L'Assemblée demande par conséquent au Comité des Ministres du Conseil de l'Europe d'inviter les gouvernements des Etats membres ainsi que les gouvernements des autres Etats membres de l'OCDE à intensifier la coopération internationale sur l'amélioration de l'état des centrales nucléaires dans les pays de l'Europe centrale et de l'Est. Cette coopération doit couvrir notamment les mesures suivantes :
8.1 Amélioration de la « culture » de sûreté. En premier lieu, il y a des mesures qui ne sont pas coûteuses et qui peuvent être introduites assez rapidement, telles que combler les lacunes en matière de lois et de normes. La motivation et la formation du personnel sont des compléments essentiels. Des projets bilatéraux, des « jumelages » entre centrales des pays occidentaux et de l'Europe de l'Est, ainsi que des actions spécifiques de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) destinées par exemple à préparer le personnel à mieux réagir en cas d'urgence pourraient concourir à l'accomplissement de ce but. Il faut également tenir compte des risques que fait peser sur l'environnement le traitement du combustible nucléaire utilisé.
8.2 Amélioration de l'exploitation. Les défaillances éventuelles dues au facteur humain doivent être compensées par un système informatique plus sophistiqué. Dans ce contexte, les restrictions imposées par le Cocom relatives à la vente de produits stratégiques doivent être encore révisées. De même, une meilleure exploitation et une meilleure surveillance ne peuvent être exercées que par des agences de réglementation et d'agrément autonomes, ce qui n'existait pas sous le régime communiste. De telles agences sont la seule garantie contre l'occultation des accidents.
8.3 Information et formation. Une formation appropriée portant tant sur des problèmes spécifiques d'énergie nucléaire que sur ceux de politique énergétique générale et de conservation de l'énergie doit être assurée à tous les niveaux, des écoles aux responsables politiques et administratifs. Les régions se trouvant à proximité des centrales nucléaires méritent une attention particulière à cet égard.
8.4 Modernisation des réacteurs. Un des aspects les plus difficiles est l'évaluation par pays/centrale/unité dans une optique à la fois technique et économique. Des critères de sûreté et de viabilité doivent entrer en jeu. En ce qui concerne la sûreté, tout réacteur en construction à l'heure actuelle doit satisfaire aux normes internationales. En ce qui concerne la viabilité, des études coût-efficacité doivent être faites pour tenir compte d'autres alternatives ainsi que des mesures d'amélioration des rendements de l'énergie. Même des arrêts provisoires pour des besoins de modernisation poseraient des problèmes considérables d'approvisionnement énergétique, ayant des répercussions économiques, qui doivent être palliés.
8.5 Implications économiques. L'amélioration nécessaire en ce qui concerne la sûreté des installations nucléaires en Europe centrale et orientale comporte des implications et des conséquences économiques importantes, et se trouve liée à la situation générale concernant l'approvisionnement en énergie. Les Etats membres du Conseil de l'Europe qui sont en mesure de le faire doivent fournir toute l'assistance possible pour que cette tâche soit accomplie, tout en veillant à ce que leurs efforts fassent l'objet d'une coordination adéquate.
8.6 Fermetures. Considérant qu'il n'existe pas à l'heure actuelle de concordance de vues entre les différentes autorités sur cette question, ni une autorité internationale ayant le pouvoir de trancher, et que le nombre de quinze à vingt réacteurs dangereux est avancé, y compris tous les RBMK, il faut promouvoir d'urgence les études nécessaires à la détermination de ceux qui doivent et qui peuvent être fermés.
8.7 Création d'un mécanisme de décision à haut niveau ayant des pouvoirs étendus. Les difficultés présentées dans les paragraphes iii et iv rendent indispensable la mise sur pied d'un mécanisme central ad hoc investi d'un pouvoir clair. Celui-ci doit décider des priorités et donner le feu vert aux différents programmes, en étroite coopération avec les autorités nationales, et éventuellement recommander des fermetures. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) devrait y siéger pour donner des conseils sur la rentabilité économique des divers projets, et l'AIEA en tant que soutien technique. Cette dernière servirait également de clearing-house pour centraliser et diffuser les informations sur tous les programmes d'assistance.
8.8 L'organisation d'une « assistance énergétique et de transfert de technologie » en Europe. Un programme sérieux de fermetures définitives et/ou temporaires ne peut être envisagé sans créer les conditions nécessaires à une compensation en approvisionnement énergétique des pays en question, aussi bien de leurs besoins industriels que de leur consommation courante. L'élaboration d'une charte européenne de l'énergie, qui vise essentiellement à promouvoir l'échange de matières premières et de technologie, constitue certes un premier pas dans la reconnaissance d'une « Europe de l'énergie ». Elle doit être complétée par la création d'un réseau européen d'assistance en fourniture d'électricité, par l'interconnexion même temporaire des réseaux nationaux.
8.9 Renforcement des moyens de l'AIEA. Les actions d'aide aux pays de l'Europe centrale et orientale constituent une surcharge d'activités considérable pour cette organisation. Les programmes de diagnostic et d'assistance aux autorités nationales de sûreté nucléaire exigent un financement accru.
8.10 Gestion des déchets nucléaires. Une attention particulière doit être accordée aux problèmes relatifs à la gestion des déchets nucléaires, et notamment aux conditions de leur transport éventuel et aux procédés de leur traitement définitif sur les sites de stockage.
8.11 Une convention internationale sur la sûreté nucléaire. La création d'un cadre juridique international, en l'occurrence une convention, doit être l'objectif à moyen terme. Cette convention doit énoncer les principes de la répartition des responsabilités entre concepteurs, constructeurs, exploitants et sous-traitants, et en même temps introduire des obligations pour les gouvernements.
8.12 Mesures à prendre par les Etats d'Europe centrale et orientale intéressés. Les pays d'Europe centrale et orientale dans lesquels des centrales nucléaires ont été fermées, ou ont vu leur capacité réduite pour des raisons de sécurité, devraient être encouragés à envisager des moyens d'améliorer leur approvisionnement en énergie :
a en se montrant plus efficaces en matière de consommation d'énergie, à savoir en réduisant tout gaspillage ;
b en cessant le plus rapidement possible de subventionner l'énergie, notamment en portant les prix intérieurs au niveau des prix du marché mondial ;
c en intensifiant le développement d'autres sources d'énergie telles que le pétrole, le gaz et l'hydroélectricité.