Observation des élections anticipées à l’Assemblée du Kosovo* (28 décembre 2025)
Rapport d’observation d’élection
| Doc. 16380
| 17 avril 2026
- Auteur(s) :
- Commission ad hoc du Bureau
- Rapporteur :
- M. Yunus EMRE,
Türkiye, SOC
- Origine
- Le rapport est établi
sous la responsabilité du rapporteur. Sa version originale anglaise
a été traduite vers le français par un outil de traduction automatique. 2026 - Deuxième partie de session
1 Introduction
1. Le 20 novembre 2025, Mme Vjosa
Osmani-Sadriu, présidente du Kosovo*
Note,
a convoqué des élections anticipées à l’Assemblée du Kosovo, pour
le 28 décembre 2025. Le 24 novembre, l’Assemblée parlementaire a
reçu une invitation à observer ces élections. Le Bureau de l’Assemblée
a décidé d’accepter cette invitation et de constituer une commission
ad hoc composée de 11 membres pour observer les élections. Il m’en
a ensuite désigné président.
2. La composition de la commission ad hoc (ci-après «la délégation
de l’APCE») est présentée à l’annexe 1.
3. Conformément à l’accord de coopération de 2004 entre l’Assemblée
et la Commission européenne pour la démocratie par le droit (Commission
de Venise), Mme Florence Ganoux, experte
de la Commission de Venise, a apporté son assistance juridique à
la délégation de l’APCE.
4. Notre délégation s’est rendue au Kosovo du 26 au 29 décembre
2025. Au cours de sa mission, elle a rencontré les dirigeants et
les représentants des principaux partis politiques, y compris ceux
représentant les communautés non majoritaires; le président de la
Commission électorale centrale; le président du Panel des plaintes
et des recours électoraux; ainsi que des représentants de la communauté
internationale, d’ONG et des médias. Le programme des réunions figure
à l’annexe 2. À l’issue du jour du scrutin, la délégation a publié une
déclaration (voir annexe 3).
5. L’APCE était la seule organisation internationale à observer
les élections, aux côtés d’une mission de l’Union Européenne composée
de trois experts électoraux.
6. La délégation de l’APCE tient à remercier les autorités du
Kosovo pour leur invitation et leur soutien, ainsi que les interlocuteurs
et partenaires internationaux pour leur coopération. La délégation
salue également l’aide inestimable apportée par le Bureau du Conseil
de l’Europe à Pristina pour faciliter l’organisation de la mission
d’observation électorale.
2 Contexte
politique et développements récents
7. Le Kosovo n’est pas membre
du Conseil de l’Europe. La
Résolution
2094 (2016) de l’Assemblée parlementaire, intitulée «La situation
au Kosovo et le rôle du Conseil de l’Europe» note que, plusieurs
États membres du Conseil de l’Europe n’ayant pas reconnu le Kosovo
comme un État souverain et indépendant, le Conseil de l’Europe «suit
une politique de neutralité de statut à l’égard du Kosovo, tout
en soutenant l’alignement progressif de celui-ci avec les normes
du Conseil de l’Europe dans les domaines de la démocratie, des droits
de l’homme et de prééminence du droit». Conformément à cette résolution,
l’Assemblée du Kosovo est invitée à désigner une délégation auprès
de l’APCE.
8. L’APCE a déjà observé les élections de 2001 à l’Assemblée
du Kosovo, ainsi que les élections municipales de 2000 et 2002.
Plus récemment, l’APCE a observé les élections à l’Assemblée du
Kosovo qui se sont tenues le 9 février 2025. Par ailleurs, le Congrès
des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe a observé
les élections de 2004 à l’Assemblée du Kosovo, les élections à l’Assemblée
et municipales de 2007, ainsi que les élections municipales d’octobre
2025.
9. Les élections précédentes à l’Assemblée du Kosovo se sont
tenues le 9 février 2025, conformément à la Constitution du Kosovo
et à la loi n° 03/L-073 sur les élections générales. Une délégation
de l’APCE a observé ces élections, qui ont été jugées compétitives
et pluralistes, offrant aux électeurs un véritable choix, malgré
les préoccupations liées à la polarisation politique et au contexte
institutionnel général (voir
Doc. 16146 rev). Les résultats des élections n’ont pas permis de dégager
de résultat politique clair: Vetëvendosje (LVV) s’est confirmé comme
le premier groupe parlementaire, mais n’a pas obtenu la majorité
absolue à l’Assemblée, qui compte 120 sièges. Les communautés non
majoritaires ont obtenu une représentation grâce aux sièges garantis
par la Constitution. Ce résultat fragmenté a déclenché les procédures
constitutionnelles pour la constitution de l’Assemblée et la formation
d’un gouvernement, mais a également accru le risque d’une impasse
institutionnelle post-électorale.
10. Après la certification des résultats électoraux, l’Assemblée
du Kosovo est entrée dans une longue période d’impasse. Conformément
aux articles 66 et 67 de la Constitution, elle est constituée par
la vérification des mandats et l’élection de ses dirigeants, y compris
le président et les vice-présidents, avec des postes réservés aux
représentants des communautés non majoritaires. Entre le printemps
et l’été 2025, des sessions constitutives répétées n’ont pas abouti
à l’élection d’une direction complète, principalement en raison
de l’incapacité à obtenir la majorité requise pour les postes de
vice-présidents réservés aux communautés non majoritaires. En conséquence,
l’Assemblée du Kosovo n’a pas été en mesure de remplir ses fonctions législatives
et de contrôle, et le processus de formation du gouvernement est
resté bloqué sur le plan juridique. Cette situation a créé une insécurité
juridique quant au statut et aux pouvoirs des institutions provisoires,
et a mis en évidence des ambiguïtés dans le cadre constitutionnel
concernant les conséquences juridiques d’une Assemblée incomplètement
constituée.
11. L’échec de l’élection d’un vice-président représentant la
communauté serbe est devenu la principale question constitutionnelle
de 2025. La Liste serbe (Srpska Lista) a déposé des recours constitutionnels, alléguant
des violations des garanties constitutionnelles relatives à la représentation
des minorités et faisant valoir que la session constitutive ne pouvait
être considérée comme achevée sans l’élection d’un vice-président
issu de la communauté serbe. Agissant en vertu de l’article 113
de la Constitution et de la loi sur la Cour constitutionnelle, la
Cour constitutionnelle a accordé une mesure provisoire en septembre
2025, suspendant les activités de l’Assemblée et les démarches en
vue de la formation du gouvernement afin de préserver l’ordre constitutionnel
dans l’attente d’une décision sur le fond.
12. Dans son arrêt ultérieur, la Cour constitutionnelle a estimé
que l’Assemblée du Kosovo n’avait pas été légalement constituée
en raison du non-respect de l’exigence constitutionnelle d’élire
des vice-présidents issus des communautés non majoritaires et a
imposé un délai contraignant pour remédier à la situation. Cette décision
a suscité un débat juridique important, notamment sur la question
de savoir si la Constitution exigeait que le vice-président représentant
la communauté serbe soit issu du parti politique détenant la majorité
des sièges serbes, ou si l’auto-identification ethnique d’un député
pris individuellement était suffisante. Cette controverse a mis
en évidence des tensions non résolues entre les mandats parlementaires
individuels, la représentation collective des minorités et l’autonomie
parlementaire.
13. Le contexte électoral local en 2025 a été influencé par l’expiration
des mandats des maires albanais dans les municipalités à majorité
serbe du nord du Kosovo. Ces maires avaient été élus lors des élections locales
extraordinaires d’avril 2023, qui s’étaient déroulées conformément
au cadre juridique mais avaient été marquées par un taux de participation
extrêmement faible en raison d’un boycott de la communauté serbe
du Kosovo, ce qui avait limité leur légitimité démocratique. En
2024-2025, leurs mandats ont pris fin à la suite d’arrangements
politiques et juridiques visant à rétablir une gouvernance locale
fonctionnelle et représentative.
Le
Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe a estimé que les élections locales d’octobre 2025 avaient
été globalement bien organisées et compétitives. Il a toutefois
réitéré ses préoccupations concernant la participation inégale des
minorités, la faible mobilisation des électeurs dans certaines municipalités
et la politisation de l’administration électorale, en particulier
lors des procédures de certification des candidats et de traitement
des plaintes électorales. Le LVV est apparu comme le parti le plus fort
à l’échelle nationale en termes de résultats électoraux globaux,
bien que les résultats aient varié considérablement d’une municipalité
à l’autre.
14. Les acteurs politiques n’ayant pas réussi à sortir de l’impasse
au sommet dans les délais fixés par la Cour constitutionnelle, la
tenue d’élections anticipées est devenue la solution prévue par
la Constitution pour rétablir le fonctionnement des institutions
et la légitimité démocratique. Dans ce contexte, la certification
des candidats de la Liste serbe pour les élections anticipées prévues
le 28 décembre 2025 est devenue un nouveau sujet de controverse
juridique.
3 Système électoral
et cadre juridique
15. Le Kosovo est membre de la
Commission de Venise depuis 2014. La Commission de Venise a émis plusieurs
avis sur des (projets de) loi au Kosovo, notamment sur les projets
d’amendements à la législation sur le financement politique en 2018
et sur le projet de loi sur les rassemblements publics en 2020.
D’importantes réformes juridiques électorales ont été entreprises
au Kosovo en vue des élections de février 2025. Ces élections se
sont déroulées en vertu de la loi sur les élections générales (juin
2023) et de la loi sur le financement des partis politiques (août
2022), dont aucune n’a été examinée par la Commission de Venise. L’application
de ces lois lors des élections législatives de février 2025 et des
élections locales de 2025 a révélé des lacunes concernant la sécurité
juridique dans la certification des candidats, l’efficacité du règlement
des litiges électoraux, l’application des règles relatives à la
campagne et au financement, ainsi que la mise en œuvre pratique
des exigences légales en matière de représentation des genres.
16. L’Assemblée du Kosovo (Kuvendi i Kosovës) compte 120 sièges,
dont les représentants sont élus tous les quatre ans selon un système
de représentation proportionnelle à listes ouvertes. Le Kosovo utilise
une circonscription électorale nationale unique, avec un seuil de
5 % des suffrages exprimés requis pour que les partis obtiennent
une représentation. Les communautés non majoritaires se voient garantir
20 sièges réservés: dix sont attribués à des représentants de la
communauté serbe du Kosovo, tandis que les dix restants sont répartis
entre les autres groupes non majoritaires comme suit: 3 sièges pour
la communauté bosniaque, 2 sièges pour la communauté turque, 1 siège
chacun pour les communautés gorani, rom, ashkali et égyptienne,
et 1 siège supplémentaire attribué soit à la communauté rom, soit
à la communauté ashkali, soit à la communauté égyptienne, en fonction
de la liste de groupe qui recueille le plus grand nombre de voix.
17. En ce qui concerne le vote à l’étranger, la loi sur les élections
générales a été modifiée en 2023 et précisée dans le règlement de
2024. Auparavant, le vote à l’étranger se faisait exclusivement
par correspondance. En 2025, les électeurs inscrits ont reçu leurs
bulletins de vote soit par courrier électronique, soit par la poste;
ils devaient les imprimer, les remplir et les renvoyer par la poste
à la Commission électorale centrale (CEC). Selon la CEC, le vote
par correspondance pour les électeurs résidant à l’étranger a pris
une importance particulière lors des élections anticipées de décembre
2025, mais a également mis en évidence des difficultés opérationnelles
persistantes. Malgré un vif intérêt – avec plus de 84 000 demandes
reçues, environ 72 000 approuvées et plus de 50 000 électeurs inscrits
pour le vote par correspondance –, l’écart entre le nombre d’inscriptions
et la participation effective a montré que le système n’avait pas
encore atteint son plein potentiel. L’envoi des bulletins de vote
mi-décembre 2025 et les conseils répétés de la CEC ont permis des améliorations
progressives, mais ont également mis en évidence des difficultés
procédurales et une incertitude chez les électeurs. Malgré ces limites,
le volume de votes par correspondance est resté politiquement significatif,
avec le potentiel d’influencer la répartition des sièges dans un
contexte électoral très disputé.
18. Une controverse concernant les procédures de nomination a
également affecté indirectement la portée des centres de vote de
la diaspora. La CEC avait initialement approuvé des lieux de vote
supplémentaires en dehors des missions diplomatiques officielles,
mais cette décision a ensuite été annulée par le Panel des plaintes
et des recours électoraux (ECAP) et confirmée par la Cour suprême,
limitant le vote de la diaspora aux seules ambassades et consulats.
Ce revirement judiciaire a mis en évidence les tensions concernant l’interprétation
de la réglementation électorale et les pouvoirs discrétionnaires
de la CEC, contribuant à des inquiétudes plus générales quant à
la gestion électorale.
3.1 Cadre juridique
électoral
19. Bien que le Kosovo ne soit
pas membre du Conseil de l’Europe et n’ait pas officiellement ratifié
la Convention européenne des droits de l’homme (STE n° 1, CEDH),
la Constitution du Kosovo (2008) stipule explicitement que la CEDH
et ses protocoles sont directement applicables et prévalent sur
les lois nationales en cas de conflit. L’article 22 de la Constitution
mentionne la CEDH parmi les instruments internationaux relatifs aux
droits de l’homme qui sont directement contraignants au Kosovo.
20. La législation principale régissant les élections de décembre
2025 comprend la Constitution de la République du Kosovo, la loi
n° 08/L-228 sur les élections générales et la loi n° 03/L-189 sur
les partis politiques. Bien que la législation nationale soit propice
à la tenue d’élections démocratiques, l’Union européenne (UE) a
activement suivi et encouragé les réformes électorales au Kosovo.
Les missions internationales d’observation électorale et les négociateurs
de l’UE ont identifié plusieurs lacunes, notamment en matière de
réglementation et de contrôle du financement des campagnes électorales.
21. À la suite de l’adoption de la nouvelle loi sur les élections
générales en 2023, la CEC a introduit 17 nouveaux règlements afin
d’aligner la législation dérivée, les décisions et les procédures
sur le cadre électoral actualisé. Bien que le Kosovo ait réalisé
des progrès significatifs dans la consolidation de son système électoral,
des problèmes persistants subsistent dans la pratique électorale.
Le
rapport de la Commission européenne de 2025, publié en novembre
2025, a noté que le cadre électoral était globalement libre et équitable,
comme l’ont démontré les élections pacifiques, compétitives et inclusives
qui se sont tenues le 9 février 2025, les premières organisées selon
le cadre nouvellement révisé et aligné sur les recommandations de
la mission d’observation électorale de l’UE. Cependant, alors que
l’ECAP a traité efficacement les plaintes, des tentatives ont été
observées pour politiser le travail de la CEC. La campagne électorale
a été compétitive mais entachée par une rhétorique virulente, l’utilisation
abusive des ressources publiques et des pressions sociopolitiques,
en particulier dans les zones à majorité serbe du Kosovo. En outre,
la Commission indépendante des médias (CIM) a rencontré des difficultés
pour exercer son contrôle en raison de problèmes de gouvernance,
et des inquiétudes ont persisté quant à l’insuffisance des réponses
apportées à la désinformation électorale et à l’ingérence étrangère.
L’incapacité de l’Assemblée du Kosovo à se constituer a gravement
compromis le fonctionnement des institutions démocratiques clés.
3.2 Égalité entre
les sexes
22. L’article 28 de la loi n° 08/L-228
sur les élections générales exige que la liste de candidats de chaque entité
politique comprenne au moins 30 % de représentants de chaque sexe.
Plus précisément, la loi stipule que dans chaque groupe de trois
candidats figurant sur la liste, il doit y avoir au moins un candidat
de chaque sexe. En outre, la loi électorale prévoit une mesure incitative:
la CEC alloue des fonds publics supplémentaires – s’élevant à 1 %
du montant total des fonds alloués à l’entité politique – pour chaque
mandat remporté par des femmes dépassant le quota de 30 % au moment
de la certification.
23. Le 19 décembre 2024, la Cour constitutionnelle a statué sur
l’affaire KO15/24, qui portait sur la constitutionnalité de l’article
28. La Cour a estimé à l’unanimité que le quota de genre ne violait
pas l’article 45 de la Constitution, qui garantit la liberté d’élection
et la participation aux affaires publiques. L’arrêt a souligné que
l’égalité entre les sexes est une valeur fondamentale de l’ordre
constitutionnel du Kosovo et que les autorités publiques ont l’obligation
positive de la promouvoir. Tout en confirmant la légalité du quota
de 30 %, la Cour a précisé que l’Assemblée du Kosovo conserve le
pouvoir d’ajuster ce pourcentage si nécessaire pour faire progresser
l’égalité entre les sexes.
24. Malgré un cadre juridique globalement adéquat, la participation
des femmes aux processus électoraux de 2025 au Kosovo est restée
structurellement limitée. Lors des élections de février 2025, alors
que le quota réglementaire de genre d’au moins 30 % prévu par la
loi sur les élections générales était respecté, la visibilité des
femmes, leur présence dans les médias et leur succès électoral sont
restés limités. Les femmes ont continué d’être sous-représentées
aux postes de direction. Des tendances similaires ont été observées
lors des élections locales de 2025: les femmes étaient nettement
sous-représentées parmi les candidats à la mairie et les maires
élus, même si la proportion de femmes sur les listes des assemblées
municipales était plus élevée.
25. Lors des élections anticipées de décembre 2025, les listes
de candidats ont une nouvelle fois largement respecté les exigences
formelles en matière de quotas. Cependant, des inquiétudes ont persisté
quant à l’inclusion effective des femmes, car les quotas ne se traduisaient
pas nécessairement par des opportunités égales en matière de campagne
électorale, de couverture médiatique ou de chances réalistes d’être
élues. Ces développements soulignent un fossé persistant entre les
garanties formelles d’égalité et la participation effective des
femmes au processus politique.
4 Administration
électorale, listes électorales et enregistrement des candidats
4.1 Administration
électorale
26. Les élections anticipées de
2025 ont été gérées par une administration électorale à trois niveaux, composée
de la CEC, de 38 commissions électorales municipales (CEM) et de
941 bureaux de vote répartis dans les 38 municipalités. Chaque municipalité
disposait d’un bureau de vote désigné pour le vote conditionnel (voir
aussi le paragraphe 56). Le vote depuis l’étranger a également été
facilité, sous réserve des restrictions décrites ci-dessus.
27. En termes de composition, la CEC comprend six membres nommés
par les six plus grands partis politiques représentés à l’Assemblée
du Kosovo; ces membres ne sont pas autorisés à participer à l’attribution des
sièges réservés. S’il y a moins de six groupes de ce type à l’Assemblée,
les plus grands partis peuvent nommer des membres supplémentaires.
En outre, un membre est nommé par les représentants de l’Assemblée
détenant des sièges réservés ou garantis pour la communauté serbe
du Kosovo, tandis que trois membres sont nommés par les représentants
de l’Assemblée détenant des sièges réservés ou garantis pour d’autres
communautés non majoritaires au Kosovo.
28. À l’approche des élections anticipées du 28 décembre 2025,
les inquiétudes concernant la politisation (perçue) de la CEC se
sont particulièrement accentuées lors du processus de certification
de la Liste serbe (Srpska Lista). Bien que la loi sur les élections
générales autorise la CEC à vérifier et à certifier les entités politiques
sur la base de critères juridiques objectifs, les délibérations
ont révélé des interprétations divergentes du mandat de la CEC,
notamment quant à la question de savoir si des facteurs allant au-delà
du strict respect de la loi devaient être pris en compte. Le caractère
public de ces débats, combiné à la composition de la CEC, qui repose
sur une représentation des partis, a renforcé les inquiétudes selon lesquelles
des considérations politiques auraient pu influencer ce qui est
fondamentalement une décision administrative. Conformément aux normes
de la Commission de Venise en matière d’administration électorale –
qui soulignent que les organes de gestion électorale doivent non
seulement agir de manière impartiale, mais aussi être perçus comme
tels -, cet épisode a mis en évidence une vulnérabilité structurelle
du modèle actuel: lorsque les décisions de certification dans des
cas politiquement sensibles sont prises par des organes composés
de candidats désignés par les partis, le risque est accru que la
sécurité juridique et la confiance du public soient compromises,
même en l’absence de constatation formelle d’illégalité.
29. Chaque CEM se compose de sept membres, bien que ce nombre
puisse augmenter si davantage d’entités politiques remplissent les
conditions requises pour être représentées. Chaque CEM est présidée
par un responsable exécutif employé par la CEC. En outre, un membre
est désigné par chaque entité politique ayant dépassé le seuil électoral
lors des élections nationales, pour autant que ce seuil s’applique
à elle. La composition des comités de bureau de vote (CBV) reflète
celle des CEM.
30. En décembre 2025, des désaccords internes au sein de la CEC
concernant la nomination et le remplacement des membres des CEM
ont surgi à la suite de l’application de la loi n° 03/L-073 sur
les élections générales. Conformément aux articles 18 à 21, la CEC
est chargée de mettre en place les CEM et de veiller à ce que les
nominations et les remplacements proposés par les entités politiques
répondent aux critères légaux et soient traités de manière transparente.
Au cours des sessions de la CEC, certains commissaires ont objecté que
certaines propositions de remplacement – en particulier dans des
municipalités telles que Mitrovica-Nord – avaient été soumises tardivement
ou ne s’accompagnaient pas des pièces justificatives adéquates,
ce qui limitait leur capacité à vérifier la conformité avec la loi
et le règlement intérieur de la CEC. Si ces différends n’ont pas
invalidé les nominations, ils ont mis en évidence des tensions procédurales
et des préoccupations en matière de transparence dans la mise en
œuvre du cadre juridique, en particulier dans le contexte des délais
serrés précédant les élections.
31. Le travail de la CEC est soutenu par plusieurs départements
et institutions qui supervisent des aspects spécifiques de l’administration
électorale. Notamment, le Bureau de l’enregistrement, de la certification
et du contrôle financier des entités politiques est chargé de certifier
les entités politiques et de contrôler le financement des campagnes.
Parmi les autres institutions de soutien figurent l’Agence de lutte
contre la corruption, l’institution du médiateur, l’Agence nationale
pour la protection des données, le Bureau du vérificateur général
et l’ECAP.
4.2 Listes électorales
32. Tous les citoyens âgés d’au
moins 18 ans le jour du scrutin et dont le droit de vote n’a pas
été restreint par une décision de justice sont habilités à voter
au Kosovo le jour du scrutin, dans la municipalité où ils sont inscrits,
à condition que leur nom figure dans le registre civil central.
La CEC est chargée de tenir à jour la liste électorale, en veillant
à ce qu’elle repose sur des informations exactes et à jour provenant
du registre civil central. La CEC doit systématiquement radier de
la liste les personnes décédées et celles qui ont renoncé à leur
citoyenneté.
33. Les électeurs éligibles peuvent s’inscrire en soumettant leur
demande soit par voie électronique via la plateforme en ligne désignée,
soit en personne au bureau local de la CEM. Pour finaliser leur
inscription, les demandeurs doivent fournir les documents requis,
notamment une pièce d’identité valide telle qu’une carte d’identité,
un passeport ou un permis de conduire. En outre, un formulaire d’inscription
dûment rempli et, dans certains cas, un justificatif de domicile
sont exigés. La CEC est chargée d’examiner les demandes et de vérifier l’authenticité
des documents fournis. Si une demande est rejetée, la CEC doit fournir
une explication écrite et informer le demandeur de son droit de
faire appel de cette décision.
34. À la suite de la réforme électorale de 2023/2024, la CEC a
mis en œuvre des mesures visant à simplifier l’inscription sur les
listes électorales, en accordant une attention particulière aux
électeurs résidant à l’étranger. La réforme visait à offrir plusieurs
voies d’inscription et à garantir que tous les électeurs éligibles
résidant hors du Kosovo puissent participer au processus électoral.
Elle a introduit des options d’inscription en ligne et des programmes
de sensibilisation afin d’encourager la participation des groupes
sous-représentés.
35. Alors que le recensement de la population du Kosovo de 2024
a dénombré 1 586 659 résidents, y compris les mineurs, la liste
électorale définitive pour les élections à l’Assemblée du Kosovo
de décembre 2025 comptait 2 113 409 électeurs. Cet écart ne peut
s’expliquer uniquement par les inscriptions de la diaspora, qui représentaient
environ 90 000 électeurs. Elle indique plutôt une inflation structurelle
de la liste électorale, résultant de l’inscription sur la base de
la citoyenneté, de l’absence de mécanismes efficaces de radiation
pour les émigrants et de l’absence d’harmonisation systématique
entre les données du recensement et l’état civil. Bien que cette
approche reflète un choix politique en faveur d’un large droit de
vote, elle soulève des inquiétudes quant à l’exactitude, la transparence
et la confiance du public dans la liste électorale.
36. L’exactitude de la liste électorale revêt une importance fondamentale:
les inexactitudes dans ces listes ont un impact direct sur le taux
de participation officiel, qui peut être inférieur au taux de participation
réel. En outre, une liste électorale inexacte peut faciliter la
fraude électorale: des personnes n’ayant pas le droit de vote pourraient
participer à l’élection, tandis qu’à l’inverse, des électeurs éligibles
pourraient être empêchés de voter
Note.
4.3 Enregistrement
des candidats
37. Pour participer au processus
électoral, une entité politique doit demander et obtenir une certification
de la CEC. Pour ce faire, les entités sont tenues de soumettre un
dossier complet comprenant une liste de membres, les statuts de
l’entité et des preuves de sa viabilité financière. La CEC examine
minutieusement ces dossiers afin de s’assurer de leur conformité
aux normes légales, notamment le respect des principes démocratiques
et des droits humains. Ce processus d’examen rigoureux permet à
la CEC d’évaluer la légitimité et l’aptitude de chaque entité politique
à participer au processus électoral.
38. Toute personne dont le nom figure sur la liste électorale
est éligible pour être certifiée en tant que candidat, sauf dans
les cas suivants:
- la personne
est un fonctionnaire jouissant d’un statut particulier en vertu
de la loi sur les fonctionnaires;
- la personne est membre du service diplomatique ou représentant
diplomatique;
- la personne est présidente ou membre de la CEC ou d’une
CEM;
- la personne est un fonctionnaire de l’ECAP;
- la personne a été déchue de son droit de se porter candidate
par une décision judiciaire définitive, y compris une décision de
l’ECAP;
- la personne a été reconnue coupable d’une infraction pénale
par une décision judiciaire définitive au cours des trois dernières
années et condamnée à une peine d’emprisonnement effective d’un
an ou plus;
- la personne n’a pas payé une amende infligée par l’ECAP
ou la CEC;
- la personne n’a pas respecté une ordonnance rendue par
l’ECAP.
39. La date limite pour le dépôt des listes de candidats était
fixée au 7 décembre 2025; 24 formations politiques, parmi lesquelles
des partis, des coalitions, des initiatives citoyennes et un candidat
indépendant, ont présenté 1 181 candidats aux sièges de l’Assemblée
du Kosovo. Parmi les principaux partis à majorité albanaise, Vetëvendosje
(LVV) a publié sa liste menée par Albin Kurti, tandis que le Parti
démocratique du Kosovo (PDK), la Ligue démocratique du Kosovo (LDK),
l’Alliance pour l’avenir du Kosovo (AAK) et NISMA ont également
finalisé et rendu publics leurs têtes de liste. La Srpska Lista
a présenté 33 candidats. Trois entités politiques serbes se sont
présentées aux élections, dont l’Alliance du Kosovo, qui a présenté
une liste de 10 candidats issus principalement de municipalités
à majorité serbe.
40. La CEC a refusé de certifier la liste de candidats du parti
Srpska Lista, malgré l’absence de motifs légaux explicites en vertu
de la loi sur les élections générales. Cette décision s’inscrit
dans une tendance récurrente observée plus tôt en 2025, où les refus
initiaux de certifier les candidats de la Srpska Lista avaient été
annulés par l’ECAP le 5 décembre 2025. Ces décisions répétées de
non-certification ont soulevé des inquiétudes quant à la cohérence
et à l’impartialité de l’administration électorale, ainsi qu’au
respect des garanties constitutionnelles de participation politique,
d’égalité devant la loi et de représentation effective des communautés
non majoritaires, telles qu’énoncées aux articles 3, 24, 45 et 58
de la Constitution, interprétées à la lumière des normes électorales
européennes établies en matière d’inclusivité, de sécurité juridique
et de recours effectifs.
5 Campagne électorale
et financement
5.1 Campagne électorale
41. Dans le cas d’élections anticipées,
le cadre juridique autorise un raccourcissement des délais électoraux,
ce qui a entraîné une période de campagne raccourcie avant les élections
législatives anticipées du 28 décembre 2025. La campagne électorale
s’est déroulée du 17 décembre au 28 décembre, soit une durée totale
de 12 jours au lieu de la période de campagne habituelle de 30 jours
lors d’un cycle électoral normal.
42. Les entités politiques certifiées sont autorisées à organiser
des rassemblements dans les espaces publics ainsi que dans les établissements
d’enseignement, les installations sportives et les institutions culturelles,
à condition que ces activités ne perturbent pas le fonctionnement
normal de ces établissements. Une autorisation préalable doit être
obtenue tant auprès de l’établissement concerné que de la CEM, les demandes
devant être introduites 24 à 48 heures à l’avance. La CEM peut rejeter
une demande si le lieu a déjà été réservé par une autre entité politique
ayant déposé une demande antérieure. Toute entité politique certifiée
qui se voit opposer un refus par la CEM peut faire appel auprès
de l’ECAP dans les 24 heures suivant la réception de la réponse.
5.2 Financement des
campagnes électorales
43. Les récentes modifications
apportées au cadre électoral visaient à renforcer la transparence
et la responsabilité en matière de financement des campagnes, conformément
aux normes européennes. Ces changements ont été testés lors des
élections législatives de février 2025 ainsi que lors des processus électoraux
locaux qui ont suivi. À la suite de l’adoption par la CEC d’un règlement
interne sur le financement des partis politiques en janvier 2024,
le cadre juridique a introduit des obligations de divulgation plus
claires, une interdiction des dons en espèces et anonymes, ainsi
qu’un régime de sanctions renforcé. Cependant, l’expérience acquise
au cours du cycle électoral de 2025 a montré que l’efficacité de
ces mesures était limitée par des capacités institutionnelles restreintes,
des audits retardés et la nature essentiellement a posteriori des contrôles
financiers.
44. Si le Bureau du contrôle financier de la CEC a continué à
faire auditer les rapports financiers annuels des partis par des
auditeurs indépendants, la surveillance pendant les périodes de
campagne active n’était souvent pas suffisamment rapide pour avoir
un effet préventif significatif. Conformément aux normes de la Commission
de Venise, ces observations suggèrent que, malgré les améliorations
apportées au cadre réglementaire, l’absence de divulgation rapide
et d’application efficace et proportionnée des règles pendant les campagnes
électorales sape la capacité du cadre à garantir l’égalité des chances
et la confiance du public. Les mesures prévues pour renforcer davantage
la transparence, telles que la mise en place d’une plateforme en
ligne permettant au public d’accéder aux données sur le financement
des partis, n’avaient pas encore produit de résultats tangibles
lors des élections observées.
6 Environnement
médiatique
45. Comme le prévoit le chapitre
VII de la loi (n° 03/L-073) sur les élections générales, tous les
médias sont tenus de veiller à ce que les entités politiques certifiées
bénéficient d’une couverture juste et équitable pendant la campagne
électorale. Les médias audiovisuels doivent offrir un accès juste
et égal aux émissions de débat politique et aux débats à toutes
les entités certifiées. La loi réglemente strictement la publicité
politique à la radio et à la télévision, et stipule que la presse
écrite doit offrir un accès juste et équitable à l’espace publicitaire à
toutes les entités politiques certifiées qui en font la demande.
La presse écrite et les médias électroniques sont tenus d’appliquer
des tarifs uniformes à toutes les entités sans discrimination, et
toute publicité politique payante doit clairement identifier l’organisation
ou la personne responsable.
46. La liberté de la presse au Kosovo est restée préoccupante
tout au long de la période 2024-2025, avec des signalements persistants
d’agressions, de menaces et d’intimidations à l’encontre de journalistes
et de professionnels des médias, ainsi que des défis structurels
pesant sur l’indépendance des médias. En 2025, le Kosovo a connu
une forte baisse dans le classement mondial de la liberté de la
presse, tombant à la 99e place, ce qui
reflète les risques accrus pour les journalistes, la pression politique
croissante sur les médias et les menaces pesant sur l’indépendance
éditoriale. L’environnement médiatique a été encore davantage fragilisé par
une réglementation influencée par la politique et des pressions
institutionnelles. Reporters sans frontières (RSF) et d’autres observateurs
ont souligné que la liberté des médias continue d’être entravée
par une réglementation politisée, un accès limité à l’information
publique et de graves menaces pour la sécurité des journalistes.
47. La télévision reste la principale source d’information au
Kosovo. Le pays compte plus de 130 chaînes de radio et de télévision
opérant sur un marché relativement restreint, dont beaucoup sont
fortement divisées selon des lignes politiques et ethniques. Le
secteur de la télévision, très concentré, est dominé par des chaînes privées
basées à Pristina, bien que le diffuseur public sur la radio et
la télévision du Kosovo (RTK) joue également un rôle important.
Parmi les portails d’information en ligne les plus récents, certains
tels que BIRN et Kosovo 2.0 ont émergé, Kosovo 2.0 étant l’un des
rares médias à publier du contenu à la fois en albanais et en serbe.
La forte concentration de la propriété des médias a suscité des
inquiétudes quant à la transparence et à la diversité des points
de vue. Des enquêtes ont révélé un manque de transparence dans la propriété
des médias, largement dû à des lacunes dans le cadre juridique –
telles que des exigences peu claires en matière de divulgation de
la propriété et des insuffisances dans la loi sur la concentration
des médias –, ce qui ne permet pas de garantir la transparence.
48. La liberté d’expression des médias est garantie par le cadre
juridique, notamment la Constitution, la loi n° 06/L-088 sur les
médias et la loi sur la radio et la télévision du Kosovo (RTK).
Le Kosovo a adopté des réformes importantes de son cadre réglementaire
des médias, notamment par le biais de la nouvelle loi sur la Commission
indépendante des médias (CIM). Cependant, la CIM, l’autorité indépendante
de régulation des médias audiovisuels du Kosovo, a été au centre
d’une grave controverse juridique et de gouvernance à la suite de
l’adoption d’une loi de 2024 qui a élargi ses pouvoirs et modifié
les procédures de nomination et de révocation – des changements
largement critiqués pour avoir permis des ingérences politiques.
En avril 2025, la Cour constitutionnelle a annulé cette loi à l’unanimité,
estimant que les dispositions clés relatives à la sélection et à
la révocation des membres de la CIM, à l’étendue de ses pouvoirs
et à son pouvoir de sanction étaient incompatibles avec les garanties
constitutionnelles d’indépendance. Cette décision a rétabli le cadre juridique
antérieur et a souligné la nécessité d’adopter un nouveau statut
conforme à la Constitution à l’issue d’un débat public transparent.
En juin 2025, la Cour suprême a également invalidé un amendement
au règlement intérieur de la CIM qui avait été utilisé pour modifier
la direction de la commission, le jugeant illégal en raison de violations
de procédure et réaffirmant les principes de légalité, de transparence
et d’indépendance institutionnelle dans la gouvernance de la CIM.
49. La loi soumet également les médias en ligne à un régime de
sanctions, pouvant aller jusqu’à 40 000 euros d’amende. Ces développements
ont suscité de vives critiques de la part d’organisations tant locales qu’internationales,
soulevant de sérieuses préoccupations quant aux menaces potentielles
qui pèsent sur la liberté de la presse et le pluralisme des médias.
7 Plaintes et recours
50. Le règlement des litiges électoraux
au Kosovo est principalement régi par la loi n° 08/L-228 sur les élections
générales, qui établit un cadre structuré pour traiter les griefs
liés au processus électoral. La qualité pour agir est accordée à
diverses entités et personnes, notamment les partis politiques,
les coalitions, les initiatives de la société civile, les candidats
indépendants certifiés par la CEC et tout électeur inscrit au Kosovo. En
outre, les représentants d’entités politiques certifiées, d’organisations
non gouvernementales et d’organisations internationales participant
à l’observation électorale sont également habilités à déposer des plaintes.
Ces parties prenantes peuvent signaler toute violation dont elles
sont témoins au cours du processus électoral, en particulier celles
liées à la transparence et à l’équité. Par ailleurs, les membres
de la CEC et d’autres organes électoraux peuvent déposer des plaintes
concernant des violations qu’ils constatent dans la conduite des
élections ou des infractions à la loi électorale commises par des
entités politiques ou des candidats.
51. Au cœur de ce dispositif se trouve l’ECAP, un organisme indépendant
chargé de statuer sur les plaintes relatives aux infractions électorales.
L’ECAP est chargé d’examiner et de régler les litiges concernant l’inscription
des électeurs, la conduite de la campagne électorale et toute autre
irrégularité survenant pendant les élections.
52. La loi définit des procédures claires pour le dépôt des plaintes,
qui doivent être présentées dans un délai déterminé après l’événement
litigieux. Conformément à l’article 119 de la loi n° 08/L-228 sur
les élections générales, toute personne ayant un intérêt légitime
dans une affaire relevant de la compétence de l’ECAP, ou dont les
droits liés au processus électoral en vertu de la loi ou des règles
électorales ont été violés, peut déposer une plainte auprès de l’ECAP
dans les 48 heures suivant la fermeture des bureaux de vote. L’ECAP est
tenu de statuer sur la plainte dans les 96 heures suivant son dépôt.
La commission est chargée d’enquêter de manière approfondie sur
toutes les plaintes, en veillant à ce que toutes les parties concernées
aient la possibilité de plaider leur cause. Ce processus peut impliquer
la collecte de preuves, l’audition de témoignages et l’examen de
documents pertinents. Les décisions de l’ECAP peuvent inclure le
maintien ou le rejet des plaintes, des sanctions à l’encontre d’entités
politiques ou de candidats, et l’ordre de mettre en place des mesures
correctives si nécessaire.
53. La loi établit également un mécanisme de recours contre les
décisions de l’ECAP. Si un parti n’est pas satisfait de la décision
de l’ECAP, il peut faire appel devant la Cour suprême du Kosovo,
qui fait office d’autorité de dernier ressort dans les litiges électoraux.
Ce système à plusieurs niveaux garantit que des voies de recours efficaces
sont à la disposition de toutes les parties.
54. Lors des élections de février 2025, d’importants litiges ont
éclaté entre les partis politiques et l’ECAP au sujet des amendes
infligées pour des discours de campagne jugés incendiaires ou discriminatoires.
Plusieurs partis ont fait valoir que ces sanctions étaient disproportionnées
et restreignaient indûment la liberté d’expression politique pendant
la campagne. Un certain nombre de décisions de l’ECAP ont été contestées devant
la Cour suprême qui, en sa qualité d’instance de deuxième degré,
a parfois confirmé le raisonnement de l’ECAP, mais a dans d’autres
cas annulé ou réduit les amendes pour absence de justification suffisante
ou de proportionnalité. Ces affaires ont mis en évidence les tensions
juridiques persistantes entre la réglementation relative à la campagne
électorale et le droit à la liberté d’expression, protégé par la
Constitution et la CEDH, soulignant la nécessité de normes plus
claires et plus prévisibles en matière de sanction.
8 Observateurs
citoyens et internationaux
55. Le chapitre IX de la loi n°
03/L-073 sur les élections générales établit les dispositions relatives
à l’accréditation des observateurs électoraux. Il accorde le droit
de demander une accréditation aux entités politiques certifiées,
aux organisations non gouvernementales, aux organisations gouvernementales
et intergouvernementales, aux organisations internationales spécialisées
dans les élections ou la protection des droits humains, ainsi qu’aux
représentants de pays étrangers. Conformément au règlement électoral
n° 08/2024, les observateurs accrédités jouissent de droits importants,
notamment la possibilité de surveiller toutes les étapes du processus
électoral, depuis les préparatifs jusqu’aux activités post-électorales.
Les observateurs peuvent soumettre des commentaires écrits aux commissions
électorales, suivre les procédures de traitement et de dépouillement
des bulletins de vote, et recevoir la documentation pertinente relative
au processus électoral. Ils sont également habilités à signaler
toute violation de la réglementation électorale.
9 Jour du scrutin
56. Conformément à la loi, les
électeurs dont le nom figure sur la liste électorale mais qui, pour
des raisons objectives, ne peuvent pas voter dans leur bureau de
vote attitré sont autorisés à voter dans n’importe quel centre de
vote conditionnel de n’importe quelle municipalité pour les élections
à l’Assemblée du Kosovo. Avec les nouvelles réglementations visant
à améliorer l’exactitude de la liste électorale, la CEC a décidé
de supprimer progressivement le vote conditionnel. Pour les élections
du 28 décembre 2025, comme ce fut le cas en février 2025, il n’y
avait qu’un seul bureau de vote conditionnel par municipalité.
57. Le nouveau cadre juridique a doublé le nombre de votes de
préférence que les électeurs pouvaient exprimer, passant de cinq
à dix candidats. Cette décision a été critiquée par la principale
coalition d’observateurs citoyens, qui a fait remarquer que «outre
le fait que cela double le temps nécessaire au dépouillement de
ces votes, cela augmente le risque de manipulation des choix des
citoyens par les commissaires, en particulier dans les cas où les
électeurs cochent moins de dix candidats». De plus, l’analyse des
tendances de vote antérieures n’indiquait pas la nécessité d’augmenter
le nombre de votes de préférence. Les observateurs ont averti que
ce changement pourrait avoir un impact négatif sur le nombre de
femmes élues à l’Assemblée du Kosovo, car les listes de candidats
sont classées par ordre décroissant en fonction du nombre de voix
obtenues par chaque candidat·e.
58. En vertu de la loi, à la clôture du scrutin, les CBV sont
tenus de déterminer les résultats uniquement pour les entités politiques;
les votes pour les candidats individuels au sein des entités politiques
sont comptés au centre de dépouillement municipal (voir ci-dessous).
59. Le jour du scrutin, les équipes de l’APCE ont été déployées
à Pristina et dans ses environs, ainsi qu’à Ferizaj/Uroševac, Gjilan/Gnjilane,
Gračanica/Graçanicë, Istog/Istok, Klinë/Klina, Leposavić/Leposaviq, Mamushë/Mamuša,
Severna Mitrovica/Mitrovicë e Veriut, Mitrovicë e Jugut/Južna Mitrovica,
Sujan/Osojane, Pejë/Peć, Podujevë/Podujevo, Prizren, Rahovec/Orahovac
et Zllakuqan/Zlokućane.
60. Dans le nombre limité de bureaux de vote observés, la délégation
a constaté que les élections étaient globalement bien organisées
et se déroulaient sans heurts, dans un esprit professionnel. Les
agents électoraux – représentant tant la communauté majoritaire
que les communautés non majoritaires – étaient bien formés, et une
atmosphère positive régnait dans la plupart des bureaux. La délégation
a également noté une diminution du nombre de bulletins nuls, qu’elle
a attribuée à une meilleure compréhension et évaluation des intentions
des électeurs.
61. Cependant, certains défis subsistaient. Dans plusieurs bureaux
de vote, le matériel électoral n’était disponible qu’en albanais.
L’accès des électeurs en situation de handicap restait également
un problème important, car de nombreux bureaux de vote n’étaient
pas suffisamment équipés pour répondre à leurs besoins. Dans certains
cas, les électeurs ayant besoin d’assistance – tels que les analphabètes
– ont rencontré des difficultés, car les CBV exigeaient des dossiers
médicaux avant d’autoriser l’assistance. La délégation a constaté
que certains CBV exigeaient strictement ces documents, ce qui a
conduit certains électeurs à s’abstenir de voter. En revanche, dans
d’autres bureaux, les électeurs ayant besoin d’assistance ont été autorisés
à voter même sans fournir les documents requis. La CEC avait laissé
aux PSC le soin d'apprécier la situation des personnes ayant besoin
d'assistance. Il est recommandé de revoir ces réglementations afin
de favoriser un processus plus inclusif. Malheureusement, dans un
bureau de vote, l’administration électorale n’a pas autorisé une
équipe d’observateurs de l’APCE à être présente pendant le dépouillement.
10 Évolution de
la situation après le jour du scrutin
10.1 Dépouillement
des votes préférentiels
62. Dans le système électoral du
Kosovo, les électeurs choisissent une liste de parti et peuvent
également indiquer leurs candidats préférés sur cette même liste,
avec un maximum de dix votes préférentiels autorisés. Ces votes
préférentiels sont dépouillés dans les centres de dépouillement
municipaux, qui remplissent une double fonction: ils vérifient les
formulaires de résultats au niveau des partis, remplis dans les
bureaux de vote après le dépouillement des bulletins, et ils saisissent
les préférences des électeurs dans le système de résultats. Cette
procédure, introduite en 2023, a été remise en question par des
représentants de la société civile, qui avaient fait part de leurs
inquiétudes quant au risque de manipulation.
63. Si le dépouillement des voix attribuées aux partis le jour
du scrutin s’est généralement déroulé sans problème majeur, de sérieuses
inquiétudes ont été soulevées concernant le dépouillement des votes préférentiels
dans les 38 centres de dépouillement municipaux. Cette étape du
processus n’a pas été directement observée par la délégation de
l’APCE; la présence d’observateurs nationaux était plus limitée
et, dans certains cas, ils étaient totalement absents. Les informations
suivantes s’appuient sur des rapports provenant des médias et de
sources locales.
64. Le processus de dépouillement s’est achevé le 3 janvier 2026.
Cependant, le 13 janvier, après qu’un examen d’un échantillon de
2 % des votes vérifiés a révélé des manipulations des votes en faveur
de certains candidats, la CEC a ordonné un recomptage.
65. Le 19 janvier, la CEC a décidé de procéder à un recomptage
des votes de tous les bureaux de vote dans l’ensemble des 38 municipalités.
Cette décision a été prise après qu’un recomptage effectué dans
dix municipalités – couvrant 36 % des 2 557 urnes – a révélé une
manipulation des votes en faveur des candidats lors du dépouillement
initial. Le recomptage a été motivé par des allégations, divulguées
par les centres de dépouillement municipaux, faisant état de manipulations
concernant les votes préférentiels. Ces allégations suggéraient
que ces manipulations avaient eu lieu grâce à des accords tacites
entre les représentants des partis présents dans les centres de
dépouillement, en particulier pendant les périodes où les observateurs
de la société civile ne surveillaient pas le dépouillement des votes
pour les candidats.
66. Le 23 janvier 2026, les autorités ont annoncé la détention
de 109 personnes soupçonnées d’avoir falsifié les résultats électoraux,
ainsi que d’avoir exercé des pressions, proféré des menaces et recouru
à la corruption. Selon les médias, le procureur général du parquet
de première instance de Prizren a souligné que chacun des quatre
principaux partis politiques avait envoyé ses propres représentants
dans les centres de dépouillement, estimant pouvoir manipuler le
processus sans être détecté par la justice. Il a ajouté que de telles manipulations
n’auraient pas été possibles sans la collusion des commissaires
nommés par les quatre plus grands partis du pays. Selon le procureur,
plus de 6 000 votes ont été falsifiés pour un seul candidat, et
plus de 68 000 votes ont été falsifiés rien qu’au centre de dépouillement
de Prizren.
67. Si les résultats globaux des partis ont très peu changé, le
recomptage a entraîné un remaniement significatif du classement
des candidats. Le procureur général a engagé des poursuites judiciaires
à la suite des soupçons de manipulation des votes apparus au cours
du processus de recomptage. Le coordinateur national des élections
a chargé les procureurs en chef de tous les parquets de base des
municipalités où les recomptages avaient été achevés de recueillir
des informations et des preuves de toute infraction pénale liée au
processus électoral. Ces enquêtes se sont également étendues aux
candidats.
68. Selon les données fournies à la délégation par la Direction
régionale de la police le 3 mars 2026 pour Gjakovë/Đakovica, Ferizaj/Uroševac,
Gjilan/Gnjilane, Mitrovica/Mitrovicë Nord, Mitrovicë/Mitrovica Sud,
Pejë/Peć et Prizren, 130 enquêtes étaient en cours. Dans le cadre
de ces enquêtes, 1 237 interrogatoires ont été menés, 628 personnes
ont été arrêtées et 239 ont été placées en détention en vertu de
l’article 216 du Code pénal du Kosovo pour falsification des résultats
du scrutin.
69. Le recours aux votes préférentiels vise à permettre aux électeurs
de choisir les candidats bénéficiant du plus large soutien au sein
d’un parti; la manipulation de ces votes porte atteinte au libre
choix des électeurs. Elle permet au contraire aux dirigeants des
partis de favoriser leurs candidats préférés, allant ainsi à l’encontre de
l’objectif principal du vote préférentiel. Une telle manipulation
constitue une grave violation du droit au vote libre.
70. L’ONG Democracy in action a noté que «bien que le recomptage
ait rétabli l’intégrité technique des résultats finaux et n’ait
pas entraîné de changements substantiels dans la répartition des
mandats entre les entités politiques, l’ampleur des corrections
– dépassant 240 000 votes préférentiels au total – a considérablement
affecté la perception qu’a le public de la crédibilité de l’administration
électorale. La transparence du processus de recomptage au Centre
de dépouillement et de résultats, notamment la diffusion en direct
et la publication détaillée des données, a contribué à stabiliser
la situation et à consolider les résultats finaux».
71. Compte tenu de ces développements, le Bureau de l’APCE a décidé
d’envoyer une mission technique postélectorale, prévue le 17 avril
2026, composée du chef et du chef adjoint de la délégation, afin
de recueillir des informations de première main et de faire rapport
au Bureau. Le programme figure en annexe 4. En raison d'une session
de l'Assemblée du Kosovo, nous n'avons pas pu rencontrer les représentants
des partis politiques.Au cours de notre visite à Pristina, il a
été confirmé qu’une manipulation à grande échelle des votes préférentiels
avait eu lieu, affectant environ 240 000 votes. À Prizren, un seul
candidat a reçu 7 000 votes supplémentaires. La manipulation n’a
pas affecté la répartition des sièges à l’Assemblée, mais elle a
eu une incidence sur la répartition des votes au sein de la liste
du parti.Selon la CEC, seul un nombre limité d’anomalies pouvait
être attribué à des erreurs; les écarts importants dans les votes
préférentiels étaient clairement le résultat d’une manipulation
intentionnelle. Les informations que nous avons recueillies indiquaient
que cette manipulation était le fait de candidats individuels plutôt
que des partis politiques. Le parquet n’a pas trouvé de preuve d’un
accord impliquant des partis politiques. Au moment de notre visite,
des enquêtes étaient en cours, notamment sur d’éventuels cas de
corruption politique, de pots-de-vin ou d’intimidation.Nous avons
conclu que les institutions chargées des questions électorales –
la CEC, la police, la coordinatrice spéciale pour les élections
au sein du parquet, ainsi que les organisations de la société civile et
les médias en ligne – ont réagi rapidement et de manière coordonnée
dès que les irrégularités ont été identifiées, ce qui a conduit
à un recomptage complet de tous les votes préférentiels. Les résultats
finaux n’ont pas été contestés. De nombreux interlocuteurs ont reconnu
que l’augmentation du nombre de votes préférentiels de cinq à dix
– introduite en 2023 à la demande du parti d’opposition, le PDK
– avait entraîné plusieurs problèmes. Il s’agissait notamment d’un
allongement des procédures de dépouillement, de défis logistiques
et d’un risque accru de manipulation.En outre, pour les élections
anticipées du 28 décembre, le moment choisi pour le dépouillement
des votes préférentiels – à la toute fin du mois de décembre – et
les ressources limitées des organisations de la société civile ont
restreint la capacité des observateurs nationaux et internationaux
à surveiller efficacement le processus de dépouillement des votes
préférentiels. De plus, une fois les votes pour les listes de partis
dépouillés, le matériel électoral a été transporté vers les centres
de dépouillement municipaux pour le dépouillement des votes préférentiels.
La combinaison de ces facteurs a créé des possibilités de manipulation.Tous
les interlocuteurs ont convenu que ces incidents étaient graves
et généralisés, sapant considérablement la confiance dans le processus
électoral. Les autorités doivent envisager des garanties supplémentaires
pour assurer que le dépouillement des votes préférentiels soit à
la fois transparent et crédible. Plusieurs propositions ont été
avancées, telles que la réduction du nombre de votes préférentiels,
l’introduction d’outils technologiques pour numériser et publier
les bulletins de vote (permettant aux candidats de contester les
résultats sur la base de preuves), la mise en place d’un dépouillement
électronique des bulletins (avec des logiciels et une formation
appropriés), le dépouillement des votes préférentiels dans les bureaux
de vote (et non dans les centres de dépouillement municipaux), ou
la centralisation du dépouillement en faisant appel au personnel
de l’administration électorale plutôt qu’aux représentants des partis.
10.2 Certification
des résultats électoraux
72. Le 9 février 2026, la CEC a
certifié les résultats des élections du 28 décembre. Le taux de
participation s’est élevé à 47,68 %, soit un chiffre légèrement
supérieur à celui des élections de février 2025 (46,54 %).
73. La CEC a achevé le recomptage des bulletins de vote provenant
de 2 557 bureaux de vote fin janvier, mais a dans un premier temps
refusé de certifier les résultats de la Liste serbe. Cette décision
a suscité de vives réactions de la part de la communauté internationale.
A la suite d’un recours devant l’ECAP, la CEC a reçu l’ordre de
publier les résultats de la Liste serbe.
74. Les résultats des élections sont les suivants:
|
Parti
|
Pourcentage
des voix
|
Sièges
|
|
Vetëvendosje (LVV)
|
51,10
|
57
|
|
Parti démocratique du
Kosovo (PDK)
|
20,19
|
22
|
|
Ligue démocratique du
Kosovo (LDK)
|
13,24
|
15
|
|
Alliance pour l’avenir
du Kosovo (AAK)
|
5,50
|
6
|
|
Sièges réservés aux communautés
non majoritaires
|
|
|
|
Lista Srpska
|
4,49
|
9
|
|
Pour la liberté, la justice
et la survie
|
0,51
|
1
|
|
Parti démocratique turc
du Kosovo
|
0,57
|
2
|
|
Coalition Vakat
|
0,42
|
1
|
|
Nouveau Parti démocratique
|
0,41
|
1
|
|
Initiative néo-démocrate
du Kosovo
|
0,29
|
1
|
|
Union sociale-démocrate
|
0,27
|
1
|
|
Parti libéral égyptien
|
0,24
|
1
|
|
Parti social-démocrate
Ashkali
|
0,22
|
1
|
|
Parti unique gorani
|
0,16
|
1
|
|
Mouvement progressiste
des Roms du Kosovo
|
0,12
|
1
|
|
TOTAL
|
100
|
120
|
75. La certification des résultats
a ouvert la voie à la constitution de l’Assemblée du Kosovo le 11
février 2026, suivie de l’élection du président et des cinq vice-présidents
de l’Assemblée – dont un représentant de la Srpska Lista – et de
la formation du gouvernement (Kurti III) le même jour. Albin Kurti
a été confirmé au poste de Premier ministre, avec 66 membres de
l’Assemblée votant pour et 49 contre.
76. À la suite des élections de décembre 2025, la CEC a adopté
plusieurs recommandations clés s’appuyant sur les enseignements
tirés des récents processus électoraux. Celles-ci comprenaient des
propositions visant à revoir et harmoniser les règles relatives
au vote préférentiel, à réviser les délais de traitement des plaintes électorales,
à prolonger le délai d’organisation d’élections anticipées de 45
à 60 jours, à clarifier les dispositions légales concernant le vote
assisté et à actualiser les délais de collecte des bulletins de
vote par correspondance de la diaspora. La CEC a également suggéré
d’introduire de nouvelles technologies pour améliorer l’intégrité
des élections. Cela comprend la mise en place d’un projet pilote
de dépouillement numérique des bulletins de vote à l’aide de systèmes
de numérisation et l’étude de la possibilité d’une identification
électronique des électeurs, dans le but de renforcer la sécurité
et la transparence et de fournir des informations en temps réel
sur le taux de participation.
10.3 Évolutions institutionnelles
postélectorales
77. Le mandat de la présidente
sortante du Kosovo, Mme Vjosa Osmani,
ayant pris fin le 5 avril 2026, cinq ans après son entrée en fonction,
l’Assemblée du Kosovo est, conformément à la Constitution, chargée
d’élire un nouveau président 30 jours avant la fin du mandat de
la présidente actuelle. Pour être élu au premier tour, un candidat
doit obtenir au moins 80 voix, soit les deux tiers des 120 membres
de l’Assemblée. Toutefois, si aucun candidat n’est élu lors des
deux premiers tours, un troisième tour est organisé entre les deux
candidats ayant obtenu le plus grand nombre de voix au deuxième
tour, et le seuil requis est ramené à la majorité simple, soit 61
voix. Une décision de la Cour constitutionnelle de 2012 exige également
que les deux tiers de l’ensemble des membres de l’Assemblée participent
au vote. Si le troisième tour ne permet pas non plus de désigner
un candidat, l’Assemblée est dissoute et de nouvelles élections
ont lieu dans un délai de 45 jours.
78. La présidente Osmani a annoncé son intention de se présenter
pour un nouveau mandat; cependant, Vetëvendosje, le parti au pouvoir,
a désigné ses propres candidats – le ministre des Affaires étrangères
et ancien président de l’Assemblée, Glauk Konjufca, et Fatmire Mulhaxha
Kollcaku, membre de l’Assemblée – afin de garantir le respect des
règles exigeant qu’il y ait plus d’un candidat pour que le scrutin
présidentiel soit valide. Cette décision a suscité la frustration
des partis d’opposition, qui ont accusé Vetëvendosje de ne pas faire
suffisamment d’efforts pour parvenir à un consensus politique. En
signe de protestation, les députés de l’opposition ont boycotté
une session cruciale de l’Assemblée, ce qui a empêché celle-ci d’atteindre
le quorum et a bloqué l’élection présidentielle.
79. Le 25 mars 2026, la Cour constitutionnelle est intervenue,
déclarant que le décret de la présidente Osmani visant à dissoudre
l’Assemblée n’avait aucun effet juridique. La Cour a stipulé que
l’Assemblée du Kosovo disposait désormais de 34 jours à compter
de la date du jugement pour élire un nouveau président. Si elle
ne parvient pas à le faire, la Constitution prévoit la dissolution
automatique de l’Assemblée et exige la tenue de nouvelles élections
dans un délai de 45 jours. La décision de la Cour a pris effet immédiatement.
Si l’Assemblée ne parvient pas à élire un président d’ici le 28
avril 2026, une troisième élection à l’Assemblée en 15 mois sera
inévitable.
11 Conclusions et recommandations
80. Le scrutin du 28 décembre 2025
a constitué le quatrième processus électoral au Kosovo en 2025,
après les élections législatives politiquement non-concluantes de
février 2025 et les deux tours d’élections locales d’octobre et
de novembre 2025. Ces élections anticipées ont été provoquées par
une impasse politique prolongée – notamment le retard dans la constitution
de l’Assemblée du Kosovo, l’échec de la formation d’un gouvernement
et l’incapacité d’adopter un budget – et se sont déroulées dans
des délais électoraux raccourcis après une campagne brève et modérée.
Il convient de noter que les élections ont eu lieu à une date qui coïncidait
avec le retour d’un nombre important de membres de la diaspora pour
les célébrations de fin d’année.
81. Malgré le climat politique polarisé, la délégation de l’APCE
s’est félicitée du déroulement sans heurts et professionnel de ces
élections anticipées. Le processus était techniquement bien préparé
malgré des délais serrés et a été généralement considéré comme inclusif.
Parmi les développements positifs, on peut citer un ton de campagne
plus modéré, l’absence de plaintes officielles concernant des discours
de haine et d’incidents graves.
82. Dans le nombre limité de bureaux de vote observés, la délégation
a constaté que les élections s’étaient déroulées sans heurts et
de manière professionnelle, avec des agents électoraux bien formés
et une atmosphère positive dans les bureaux de vote gérés par du
personnel issu tant de la communauté majoritaire que des communautés
minoritaires. La délégation a également observé une diminution du
nombre de bulletins nuls, attribuée à une meilleure prise en compte
de la volonté exprimée par les électeurs.
83. La délégation s’est félicitée de la participation active des
femmes dans les bureaux de vote visités. Bien que les partis aient
respecté l’obligation formelle de quotas de genre, des progrès supplémentaires
sont nécessaires pour garantir l’égalité des chances en matière
de campagne, de couverture médiatique et sur les réseaux sociaux,
ainsi que des chances réalistes d’élection pour les candidates.
84. La délégation a également noté une certaine amélioration des
modalités de vote à l’étranger, tant dans les locaux diplomatiques
que par correspondance.
85. Au cours de la période électorale, la délégation a relevé
plusieurs problèmes majeurs qui nécessitent une attention urgente
de la part des autorités:
- La
CEC a refusé à plusieurs reprises de certifier ou de publier les
résultats du principal parti serbe du Kosovo, la Srpska Lista, mais
ces décisions ont ensuite été annulées par des instances supérieures. Cela
a suscité des inquiétudes quant à l’impartialité et à l’équité des
autorités électorales, en particulier en ce qui concerne les droits
des communautés non majoritaires.
- La délégation a également relevé des lacunes dans le contrôle
du financement des campagnes électorales, des questions concernant
l’équilibre entre la liberté d’expression et la nécessité de sanctionner
les discours de haine, ainsi que des préoccupations concernant l’indépendance
des médias et la sécurité des journalistes.
- Avec plus de 2,1 millions d’électeurs inscrits dans un
pays de 1,5 million d’habitants, la liste électorale reste considérablement
gonflée, ce qui sape la confiance du public et la transparence du
processus électoral.
- Certains bureaux de vote ne disposaient pas de documents
dans les langues des communautés non majoritaires et étaient difficilement
accessibles aux électeurs en situation de handicap et à ceux qui avaient
besoin d’aide. Dans un cas, une équipe d’observateurs de l’APCE
n’a pas été autorisée à assister au dépouillement, ce qui a mis
en évidence la nécessité d’une plus grande inclusivité et d’une plus
grande transparence.
86. Cependant, le problème le plus grave soulevé par les élections
du 28 décembre a été la manipulation à grande échelle des votes
préférentiels lors du dépouillement. Celle-ci aurait été menée soit
dans le cadre d’un accord tacite, soit, à tout le moins, par des
actions coordonnées entre les représentants de tous les principaux partis
au niveau local. L’ampleur et la gravité des allégations ont conduit
la CEC à ordonner un recomptage de tous les votes préférentiels
et ont donné lieu à des enquêtes pénales approfondies. Bien que
ces irrégularités semblent se concentrer dans certaines municipalités
spécifiques, elles n’en sapent pas moins la crédibilité de l’administration
électorale et érodent la confiance du public dans le processus électoral.
L’Assemblée exhorte les autorités à mener à bien les enquêtes en
cours, à clarifier pleinement les circonstances et à identifier
les responsables. Elle appelle fermement les autorités du Kosovo
à prendre des mesures décisives contre ces pratiques, car elles
compromettent fondamentalement l’intégrité des élections démocratiques
et entravent la libre expression de la volonté des électeurs. L’Assemblée
appelle également tous les partis politiques à veiller à ce que
tous les aspects du processus électoral, y compris le dépouillement
des votes, respectent les normes énoncées dans le Code de bonne
conduite en matière électorale de la Commission de Venise.
87. Ces élections anticipées avaient pour but de sortir le pays
d’une impasse politique. La délégation note qu’à la suite des élections,
l’Assemblée a été constituée, sa direction élue et un gouvernement
formé, contribuant ainsi au rétablissement d’institutions fonctionnelles.
Toutefois, la délégation exhorte tous les partis représentés à l’Assemblée
à agir de manière responsable dans l’élection d’un président et
le maintien d’institutions efficaces, afin d’éviter de plonger le
pays dans un nouveau cycle électoral.
88. La délégation de l’APCE souligne que les élections et leur
observation ne se limitent pas au jour du scrutin; il s’agit d’un
processus en plusieurs étapes qui doit être analysé et évalué afin
d’apprécier l’ensemble de l’expérience électorale.
89. L’Assemblée note avec inquiétude qu’un certain nombre d’irrégularités
et de lacunes doivent être corrigées par les autorités du pays dès
que possible, et que les recommandations du précédent rapport d’observation
électorale concernant les élections du 9 février 2025 restent valables.
La délégation de l’APCE prend acte des initiatives prises par la
CEC et des recommandations adoptées, et elle encourage les autorités à
continuer de travailler sur ces questions en consultation avec la
Commission de Venise.
90. La délégation encourage donc les autorités du Kosovo à s’attaquer
à plusieurs questions clés afin de renforcer davantage l’intégrité
et le caractère inclusif du processus électoral, notamment:
- veiller à la dépolitisation
totale de la CEC, afin que les organes de gestion électorale agissent
non seulement de manière impartiale, mais soient également perçus
comme tels;
- mettre à jour la liste électorale sur la base de données
précises et actualisées;
- afin de prévenir toute manipulation, revoir les procédures
de dépouillement des votes préférentiels et prendre les mesures
appropriées pour garantir la transparence et l'intégrité du processus
électoral, respectant ainsi le libre choix exprimé par les électeurs;
- garantir une représentation ethnique équitable au sein
des commissions électorales locales, en particulier dans les municipalités
où les communautés ne sont pas majoritaires;
- fournir l’accès au matériel électoral et aux documents
administratifs relatifs aux élections dans les deux langues officielles
ainsi que dans les langues utilisées par les autres communautés;
- encourager davantage la participation des femmes à la
vie politique;
- améliorer l’accessibilité des bureaux de vote pour les
électeurs en situation de handicap, veiller à une interprétation
cohérente des dispositions légales et faciliter l’exercice du droit
de vote pour les personnes en situation de handicap;
- renforcer le cadre juridique, notamment en ce qui concerne
la transparence du financement des partis et des campagnes électorales
ainsi que la déclaration de patrimoine des candidats;
- veiller à ce que la société civile puisse accéder aux
informations détaillées sur les transactions financières des partis
politiques;
- adopter une législation sur la divulgation de la propriété
des médias;
- veiller à ce que tous les agents électoraux soient informés
du droit des observateurs internationaux d’être présents à toutes
les étapes du processus électoral, y compris le dépouillement;
- réexaminer les modalités du vote à l’étranger afin de
garantir l’égalité du suffrage et l’intégrité électorale tant sur
le territoire national qu’à l’étranger.
91. L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe et la Commission
de Venise sont prêtes à collaborer avec les autorités du Kosovo
pour améliorer le cadre électoral et renforcer les capacités de
l’administration électorale, notamment en traitant les questions
soulevées dans le présent rapport.
Annexe 1 – Composition de la commission
ad hoc
Sur la base des propositions des groupes
politiques de l'Assemblée, la commission ad hoc était composée comme
suit:
Président: M. Yunus
EMRE
Vice-président: M. Georgios
STAMATIS
Groupe des socialistes, démocrates et
verts (SOC)
Groupe du Parti populaire européen (PPE/DC)
- M. Georgios STAMATIS,
Grèce
Conservateurs européens, Patriotes &
Affiliés (CEPA)
- M. Malte KAUFMANN, Allemagne
Alliance des démocrates et des libéraux
pour l'Europe (ADLE)
- M. Mehmet AKALIN, Türkiye
- Mme Sabina ĆUDIĆ, Bosnie-Herzégovine
- Mme Liliana TANGUY, France
Groupe pour la gauche unitaire européenne
(GUE)
Commission de Venise
- Mme Florence
GANOUX, experte
- M. Kaghani GULIYEV, Conseiller juridique, Secrétariat
de la Commission de Venise
Secrétariat
- Mme Sylvie
AFFHOLDER, Cheffe de la Division des élections, Secrétaire de la
commission ad hoc
- M. Bogdan TORCĂTORIU, Administrateur principal des élections,
Division des élections
- Mme Carine ROLLER-KAUFMAN,
Assistante, Division des élections
- Mme Amila BERKOVIC, Assistante,
Division des élections
Annexe 2 – Programme des réunions de la
mission d'observation électorale de l'APCE
Samedi 27 décembre 2025
08h00-08h45 Réunion de la délégation de l'APCE:
- Mot de bienvenue de Yunus Emre,
chef de la délégation
- Présentation de Tankut Soykan, chef adjoint du Bureau
du Conseil de l'Europe à Pristina
- Présentation de Florence Ganoux, experte de la Commission
de Venise
- Présentation du programme par le Secrétariat
08h45-09h30 Réunion avec des représentants de la communauté
internationale:
Bureau de l'Union européenne au Kosovo / Représentant spécial
de l'Union européenne
- Boguslaw
Gertruda, chef de la section Intégration européenne, politique et
presse & information, Bureau de l'Union européenne au Kosovo
- Cyprien François, conseiller politique en chef, Bureau
de l'Union européenne
- Blerta Bejtullahu, analyste politique senior, Bureau de
l'Union européenne
Mission d'experts électoraux de l'Union européenne
- Konrad Ozlewski, chef d'équipe
Représentant spécial du Secrétaire général et responsable
de la MINUK
- Milbert Dongjoon
Shin, Représentant spécial adjoint du Secrétaire général de l’ONU, et
responsable en charge
Mission de l'OSCE au Kosovo
- Pascale Roussy, directrice du département Démocratisation
- Ilir Haziri, conseiller électoral national
- Marzia Cimmino, cheffe adjointe du bureau des affaires
politiques et de la communication
Agences des Nations Unies
- Dudley
Tarlton, représentant résident adjoint du PNUD, et responsable en
charge
KFOR
- Thuruban Thuchchathanan,
conseiller spécial, KFOR
09h30-10h30 Réunion avec des représentants de la société civile:
10h30-11h30 Réunion avec des représentants des médias:
- Lorik Arifaj, chef de l'équipe
électorale RTK, et Mendu Hysa, chef adjoint de l'équipe électorale
- Xhemajl Rexha, président de l'Association des journalistes
du Kosovo
- Flutura Kusari, experte en médias du Conseil de l'Europe
- Mentor Gjergjaj, rédacteur en chef, Reporteri
11h30-12h00 Rencontre avec Besnik Berisha, président ad interim
de la Commission indépendante des médias
12h00-12h30 Rencontre avec Zenel Leku, président du Comité
des plaintes et des recours électoraux
12h30 Rencontre avec les chauffeurs et les assistants linguistiques
14h00-17h40 Rencontre avec des dirigeants et des représentants
des principaux partis politiques:
14h30-15h00 – Lëvizja Vetëvendosje (Mouvement pour l'autodétermination
– LVV): Alim Rama, secrétaire à l'organisation
15h00-1530 – Parti démocratique du Kosovo (Partia Demokratike
e Kosovë – PDK): Ilir Gashi, membre de la Commission électorale
centrale
16h50-17h40 – Liste serbe (Srpska Lista): Igor Simić, vice-président
et porte-parole
17h40-18h15 Rencontre avec Kreshnik Radoniqi, président de
la Commission électorale centrale (CEC)
Dimanche 28 décembre 2025
06h30-24h Observation de l'ouverture des bureaux de vote,
du scrutin et du dépouillement (à 19h00)
17h00-18h15 Premier débriefing
Lundi 29 décembre 2025
09h00-10h00 Réunion de la délégation (débriefing et préparation
d'une déclaration)
14h00 Conférence de presse
Annexe 3 – Communiqué de presse de la
mission internationale d'observation électorale
Des observateurs
de l’APCE saluent le bon déroulement des élections anticipées au
Kosovo*Noteet exhortent toutes les parties prenantes
à contribuer au rétablissement d'institutions fonctionnelles
Une délégation de l'Assemblée parlementaire du Conseil de
l'Europe (APCE) s'est félicitée du bon déroulement et du professionnalisme
des élections anticipées à l'Assemblée du Kosovo, exprimant l'espoir
que toutes les parties prenantes politiques feront preuve de responsabilité
pour rétablir des institutions fonctionnelles.
Le scrutin du 28 décembre a marqué le quatrième processus
électoral au Kosovo en 2025, après les élections à l’Assemblée non
concluantes en février et les deux tours des élections locales en
octobre et novembre 2025. Ces élections anticipées ont été déclenchées
par une impasse politique prolongée – notamment des délais dans
la constitution de l'Assemblée, l'incapacité à former un gouvernement
et à adopter un budget – et se sont déroulées dans des délais électoraux
raccourcis après une campagne brève et discrète.
Malgré le climat politique polarisé, la délégation de l'APCE
a noté que la plupart des interlocuteurs ont apprécié le ton plus
modéré de la campagne, l'absence de plaintes officielles concernant
des discours de haine et l'absence d'incidents graves, ce qui constitue
une évolution positive.
La délégation a noté que les élections avaient été bien préparées
sur le plan technique malgré des délais courts et qu'elles avaient
été jugées globalement inclusives. Cependant, pour la quatrième
fois cette année, la Commission électorale centrale (CEC) a rejeté
la certification du principal parti serbe du Kosovo, Srpska Lista, et
sa liste de candidats, une décision qui a ensuite été annulée par
la Commission des plaintes et des recours électoraux et la Cour
suprême. Cette situation récurrente a suscité des inquiétudes quant
à la cohérence et à l'impartialité de l'administration électorale
en ce qui concerne le processus de certification.
La délégation de l'APCE, conduite par Yunus Emre (Türkiye,
SOC), était composée de 12 membres, dont six parlementaires issus
de quatre groupes politiques de l'APCE et de cinq États membres
du Conseil de l'Europe, ainsi que de représentants de la Commission
de Venise et du personnel. Le jour du scrutin, les équipes de l'APCE
ont été déployées à Pristina et dans ses environs, ainsi qu'à Ferizaj/Uroševac,
Gjilan/Gnjilane, Gračanica/Graçanicë, Istog/Istok, Klinë/Klina,
Leposavić/Leposaviq, Mamushë/Mamuša, Severna Mitrovica/Mitrovicë
e Veriut, Mitrovicë e Jugut/Južna Mitrovica, Osojan/Osojane, Pejë/Peć,
Podujevë/Podujevo, Prizren, Rahovec/Orahovac et Zllakuqan/Zlokućane.
Dans le nombre limité de bureaux de vote observés, la délégation
a constaté que les élections se déroulaient sans heurts et de manière
professionnelle, avec des agents électoraux bien formés et une atmosphère
positive régnant dans les bureaux de vote administrés par des agents
issus tant de la communauté majoritaire que des communautés non-majoritaires.
La délégation a également noté une diminution du nombre de bulletins
de vote nuls grâce à une meilleure évaluation de la volonté exprimée
par les électeurs.
Cependant, dans plusieurs bureaux de vote, le matériel électoral
n'était pas disponible dans d'autres langues que l'albanais. L'accès
des personnes handicapées restait difficile dans de nombreux bureaux
de vote. La question des électeurs ayant besoin d'aide pour voter,
notamment les personnes analphabètes, s'est également posée dans
certains bureaux de vote. Ces règles devraient être revues afin
de permettre une approche plus inclusive. Malheureusement, dans
un bureau de vote, l'administration électorale n'a pas autorisé
une équipe d'observateurs de l'APCE à assister au dépouillement.
La délégation s'est félicitée de la participation active des
femmes dans les bureaux de vote visités. Si les partis ont respecté
les quotas officiels en matière d'égalité des sexes, des progrès
supplémentaires sont nécessaires en ce qui concerne l'égalité des
chances dans la campagne électorale, la couverture médiatique et
sur les réseaux sociaux, et les chances réelles d'être élues.
La délégation a également reconnu que la législation était
propice à des élections démocratiques. Toutefois, de sérieuses lacunes
subsistent, notamment en ce qui concerne la réglementation et le
contrôle du financement des campagnes électorales. La délégation
a également été informée de l'existence d'amendes jugées disproportionnées,
infligées pour des discours de campagne considérés comme incendiaires
ou discriminatoires. Cela a suscité un débat sur l'équilibre entre
la protection de la liberté d'expression et la nécessité de sanctionner
les discours de haine. Si la couverture médiatique a été jugée équilibrée
et conforme à la réglementation, la délégation a entendu des préoccupations
concernant le parrainage politique des médias et la sécurité des
journalistes.
Avec 2,1 millions d'électeurs inscrits sur une population
de 1,5 million d'habitants, la question des listes électorales gonflées
– résultant notamment de l'absence de mécanismes efficaces de radiation
des émigrants et de l'absence d'harmonisation systématique entre
les données du recensement et celles de l'état civil – n'a toujours
pas été traitée en 2025. Ces questions peuvent susciter des préoccupations
au regard des normes internationales en matière d'exactitude et
de crédibilité de l'inscription des électeurs et devraient être
traitées par les autorités.
Les élections se sont également distinguées par le fait qu'elles
ont eu lieu à une date qui coïncidait avec le retour d'un nombre
important de membres de la diaspora pour les fêtes de fin d'année.
Certaines modalités permettant le vote à l'étranger dans les locaux
diplomatiques ou par correspondance ont également été améliorées.
Ces élections anticipées avaient pour but de mettre fin à
une impasse politique. La délégation invite toutes les parties prenantes
à faire preuve de responsabilité pour rétablir le fonctionnement
des institutions avant l'élection du président ou de la présidente
du Kosovo au printemps 2026 par l'Assemblée du Kosovo, et à respecter
les aspirations démocratiques et euro-atlantiques des électeurs.
L'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe et la Commission
de Venise se tiennent prêtes à coopérer pour améliorer encore le
cadre électoral et renforcer les capacités des parties prenantes
chargées de l’administration des élections.
La délégation de l'APCE s'est rendue
au Kosovo du 26 au 29 décembre 2025. Elle a rencontré les dirigeants et
les représentants des principaux partis politiques (y compris les
partis représentant les communautés non majoritaires), le président
de la Commission électorale centrale, le président de la Commission
des plaintes et des recours électoraux, ainsi que des représentants
de la communauté internationale, des ONG et des médias. Le rapport
d'observation des élections de la délégation sera présenté lors
d'une partie de session de l'APCE en 2026.
Annexe 4 – Programme de la mission postélectorale
– Pristina, le 17 avril 2026
Délégation de l'APCE:
- Yunus Emre (Türkiye,
SOC), président de la commission ad hoc
- Georgios Stamatis (Grèce, PPE/DC), vice-président de la
commission ad hoc
Secrétariat: Sylvie
Affholder, cheffe de la Division des élections de l'APCE
Vendredi 17 avril 2026
08h00-09h00 Petit-déjeuner de travail avec des représentants
de la communauté internationale (*)
- Pascale Roussy, directrice du département Démocratisation,
Mission de l'OSCE au Kosovo
- Cyprien François, ambassadeur adjoint par intérim de l'UE,
Bureau de l'UE au Kosovo
- George Fakhry, chef du Bureau des affaires politiques,
MINUK
- Sara Barbieri, conseillère politique senior, EULEX
09h15-09h45 Rencontre avec des organisations de la société
civile (*)
- Eugen Cakolli, Démocratie
en action
- Qemajl Marmullakaj, Institut du droit du Kosovo
- Mexhide Demolli, Lëvizja FOL
- Venera Gashi, Démocratie pour le développement
- Albert Krasniqi, Democracy Plus
09h45-10h30 Réunion avec la Direction régionale de la police
et des représentants du ministère de l'Intérieur
- Capitaine Bajram Shabani, police
du Kosovo
- Vesa Ferizi, représentant du ministère de l'Intérieur
10h30-11h15 Réunion avec l’administration électorale
- Kreshnik Radoniqi, président
de la Commission électorale centrale (CEC)
- Zenel Leku, président de la Commission des plaintes et
des recours électoraux (ECAP)
11h30-12h15 Réunion avec le coordinateur spécial des élections
du Parquet et des représentants du ministre de la Justice
- Laura Pula, coordinatrice spéciale
du Parquet
- Lulzim Beqiri, représentant du ministère de la Justice
12h30-13h15 Rencontre avec Ardian Gola, vice-président de
l'Assemblée
19h Dîner offert par S.E. Sabri Tunç Angılı, ambassadeur de
Türkiye, avec des représentants de la communauté diplomatique (*)
(*) Réunions organisées par le Secrétariat du Conseil de l'Europe