Avenir des coopératives en Europe
Recommandation 1004
(1985)
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Discussion par l'Assemblée le 1er février 1985 (29e séance) (voir Doc. 5321, rapport de la commission des questions sociales et de la santé, et Doc. 5333, avis de la commission de l'agriculture). Texte adopté par l'Assemblée le 1er février 1985 (29e séance).
- Thesaurus
L'Assemblée,
1. Constatant que les mouvements coopératifs des Etats membres malgré leur importance historique
sont peu ou mal connus, mais qu'ils se sont remarquablement développés pendant les dernières
années, aussi bien dans les secteurs traditionnels tels que l'agriculture, la consommation et le crédit,
que dans le secteur des coopératives ouvrières de production et de travail, en s'étendant à des
domaines où l'organisation coopérative n'était traditionnellement pas active, tels que les services
sociaux, la santé, le tourisme, l'informatique, la pharmaceutique, la culture, les jeunes,
l'environnement, les projets pour le tiers monde, l'habitation, etc. ;
2. Considérant que ce développement est d'autant plus remarquable si l'on tient compte de la situation
actuelle de la société européenne, caractérisée par un taux de chômage élevé, un taux d'inflation
inquiétant, la stagnation des investissements et l'exigence d'un changement de l'organisation du
travail, dus à la crise que connaît l'économie et à l'orientation des jeunes, dans certains pays, vers un
travail autonome et associé ;
3. Convaincue que le secteur coopératif est un des facteurs qui pourrait contribuer à sortir de cette
crise parce qu'il peut apporter non seulement une réponse originale en tant que créateur d'emplois,
mais aussi en tant que lieu privilégié pour un dépassement des conflits traditionnels employeursemployés
et pour la poursuite d'autres buts sociaux ;
4. Estimant que les recherches de l'OIT, de l'OCDE, d'autres études à un niveau international et une
récente étude approfondie des Communautés européennes ont mis en relief le rôle positif du
mouvement coopératif pour la création de nouveaux emplois, surtout pour les jeunes, mais aussi pour
le redressement des déséquilibres sectoriels et géographiques en Europe ;
5. Constatant néanmoins :
a qu'il est difficile à l'heure actuelle de donner une définition précise du statut juridique des coopératives, ce qui ne va pas sans poser des problèmes et entraîne parfois un emploi abusif de la
formule coopérative ;
b que la coordination entre divers secteurs et mouvements nationaux est fragmentaire, que les
contacts sont irréguliers et que le mouvement ne semble pas posséder une stratégie commune à la
hauteur de ses possibilités inhérentes ;
c que les législations, les règlements et les pratiques existant en matière de crédit ne suffisent pas
dans certains secteurs pour favoriser le développement des coopératives ; et
d que le mouvement coopératif se voit obligé de faire un effort spécial afin de concilier les lois
limitatives des apports de capitaux, le manque de capitaux à risque et les structures particulières des
coopératives avec les besoins d'une administration technique qualifiée et d'une gestion efficace,
puisque le succès commercial est tout aussi nécessaire dans une coopérative que dans une entreprise
classique ;
6. Estimant qu'un accord européen des coopératives devrait être élaboré afin de réunir des critères
permettant une meilleure collaboration entre les coopératives, aussi bien sur le plan géographique que
sur le plan sectoriel, dans le but de mieux faire face aux problèmes économiques qui souvent
dépassent les frontières nationales ;
7. Connaissant le rôle important que jouent les coopératives agricoles en défendant et en servant les
intérêts des agriculteurs européens, tant comme acheteurs que comme producteurs ;
8. Consciente toutefois des difficultés grandissantes rencontrées par les coopératives agricoles ces
dernières années, en raison notamment de la concurrence accrue d'autres types de production, de
distribution et de commercialisation ;
9. Estimant notamment qu'il est nécessaire de trouver un moyen de concilier la pratique de la
démocratie interne à laquelle les coopératives agricoles sont traditionnellement attachées &mdash mais qui risque dans le monde d'aujourd'hui de ralentir les décisions et de retarder l'adaptation aux
nouvelles conditions de marché &mdash et les exigences de la gestion moderne,
10. Recommande au Comité des Ministres :
10.1 de charger un comité d'experts d'étudier la législation en matière de coopérative dans les Etats
membres pour arriver à la définition des conditions minimales et pour empêcher un emploi incorrect
de la formule coopérative &mdash en ce qui concerne ce dernier point, un accent particulier doit être
mis dans certaines circonstances sur les modalités de transformation des sociétés de capitaux en
entreprises coopératives, surtout en ce qui concerne le droit de préemption des travailleurs dans le cas
d'entreprises en faillite ;
10.2 de dresser une liste de mesures possibles pour une aide que les pouvoirs publics et les pouvoirs
locaux peuvent apporter à l'échelon national et régional aux coopératives, en vue de corriger des
discriminations dont elles pourraient être victimes à l'heure actuelle, mais surtout pour soutenir le développement correct d'entreprises coopératives solides et bien gérées, sous la responsabilité et avec
la participation des sociétaires ;
10.3 de contribuer à la mise en place d'un système européen de documentation et d'information en
matière de recherche, de statistiques et d'échanges d'expériences nationales, et d'augmenter la
possibilité de création de travail pour les jeunes surtout dans les secteurs d'expérimentation ;
10.4 d'apporter un appui à la création d'un collège ou institut européen, ou de créer de nouvelles
possibilités dans les établissements existants, en vue de la formation des cadres ayant les
qualifications requises pour une gestion moderne et pour mieux adapter la coopérative à son
environnement &mdash les petites coopératives surtout &mdash cette formation des cadres étant
prioritaire ;
10.5 de charger un tel collège ou institut d'effectuer des études concernant la nécessité de réformes
internes dans les coopératives agricoles en particulier, en vue de donner aux femmes un plus grand
rôle dans les postes de direction et aux gestionnaires une plus grande part de responsabilité dans les
affaires courantes et la planification à long terme &mdash tout en continuant à garantir aux adhérents
une information régulière et le pouvoir de décider en dernier ressort des stratégies à suivre ;
10.6 d'inviter les gouvernements des Etats membres à favoriser la réorientation des coopératives
agricoles vers une meilleure adaptation aux nouvelles conditions du marché, une plus grande
ouverture aux technologies nouvelles et une diversification de leurs opérations ;
10.7 de faire les démarches nécessaires afin d'aboutir le plus tôt possible à une conférence européenne
de la coopération, permettant d'entamer le dialogue entre les différentes unions nationales, les
coopératives et les organisations européennes, les pouvoirs locaux et régionaux, les institutions
européennes et les gouvernements ;
10.8 de mettre la question des coopératives à l'ordre du jour d'une prochaine conférence du Conseil de
l'Europe des ministres du Travail, en faisant appel à une participation active de l'Assemblée ;
10.9 d'inviter le Fonds de réétablissement à étendre son financement à des projets coopératifs en tant que créateurs d'emplois et dans l'esprit de la
Recommandation 981 (1984) en portant un accent particulier sur les problèmes du chômage des jeunes et sur les secteurs avancés des services du tertiaire.