B Exposé
des motifs, par M. Mota Amaral, rapporteur
1 Introduction
1. Traditionnellement, les parlementaires ne participent
pas directement au travail diplomatique; ils sont même parfois –
et c’est regrettable – écartés des décisions concernant des questions
clés de politique étrangère. Pour ne donner qu’un exemple, revenons
sur un événement important de ces dernières années: seuls quelques
parlements des Etats membres du Conseil de l’Europe ont été invités
à se prononcer sur la déclaration unilatérale d’indépendance de
l’Assemblée du Kosovo
Note. Dans la grande majorité des
cas, les gouvernements européens qui ont reconnu le Kosovo en tant
qu’Etat indépendant l’ont fait sans même consulter au préalable
les représentants démocratiquement élus des citoyens
Note.
2. Les parlementaires participent évidemment au débat sur les
questions de politique étrangère par les travaux de leurs commissions
des affaires étrangères et l’organisation de débats en la matière,
que ce soit sur des questions d’ordre général ou des questions spécifiques.
Ils peuvent ainsi contester les décisions prises par leur gouvernement,
mais leur contribution à l’orientation de la politique étrangère
menée par leur pays reste encore insuffisante.
3. Les possibilités de s’engager personnellement dans des activités
diplomatiques sont rares, même si, ces derniers temps, des parlementaires
ont participé à des missions diplomatiques ou ont été désignés pour effectuer
des missions de médiation de haut niveau dans des situations de
conflit ou de postconflit. De la même façon, le rôle politique que
peuvent jouer les présidents de parlement dans le contexte des relations
bilatérales et multilatérales reste largement inexploré.
4. On peut cependant affirmer avec certitude qu’au cours des
deux dernières décennies la connaissance qu’ont les parlementaires
nationaux des affaires étrangères s’est améliorée, grâce notamment
au nombre plus élevé d’assemblées parlementaires internationales
ou de groupes interparlementaires et à une extension du champ d’action
de leurs activités. Cette tendance positive va de pair avec le processus
de mondialisation et la nature transnationale des principaux défis
auxquels le monde d’aujourd’hui est confronté.
5. Cette meilleure connaissance, toutefois, n’a pas encore eu
d’impact direct sur les affaires étrangères. Cela peut s’expliquer,
d’une part, par la réticence des gouvernements à donner la possibilité
aux parlementaires de jouer un rôle accru – parlementaires qui,
à la différence des responsables gouvernementaux et des fonctionnaires,
ne sont pas tenus de respecter leurs instructions et risquent donc
de transmettre des messages contraires. Cela peut, d’autre part,
provenir de la nécessité d’approfondir la réflexion sur le concept même
de diplomatie parlementaire, afin de lui donner corps et de le traduire
en actions concrètes, ce qui implique de définir:
- les contextes dans lesquels
utiliser la diplomatie parlementaire;
- les instruments sur lesquels elle pourrait se fonder;
- les objectifs qu’elle devrait viser.
6. Cette réflexion devrait prendre en compte, pour tenter d’y
apporter des solutions, certaines faiblesses au niveau de l’engagement
des parlementaires dans les relations étrangères, et notamment:
- un manque de continuité des
activités internationales que les parlementaires peuvent assurer,
sachant qu’ils sont engagés à la fois au niveau national et dans
des structures internationales, et qu’ils sont parfois membres de
plusieurs délégations parlementaires internationales;
- un défaut de coordination et d’échange d’informations
entre les différentes instances parlementaires, problème particulièrement
pertinent si l’on considère que la prolifération des structures
parlementaires internationales augmente le risque de chevauchement
d’activités et de double emploi.
7. L’objectif du présent rapport est de contribuer à cet effort
de réflexion, sur la base de mon expérience en tant que membre et
ancien président du Parlement portugais et membre de l’Assemblée
parlementaire du Conseil de l’Europe. Le rapport s’inspire également
des conclusions de la Conférence européenne des présidents de parlement
(Tallinn, mai 2006), dont un des thèmes portait sur «La diplomatie
parlementaire – trait d’union entre les pays». Je vais notamment
m’efforcer:
- d’identifier des
moyens de renforcer le rôle des parlements nationaux et des parlementaires
dans les relations étrangères, en complément de la diplomatie traditionnelle;
et
- de recommander des moyens pour renforcer le rôle diplomatique
de l’Assemblée parlementaire.
2 Définitions
utiles
8. Il convient de garder à l’esprit les quelques définitions
suivantes:
- La «diplomatie»
décrit la conduite des relations internationales par l’entremise
de représentants officiels d’Etats ou d’institutions internationales.
Elle couvre un large éventail d’activités et d’approches autour de
l’échange d’informations et de la négociation d’accords, qui sont
très diverses selon les acteurs et les situations concernés.
- La «diplomatie préventive» est l’ensemble des approches
visant un règlement pacifique des différends qui sont mentionnés
à l’article 33 de la Charte des Nations Unies (négociation, enquête,
médiation, conciliation, arbitrage, règlement judiciaire, recours
aux organismes ou accords régionaux, ou autres moyens pacifiques)
et mises en œuvre avant qu’un différend ne franchisse l’étape du
conflit armé.
- La «diplomatie discrète» est une pratique qui fait intervenir
plusieurs Etats ou une tierce partie, à la différence de la diplomatie
traditionnelle conduite par une entité intéressée. Elle se caractérise
par la confidentialité et la discrétion. L’objectif de la diplomatie
discrète est d’instaurer les conditions dans lesquelles les parties
se sentent à l’aise pour agir, et notamment évaluer calmement leurs
positions et intérêts respectifs, examiner les options envisageables
et prendre en compte des conseils indépendants et impartiaux.
- Le «dialogue» est un processus dans lequel s’engagent
mutuellement les parties. Il ne vise pas nécessairement un objectif
précis mais plutôt une meilleure compréhension.
- La «facilitation» fait référence à l’intervention d’une
tierce partie qui fournit un lieu, un espace et un environnement
propices au règlement du différend.
- La«médiation» est
un outil ad hoc et volontaire pour la prévention et le règlement
pacifique des conflits. Le médiateur doit être perçu comme neutre
et être accepté par les parties.
3 Le contexte national
9. Dans les systèmes démocratiques fondés sur la séparation
des pouvoirs, les parlementaires gèrent les relations étrangères
de façon autonome et dans le respect du pluralisme politique.
3.1 Les présidents
des parlements
10. Les présidents des parlements entretiennent un vaste
réseau de relations étrangères, avec des représentants diplomatiques
accrédités dans le pays, mais également d’autres présidents de parlements
et de délégations parlementaires étrangères. Ils effectuent ou supervisent
des visites parlementaires à l’étranger et participent aux travaux
des structures parlementaires internationales, comme l’Union interparlementaire
et nombre d’autres structures.
11. La latitude laissée aux présidents des parlements pour gérer
ces relations dépend dans une grande mesure des coutumes et des
traditions nationales. Toutefois, d’une manière générale, le président
a pour responsabilité de représenter le parlement dans tous les
contacts à haut niveau à l’étranger; afin de préserver le caractère
non partisan de sa fonction, il est normalement accompagné de délégations
formées de parlementaires représentant les différentes forces politiques
présentes au parlement.
3.2 Les groupes d’amitié
parlementaire
12. Le nombre de groupes d’amitié parlementaire a augmenté
régulièrement au cours de ces dernières années.
13. Le but de ces groupes est de promouvoir le dialogue avec les
institutions parlementaires d’un ou de plusieurs pays. A cet effet,
ils cherchent à s’entretenir avec des responsables politiques et
d’autres représentants de leurs Etats partenaires, à échanger des
informations, à confronter des idées et à mettre en commun des expériences.
De plus, la promotion de structures parlementaires démocratiques,
le renforcement des droits de l’homme, la contribution à la gestion
des crises et au droit de regard du parlement sont souvent des éléments
importants de l’activité de ces groupes.
14. En règle générale, les groupes d’amitié sont créés à chaque
législature et leur création est autorisée par le président ou le
bureau du parlement. Des restrictions sont parfois imposées. Ainsi,
en France par exemple, l’établissement d’un groupe d’amitié parlementaire
est subordonné au respect de trois conditions: le pays étranger
doit être membre des Nations Unies, il doit avoir un parlement et
doit entretenir des relations diplomatiques avec la France. Il est
cependant possible de constituer d’autres types de groupes avec
des pays ou entités qui ne satisfont pas à ces conditions. Au Portugal,
il doit y avoir un groupe homologue dans l’Etat partenaire.
15. Les groupes parlementaires sont normalement constitués de
représentants de tous les partis. Les parlementaires rejoignent
ces groupes en fonction de leur intérêt particulier à l’égard des
relations avec l’Etat ou les Etats partenaires. La décision de participer
à un groupe d’amitié parlementaire particulier peut être suscitée
par l’existence de liens personnels, un vif intérêt pour un aspect
particulier de la politique étrangère, le fait que la circonscription
électorale du parlementaire se trouve à proximité de la frontière
nationale du pays en question, ou encore des liens démographiques,
économiques et culturels entre sa circonscription électorale et
l’Etat partenaire.
16. Au cours d’un mandat électoral, les groupes d’amitié parlementaire
peuvent inviter des délégations de parlementaires des pays partenaires
et envoyer des délégations en visite chez leurs collègues, bien
que le nombre de visites puisse être parfois limité. Celles-ci contribuent
à favoriser une meilleure compréhension réciproque et à approfondir
les contacts existants.
3.3 Participation de
parlementaires à des visites à l’étranger de représentants de l’exécutif
17. Dans certains pays, les parlementaires sont souvent
invités à participer à des visites officielles, présidentielles
ou ministérielles, selon les fonctions qu’ils occupent au parlement,
et notamment en tant que présidents ou encore membres de la commission
des affaires étrangères ou d’un groupe d’amitié concerné.
4 Le contexte international
18. Traditionnellement, les visites d’échange bilatérales
tenaient principalement du protocole. Aujourd’hui cependant, de
plus en plus de rencontres sont organisées pour permettre aux parlementaires
de différents pays d’examiner des questions d’intérêt commun, soit
dans le cadre d’une structure interparlementaire, soit dans un cadre
ad hoc.
4.1 L’Union interparlementaire
19. L’Union interparlementaire (UIP) a été créée en 1889
en tant que simple association de parlementaires; elle a ensuite
été réformée pour devenir l’Organisation mondiale des parlements
des Etats souverains. L’UIP compte aujourd’hui 153 membres et huit
membres associés.
20. L’UIP, véritable foyer de la concertation entre législateurs,
constitue une plate-forme unique pour l’observation de la pensée
politique et des évolutions au niveau parlementaire dans le monde.
21. L’adhésion à l’UIP n’est subordonnée à aucune condition, à
l’exception du fait d’être un parlement national d’un Etat souverain;
son statut n’exige pas de ce parlement qu’il ait été élu de façon
démocratique, pas plus qu’il n’est requis des délégations qu’elles
présentent une composition pluraliste ou équilibrée du point de
vue de la représentation hommes/femmes.
22. Malgré des relations privilégiées avec les Nations Unies du
fait de la composition internationale de ses membres et de la nature
des questions qu’elle gère, l’UIP n’a pas de liens structurels avec
l’Organisation des Nations Unies elle-même; partant, elle n’exerce
ni de contrôle sur les activités des Nations Unies, ni de fonction consultative
en son sein.
4.2 Les assemblées
parlementaires internationales
23. Contrairement à l’UIP, les assemblées parlementaires
internationales sont des organes ou des institutions qui relèvent
des organisations gouvernementales internationales; elles exécutent
des tâches spécifiques et interagissent de manière structurelle
avec d’autres instances de l’organisation en question. C’est le
cas pour l’Union de l’Europe occidentale, le Conseil de l’Europe,
l’OSCE et l’OTAN. La complexité de leur fonctionnement interne,
leurs pouvoirs et le rôle qu’elles jouent au sein de l’organisation
peuvent varier considérablement. Le Parlement européen, cas extrême,
est directement élu par les citoyens et est doté de pouvoirs décisionnels
dans l’Union européenne.
24. Au cours des dernières années, il est devenu commun d’inclure
un organe interparlementaire dans toute nouvelle organisation internationale
ou forum de coopération. C’est le cas de l’Assemblée parlementaire
euro-méditerranéenne. En outre, une campagne mondiale est en cours
pour l’établissement d’une assemblée parlementaire des Nations Unies.
4.3 Les réseaux parlementaires
internationaux
25. Au cours de la dernière décennie, plusieurs réseaux
parlementaires internationaux spécialisés ont été créés, afin:
- de faciliter le dialogue entre
les législateurs de divers pays;
- de fournir aux parlementaires des informations techniques
ou de les mettre en contact avec des experts;
- de diffuser les résolutions, propositions et questions
parlementaires ainsi que la législation du monde entier; et
- de susciter des projets conjoints entre parlements.
26. De nombreux observateurs ont vu dans l’augmentation du nombre
de ces structures un lien direct avec le phénomène de la mondialisation.
Ces réseaux couvrent des questions comme la prévention des conflits
et la sécurité humaine, la prolifération et le désarmement nucléaires,
la réduction de la pauvreté, l’éducation, et bien d’autres.
27. Ces réseaux ont été conçus pour renforcer la capacité des
parlementaires à influer au niveau national, ces derniers pouvant
utiliser pleinement le savoir-faire développé à l’étranger et le
mettre en pratique dans des décisions plus éclairées au niveau national.
Ils mettent également en évidence l’intérêt, pour les institutions internationales,
telles que l’UNESCO par exemple, de maintenir un contact étroit
et d’entretenir le dialogue avec les parlementaires nationaux.
4.4 L’Assemblée parlementaire
du Conseil de l’Europe
28. Mentionnons qu’avec ses travaux sur le problème de
la Sarre, dans les années 1950, l’Assemblée parlementaire a en quelque
sorte ouvert la voie à la diplomatie parlementaire, au sens où on
l’entend aujourd’hui.
29. A l’heure actuelle, l’Assemblée est engagée dans la diplomatie
parlementaire à de nombreux égards:
- son Bureau est responsable des relations extérieures de
l’Assemblée et son Président effectue des visites de haut niveau
et jouit d’une totale autonomie de décision en ce qui concerne son
programme de travail et ses priorités;
- elle organise les Conférences européennes des présidents
de parlement, qui réunissent les présidents des parlements des Etats
membres du Conseil de l’Europe, des parlements bénéficiant du statut d’observateur
auprès de l’Assemblée et des assemblées parlementaires internationales.
Les parlements des pays d’Asie centrale et du Maghreb ont également
été invités à y participer;
- elle est engagée dans la coopération parlementaire et
propose des programmes d’assistance qui visent à améliorer le fonctionnement
– et, partant, le rôle politique – des parlements et à apporter
une aide ciblée pour le renforcement des capacités des parlementaires.
Les Parlements serbe et monténégrin ont, par exemple, bénéficié
de tels programmes pour mettre en place des structures parlementaires effectives.
Un programme de coopération et d’assistance est également actuellement
en cours avec le Parlement moldove;
- les rapporteurs effectuent des visites sur le terrain
pour collecter des informations sur la base desquelles sont rédigés
les rapports, les résolutions et les recommandations de l’Assemblée.
Ce faisant, ils établissent des contacts à haut niveau, non seulement
avec d’autres parlementaires mais également avec des représentants
de l’exécutif, du judiciaire, des ONG et de la société civile. Leurs
travaux portent sur des questions problématiques qui concernent
un ou plusieurs Etats et revêtent parfois un caractère urgent. Leur
objectif est de proposer des solutions et, souvent, de mobiliser
l’expertise juridique et technique du secteur intergouvernemental
du Conseil de l’Europe, afin d’aider les Etats à surmonter des situations
difficiles;
- le mécanisme de suivi, qui caractérise notre Assemblée,
est le moyen le plus complet et le plus élaboré pour suivre de près
les développements dans certains Etats membres. Les corapporteurs
sont engagés dans un processus politique avec les autorités du pays
concerné afin d’accompagner et de faciliter les progrès du pays
dans le sens de la mise en œuvre des normes du Conseil de l’Europe
et du respect de ses engagements. Ils prennent également souvent
une part active dans la gestion de situations de crise, comme, récemment,
dans les crises postélectorales en Arménie ou en Moldova;
- la commission des questions politiques suit de manière
similaire, et avec le même objectif, les développements au Kosovo
et dans les Etats non membres (Bélarus par exemple);
- l’intervention du Comité des présidents, début 2010, dans
l’intention de résoudre la crise politique en Albanie, est un autre
exemple de la diversité de moyens dont dispose l’Assemblée pour
user de la diplomatie parlementaire;
- toutes les commissions de l’Assemblée organisent des échanges
de vues avec des interlocuteurs extérieurs et, dans le cadre de
leur mandat, peuvent constituer des sous-commissions ad hoc ou d’autres
structures. Je mentionnerai à titre d’exemple, pour la commission
des questions politiques, la sous-commission sur le Proche-Orient,
qui réunit une délégation de la Knesset et une délégation du Conseil
législatif palestinien, et la sous-commission sur la prévention
des conflits par le dialogue et la réconciliation (voir ci-dessous).
5 Priorités pour
les travaux diplomatiques de l’Assemblée parlementaire du Conseil
de l’Europe
30. Toutes les assemblées internationales représentent
une opportunité de dialogue, dans la mesure où elles permettent
aux législateurs de différents pays de se rencontrer pour débattre
de questions qui pourraient avoir une pertinence au niveau national,
bilatéral ou multilatéral.
5.1 Promouvoir le renforcement
des institutions parlementaires
31. Dans le paysage des assemblées parlementaires internationales,
l’Assemblée parlementaire occupe une place particulière:
- elle est la seule assemblée
internationale dont le règlement exige des délégations nationales
qu’elles reflètent la composition pluraliste (au niveau politique
comme sur le plan de la représentation hommes/femmes) de leurs parlements
nationaux;
- elle fonctionne selon un ensemble précis et complet de
règles de procédure;
- elle tend à mettre l’accent sur l’affiliation politique
de ses membres (par le biais des groupes politiques), plutôt que
sur leur nationalité. L’affiliation politique est prise en compte
également en ce qui concerne l’attribution des tâches, notamment
celles de président de commission et de rapporteur.
32. Ces caractéristiques constituent des atouts importants. A
mon avis, en s’appuyant sur ceux-ci, l’Assemblée devrait se promouvoir
plus activement en tant que modèle: l’Assemblée n’est pas seulement
une assemblée de législateurs – il en existe maintes autres – mais
une assemblée de législateurs élus démocratiquement, qui reflète
une pluralité de visions et travaille selon des règles démocratiques.
Son tout premier objectif dans le domaine de la diplomatie parlementaire
devrait être la consolidation des normes de la démocratie parlementaire
au sein de ses Etats membres et le renforcement des institutions
parlementaires dans les Etats non membres.
33. 33. Pour cette raison, l’Assemblée doit davantage mettre l’accent
sur les activités de coopération avec les parlements nationaux,
en Europe et au-delà, afin de diffuser les modèles de bonnes pratiques
et d’améliorer les normes démocratiques. Les activités, telles que
le Forum pour l’avenir de la démocratie et les débats périodiques
sur la démocratie, doivent également être placées au centre de ses
travaux, tout comme les activités visant à améliorer la législation
et la pratique électorales ainsi que la confiance des électeurs
dans le système politique et électoral, en dehors des activités
actuelles d’observation des élections. Le statut de «partenaire
pour la démocratie», tout nouvellement lancé, devrait permettre
de renforcer encore la capacité de rayonnement de l’Assemblée afin
de promouvoir un rôle accru des parlements dans les démocraties
récentes également.
5.2 Consacrer davantage
de ressources pour assurer la mise en œuvre de ses décisions
34. Il me semble qu’à l’heure actuelle, l’Assemblée et
ses structures consacrent plus d’énergie et de ressources à préparer
et adopter des résolutions et des recommandations qu’à travailler
à leur mise en œuvre. De mon point de vue, la mise en œuvre des
décisions de l’Assemblée ne doit pas être laissée au seul bon vouloir
de ses destinataires, mais faire l’objet d’un suivi par les commissions,
les sous-commissions ou les rapporteurs, qui devraient s’engager
dans un processus politique continu avec les autorités concernées
afin de parvenir à des résultats concrets.
35. Actuellement, de par sa nature, la commission de suivi est
la seule structure au sein de laquelle les corapporteurs sont systématiquement
engagés dans un dialogue permanent avec des homologues nationaux. Ma
proposition est que, lorsque chaque commission de l’Assemblée définit
son programme de travail, elle devrait décider quels rapports sont
prioritaires et réserver les ressources nécessaires au suivi des
résolutions et recommandations pertinentes adoptées par l’Assemblée.
Ce travail de suivi pourrait prendre la forme: de réunions avec
les autorités nationales afin de suivre de près les progrès réalisés
en matière de mise en œuvre des décisions de l’Assemblée, en particulier
au niveau parlementaire; de missions d’anciens rapporteurs ou de présidents
de commissions; de réunions avec le Conseil de l’Europe ou d’autres
experts pouvant apporter des conseils aux autorités nationales sur
la mise en œuvre des décisions pertinentes, etc.
36. En même temps, une responsabilité claire doit être donnée
aux délégations nationales auprès de l’Assemblée parlementaire afin
de contribuer à la mise en œuvre et au suivi, à l’échelle nationale,
des textes adoptés par l’Assemblée.
5.3 Jouer un rôle dans
la prévention des conflits, la facilitation du dialogue et la médiation
37. L’intensification du conflit entre la Géorgie et
la Russie et sa transformation en guerre ouverte, en août 2008,
a été une sonnette d’alarme pour l’Assemblée; ses membres ont réalisé
une fois encore que la paix au sein des Etats membres ne pouvait
être considérée comme acquise et que le Conseil de l’Europe avait
été incapable de prévoir cette escalade de tensions jusqu’à la violence,
et encore moins de l’empêcher.
38. C’est donc en octobre 2008, dans sa
Résolution 1633 (2008) sur les conséquences de la guerre entre la Géorgie et
la Russie, que, pour la première fois, l’Assemblée a exprimé sa
détermination «à jouer un rôle en matière de prévention et de résolution
des conflits», en se fondant sur l’idée selon laquelle «la démocratie,
les droits de l’homme et la primauté du droit ne peuvent être vraiment
respectés sans paix».
39. Entre autres choses, concernant la question générale de minimiser
les risques de nouvelles flambées de violence impliquant ses Etats
membres, l’Assemblée a décidé d’étudier les mécanismes qui lui permettraient
d’user de la diplomatie parlementaire dans le cadre des conflits
gelés en Europe et d’autres situations susceptibles de porter atteinte
à la paix et à la stabilité
Note.
40. La commission des questions politiques a été chargée de la
responsabilité majeure de traiter ces questions. A cette fin, elle
a mis en place initialement une sous-commission ad hoc puis une
sous-commission permanente sur la prévention des conflits par le
dialogue et la réconciliation, à laquelle elle a confié un double mandat:
- formuler des propositions pour
l’organisation de la rencontre internationale intitulée «Forum sur
l’alerte précoce dans la prévention des conflits»,qui a eu lieu les 24 et 25 septembre
2009, à Strasbourg;
- traiter les sujets relatifs à la stabilité régionale ayant
un impact sur les pays membres ou observateurs du Conseil de l’Europe.
A cet égard, elle a organisé une audition sur le renforcement de
la paix dans les pays de l’ex-Yougoslavie (Belgrade, 6 septembre
2010).
41. Le forum de septembre 2009 a mis en évidence l’étendue du
rôle de l’Assemblée et du Conseil de l’Europe dans le domaine de
la prévention des conflits et a regretté que, trop souvent, l’Assemblée
n’anticipe pas les événements, n’ose pas s’impliquer directement
à l’avance et ne fasse entendre sa voix qu’après le déclenchement
de la crise ou du conflit.
42. Ce qui m’amène aux trois observations suivantes:
- l’Assemblée devrait avoir le
courage politique de faire face à des situations qui peuvent potentiellement dégénérer
en conflits. En particulier, la commission des questions politiques,
dans le cadre des travaux de sa sous-commission sur la prévention
des conflits par le dialogue et la réconciliation, doit inscrire
à son ordre du jour les situations à risque de conflits, comme c’est
actuellement le cas pour la Moldova, la Crimée et le Caucase du
Nord et du Sud;
- l’Assemblée devrait avoir le courage politique d’offrir
ses bons offices dans l’intention de faciliter le dialogue entre
ses Etats membres, au niveau parlementaire ou entre les acteurs
nationaux, lorsque les conflits sont encore au stade embryonnaire,
par l’établissement d’un dialogue politique structuré;
- lorsqu’un conflit a éclaté, les hauts responsables de
l’Assemblée devraient se proposer comme médiateurs, sous réserve
d’acceptation par les parties au conflit.
43. En outre, l’Assemblée devrait peut-être revoir attentivement
sa stratégie médiatique et privilégier une approche au cas par cas.
Il convient de trouver le bon compromis entre la nécessité d’assurer
sa visibilité dans les médias et la nécessité d’être efficace sur
le plan diplomatique: si l’on veut obtenir des résultats au niveau politique,
la diplomatie discrète est souvent plus efficace qu’un débat ultramédiatisé.