Annexe – Avis divergent de Mme Athina Kyriakidou (Chypre,
SOC), membre de la commission des migrations, des réfugiés et des
personnes déplacéesNote
1. Le sujet sur lequel M. Türkeș a
été autorisé à préparer un avis au nom de la commission des migrations, des
réfugiés et des personnes déplacées concerne l’un des plus graves
problèmes en matière de droits de l’homme, qui affecte la vie d’un
grand nombre de personnes, aussi bien en Europe qu’ailleurs dans
le monde. Il est de la plus haute importance que les faits qui y
sont énoncés par le rapporteur reflètent l'état réel de la situation.
2. A cet égard, le paragraphe 6 de l’exposé des motifs porte
atteinte à l’impartialité et à l’équilibre du projet d’avis. Dans
le cas de Chypre, M. Vareikis indique, au paragraphe 31 du rapport
principal sur le sujet, qu’en raison de l'invasion de la partie
nord de Chypre par la Turquie en 1974, environ 180 000 Chypriotes
grecs ont été expulsés de la partie nord de Chypre, occupée. C’est
un fait historique indiscutable. Il est clairement consigné dans
diverses résolutions et recommandations de l’Assemblée parlementaire
et dans les résolutions de l’Assemblée générale et du Conseil de
sécurité des Nations Unies, ainsi que dans les décisions de la Cour européenne
des droits de l’homme, comme le souligne aussi le rapport de M.
Vareikis.
3. L’Accord de Vienne, que M. Türkeș mentionne au paragraphe
6 de son avis, a été conclu un an après l’invasion de 1974, dans
une tentative de régler les problèmes humanitaires, comme la situation
des Chypriotes grecs qui restaient enclavés et auraient souhaité
gagner les zones libres de Chypre et retrouver leur famille. Cela
s’appliquait aussi aux Chypriotes turcs qui vivaient toujours dans
les zones libres de la République et souhaiteraient éventuellement
aller dans la partie occupée de Chypre. Cependant, en tant que tel,
le déracinement sous contrainte de la population, pour la quasi-totalité
des Chypriotes grecs qui vivaient dans la partie nord de Chypre,
occupée par l’armée turque en 1974, a eu lieu dès ce moment. Les
Chypriotes turcs de la partie sud de Chypre, qui n'était pas occupée
par l’armée turque, ont aussi été contraints de s’en aller, presque
en bloc, car la Turquie menaçait d’envahir aussi le reste de l’île
si ses exigences à ce sujet n’étaient pas respectées.
4. Par souci de clarté, nul ne doit avoir le moindre doute quant
au fait que la mention qui est faite du transfert forcé de population
renvoie précisément aux événements de 1974. L’Accord de Vienne,
que M. Türkeș a décidé de mentionner de manière sélective dans son
avis, est intervenu en 1975 et était la conséquence directe de l’invasion
de 1974 et non un événement isolé, comme il est présenté. Aux fins
du présent avis, la mention de l’Accord de Vienne est donc à la
fois trompeuse et déplacée.
5. Il est clairement attesté que la population chypriote grecque
enclavée dans la péninsule de Karpass est passée de 20 000 personnes
après l’invasion à tout juste un peu plus de 300 personnes, âgées
aujourd’hui, qui ne peuvent pas exercer pleinement et librement
leurs droits culturels, éducatifs et religieux. De manière assez
regrettable, l’Accord de Vienne est plus connu pour n’avoir pas
été mis en œuvre que pour son respect.
6. En outre, en ce qui concerne la note de bas de page no 4 de
l’avis, je voudrais souligner que les Chypriotes turcs ne se sont
jamais vu dénier par le Gouvernement de la République de Chypre
les droits relatifs à leurs biens situés dans les zones libres de
la république. En revanche, les réfugiés chypriotes grecs ont été
privés de ce droit, comme en a jugé à plusieurs reprises la Cour
européenne des droits de l'homme. L’affaire
Loizidou
c. Turquie, dans laquelle la Cour a accordé un dédommagement
à Mme Titina Loizidou pour la perte de l’usage de ses biens et de
son droit à retourner dans sa propriété, en reste un exemple fameux. Hélas,
jusqu’à ce jour, la Turquie dénie toujours ce droit à Mme Loizidou,
au mépris total de la décision de la Cour. La restitution des maisons
et des terres reste un droit de l’homme fondamental et la solution
de réparation privilégiée, comme l'indiquent également la
Résolution 1708 (2010) et
la
Recommandation 1901 (2010) de
l’Assemblée relatives à la résolution des problèmes de propriété
des réfugiés et des personnes déplacées.