Situation du patrimoine culturel en Turquie
Proposition de résolution
| Doc. 11510
| 25 janvier 2008
- Signataires :
- M. Raffi HOVANNISIAN,
Arménie ; M. Pedro AGRAMUNT,
Espagne, PPE/DC ; M. Ioannis BANIAS,
Grèce ; M. Walter BARTOŠ,
République tchèque ; Mme Marie-Louise BEMELMANS-VIDEC,
Pays-Bas, PPE/DC ; M. József BERÉNYI,
République slovaque ; M. Igor CHERNYSHENKO,
Fédération de Russie ; Mme Åse Gunhild Woie DUESUND,
Norvège ; Mme Josette DURRIEU,
France, SOC ; M. Mátyás EÖRSI,
Hongrie, ADLE ; M. José FREIRE ANTUNES,
Portugal ; M. György FRUNDA,
Roumanie, PPE/DC ; M. Andreas GROSS,
Suisse, SOC ; Baroness Gloria HOOPER,
Royaume-Uni ; M. Joachim HÖRSTER,
Allemagne, PPE/DC ; Mme Sinikka HURSKAINEN,
Finlande, SOC ; M. Erik JURGENS,
Pays-Bas ; Mme Cecilia KEAVENEY,
Irlande, ADLE ; M. Markku LAUKKANEN,
Finlande, ADLE ; Mme Sabine LEUTHEUSSER-SCHNARRENBERGER,
Allemagne, ADLE ; M. Terry LEYDEN,
Irlande, ADLE ; Mme Maria Manuela de MELO,
Portugal, SOC ; M. Stefano MORSELLI,
Italie ; Mme Christine MUTTONEN,
Autriche ; M. Philippe NACHBAR,
France, PPE/DC ; Mme Antigoni PAPADOPOULOS,
Chypre
- Thesaurus
Cette proposition n'a pas été examinée par l'Assemblée et n'engage que ses signataires.
Le génocide subi par le peuple arménien au cours des dernières
années de l’Empire ottoman est clairement établi par les preuves
irréfutables détenues dans les archives officielles en France, en
Allemagne, en Italie, en Autriche, au Royaume-Uni, au Canada, aux
Etats-Unis et dans d’autres pays du globe. Outre la mort et l’expropriation
de plus de 2 millions de personnes, il a également entraîné la ruine
du patrimoine arménien, ainsi que la disparition du mode de vie
de cette population et de sa contribution essentielle à la culture occidentale
et à la civilisation mondiale.
Il ne subsiste pratiquement aucun Arménien sur le territoire
historique de leur patrie, qui fait aujourd’hui partie de la République
de Turquie; des milliers d’églises, de monastères et d’autres trésors
religieux et laïcs du patrimoine architectural européen ont été
détruits ou sont tombés en ruine.
Bien que la Turquie n’ait cessé de nier officiellement le
génocide et les expropriations qui l’ont accompagné, l’église arménienne
de la Sainte-Croix, située sur l’île d’Aghtamar au milieu du lac
de Van, a été récemment restaurée, ce qui représente une heureuse
exception à la règle. Espérons que cette tendance se poursuivra
à l’avenir. Il convient toutefois de rappeler que les autorités
turques ont interdit l’installation d’une croix au sommet de l’édifice.
La Sainte-Croix demeure ainsi privée de croix et, convertie en musée,
l’église est fermée à la prière, au culte et aux cérémonies religieuses.
En sa qualité d’Etat membre du Conseil de l’Europe, la Turquie
est soumise au respect scrupuleux de l’ensemble des engagements
et obligations qui en découlent; par ailleurs, elle ambitionne depuis
longtemps de parvenir à une adhésion définitive à l’Union européenne.
Elle est, notamment, partie à la Convention culturelle européenne
et à la Convention pour la sauvegarde du patrimoine architectural
de l’Europe.
Compte tenu de ce qui précède, l’Assemblée parlementaire invite
la Turquie à prendre les mesures suivantes, conformément à ses obligations
internationales et à l’identité européenne à laquelle elle aspire:
- en s’inspirant de l’admirable
exemple d’intégrité et de conduite donné par la République fédérale d’Allemagne
au cours de l’après-guerre, de regarder l’histoire en face et de
reconnaître enfin la réalité toujours présente du génocide arménien
et des expropriations qui l’ont accompagné, de procéder aux restitutions
qui conviennent à un pays européen et de parvenir ainsi, en suivant
la voie de la vérité, à la réconciliation;
- d’offrir des perspectives d’avenir et de fournir un plan
d’action dignes d’une Turquie véritablement et pleinement européenne,
qui comprennent le règlement complet des questions relatives à la
liberté d’expression et à l’évocation du génocide par l’Etat, la
société et le système éducatif, à la liberté de conscience, à la
libre formation des séminaristes, ainsi qu’à la restauration des
édifices religieux et autres sites culturels et à leur restitution
aux Arméniens et aux autres communautés minoritaires concernées;
- notamment, de procéder en toute bonne foi à un inventaire
intégré du patrimoine culturel arménien et autre détruit ou tombé
en ruine au cours du siècle dernier, en s’appuyant sur celui-ci
pour élaborer une stratégie de restauration prioritaire des capitales,
églises, châteaux forts, cimetières et autres trésors de l’Antiquité
et du Moyen Age, situés dans la partie historique de l’Arménie,
et de rendre pleinement opérationnels les établissements culturels
et religieux précités;
- et, enfin, de lancer la célébration tant attendue du patrimoine
culturel arménien, fondée sur une normalisation complète des relations
turco-arméniennes, elle-même ancrée dans une acceptation de l’histoire,
un règlement pacifique de l’ensemble des questions en souffrance
et une parfaite européanisation de leurs rapports.
L’Assemblée invite également la commission de suivi, dans
le cadre du dialogue postsuivi sur le respect des engagements et
obligations de la Turquie, à accorder une attention constante à
la reconnaissance, la restauration et la restitution de notre patrimoine
européen commun, comme le propose la présente résolution.