L'islam, l'islamisme et l'islamophobie en Europe
Réponse à Recommandation
| Doc. 12544
| 21 mars 2011
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- adoptée
à la 1109e réunion des Délégués des Ministres (16 mars 2011) 2011 - Deuxième partie de session
- Réponse à Recommandation
- : Recommandation 1927
(2010)
- Thesaurus
1. Préambule
a La
Recommandation 1927 (2010) de l’Assemblée parlementaire sur « L’islam, l’islamisme
et l’islamophobie en Europe » porte à notre attention deux phénomènes
problématiques, l’islamisme et l’islamophobie, qui posent un défi
à tous les Européens, qu’ils soient musulmans ou non. La religion
de l’Islam doit être dissociée de l’islamisme qui est une idéologie
politique et n’est pas, aujourd’hui, l’expression prédominante de
l’Islam et l’islamophobie n’est pas l’approche prédominante des Européens
non musulmans à l’égard des musulmans.
b Dans l’Europe contemporaine, les musulmans apportent de
multiples contributions à leurs sociétés et jouent un rôle de plus
en plus visible dans la vie publique. Les musulmans européens, en
particulier les jeunes, insufflent une énergie nouvelle dans les
modèles d’interaction sociale existants et soulignent ainsi les
avantages de la diversité culturelle et religieuse.
c Compte tenu de la montée de l'intolérance et de la discrimination,
y compris, comme le souligne l'Assemblée parlementaire, contre les
musulmans en Europe, il est nécessaire de continuer résolument d’agir
dans différents forums, y compris au Conseil de l’Europe, pour concrétiser
les droits et libertés des personnes de toute religion et conviction
– les musulmans, les juifs, les chrétiens et tous les autres. Il serait
particulièrement bienvenu que l'Assemblée parlementaire continue
de contribuer aux travaux du Conseil de l'Europe dans le domaine
de la liberté religieuse et de la dimension religieuse du dialogue interculturel,
et ce également dans le cadre de la Rencontre 2011 sur la dimension
religieuse du dialogue interculturel
Note.
2. L’Assemblée parlementaire soulève dans sa
Recommandation 1927 (2010) sur « L’islam, l’islamisme et l’islamophobie en Europe »
des questions particulièrement pertinentes au regard des défis posés
aux sociétés multiculturelles en Europe.
3. Dans ce contexte, le Conseil de l’Europe a un rôle essentiel
à jouer pour renforcer la stabilité démocratique, en faisant face
à toute forme d’intolérance, de discrimination et d’extrémisme,
y compris celles liées aux religions ou aux convictions non religieuses.
4. Par conséquent, le Comité des Ministres porte une grande attention
aux activités visant à développer la démocratie et le respect des
droits de l’homme, à édifier des sociétés fondées sur la diversité
et la solidarité et à condamner toutes formes d’intolérance. Le
Programme et le budget de l’Organisation pour 2011 ont été élaborés
dans ce sens, tout en tenant compte des priorités et du processus
de réforme en cours. Dans ce contexte, à l'égard des activités concernant
les migrants, le Comité des Ministres invite l'Assemblée à se référer
à sa réponse conjointe aux Recommandations 1910 et 1917 (2010) de
l’Assemblée.
5. La mise en œuvre des recommandations formulées dans le Livre
blanc sur le dialogue interculturel et l’organisation des Rencontres
du Conseil de l’Europe sur la dimension religieuse du dialogue interculturel participent
à la réalisation de cet objectif.
6. Néanmoins, comme la Commission européenne contre le racisme
et l'intolérance (ECRI) et dans la limite des ressources disponibles,
le Comité des Ministres partage le point de vue de l’Assemblée parlementaire,
selon lequel le Conseil de l’Europe devrait renforcer son action
pour assurer la liberté de pensée, de conscience et de religion
tout en luttant contre l’intolérance religieuse et la discrimination
religieuse.
7. En tant qu'organe du Conseil de l'Europe chargé de lutter
contre le racisme et l'intolérance en Europe, l’ECRI s’intéresse
aux différents aspects de l’extrémisme islamique et de l'extrémisme
dirigé contre les communautés musulmanes d'Europe. La déclaration
de l’ECRI de mars 2005 condamne l'utilisation d'arguments racistes,
antisémites et xénophobes dans le discours politique.
8. Le Comité des Ministres attire aussi l'attention sur les conclusions
du Forum pour l'avenir de la démocratie, tenu du 19 au 21 octobre
2010 à Erevan (Arménie), notant en particulier que « les processus démocratiques
peuvent faire l’objet d’abus de la part de mouvements et d’idéologies
qui minent et risquent même de détruire le système démocratique
fondé sur les droits de l’homme et l’Etat de droit » et que « la montée
actuelle des extrémismes et des mouvements radicaux, alimentée par
le racisme et les discours xénophobes, en est la preuve ».
9. Le Comité des Ministres voit également dans l’action menée
par le Conseil de l’Europe dans les domaines de la culture, de l’éducation
et de la jeunesse une contribution importante à l’intégration européenne fondée
sur les valeurs fondamentales communes de respect des droits de
l’homme, de démocratie et de prééminence du droit.
10. Pour ce qui est des questions relatives à l’éducation et au
développement de la connaissance des différentes croyances dans
l’enseignement, le Comité des Ministres appelle l’attention sur
la Recommandation CM/Rec(2008)12 sur la dimension des religions
et des convictions non religieuses dans l’éducation interculturelle.
Elle propose des principes et lignes directrices à appliquer au
niveau des politiques pédagogiques, des institutions et du développement
professionnel du personnel enseignant. A cet égard, le Comité des
Ministres se réfère également aux recommandations de politique générale
de l’ECRI
Note, qui recommandent
notamment aux Etats de veiller à ce que l’enseignement des religions
à l’école respecte le pluralisme culturel et que « les élèves bénéficient
d’un enseignement du fait religieux qui fasse preuve de la neutralité
scientifique nécessaire à toute fonction éducative ». Il encourage
les Etats membres à s’inspirer de ces recommandations et principes.
En outre, le Comité des Ministres informe l’Assemblée d’une initiative menée
conjointement par l’OSCE/BIDDH, le Conseil de l’Europe et l’UNESCO,
pour développer des « Lignes directrices pour les éducateurs et
les décideurs : combattre l’intolérance contre les musulmans par l’éducation »,
dont le lancement est envisagé courant 2011.
11. Par ailleurs, le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil
de l’Europe suit de près les phénomènes et questions d’actualité
auxquels l’Assemblée fait référence dans sa recommandation à l’égard
de développements dans les Etats membres et appelle les autorités
publiques et la société civile à agir dans le sens du respect des
libertés et droits fondamentaux de tous les Européens.
12. S’agissant des recommandations de l’Assemblée relatives aux
femmes musulmanes, le Comité des Ministres rappelle que les droits
et libertés entérinés dans la Convention européenne des droits de
l’homme et tels qu’interprétés dans la jurisprudence de la Cour,
s’appliquent sans discrimination à tous les individus sous la juridiction
des hautes parties contractantes à la Convention. Il en est de même
de la Charte sociale européenne qui garantit le droit à l’éducation,
à la formation professionnelle et à l’emploi.
13. L’Assemblée met en avant l’importance d’une promotion des
valeurs que défend le Conseil de l’Europe au-delà du champ géographique
de l’Organisation. Le Comité des Ministres souligne à cet égard
le rôle de la Commission européenne pour la démocratie par le droit
(Commission de Venise) ainsi que du Centre européen pour l’interdépendance
et la solidarité mondiales (Centre Nord-Sud). Par ailleurs, il considère
que toute initiative proposée visant à étendre la coopération avec
des Etats non européens, y compris celles recommandées par l’Assemblée,
devraient être examinées dans le cadre d’une politique plus générale gouvernant
les relations entre le Conseil de l’Europe et les pays voisins et
tenir compte des ressources budgétaires disponibles.
14. Le Comité des Ministres rappelle que le Conseil de l’Europe
continue de développer des activités dans ce contexte – aux niveaux
global et interrégional – y compris dans le cadre de la coopération
entre le Conseil de l'Europe et l'Union européenne (par exemple
à travers le Centre Nord-Sud et le programme des Cités interculturelles)
et avec l’Alliance des civilisations des Nations Unies. Le Comité
des Ministres porte également à l’attention de l’Assemblée l’initiative
du Gouvernement de l’Azerbaïdjan de tenir un Forum mondial pour
le dialogue interculturel, à Bakou du 7 au 9 avril 2011, qui donnera
l’occasion au Conseil de l’Europe de promouvoir ses valeurs au niveau
mondial.
15. Pour ce qui concerne la participation d’Etats non membres
aux travaux de l’ECRI, le Comité des Ministres rappelle que cette
instance fonde son action sur les dispositions de la Convention
européenne des droits de l’homme, de ses protocoles additionnels
et de la jurisprudence y relative, traité fondamental du Conseil
de l’Europe qui n’est pas ouvert à l’adhésion des Etats non membres.
Il est par conséquent difficile d’envisager qu’un pays qui n’est
pas partie à cette convention et qui n’est pas tenu par la jurisprudence
de la Cour européenne des droits de l’homme fasse l’objet d’un suivi
valable de la part de l’ECRI.
16. Les priorités du Conseil de l’Europe pour 2011 intègrent une
analyse de la pertinence des conventions du Conseil de l’Europe.
Les résultats de ce travail devraient servir de base pour décider,
notamment, des mesures visant à accroître la visibilité de certaines
de ces conventions et à promouvoir leur signature et ratification
tant par les Etats membres du Conseil de l'Europe que par les Etats
non membres.
17. Enfin, le Comité des Ministres rappelle la mission dont a
été chargé le Groupe d’éminentes personnalités, d’ouvrir de nouvelles
pistes de réflexion sur « comment vivre ensemble ». Il prendra connaissance
avec un vif intérêt de ces travaux dans la perspective de l’action
future du Conseil de l’Europe.