La rétention administrative des demandeurs d’asile et des migrants en situation irrégulière en Europe
Réponse à Recommandation
| Doc. 12416
| 15 octobre 2010
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- adoptée
à la 1095e réunion des Délégués des Ministres (13 octobre 2010) 2010 - Commission permanente de novembre
- Réponse à Recommandation
- : Recommandation 1900
(2010)
1. Le Comité des Ministres se félicite de
la
Recommandation 1900
(2010) de l’Assemblée parlementaire sur « La rétention administrative
des demandeurs d’asile et des migrants en situation irrégulière
en Europe », qu’il a portée à l’attention des gouvernements des
Etats membres et du Commissaire aux droits de l’homme du Conseil
de l’Europe. Il l’a également communiquée au Comité européen de
coopération juridique (CDCJ), au Comité directeur pour les droits
de l’homme (CDDH), au Comité européen pour la prévention de la torture et
des peines ou traitements inhumains ou dégradants (CPT) et au Comité
européen sur les migrations (CDMG) pour information et commentaires
éventuels.
2. Comme l’Assemblée, le Comité des Ministres est préoccupé par
le fait que les migrants en situation irrégulière et les demandeurs
d’asile, il en a bien conscience, sont souvent vulnérables et note
que la privation de liberté peut accroître leur vulnérabilité. Tout
en notant que la rétention peut être autorisée en vertu de l’article
5§1(f) de la Convention uniquement à titre exceptionnel, il a indiqué
à de nombreuses reprises que l’on ne devrait avoir recours à la
rétention de demandeurs d’asile et de migrants en situation irrégulière
que si elle est jugée nécessaire pour exécuter une mesure de renvoi
Note.
3. L’Assemblée recommande (paragraphe 5.1) que soient élaborées
des règles sur des normes minimales pour les conditions de détention
des migrants en situation irrégulière et demandeurs d’asile. Le
Comité des Ministres rappelle les dispositions particulièrement
exhaustives sur ce sujet contenues dans ses « Vingt Principes directeurs
sur le retour forcé » (2005)
Note. Ces
principes directeurs couvrent des questions telles que l’état général
des lieux de détention, les loisirs, l’accès à un avocat, à des
médecins, à des ONG, ainsi que le droit de contacter sa famille
ou le UNHCR, la formation du personnel, le respect de la vie de
famille, l’inspection des locaux de détention, l’accès à l’information
et aux voies de recours et une procédure de réclamation concernant
des allégations de mauvais traitements. Les principes directeurs
contiennent également des règles spéciales applicables aux enfants
et aux familles. Ils prévoient que « Les enfants ne doivent être
placés en détention que s’il s’agit d’une mesure de dernier recours
et pour la durée la plus courte possible ». Ils soulignent en outre
que si des enfants sont privés de liberté, ils ne doivent pas être
détenus dans des conditions de type carcéral. La Recommandation
Rec(2003)5 du Comité des Ministres aux États membres sur les mesures
de détention des demandeurs d’asile contient des dispositions similaires
et prévoit, entre autres, qu’« en ce qui concerne les conditions
de détention, la possibilité, pour les demandeurs d’asile, d’accéder
à un système de réclamations devrait être garanti ». Enfin, les
« Lignes directrices sur la protection des droits de l’homme dans
le contexte des procédures d’asile accélérées » (2009) du Comité
des Ministres donnent aussi des conseils sur les conditions de détention,
ainsi que sur l’application de garanties procédurales qui doivent
être accordées à tous les détenus.
4. Pour ce qui est des dix principes directeurs de l’Assemblée
à propos des circonstances dans lesquelles la détention des demandeurs
d’asile et migrants en situation irrégulière peut être autorisée
sur le plan légal (paragraphe 5.2), le Comité des Ministres note
que ses textes susmentionnés répondent dans une très large mesure
aux recommandations de l’Assemblée. Ils tiennent compte de la jurisprudence
de la Cour européenne des droits de l’homme et des recommandations
du CPT. Les « Vingt Principes directeurs sur le retour forcé » se
sont également basés sur une étude des bonnes pratiques recensées
grâce à un questionnaire adressé aux États membres portant sur le
retour forcé.
5. Dès lors, le Comité des Ministres ne donnera pas, à ce stade,
d’instruction pour la préparation de règles sur des normes minimales
en matière de conditions de détention des migrants en situation
irrégulière et des demandeurs d’asile, ni pour la préparation d’une
recommandation sur les circonstances dans lesquelles la détention
est acceptable du point de vue légal. En revanche, il examinera
la possibilité de charger le CDCJ de mener une étude sur la manière
dont la Recommandation Rec(2003)5 sur les mesures de détention des demandeurs
d’asile et les « Vingt Principes directeurs sur le retour forcé »
ont été mis en œuvre dans les États membres. L’étude devrait viser
également à identifier les bonnes pratiques en ce qui concerne des
mesures alternatives à la détention des migrants en situation irrégulière
et demandeurs d’asile, en vue d’élaborer un rapport ou un projet
de recommandation sur cette question. Le CDDH devrait être associé
à ces travaux. Le Comité des Ministres considère qu’il est encore
trop tôt pour apprécier le niveau de mise en œuvre de ses « Lignes
directrices sur la protection des droits de l’homme dans le contexte
des procédures d’asile accélérées », adoptées en 2009.
6. Pour ce qui est de la recommandation de l’Assemblée « de créer,
au sein du Conseil de l’Europe, un nouveau comité permanent chargé
des questions relatives à l’asile et aux personnes déplacées, qui remplacerait
le Comité ad hoc d’experts sur les aspects juridiques de l’asile
territorial, des réfugiés et des apatrides (CAHAR) » (paragraphe
6), le Comité des Ministres considère que les sujets en question
appellent souvent une approche transversale et multidisciplinaire.
Même si la situation budgétaire actuelle ne permet pas l’établissement
d’un nouveau comité permanent, le Comité des Ministres va réfléchir
à d’autres possibilités et moyens pour assurer la coordination nécessaire
dans ce domaine.
7. Enfin, le Comité des Ministres souligne qu’il étudie à présent
les suites à donner à la
Résolution
n° 1 sur l’accès à la justice des migrants et des demandeurs
d’asile, adoptée lors de la 28e Conférence des ministres européens
de la Justice (25-26 octobre 2007, Lanzarote, Espagne).