uni, la Slovénie, la Suisse et la Türkiye. En revanche, dans certains pays, comme l’Estonie ou la Finlande, la libération n’a généralement pas été utilisée pour réduire la population carcérale. Néanmoins, en Finlande, les détenus vulnérables ont pu bénéficier d’une suspension de leur peine, ce qui a été également possible par exemple en France, en Macédoine du Nord, au Portugal et en Slovénie.
En règle générale, les mesures de libération ont tenu compte de la protection des citoyens et seuls les délinquants présentant un faible risque pouvaient être libérés. La libération était généralement contrôlée, par exemple par des moyens électroniques (comme en Norvège).
La libération des détenus s’est souvent fondée sur des motifs humanitaires. Par exemple, l’Arménie a ordonné la libération de deux détenus infectés par la covid-19. Au Royaume-Uni, la libération temporaire conditionnelle pour des motifs de compassion a été rendue possible pour les mères et les enfants, les femmes enceintes et les détenus «extrêmement vulnérables» sur le plan médical. En Allemagne, les peines de certains détenus mineurs ont été suspendues et d’autres détenus mineurs ont été pleinement libérés avant la fin de leur peine. En Türkiye, les enfants de moins de six ans admis dans les établissements pénitentiaires avec leur mère ont pu être envoyés chez des proches à la demande de leur mère.
Dans certains pays, les peines ont pu être commuées en assignation à résidence (par exemple, en Autriche, en France, en Géorgie ou au Portugal). En Géorgie, les condamnés ont pu être mis en liberté conditionnelle et les détenus étrangers se sont vus offrir la possibilité de purger le reste de leur peine dans leur pays d’origine. En Türkiye, une mesure générale de libération temporaire liée à la covid-19 a été mise en place pour certains groupes de détenus.
Certains États membres ont suspendu les citations à comparaître pendant une certaine période (par exemple, l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, la Finlande, l’Irlande, la Norvège, la Slovénie et la Suisse). Dans certains pays, par exemple l’Allemagne, la Finlande ou la Norvège, des peines subsidiaires, comme des amendes ou des travaux d’intérêt général, ont pu être prononcées en remplacement de la peine de prison.
Suite à l’imposition de mesures visant à réduire le nombre de détenus, la population carcérale a diminué dans plusieurs pays au cours de la période qui a suivi mars 2020.
Dans certains pays (Autriche, Danemark, Finlande, France, Irlande, Macédoine du Nord, Norvège, Portugal, Slovénie et Suisse), la réduction du nombre de détenus semble être directement liée aux mesures mises en place. En Lituanie, la baisse du nombre de détenus semble s’inscrire dans une tendance générale à la diminution de la population carcérale dans le pays. En ce qui concerne la Pologne et le Royaume-Uni (données recueillies uniquement pour l’Angleterre et le Pays de Galles), il n’est pas évident de relier la réduction du nombre de détenus à des mesures spécifiques. Comme l’indique le rapport du Royaume-Uni (qui couvre l’Angleterre et le Pays de Galles), il est difficile d’évaluer l’impact des mesures de réduction, car d’autres facteurs – par exemple, l’évolution du nombre et de la nature des infractions commises pendant la pandémie, ou la rapidité des procédures pénales – peuvent peser très lourd dans les statistiques.
Si dans certains pays, comme la Norvège, le nombre total de détenus continue de baisser (en juillet 2022, il représentait environ 80 % du nombre de détenus avant la pandémie), il en va autrement en France, par exemple, où après une chute brutale mais transitoire, le nombre de détenus a de nouveau augmenté et a même dépassé le niveau d’avant la pandémie.
En Irlande, le nombre de détenus dans les prisons a diminué, mais le nombre de personnes en détention provisoire et la durée des peines de détention provisoire ont légèrement augmenté, peut-être en raison d’un effet de rattrapage du système judiciaire causé par la pandémie. Aucun autre pays n’a communiqué d’informations sur le nombre de personnes en détention provisoire.
Dans certains pays, le nombre total de détenus est resté inchangé (Croatie, Estonie, Hongrie et Roumanie). En Suède, la population carcérale a même augmenté pendant la pandémie. Face à cette situation, le SPPS (Service suédois des prisons et de la probation) a, entre autres, essayé d’accroître le recours à des mesures spéciales de préparation à la libération, comme des séjours en établissement de soins (par exemple pour le traitement de la toxicomanie), des séjours en centre de réinsertion ou l’assignation à résidence. L’Albanie, l’Allemagne, l’Arménie, la Belgique, la Bulgarie, l’Espagne, la Géorgie, la Grèce, la Lettonie, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Türkiye n’ont pas fourni d’informations sur l’évolution du nombre de détenus imputable aux mesures de lutte contre la covid-19.
Tous les États membres qui ont répondu au questionnaire avaient mis en place des mesures de distanciation sociale pour réduire les contacts des détenus avec le monde extérieur, avec le personnel pénitentiaire et avec les autres détenus, en limitant les visites, les activités et les transferts. Ces restrictions pouvaient peser lourdement sur la vie quotidienne des détenus ainsi que sur leur bien-être physique et mental.
Les visites privées (familles, amis, etc.) ont été temporairement suspendues en Allemagne, en Autriche, en Belgique, en Bulgarie, au Danemark, en Estonie, en Finlande, en Géorgie, en Irlande, en Macédoine du Nord, en Roumanie, au Royaume-Uni et en Suède. Souvent, les visites professionnelles – personnel enseignant, psychologues ou personnel ecclésiastique, par exemple – ont été temporairement suspendues (comme en Hongrie).
Plusieurs États (Croatie, Estonie, France, Macédoine du Nord, Norvège, Türkiye) ont spécifiquement mentionné le fait que les contacts avec les avocats ou les conseillers juridiques, ainsi que dans certains cas (par exemple, en Autriche) avec d’autres représentants officiels, avaient été maintenus sans interruption – généralement avec des mesures de protection supplémentaires, telles que des cloisons en Plexiglas ou, si nécessaire, par l’intermédiaire des télécommunications. Plusieurs pays ont répondu que la télécommunication était généralement encouragée (par exemple, le Danemark, la Géorgie, la Hongrie, les Pays-Bas et la Pologne). Les Pays-Bas ont également soulevé des objections liées au respect de la vie privée, en considérant la télécommunication comme un problème potentiel, notamment dans les communications entre les détenus et les avocats. Dans d’autres cas, les réponses n’ont pas permis d’établir clairement si l’accès à un avocat a toujours été suffisamment garanti (Espagne, Grèce, Hongrie, Lituanie, Luxembourg, Norvège, Suisse).
Beaucoup de prisons ont réduit le nombre de visites ou de visiteurs possibles ou la durée des visites, notamment en Albanie, en Arménie, en Croatie, au Danemark, en Hongrie, au Luxembourg et en Norvège. En Norvège, en revanche, les détenus aussi avaient le droit de refuser les visites s’ils craignaient pour leur sécurité.
En règle générale, l’accès des détenus au monde extérieur a été restreint dans tous les États qui ont répondu. Les restrictions les plus lourdes ont généralement été temporaires et limitées à la première phase de l’épidémie de coronavirus, de mars 2020 à mai 2020 environ. Toutefois, on ignore si les droits de visite actuels sont équivalents à ceux de la période antérieure à l’épidémie de covid-19. En Irlande par exemple, depuis mai 2022, les visites dans les prisons sont bimensuelles, alors qu’elles étaient hebdomadaires avant la pandémie. En Irlande toujours, le nombre d’enfants qui se déplacent physiquement en prison pour rendre visite à des détenus adultes a chuté de façon drastique, passant de 11 079 enfants en 2020 à 2 238 enfants en 2021. De tels changements peuvent avoir un impact négatif considérable sur le bien-être mental des détenus.
Les contacts des détenus au sein des établissements pénitentiaires ont également été restreints. La plupart des pays ont fait état d’une suspension de tout ou partie des activités proposées en dehors des cellules. Ces suspensions ont notamment affecté les activités de groupe (par exemple, en Albanie, en Bulgarie, en Estonie, en Lettonie et en Lituanie).
Certains pays ont déclaré que des activités avaient été aménagées de manière à éviter tout contact rapproché (par exemple, en Roumanie), ou que le nombre de participants avait été revu à la baisse (par exemple, en Finlande). Des systèmes de roulement ont été instaurés dans les quartiers pénitentiaires (Türkiye) ou dans les réfectoires (Finlande et Portugal). L’exercice en plein air a été temporairement suspendu en Estonie.
Le travail, les programmes de formation, les activités sportives et éducatives ont été suspendus ou réduits enAllemagne, en Autriche, en Bulgarie, au Danemark, en Espagne, en Estonie, en Finlande, en Irlande, en Lettonie, au Luxembourg, en Macédoine du Nord, en Norvège, en Pologne, au Portugal, en Roumanie, au Royaume-Uni et en Türkiye.
Dans de nombreux États, les permissions ou les congés temporaires ont été suspendus ou restreints (par exemple, en Albanie, en Autriche, en Belgique, en Bulgarie, en Espagne, en Finlande, en Lettonie, en Lituanie, en Macédoine du Nord, en Norvège, en Pologne, au Royaume-Uni et en Suède) – parfois sans aucune exception, y compris pour des raisons personnelles urgentes (enHongrie et enSuisse) – ce qui, pour de nombreux détenus, a considérablement réduit le temps de socialisation en dehors de la prison.
Dans de nombreux pays ayant répondu, les transferts de détenus au sein de la prison ou vers d’autres institutions (comme les tribunaux) ont été suspendus ou restreints (par exemple, enEspagne, en Estonie, en Finlande, au Luxembourg, en Pologne, au Portugal, en Roumanie et au Royaume-Uni).
Plusieurs pays ont indiqué que les détenus disposaient d’un recours effectif pour contester les restrictions imposées. En général, les détenus ont pu utiliser les mécanismes de recours en vigueur (médiateur, tribunaux administratifs, administration pénitentiaire, etc.) pour contester les restrictions de leurs droits ou obtenir une compensation (Autriche, Croatie, Estonie, Finlande, France, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Norvège, Pologne, Roumanie, Royaume-Uni, Slovénie, Suède et TürkiyeNote. Seules la Hongrie et la Lituanie ont fourni des informations sur le nombre de plaintes retenues (sur 801 plaintes reçues, 44 ont été retenues en Hongrie et sur 65 affaires en Lituanie, 53 ont été retenues).
Au Danemark, le médiateur parlementaire danois a mené une enquête de sa propre initiative sur les restrictions imposées. En Estonie, les organismes de surveillance indépendants ont pu accéder en permanence à tous les établissements pénitentiaires. L’Irlande a souligné que «[…] selon l’Inspection générale des prisons, le mécanisme de recours accessible aux détenus [était] "inadapté"»Note. Comme l’explique l’organisation Irish Penal Reform, une étude réalisée auprès de plus de 500 détenus en Irlande a révélé que les personnes incarcérées n’avaient pas confiance dans le système de recours actuel, puisque près de la moitié des personnes interrogées (45,5 %) ont répondu que le personnel exercerait des représailles si elles déposaient une plainteNote.
L’Albanie, l’Allemagne, l’Arménie, la Belgique, la Bulgarie, l’Espagne, la Grèce, le Luxembourg, le Portugal et la Suisse n’ont fourni aucune information sur les mécanismes de recours. Les Pays-Bas n’ont donné aucune information sur les recours, mais ont répondu qu’il y avait eu des protestations dans une prison contre les restrictions des visites.
Seule la Lituanie a fourni des informations sur les compensations financières accordées par les tribunaux. Le nombre de plaintes a augmenté particulièrement rapidement après le 16 mars 2020, date à laquelle la quarantaine a été mise en place dans le pays. Rien qu’au cours des trois premières semaines, la Cour administrative suprême de Lituanie a accordé près de 30 000 euros d’indemnités à des condamnés pour des toilettes et des conditions de détention inappropriées. La France, en revanche, a déclaré que, dans la pratique, les conditions d’indemnisation après une plainte étaient rarement remplies.
La plupart des États n’ont pas proposé aux détenus de compensation financière automatique pour la restriction de leurs droits pendant la pandémie. Seules l’Allemagne, l’Autriche et la Finlande ont répondu qu’en cas de suppression ou de restriction des possibilités de travail ou d’autres activités, les salaires ou les indemnités de travail continuaient d’être versés aux détenus, dans leur intégralité ou au prorata. La Géorgie a proclamé le 12 avril 2022 une loi d’amnistie pour motifs humanitaires, selon laquelle les prisonniers qui réunissaient les conditions requises ont été libérés ou ont vu leur peine réduite en compensation des restrictions imposées pendant la pandémie. Dans la plupart des pays (par exemple, le Danemark, l’Estonie, la Norvège, la Pologne, la Slovénie, la Suède et la Suisse), d’autres mesures ont été mises en place pour compenser les restrictions.
Dans l’ensemble, les mesures semblent avoir varié d’un établissement pénitentiaire à l’autre et avoir porté prioritairement sur l’amélioration ou l’intensification des moyens de télécommunication. Plusieurs pays ont indiqué que les détenus avaient davantage de possibilités ou plus de temps pour passer des appels téléphoniques (Allemagne, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, Géorgie, Norvège, Pologne, Roumanie, Royaume-Uni, Slovénie, Suisse, Türkiye), que dans certains cas les appels étaient gratuits, à coût réduit ou compensés par une aide financière (Allemagne, Estonie, Grèce, Norvège, Pologne, Royaume-Uni, Suède, Suisse), ou que les détenus avaient plus facilement accès aux téléphones portables (Autriche, Danemark). En outre, des appels vidéo ont été proposés dans la plupart des pays en lieu et place des visites familiales physiques, des audiences au tribunal, des consultations juridiques, etc. (par exemple, en Arménie, en Autriche, en Bulgarie, en Croatie, en Estonie, en Finlande, en Grèce, en Irlande, au Luxembourg, en Norvège, en Roumanie, en Suède et en Suisse). Des services de messagerie instantanée ont été proposés dans les établissements pénitentiaires de Pologne.
Dans de nombreux pays, les établissements ont développé leurs infrastructures technologiques. Des appareils ou des services technologiques ont été achetés ou étendus, comme des consoles de jeu (Danemark), des services de télévision (chaînes supplémentaires en Norvège), l’accès à la radio et à la télévision (Pologne), des tablettes électroniques pour les «visites virtuelles» (Norvège), des téléphones, l’installation de postes de travail supplémentaires ou l’augmentation de la bande passante de la connexion Internet (Pologne).
Plusieurs pays ont mentionné que de nouvelles activités culturelles, éducatives, sportives ou récréatives avaient été proposées aux détenus (par exemple, l’Albanie, l’Autriche, la Croatie, le Danemark, la Finlande, la Géorgie, la Grèce, la Pologne).
La Belgique, l’Espagne, l’Irlande, la Lituanie, les Pays-Bas et le Portugal n’ont fourni aucune information sur les mesures compensatoires.