Respect des obligations etengagements de «l'ex-République yougoslave de Macédoine»
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Discussion par l'Assemblée le 5 avril 2000 (12e séance) (voir Doc. 8669, rapport de la commission pour le respect des obligations et engagements des Etats membres du Conseil de l'Europe, rapporteurs: MM. Dumitrescu et Sinka). Texte adopté par l'Assemblée le 5 avril 2000 (12eséance).
- Thesaurus
1. L’Assemblée félicite la nation macédonienne
pour l’accueil qu’elle a réservé aux réfugiés pendant toute la crise du Kosovo,
pour sa modération et sa détermination à maintenir la stabilité démocratique,
et pour sa collaboration avec la communauté internationale, ce qui a contribué
à atténuer la gravité de la situation dans les Balkans. Ce faisant, la
Macédoine a honoré de manière exemplaire d’importantes obligations en tant
qu’Etat membre du Conseil de l’Europe et son engagement dans la recherche d’un
règlement des conflits internationaux par des moyens pacifiques.
2. L’Assemblée félicite la Macédoine d’avoir préservé l’équilibre fragile
entre la majorité macédonienne et la minorité d’origine albanaise, et encourage
les deux communautés à poursuivre leurs efforts pour l’intégration complète de
cette minorité et des autres minorités dans un Etat respectueux des droits et
libertés de tous les citoyens.
3. Les autorités macédoniennes ont engagé de nombreuses initiatives
législatives appréciables, non seulement pour respecter les engagements
vis-à-vis du Conseil de l’Europe, mais également pour mettre en œuvre une
politique de rapprochement avec l’Union européenne et l’Otan. Si ces
initiatives ont été interrompues pendant la crise du Kosovo, elles doivent être
relancées et, le cas échéant, accélérées.
4. L’Assemblée note que, à la suite d’un compromis délicat intervenu au sein
des Nations Unies, le pays en question doit être appelé «l’ex-République
yougoslave de Macédoine» et encourage les deux parties à trouver une solution
équitable dans un proche avenir.
5. Conformément à ses engagements, la Macédoine a signé et ratifié la
Convention européenne des Droits de l’Homme et ses protocoles additionnels
ainsi que la Convention européenne pour la prévention de la torture et des
peines ou traitements inhumains ou dégradants, la Convention-cadre pour la
protection des minorités nationales, l’Accord général sur les privilèges et
immunités du Conseil de l’Europe et son protocole additionnel, la Charte
européenne de l’autonomie locale, la Convention européenne d’extradition, la
Convention européenne d’entraide judiciaire en matière pénale et la Convention
sur le transfèrement des personnes condamnées. Elle a également signé et
ratifié la Convention pénale sur la corruption.
6. La Macédoine a signé, en vue de leur ratification, la Charte européenne
des langues régionales ou minoritaires, la Convention européenne sur la
nationalité et la Charte sociale européenne et ses protocoles, ainsi que la
Convention relative au blanchiment, au dépistage, à la saisie et à la
confiscation des produits du crime.
7. L’Assemblée de la République de Macédoine a adopté un code de procédure
pénale.
8. Le droit à un procès équitable est inscrit dans l’article 13 de la
Constitution.
9. Des projets de loi sont en cours d’élaboration dans les domaines de
l’enseignement supérieur, de la citoyenneté et des médias publics.
10. De plus, les autorités macédoniennes ont respecté leur engagement de
collaborer pleinement avec la commission de suivi et ses corapporteurs dans le
cadre de la procédure de suivi.
11. L’Assemblée comprend et accepte le fait que, pendant le conflit du Kosovo et la période qui l’a suivi, les autorités macédoniennes aient donné la priorité, parmi les engagements cités dans l’Avis nº 191 (1995), à leurs obligations humanitaires à l’égard des réfugiés et des personnes déplacées du Kosovo, et aient temporairement interrompu leurs efforts pour honorer leurs autres engagements.
12. Dans le cadre du Pacte de stabilité pour l’Europe du Sud-Est, que
l’Assemblée accueille comme un appel de la communauté internationale aux Etats
de la région des Balkans pour qu’ils œuvrent ensemble à assurer la stabilité et
le développement économique de la région, la Macédoine doit maintenant
poursuivre ses efforts pour honorer le reste de ses obligations et engagements
en tant qu’Etat membre du Conseil de l’Europe.
13. Dans ce contexte, l’Assemblée encourage les autorités macédoniennes à
faire aboutir les initiatives prises dans les domaines suivants:
13.1 l’objectif principal de toute action gouvernementale doit être l’intégration des minorités ethniques, notamment de la minorité albanaise, conformément aux dispositions de la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales, ratifiée par la Macédoine, et aux principes contenus dans la
Recommandation 1201 (1993). Dans ce but, il est nécessaire:
a d’améliorer les installations
destinées à l’enseignement et à la formation de la minorité ethnique albanaise
dans sa propre langue, et de prévoir ces améliorations dans les nouvelles lois
sur l’enseignement secondaire et supérieur;
b de faciliter l’usage de l’albanais dans les tribunaux, dans les
établissements et services de protection sociale, et ailleurs dans la vie
publique, conformément à la Charte européenne des langues régionales ou
minoritaires, que la Macédoine devrait ratifier;
c de régler, avec objectivité, efficacité et transparence, les
incidents impliquant des groupes ethniques, tels que le meurtre de trois
policiers macédoniens à Arachinovo en janvier 2000, afin d’éviter qu’ils ne
servent de prétexte pour troubler l’équilibre ethnique;
13.2 il convient d’accélérer le travail législatif
visant à réformer le système judiciaire et à améliorer, si nécessaire, son
efficacité, en coopération avec le Conseil de l’Europe, notamment dans les
domaines suivants:
a l’adoption et la mise en
œuvre des lois concernant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux et
l’indépendance du système judiciaire;
b la révision, conformément à la Constitution, des lois équivalant au
Code civil et au Code de procédure civile;
c l’adoption de mesures pour garantir que le rôle et les fonctions du
ministère public soient conformes à la primauté du droit et aux normes du
Conseil de l’Europe;
13.3 il convient d’améliorer ou de mettre en œuvre la
législation visant à assurer la primauté du droit en vue d’atteindre les
objectifs suivants:
a le plein respect des droits
de l’homme et des libertés fondamentales par les forces de police dans
l’exercice de leurs fonctions;
b l’augmentation du contingent de Macédoniens d’origine albanaise ou
autre servant dans les forces de police;
c l’adoption et la mise en œuvre d’une loi efficace contre la
corruption et d’une loi sur le blanchiment de l’argent, ainsi que la mise en
œuvre de la Convention pénale sur la corruption et la ratification de la
Convention relative au blanchiment, au dépistage, à la saisie et à la
confiscation des produits du crime;
13.4 les autorités macédoniennes devraient, en
collaboration avec le Conseil de l’Europe, accélérer la réforme du système
d’enseignement, et prendre notamment les mesures suivantes:
a encourager la formation de professeurs de
l’enseignement secondaire enseignant en albanais et examiner soigneusement la
proposition du Haut-Commissaire de l’OSCE sur les minorités nationales de créer
un collège universitaire albanais pour la formation des enseignants;
b accroître les possibilités de suivre des cours de l’enseignement
supérieur en albanais et engager un dialogue avec les responsables de
l’«université» de Tetovo en vue d’établir des relations officielles, dans le
respect des dispositions pertinentes de la Constitution;
c offrir des infrastructures de formation adéquates pour permettre aux
Macédoniens d’origine albanaise ou autre de trouver un emploi dans la fonction
publique, par exemple en suivant la proposition du Haut-Commissaire de l’OSCE
sur les minorités nationales de créer un centre d’enseignement supérieur
d’administration publique financé par des ressources privées;
13.5 les lois concernant les médias devraient refléter
l’importance essentielle de la liberté d’expression pour une démocratie saine
et protéger l’indépendance de la presse et des médias audiovisuels – en
garantissant une liberté de rédaction totale, un régime fiscal équitable, le
libre approvisionnement en papier journal et le libre accès aux moyens de
diffusion et d’impression ainsi qu’aux circuits de distribution. A cet effet,
il est nécessaire:
a d’accélérer l’élaboration
d’une loi sur les médias publics, en coopération avec le Conseil de l’Europe,
en tenant compte des principes soulignés précédemment;
b de limiter l’influence du gouvernement et du parlement sur les médias
et de garantir l’indépendance et la transparence du Conseil de la
radiodiffusion;
c de mettre fin au quasi-monopole en matière de publicité de l’agence
Nova Makedonia;
13.6 il faudrait achever la révision de la loi de 1992
sur la citoyenneté, commencée en coopération avec le HCR et le Conseil de
l’Europe, et prendre en compte les dispositions de la Convention européenne sur
la nationalité, qui devrait être ratifiée;
13.7 il faudrait accélérer la préparation du projet de loi sur le droit
d’asile;
13.8 les autorités macédoniennes doivent travailler à la mise en œuvre de
la Charte de l’autonomie locale, que la Macédoine a ratifiée, en étroite
collaboration avec le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux;
13.9 pendant ce temps, les autorités centrales de la Macédoine devraient
améliorer la mise en œuvre de la loi de 1995 sur les pouvoirs locaux, en vue
d’accroître l’autonomie locale.
14. En conclusion, l’Assemblée est d’avis que la Macédoine a honoré ses obligations et la plupart de ses engagements, et que les engagements restants sont en voie d’être remplis. L’Assemblée considère donc l’actuelle procédure comme close. Elle poursuivra un dialogue avec les autorités macédoniennes à propos des questions mentionnées dans le paragraphe 13 ci-dessus ou de n’importe quelle autre question découlant des obligations de la Macédoine en tant qu’Etat membre du Conseil de l’Europe, en vue de rouvrir la procédure, conformément à la
Résolution 1115 (1997), si de nouveaux éclaircissements ou un renforcement de la coopération devaient s’avérer souhaitables.