L’intégrisme islamique est une source d’inspiration pour des attaques violentes ou terroristes qui ont frappé l’Europe et le monde dans les dernières décennies. Il faut se garder de toute confusion entre l’islam en tant que foi religieuse et l’intégrisme islamique en tant qu’idéologie, qui promeut un modèle de société incompatible avec les valeurs des droits de l’homme et les normes de la démocratie. Le choc des civilisations entre l’islam et l’Occident n’existe pas; mais il existe un choc entre l’idéologie politique de l’intégrisme islamique et l’idéologie de la démocratie et des droits de l’homme sur laquelle sont fondés les Etats européens.
Les communautés musulmanes européennes et les pays membres du Conseil de l’Europe devraient travailler de concert pour réduire le potentiel d’attraction que l’intégrisme islamique exerce indéniablement sur les musulmans européens. Une série de mesures concrètes devraient être prises afin de prévenir la discrimination, condamner et combattre l’islamophobie, agir contre le discours haineux et assurer le respect des droits de l’homme et du principe de la primauté du droit dans l’exécution des mesures antiterroristes, tout en évitant que les musulmans ordinaires qui professent leur religion de manière pacifique en pâtissent. En même temps, les organisations, les dirigeants et les leaders d’opinion musulmans européens devraient condamner clairement le terrorisme et l’extrémisme, et devraient encourager les musulmans à participer pleinement à la société sans mettre en question la laïcité de la société et des institutions du pays dans lequel ils vivent.
Sans prétendre offrir une vue d’ensemble exhaustive, je me propose de fournir quelques informations essentielles sur les communautés musulmanes dans certains Etats membres du Conseil de l’Europe.
En Belgique comme en Allemagne, l’arrivée d’une population musulmane trouve ses origines dans des accords visant à favoriser l’immigration pour des raisons de travail, conclus avec l’Algérie, le Maroc, la Tunisie et la Turquie. Actuellement, les musulmans représentent 4 % de la population du pays, dont la plupart sont des Marocains de souche, suivis par les Turcs.
L’Exécutif des musulmans de Belgique (EMB) est l’interlocuteur officiellement reconnu par l’Etat en matière de culte musulman. Il est responsable de l’enseignement religieux dans les écoles, de la formation des imams et de la nomination des aumôneries dans les hôpitaux et dans les prisons. L’EMB est loin de faire l’unanimité au sein de la communauté musulmane belge, et sa représentativité ainsi que son efficacité ont parfois été mises en question.
L’Etat belge finance les salaires des imams ainsi que l’entretien des mosquées. Depuis janvier 2005, la région flamande a ajouté des conditions pour que les mosquées puissent bénéficier de financements publics, telles que l’utilisation de la langue néerlandaise, une plus grande tolérance pour les femmes et les homosexuels et l’interdiction de prêcher des idées extrémistes.
La législation en matière d’acquisition de la nationalité est assez libérale et beaucoup d’immigrés ont été naturalisés à la suite de la durée de résidence légale dans le pays. Par contre, la question du droit de vote actif et passif dans les élections municipales (reconnu en 2004 pour ceux qui remplissent certaines conditions de résidence légale) a été l’objet de beaucoup de controverses.
La population musulmane de France s’élève à plus de 4 millions, dont la plupart sont d’origine maghrébine (1 550 000 d’origine algérienne, 1 million d’origine marocaine et 350 000 d’origine tunisienne). Les autres musulmans proviennent du Proche-Orient, de Turquie (plus de 400 000 personnes), de l’Afrique subsaharienne et d’Asie. En plus, il y a environ 40 000 convertis.
Depuis des années, la France est engagée dans une réflexion sur les questions d’intégration et sur le concept de laïcité face à la liberté d’expression religieuse, ce qui a étendu le débat public et politique au port de symboles religieux dans les lieux publics. Ce débat s’est ouvert après que des jeunes filles voilées ont été renvoyées d’écoles publiques.
C’est à l’initiative du gouvernement – et non des communautés musulmanes elles-mêmes – qu’on a créé le Conseil français du culte musulman (CFCM), l’institution qui agit comme interface de l’Etat et qui est responsable des nominations d’aumôniers dans les hôpitaux et les prisons, de la construction des mosquées, des fondations pour les œuvres de l’islam, etc. Parmi les organisations représentées par ce conseil, il y a l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF) et le Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF). Comme son équivalent en Belgique, le Conseil français du culte musulman est parfois contesté pour sa légitimité représentative inefficace et insuffisante.
En Allemagne, la population musulmane est d’environ 3,5 millions, dont 70 % sont d’origine turque. Beaucoup d’entre eux sont arrivés grâce à des accords spéciaux négociés pendant les années 1960 pour faire face à la carence de main-d’œuvre locale. Du fait des critères restrictifs en matière d’acquisition de la citoyenneté sur la base de la législation en vigueur jusqu’en 2000, seulement 400 000 d’entre eux (y compris les deuxième et troisième générations) ont la citoyenneté allemande.
Il n’existe pas d’organisation officielle unique qui représente les communautés musulmanes dans les relations avec l’Etat fédéral. Il y a, par contre, des groupes qui se considèrent comme les défenseurs des intérêts des musulmans à l’échelle nationale, tels que Islamrat für die Bundesrepublik Deutschland, Zentralrat der Muslime in Deutschland, Föderation der Aleviten Gemeinden in Deutschland, entres autres.
Du fait de l’absence d’une représentation politique unique – et à la différence d’autres religions – l’islam ne remplit pas les conditions pour bénéficier de certains privilèges prévus par la législation fédérale pour son administration interne ainsi que sur le plan financier. Ces questions, impliquant l’enseignement religieux dans les écoles et la construction de mosquées, sont réglées au niveau des Etats fédérés, non sans difficultés.
De récents sondages d’opinion montrent une détérioration de l’image de l’islam et des musulmans en Allemagne. Cependant, le taux de chômage parmi les musulmans de deuxième génération – même s’il est plus haut que la moyenne de la population – est deux à trois fois plus bas qu’en France, en Belgique ou aux Pays-Bas.
Aux Pays-Bas également, le débat sur l’intégration des immigrés et surtout sur la compatibilité des valeurs musulmanes et néerlandaises – telles que la laïcité, l’égalité hommes-femmes, l’acceptation de l’homosexualité – dure depuis des années et a été marqué par des événements qui ont choqué l’opinion publique, notamment l’assassinat du metteur en scène Theo van Gogh en 2002. Le concept du multiculturalisme est de plus en plus remis en question, et il semble que des sentiments anti-immigrés ou antimusulmans vont croissant dans l’opinion publique et dans le discours politique.
Il y a environ 700 000 musulmans aux Pays-Bas, ce qui représente presque 5 % de la population. Les principaux pays d’origine sont la Turquie et le Maroc, suivis par le Surinam, l’Irak et la Somalie. Cette population est concentrée dans les plus grands centres urbains des Pays-Bas, et certains d’entre eux tels que Rotterdam et Amsterdam – pourraient devenir des villes à majorité musulmane dans les prochaines décennies.
Comme en Allemagne, il n’y a pas d’organisation unique qui agit comme interface du gouvernement. Les deux principales organisations musulmanes sont le Groupe de contact pour les musulmans et le gouvernement (Contactorgaan Moslems en de Overheid, CMO), qui représente environ 500 000 personnes, et le Groupe de contact islam (Contact Groep Islam, CGI), qui en représente 115 000.
En 2003, les Pays-Bas ont adopté une législation sur la formation des imams, qui prévoit qu’ils parlent la langue du pays et en respectent les valeurs. Depuis 2005, des programmes pour la formation des imams ont été établis à l’université libre d’Amsterdam.
La population musulmane du Royaume-Uni est d’environ 1,5 million, dont la plupart sont d’origine asiatique (Pakistan et Bangladesh). Elle comporte aussi bon nombre d’Arabes, de Kurdes, de Nigériens, de Turcs et de Chypriotes turcs ainsi que des réfugiés d’Iran, d’Irak, d’Afghanistan, de Somalie et des Balkans. Les convertis à l’islam seraient entre 5 000 et 10 000.
Il n’y a pas d’organisation unique avec un rôle officiel, même si le Conseil musulman (Muslim Council of Britain, MCB) constitue le plus grand réseau, comptant quelque 380 associations plus petites.
L’Etat finance des écoles privées musulmanes. Plus de 500 mosquées sont régulièrement enregistrées et il existe probablement autant de mosquées non enregistrées. Il semblerait que seulement 30 % des imams qui exercent dans le pays y aient aussi reçu une formation.
Commission chargée du rapport: commission des questions politiques.
Renvoi en commission: Doc. 10705 et Renvoi no 3145 du 7 octobre 2005.
Projets de résolution et de recommandation adoptés à l’unanimité le 12 mars 2008.
Membres de la commission: M. Göran Lindblad (Président), M. David Wilshire (Vice-Président), M. Björn von Sydow (Vice-Président), Mme Kristiina Ojuland (Vice-Présidente), Mme Fátima Aburto Baselga, M. Miloš Aligrudić, M. Claudio Azzolini, M. Denis Badré, M. Ryszard Bender, M. Fabio Berardi, M. Radu Mircea Berceanu, M. Andris Bērzinš, M. Aleksandër Biberaj, Mme Guðfinna Bjarnadóttir, M. Giorgi Bokeria, M. Predrag Bošković, M. Luc Van den Brande, M. Mevlüt Çavuşoğlu, M. Lorenzo Cesa, Mme Elvira Cortajarena, Mme Anna Čurdová, M. Rick Daems, M. Dumitru Diacov, M. Michel Dreyfus-Schmidt, Mme Josette Durrieu, M. Frank Fahey, M. Joan Albert Farré Santuré, M. Pietro Fassino, M. Per-Kristian Foss, Mme Doris Frommelt, M. Jean-Charles Gardetto, M. Charles Goerens, M. Andreas Gross, M. Davit Harutyunyan, M. Joachim Hörster, Mme Sinikka Hurskainen, M. Tadeusz Iwiński, M. Bakir Izetbegović, M. Michael Aastrup Jensen, Mme Birgen Keleş, M. Victor Kolesnikov, M. Konstantin Kosachev, Mme Darja Lavtižar-Bebler, M. René van der Linden, M. Eduard Lintner, M. Dariusz Lipiński, M. Younal Loutfi, M. Mikhail Margelov, M. Dick Marty, M. Frano Matušić, M. Mircea Mereuţă, M. Dragoljub Mićunović, M. Jean-Claude Mignon, Mme Nadezhda Mikhailova, M. Aydin Mirzazada, M. João Bosco Mota Amaral, Mme Natalia Narochnitskaya, Mme Miroslava Němcová, M. Zsolt Németh, M. Fritz Neugebauer, M. Hryhoriy Omelchenko, M. Theodoros Pangalos, M. Aristotelis Pavlidis (suppléant: M. Nikolaos Dendias), M. Ivan Popescu, M. Christos Pourgourides, M. John Prescott (suppléant: M. John Austin), M. Gabino Puche, M. Jeffrey Pullicino Orlando, M. Andrea Rigoni, Lord Russell-Johnston (suppléant: M. Denis MacShane), M. Oliver Sambevski, M. Samad Seyidov, M. Leonid Slutsky, M. Rainder Steenblock, M. Zoltán Szabó, M. Mehmet Tekelioğlu, M. Han Ten Broeke, Lord Tomlinson, M. Mihai Tudose (suppléante: Mme Florentina Toma), M. José Vera Jardim, Mme Birutė Vėsaitė, M. Wolfgang Wodarg, Mme Gisela Wurm, M. Boris Zala.
Ex officio: MM. Mátyás Eörsi, Tiny Kox.
N.B. Les noms des membres qui ont pris part à la réunion sont indiqués en gras.
Voir 13e séance, 15 avril 2008 (adoption des projets de résolution et de recommandation amendés); et Résolution 1605 et Recommandation 1831.