Les activités de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en 2009-2010
Contribution
| Doc. 12360
| 24 septembre 2010
- Commission
- (Ancienne) Commission de l'environnement, de l'agriculture et des questions territoriales
- Rapporteur :
- M. Axel FISCHER,
Allemagne, PPE/DC
- Origine
- Renvoi en commission: mandant
permanent. Commission saisie du rapport: commission des questions économiques
et du développement. Voir Doc.
12340. Contribution approuvée par la commission le 17
septembre 2010. 2010 - Quatrième partie de session
- Thesaurus
1 Conclusions
La commission de l’environnement, de l’agriculture et des
questions territoriales félicite la commission des questions économiques
et du développement, et particulièrement le rapporteur, M. Moscoso
del Prado Hernández, pour son rapport sur les activités de l’OCDE
en 2009-2010. Il s’agit, en effet, d’un rapport exhaustif qui aborde
les questions majeures concernant les perspectives de l’économie
mondiale et qui se penche aussi sur les secteurs d’activité spécifiques
de l’OCDE.
Toutefois, les questions de l’environnement devraient bénéficier
d’une attention accrue, car c’est l’avenir même de la civilisation
qui dépend de la manière dont nous saurons aujourd’hui préserver
l’environnement.
2 Amendement proposé au projet de résolution provisoire
Dans le projet de résolution provisoire, insérer les paragraphes
suivants:
«1. L’Assemblée élargie salue les travaux menés par l’OCDE
dans le domaine de l’environnement et se félicite que l’on prenne
conscience du fait que la sortie de la crise économique dépend de
la mise en place de nouvelles sources de croissance respectueuses
de l’environnement.
2. Dans ce contexte, elle salue le lancement de la Stratégie
pour une croissance verte, qui met en évidence les principaux obstacles
à surmonter afin de susciter une croissance économique à la fois
forte et écologiquement durable et qui propose en même temps aux
décideurs politiques des outils pratiques pour assurer la transition
vers une économie plus verte.
3. L’Assemblée élargie insiste pour que des mesures concrètes
soient rapidement prises, notamment en ce qui concerne la réforme
des subventions préjudiciables à l’environnement (par exemple les
combustibles fossiles), la suppression des obstacles aux échanges
de biens et services environnementaux, le soutien à l’innovation
(dans le respect du principe de précaution appliqué au développement
de toute nouvelle technologie dont on ne connaît pas avec certitude
les effets sur l’environnement) et à la diffusion des technologies
propres et une harmonisation des moyens d’action au niveau international.
4. Elle propose d’élaborer de nouveaux outils de mesure du
bien-être, non plus axés sur le seul bien-être matériel, mais prenant
également en compte la qualité de l’environnement et la qualité
de vie. Dans ce contexte, elle rappelle la Recommandation 1885 (2009)
sur l’élaboration d’un protocole additionnel à la Convention européenne
des droits de l’homme relatif au droit à un environnement sain et
recommande au Comité des Ministres de prendre toutes les mesures
pour élaborer cet instrument le plus rapidement possible.
5. L’Assemblée élargie souligne en même temps la nécessité
de parvenir à un accord international sur les gaz à effet de serre,
afin d’engager le plus grand nombre de pays à mettre en place une
réduction conséquente.»
3 Exposé des motifs
1. Comme le mentionne déjà le rapport de la commission
des questions économiques et du développement, la réponse stratégique
à la crise économique comporte trois grands thèmes: une croissance plus
forte, une croissance plus juste et une croissance plus propre.
En effet, passer à un nouveau modèle de gestion de l’énergie et
des ressources représente le seul moyen de revenir à une croissance
qui soit réellement durable dans le vrai sens du terme.
2. Le rapport de M. Moscoso del Prado Hernández affirme clairement
que l’on ne devrait pas faire d’investissements qui ne respectent
pas l’environnement uniquement pour soutenir l’économie, car ils contiennent
des coûts cachés pour les générations futures. On ne pourrait pas
mieux synthétiser un impératif dont dépend l’avenir même de la société,
telle que nous la connaissons.
3. Dans son avant-propos au Rapport intérimaire de la Stratégie
pour une croissance verte (Paris, 27-28 mai 2010), le Secrétaire
général de l’OCDE, M. Ángel Gurría, soulignait que la sortie de
la plus grave crise économique qu’il nous ait jamais été donné de
connaître dépend de la mise en place de nouvelles sources de croissance
et que deux possibilités peuvent être notamment mises à profit:
l’innovation et la croissance verte.
4. C’est, par ailleurs, la raison pour laquelle a été lancée
la Stratégie pour une croissance verte. L’OCDE a une longue expérience
dans l’étude de l’environnement sous l’angle économique (notamment
en ce qui concerne le changement climatique, la biodiversité, l’eau,
l’éco-innovation, la productivité des ressources, les déchets, la
sécurité des produits chimiques, les biotechnologies et les nanomatériaux,
les transports, l’agriculture, etc.). Le programme horizontal de
travail de l’OCDE sur le développement durable est à la base d’analyses
coordonnées sur les questions économiques, environnementales et
sociales, et vise aussi l’intégration des perspectives à long terme
dans tous les programmes de travail de l’organisation. Dans le cadre
de sa réunion annuelle d’experts du développement durable, l’OCDE
veille à la prise en compte du développement durable en examinant
et en analysant pays par pays les statistiques et les politiques
suivies, ce qui lui permet de mettre en place les politiques à venir.
Les experts supervisent également les projets spécifiques liés au
développement durable, tels que les méthodes à appliquer pour mesurer
le développement durable, et passent en revue les bonnes pratiques
de gouvernance pour l’institutionnalisation du développement durable
et pour les stratégies nationales de développement durable.
5. Forte de cette expérience, l’OCDE doit aujourd’hui recourir,
selon M. Gurría, à une large panoplie intégrée d’instruments d’action
pour susciter une croissance verte vigoureuse.
6. La Stratégie de l’OCDE pour une croissance verte met en évidence
les principaux obstacles à surmonter et propose aux décideurs des
outils pratiques pour assurer la transition vers une économie plus
verte.
7. La croissance verte représente aujourd’hui le seul moyen de
poursuivre la croissance économique et le développement, tout en
prévenant la dégradation de l’environnement, l’appauvrissement de
la biodiversité et l’exploitation non viable des ressources. Elle
prend appui sur des initiatives lancées dans de nombreux pays soucieux
de parvenir à un développement plus durable, et vise à identifier
des sources plus propres de croissance, tout en tirant parti des
possibilités de développer de nouveaux secteurs d’activité, technologies
et emplois verts, et en gérant les changements structurels qu’impliquera
la transition vers une économie plus verte.
8. Il faudra prévoir de nouveaux outils de mesure du bien-être,
non plus axés sur le seul bien-être matériel, mais prenant également
en compte la qualité de l’environnement, la rareté des ressources
naturelles et la qualité de vie. Dans ce contexte, il est particulièrement
important de soutenir la Recommandation 1885 (2009) de l’Assemblée
parlementaire sur l’élaboration d’un protocole additionnel à la
Convention européenne des droits de l’homme relatif au droit à un
environnement sain. Ce nouveau protocole sera ainsi en parfaite concordance
avec le principe 1 de la Déclaration de la Conférence des Nations
Unies sur l’environnement de 1972 (Déclaration de Stockholm), qui
stipulait que «l’homme a un droit fondamental à la liberté, à l’égalité
et à des conditions de vie satisfaisantes, dans un environnement
dont la qualité lui permette de vivre dans la dignité et le bien-être».
9. La croissance verte ne doit donc pas être considérée comme
une simple réponse à court terme à la crise, mais comme partie intégrante
d’une dynamique de transformation complexe des procédés de production et
des comportements de consommation.
10. Dans le cadre d’action défini par la stratégie, l’application
des politiques de croissance verte devrait contribuer à une plus
grande intégration économique, à la coopération technologique et
à la réduction des pressions sur les ressources environnementales
mondiales non renouvelables. Parmi les mesures concrètes à prendre,
il est important de faire payer la pollution ou la surexploitation
d’une ressource rare en ayant recours à des mécanismes tels que
taxes, redevances sur les ressources naturelles ou permis échangeables.
Aussi, l’interdiction totale de certaines activités apparaît indispensable
(par exemple, production et utilisation de produits chimiques toxiques).
11. L’innovation et la diffusion des technologies propres seront
des facteurs déterminants dans la mise en place d’économies vertes.
L’investissement dans des technologies respectueuses de l’environnement
peut devenir une nouvelle source de croissance en soi et s’avérer
doublement gagnant, en favorisant en même temps la protection de
l’environnement et la reprise économique. Pour encourager l’innovation,
il est nécessaire de prendre des mesures d’incitation destinées
aux entreprises qui s’engagent dans des activités vertes, et aussi
d’intervenir au niveau du financement de la recherche fondamentale.
Il est par ailleurs intéressant de constater que, lorsque le prix
du baril de pétrole dépasse 30 dollars des Etats-Unis, l’innovation technologique
des entreprises commence à privilégier davantage les énergies renouvelables
que les énergies fossiles.
12. Le secteur de l’énergie doit être réorienté vers un plus grand
respect de l’environnement. Il est surtout important de développer
et de déployer de nouvelles technologies dans le domaine des énergies renouvelables,
des économies d’énergie et des technologies bas carbone.
13. Il va de soi que le principe de précaution doit être appliqué
pour les nouvelles technologies qui ne sont pas encore totalement
maîtrisées et dont les effets sur l’environnement ne sont pas encore
entièrement connus. A titre d’exemple, on peut se référer aux OGM
(sur lesquels l’Assemblée s’est déjà penchée dans sa
Résolution 1419 (2005) et
qui constituent par ailleurs l’objet de nouveaux travaux en cours
de sa commission de l’environnement, de l’agriculture et des questions
territoriales) et surtout aux nanotechnologies, qui feront probablement
l’objet d’un rapport futur de la même commission. En effet, actuellement,
les nanotechnologies représentent un domaine phare de la recherche
de pointe en physique, en électronique, en chimie ou encore en biologie.
Cependant, peu de données sont disponibles concernant le comportement
des nanomatériaux dans l’environnement et les effets qu’ils pourraient
engendrer à long terme. Les nanoparticules peuvent être très facilement
dispersées dans le milieu atmosphérique et ainsi parcourir de longues
distances avant de se déposer. C’est pourquoi elles peuvent par
exemple se retrouver dans des eaux de surface, à la suite du ruissellement
et au lessivage de sols contaminés, au dépôt de nanoparticules transportées
par voie atmosphérique ou à un déversement accidentel. Actuellement,
aucune information n’est disponible sur la capacité de dégradation
des nanoparticules. C’est pourquoi les nanotechnologies, bien que
très prometteuses, ne devraient continuer à être développées qu’à
la condition de mieux connaître et tenir compte des risques potentiels
sur l’environnement.
14. L’élimination des barrières qui entravent actuellement la
transition vers des économies plus vertes est certainement déterminante,
notamment la réforme des subventions préjudiciables à l’environnement,
la suppression des obstacles aux échanges de biens et services environnementaux,
et le renforcement de la cohérence des moyens d’action. Le rapport
intérimaire de l’OCDE de mai 2010 a déjà mis l’accent sur la nécessité
de réformer les subventions aux combustibles fossiles qui sont dommageables
à l’environnement.
15. La réduction des émissions de gaz à effet de serre occupe
une position prioritaire dans les voies à emprunter pour aboutir
au développement durable et à la lutte contre les effets du changement
climatique. Dans ce contexte, la commission salue l’appel lancé
par l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni, qui ont préconisé
de porter à 30 % à l’horizon 2020 l’objectif de réduction des émissions
de gaz à effet de serre de l’Union européenne par rapport aux niveaux
de 1990. En fait, parvenir à un accord sur les gaz à effet de serre, qui
engagerait un nombre de pays assez important pour assurer des progrès
suffisants, apparaît aujourd’hui indispensable. La commission espère
que le Sommet mondial sur le climat qui se tiendra à Cancún, au Mexique,
du 29 novembre au 10 décembre 2010, marquera des avancées concrètes
dans cette direction.
16. La commission se réjouit par ailleurs de l’organisation du
Forum mondial de l’OCDE sur l’environnement en octobre 2010 à Mechelen,
en Belgique, et espère que les travaux donneront un nouvel élan
aux activités de l’OCDE pour la préservation de l’environnement
et pour le développement durable.