Appel à la libération immédiate d'Osman Kavala
Recommandation 2261
(2023)
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Discussion
par l’Assemblée le 12 octobre 2023 (23e séance)
(voir Doc. 15841, rapport de la commission des questions juridiques et
des droits de l'homme, rapporteure: Mme Petra Bayr). Texte adopté par l’Assemblée le
12 octobre 2023 (23e séance).Voir
également la Résolution
2518 (2023).
1. L'Assemblée parlementaire rappelle
que le refus persistant d'un État membre du Conseil de l'Europe d'exécuter
un arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme («la Cour»),
nonobstant un arrêt rendu par la Cour dans une procédure en manquement
au titre de l'article 46(4), est sans précédent. En outre, le fait
que cet arrêt particulier, Kavala c.
Turquie, a conclu à une violation de l'article 18 de
la Convention européenne des droits de l’homme (STE no 5,
la «Convention») – à savoir que la procédure engagée contre lui
constituait un détournement du système de justice pénale, entrepris
dans le but de réduire Osman Kavala au silence – indique un grave
problème systémique pour l'État de droit.
2. L'Assemblée constate avec regret que les autorités turques
chargées des poursuites, de la justice et de l'exécutif se sont
montrées, jusqu’à présent, ni capables ni désireuses de respecter
de manière effective les arrêts de la Cour, l’État de droit et les
droits humains. Le Conseil de l'Europe doit aider la Türkiye à améliorer ses
processus visant à respecter l'État de droit et les droits humains,
et, en particulier, à exécuter les arrêts de la Cour.
3. L'Assemblée conclut qu'une procédure de suivi du pays, axée
sur les mesures d'exécution des arrêts de la Cour, devrait être
engagée d'urgence pour mettre en place un processus significatif
et effectif d'amélioration de ces dispositifs en Türkiye, avec la
coopération pleine et sincère des autorités turques. Cela est nécessaire
à la lumière des préoccupations plus larges en matière d'État de
droit, si manifestes dans l'affaire Kavala. Ce mécanisme devrait
couvrir l'exécution des arrêts en général et pas seulement l'arrêt Kavala.
Il devrait examiner les moyens de traiter à la fois les mesures
générales et les mesures individuelles nécessaires à l'exécution
des arrêts de la Cour.
4. L'Assemblée est profondément préoccupée par le fait que les
ramifications de cette affaire dépassent les frontières de la Türkiye.
Le refus continu et persistant des autorités turques d’exécuter
les arrêts de la Cour dans cette affaire particulièrement grave
constitue un risque important pour la crédibilité et la mission
du Conseil de l'Europe dans son ensemble. Il incombe donc aux dirigeants
de l'Organisation d'intervenir pour résoudre cette situation, notamment
en obtenant la libération immédiate du défenseur des droits humains, Osman
Kavala.
5. Par conséquent, l'Assemblée appelle la Secrétaire Générale
du Conseil de l'Europe à prendre toutes les mesures en son pouvoir
pour veiller à la mise en œuvre effective de l’arrêt Kavala.
6. L’Assemblée appelle de même le Comité des Ministres:
6.1 à mettre en place un suivi national
de l'exécution par la Türkiye des arrêts de la Cour européenne des
droits de l'homme en lien avec la Déclaration de 1994 sur le respect
des engagements pris par les États membres du Conseil de l’Europe.
Ce suivi devrait porter sur l'exécution des mesures individuelles et
des mesures générales, et concerner tous les arrêts contre la Türkiye
en attente d'exécution, en accordant une attention particulière
à ceux qui révèlent des problèmes importants concernant le système
d'exécution des arrêts de la Cour ou qui suscitent des inquiétudes
quant au fonctionnement du système judiciaire et de l'État de droit.
6.2 à engager un dialogue au plus haut niveau, y compris en
impliquant des groupes de ministres, d'ambassadeurs ou d’anciens
responsables politiques de haut niveau, pour assurer l’exécution
des arrêts de la Cour, notamment par la libération immédiate d'Osman
Kavala, et pour résoudre la situation de tout autre éventuel prisonnier
politique en Türkiye.