Combattre les stéréotypes sexistes dans les médias
Réponse à Recommandation
| Doc. 12563
| 07 avril 2011
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- adoptée
à la 1110e réunion des Délégués des Ministres (30-31 mars 2011) 2011 - Deuxième partie de session
- Réponse à Recommandation
- : Recommandation 1931
(2010)
- Thesaurus
1. Le Comité des Ministres a examiné avec
intérêt la
Recommandation
1931 (2010) de l’Assemblée parlementaire sur « Combattre les stéréotypes
sexistes dans les médias ». Il a porté la recommandation à l’attention
des gouvernements des Etats membres et l’a transmise pour information
au Comité ad hoc pour prévenir et combattre la violence à l'égard
des femmes et la violence domestique (CAHVIO) et au Comité directeur
pour l'égalité entre les femmes et les hommes (CDEG) et au Comité
directeur sur les médias et les nouveaux services de communication
(CDMC), dont les observations ont été prises en compte dans la présente réponse.
2. Le respect de la dignité humaine et l’égalité sont des principes
fondamentaux d’une véritable société démocratique. Ils constituent
également une base solide pour le fonctionnement de médias socialement efficaces
et responsables. Le Comité des Ministres partage l’appréciation
selon laquelle la question des stéréotypes de genre dans les médias
n'est pas réglée et que l’on trouve toujours des exemples d'images dégradantes
ou humiliantes, aussi bien de femmes que d'hommes, tout particulièrement
dans les domaines du divertissement et de la publicité, ce qui est
contraire à ces valeurs fondamentales. Il se félicite par conséquent
de l’attention que l’Assemblée accorde à cette question. Traiter
la question des stéréotypes sexistes contribuera à réduire les inégalités,
y compris la violence liée au sexe qui en est une des expressions les
plus inacceptables.
3. Le Comité des Ministres partage l’avis qu'éviter les stéréotypes
et présenter objectivement des faits et des images devraient être
des objectifs fondamentaux de tout type de médias et de travail
journalistique. A cet égard, il rappelle la contribution importante
des médias de service public (MSP) à la lutte contre les stéréotypes sexistes
dans les médias. Il rappelle la Recommandation CM/Rec(2007)3 sur
la mission des médias de service public dans la société de l'information
qui insiste sur le fait que les MSP devraient être au service de l'intégration
sociale et respecter les différentes identités et les différents
besoins « [en tenant dûment] compte des questions relatives à l'égalité
entre les femmes et les hommes ».
4. Le Comité des Ministres attire également l’attention, s’agissant
notamment de la multiplication des nouveaux services de communication,
sur l’importance de créer un environnement médiatique créatif sur Internet
qui respecte la dignité de toutes les personnes, notamment des enfants.
Le large accès à la pornographie sur Internet et les stéréotypes
sexistes présents dans les publicités et matériels vidéo peuvent être
préjudiciables aux jeunes et risquent de nuire à leur bonne compréhension
de la contribution et du rôle des individus de sexe différent. Il
renvoie à ce titre aux dispositions pertinentes de la Convention
européenne sur la télévision transfrontière et à la Recommandation
de 2004 de son Comité permanent
Note,
qui abordent des problèmes similaires, ainsi qu’à la Recommandation
Rec(89)7 du Comité des Ministres concernant des principes relatifs
à la distribution de vidéogrammes à contenu violent, brutal ou pornographique
et, s'agissant des jeux en ligne, aux lignes directrices en matière
de droits de l’homme à l'intention des fournisseurs de jeux en ligne,
élaborées par le CDMC en coopération avec la Fédération européenne
des éditeurs de logiciels interactifs (
Interactive
Software Federation of Europe, IFSE) (2008).
5. Dans ce contexte, le Comité des Ministres encourage les Etats
membres, les organisations civiles et les médias à accorder une
attention particulière à l’éducation aux médias en tant que compétence
fondamentale pour les citoyens de tous âges. L'éducation et la formation
aux médias peuvent notamment permettre à leurs usagers de reconnaître
et de gérer les stéréotypes liés au genre et les discriminations
dans tous les types de média. Dans l’environnement en ligne, elles
peuvent aider les internautes et les jeunes en particulier à mieux appréhender
la complexité du monde virtuel et les risques qu’il comporte, en
particulier ceux liés à l'égalité entre les sexes.
6. Tout en insistant sur l’importance de combattre les stéréotypes
sexistes, le Comité des Ministres met en avant la nécessité, ce
faisant, de garantir la liberté d’expression et d’information et
l’indépendance éditoriale. Il émet à ce titre des réserves quant
à certains éléments de l’approche adoptée par l’Assemblée dans la
Résolution 1751 (2010) dont découle la recommandation, notamment lorsqu’elle
invite les parlements nationaux à combattre les stéréotypes sexistes
dans les médias en réprimant les propos ou injures sexistes. Cette
approche pourrait ne pas être conforme aux exigences relatives au
droit à la liberté d’expression contenues dans l’article 10 de la
Convention européenne des droits de l’homme et la jurisprudence
y afférente.
7. Dans la mesure où le principe fondamental de l'indépendance
des médias devra être pris en considération pour apporter des solutions
efficaces à ce problème, le Comité des Ministres est conscient que des
mesures purement réglementaires pourraient ne pas apporter de réponse
satisfaisante. La tâche incombe donc largement aux médias eux-mêmes,
qui devraient intégrer le principe d'une présentation égalitaire
et d'un traitement équitable des différentes personnes avec leurs
identités spécifiques dans leurs codes professionnels et leurs mécanismes
d’autorégulation et lutter au quotidien contre les stéréotypes.
Des modèles et des approches de gouvernance pourraient également
apporter des solutions. A cet égard, le Comité des Ministres note
que des travaux sont déjà en cours sur la question de la gouvernance
des médias de service public et qu’ils pourraient apporter des éléments
de réponse en la matière.
8. Le Comité des Ministres a dûment pris note de l’invitation
de l’Assemblée à mettre en œuvre la Recommandation Rec(90)4. Il
exhorte les Etats membres, ainsi que ses organes subordonnés, à
la prendre en considération en tant que de besoin.
9. Enfin, s’agissant du paragraphe 4 de la recommandation, le
Comité des Ministres réitère sa position selon laquelle un nouveau
protocole à la Convention européenne des droits de l’homme inscrivant
l’égalité entre les femmes et les hommes comme un droit fondamental
de la personne humaine n’est pas nécessaire à ce stade ; il estime
en effet que l’arsenal de normes juridiques existant, notamment
celles relatives à la non-discrimination, est suffisant à partir
du moment où ces normes sont appliquées de manière efficace.