C Exposé des motifs, par M. Kent Olsson
1. Depuis 1967, l’Assemblée parlementaire
a tenu six débats sur le tourisme sur la base de neuf rapports et
quatre avis présentés par ses commissions qui s’occupent de l’environnement,
des pouvoirs locaux, des questions économiques, de l’agriculture
ainsi que de la culture et de l’éducation. Trois directives, trois résolutions
et quatre recommandations ont été adoptées.
2. La commission de la culture, de la science et de l’éducation
a présenté un avis sur «la coopération européenne dans le domaine
du tourisme» en juin 1977, un rapport sur «l’Année européenne du
tourisme: considérations culturelles» en septembre 1990 et un autre
avis sur le thème «exploiter le potentiel du tourisme en Europe»
en mai 2002.
3. Outre l’élaboration de ces documents, notre commission s’est
intéressée au tourisme, directement ou indirectement, dans de nombreux
autres rapports sur des questions comme les itinéraires européens
de pèlerinage (devenus à présent les itinéraires culturels du Conseil
de l’Europe), le patrimoine culturel de l’Europe centrale et orientale,
la conservation du patrimoine ou «L’Europe, un patrimoine commun»
– campagne menée par le Conseil de l’Europe en 1999-2000 –, les
incitations fiscales à la conservation du patrimoine culturel et
la gestion privée des biens culturels.
4. Notre souci a toujours été de trouver un équilibre entre les
atouts culturels du tourisme et la nécessité de protéger le patrimoine
culturel et naturel des touristes qu’il attire. La construction
d’une réplique de la grotte de Lascaux en vue de protéger la vraie
grotte du tourisme de masse en est une bonne illustration.
5. Cette position est soulignée dans des travaux connexes sur
le tourisme culturel menés par d’autres organisations. Citons, par
exemple, le Code mondial d’éthique du tourisme de l’Organisation
mondiale du tourisme (OMT) (1999), la Charte internationale du tourisme
culturel de l’Icomos (1999) et les travaux du Réseau européen du
tourisme culturel ainsi que d’Europa Nostra, qui a publié une note
de position intitulée «encouragement of cultural tourism and the
mitigation of its effects» (la promotion du patrimoine culturel
et l’atténuation de ses incidences négatives) (2006). Les récents
instruments élaborés par le Conseil de l’Europe sont la Convention
européenne du paysage (STE no 176) et la Conventioncadre sur la
valeur du patrimoine culturel pour la société (STCE no 199). Le
Congrès est également actif dans ce domaine, comme en témoigne le
rapport sur le tourisme culturel que préparent actuellement M. Krug
(Allemagne) et Mme Bolan (Royaume-Uni).
6. Six ans après le dernier débat de l’Assemblée, M. Mendes Bota
et la commission des questions économiques et du développement présentent
un nouveau rapport sur le tourisme. La commission de la culture,
de la science et de l’éducation félicite le rapporteur et salue
son rapport qui aborde plusieurs questions intéressant la commission.
7. En 1990 déjà, l’Assemblée déplorait que, au cours des années
qui venaient de s’écouler, le tourisme fût devenu un phénomène de
masse insuffisamment contrôlé, risquant d’entraîner la dégradation
des paysages et de l’environnement, l’érosion des sols, la pollution
de l’eau, l’altération des cultures et la perte des identités culturelles.
La commission approuve, par conséquent, l’appel à promouvoir un
tourisme de qualité, par opposition au tourisme de masse, qui puisse
prévenir des dommages irréversibles au patrimoine culturel et favoriser
le développement durable.
8. La commission convient, en outre, qu’une partie des revenus
engendrés par le tourisme devrait servir à entretenir les «attractions
touristiques» culturelles, afin notamment de réparer les dommages
infligés aux monuments et aux paysages mais aussi de garantir que
son développement est approprié et durable en termes culturels.
9. Cette remarque ne s’applique pas uniquement à l’action gouvernementale
visant à sauvegarder les monuments nationaux. Il convient de mettre
en place des partenariats public-privé. Il faut encourager les particuliers,
les organisations et les petites entreprises à investir pour render
accessible aux touristes culturels un plus large éventail de sites,
de musées et galeries, d’infrastructures et d’édifices.
10. Un autre secteur important du tourisme de qualité est la gastronomie,
qui doit conserver ses spécialités locales et régionales. Cette
question devrait faire l’objet d’une étude distincte.
11. Le développement de la qualité dans le tourisme culturel peut
présenter de nombreux avantages qui ne sont pas facilement quantifiables
en termes économiques, comme une sensibilisation accrue du public
à la diversité culturelle ou bien la promotion du dialogue interculturel.
Il peut aussi étendre l’impact du tourisme sur l’infrastructure
locale et diversifier la gamme des services fournis.
12. La commission relève en outre avec intérêt la popularité croissante
des grandes expositions d’art et des émissions télévisées sur les
voyages, qui rendent plus facile et plus satisfaisant l’accès du
public aux événements culturels.
13. Nous prenons acte, en particulier, des améliorations que les
nouvelles techniques ont apportées au tourisme et notamment à la
qualité du tourisme culturel, en rendant moins dérangeantes les
visites guidées d’expositions ou en facilitant l’élaboration de
matériels multilingues, par exemple. Dans ce contexte, nous continuons
à déplorer la discrimination dont sont victimes les guides touristiques
étrangers.
14. Les gouvernements devraient fournir des conseils, une assistance
ou un soutien financier (par le biais de subventions ou d’incitations
fiscales) à cette fin, comme c’est déjà le cas dans plusieurs Etats
membres du Conseil de l’Europe. De manière générale, une coopération
plus étroite est nécessaire entre toutes les parties prenantes.
15. Il faut, toutefois, reconnaître que le tourisme culturel peut
être en soi un moyen viable de soutenir les économies locales en
sauvegardant les traditions culturelles, l’artisanat et les activités
locales qui risqueraient autrement de disparaître. Baroness Hooper
prépare actuellement un rapport sur les métiers anciens et traditionnels.
Il importe d’insister sur la qualité et l’authenticité, et d’éviter
la promotion artificielle des arts populaires (nombre de produits
touristiques bon marché vendus dans toute l’Europe sont estampillés «Fabriqué
en Chine»).
Commission chargée du rapport: commission des questions
économiques et du développement.
Commission saisie pour avis: commission de la culture, de
la science et de l’éducation.
Renvoi en commission: Doc. 11069 et Renvoi no 3316 du 16 mars 2007 (modification du Renvoi
no 3290 du 22 janvier 2007).
Avis approuvé par la commission le 17 avril 2008.
Voir 18e séance, 18 avril 2008 (adoption du projet de recommandation
amendé); et Recommandation
1835.