Détournement de la justice pénale en Arménie
Proposition de résolution
| Doc. 12060
| 13 octobre 2009
- Signataires :
- M. Göran LINDBLAD,
Suède, PPE/DC ; M. Viorel Riceard BADEA,
Roumanie, PPE/DC ; M. Gvozden Srećko FLEGO,
Croatie, SOC ; M. György FRUNDA,
Roumanie, PPE/DC ; M. Michael Aastrup JENSEN,
Danemark, ADLE ; M. Mogens JENSEN,
Danemark, SOC ; Mme Corien W.A. JONKER,
Pays-Bas, PPE/DC ; M. Jan KAŹMIERCZAK,
Pologne, PPE/DC ; Mme Elvira KOVÁCS,
Serbie, PPE/DC ; M. Pieter OMTZIGT,
Pays-Bas ; Mme Zaruhi POSTANJYAN,
Arménie ; Mme Marietta de POURBAIX-LUNDIN,
Suède, PPE/DC ; M. Christos POURGOURIDES,
Chypre, PPE/DC ; M. Kimmo SASI,
Finlande, PPE/DC ; M. Egidijus VAREIKIS,
Lituanie, PPE/DC
Cette proposition n'a pas été examinée par l'Assemblée et n'engage que ses signataires.
Rappelant ses rapports et résolutions antérieurs sur l'Arménie,
et en particulier ses Résolutions
1304 (2002), 1361 (2004), 1374 (2004), et 1405 (2004), qui énoncent
une série d'exigences concrètes visant à obtenir de l'Arménie la
pleine mise en œuvre de la réforme de son appareil judiciaire afin
de garantir, notamment, l'indépendance totale de celui-ci;
Rappelant également sa Résolution
1609 (2008) sur le fonctionnement des institutions démocratiques
en Arménie, ainsi que ses Résolutions
1620 (2008), 1643 (2009) et 1677 (2009), qui énoncent plusieurs
points spécifiques que les autorités arméniennes sont invitées à
appliquer pour rétablir le fonctionnement des institutions démocratiques
dans le pays;
Profondément préoccupée par les nombreux rapports et allégations,
y compris les rapports de diverses organisations internationales
de défense des droits de l'homme faisant état de détournements,
à des fins politiques, de la justice pénale constatés ces dernières
années et qui continuent d'être commis en Arménie;
Constatant également que le nombre de requêtes contre la République
d'Arménie déposées par des citoyens de ce pays devant la Cour européenne
des droits de l'homme augmente rapidement, et tout spécialement depuis
un an;
Profondément inquiète de nouvelles poursuites pénales lancées
sur la base du témoignage d'un seul policier contre le représentant
de l'Association de Helsinki pour les droits de l'homme, M. Arshaluys
Hakobyan, défenseur des droits de l'homme, et contre M. Tigran Arakelyan,
un militant de l'opposition,
L'Assemblée parlementaire déclare que le recours abusif au
système de justice pénale de l'Arménie prend diverses formes, comme
par exemple:
- l'application
arbitraire de dispositions spécifiques érigeant en infraction pénale
des activités légitimes et pacifiques de partis d'opposition, d'organisations
non gouvernementales et de médias indépendants;
- des poursuites arbitraires contre des opposants politiques
et des militants d'organisations de la société civile, des organisateurs
et des participants de manifestations pacifiques et des journalistes;
- des poursuites en justice arbitraires contre les membres
des familles des dirigeants et contre des militants de partis et
mouvements d'opposition;
- des actions en justice contre les avocats qui défendent
les représentants de l'opposition politique;
- la condamnation arbitraire d'opposants politiques, à l'issue
de procès inéquitables, invoquant notamment des dispositions pénales
générales telles que la calomnie, le blanchiment de fonds, le détournement
de fonds ou la fraude fiscale;
- des violences commises par les forces de sécurité à l'encontre
de manifestants pacifiques, y compris les jeunes;
- le refus, pour des raisons politiques, d'enquêter correctement
et d'intenter des procès en rapport avec les agissements criminels
d'agents de l'Etat à l'encontre de membres de l'opposition, y compris
les violences commises par les forces de l'ordre contre des manifestants
pacifiques.
L'Assemblée prie instamment les autorités arméniennes:
- d'apporter des changements structurels
à son système de justice pénale afin de le conformer aux normes
internationales des droits de l'homme et aux principes de la primauté
du droit et, en particulier, de garantir l'indépendance du pouvoir
judiciaire;
- d' ouvrir des enquêtes et de tenir pour personnellement
responsables les fonctionnaires, y compris les représentants du
pouvoir judiciaire, qui ont ordonné à des fins politiques des détournements
de la justice pénale ou y ont participé;
- de veiller à la réhabilitation et à l'indemnisation intégrale
des victimes des cas avérés de détournements, à des fins politiques,
de la justice pénale.
L'Assemblée encourage par ailleurs:
- les juges, procureurs et policiers de l'Arménie à se souvenir
que le système judiciaire est une branche indépendante du pouvoir
et non une institution au service du pouvoir et à s'abstenir, autant
que possible, de participer aux détournements de la justice pénale
à de telles fins;
- les défenseurs arméniens et internationaux des droits
de l'homme à établir, avec transparence et objectivité, un relevé
des victimes et des auteurs de détournements de la justice pénale
à des fins politiques;
- les Etats membres du Conseil de l'Europe, par le biais
de leur représentation diplomatique à Erevan, à user de leur influence
pour veiller à ce que les autorités arméniennes s'abstiennent de
détourner la justice pénale à des fins politiques.
Etant donné l'importance de cette question, l'Assemblée recommande
également d'envisager la nomination d'un rapporteur spécial chargé
de réaliser un examen approfondi, indépendant et impartial du fonctionnement du
système de justice pénale en Arménie.