Perspectives pour une nouvelle relation commerciale transatlantique
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Discussion par l'Assemblée le 27 septembre 2000 (29e séance) (voir Doc. 8752, rapport de la commission des questions économiques et du développement, rapporteur: M. Bonet Casas). Texte adopté par l'Assemblée le 27 septembre 2000 (29eséance).
- Thesaurus
1. L’Amérique du Nord et l’Europe forment, à
elles deux dans le monde, la relation la plus étroite et la plus importante en
termes de commerce et d’investissements. A la suite de l’échec du sommet de
l’OMC (Organisation mondiale du commerce) de décembre 1999 à Seattle, il est
vital que cette relation soit maintenue et renforcée – dans l’intérêt
économique, politique et de la sécurité des deux continents, et, par voie de
conséquence, de toute la planète. Dans ce contexte, l’Assemblée se réjouit des
déclarations faites par les États-Unis et le Canada ainsi que par l’Union
européenne à l’occasion du sommet de fin décembre 1999, qui appelaient à
poursuivre les efforts pour améliorer la base de négociations commerciales
multilatérales, ouvertes à la participation publique et abordant des questions
liées au travail, à l’environnement et aux préoccupations des pays en
développement.
2. Il est en outre important que les relations économiques transatlantiques
ne se focalisent pas à l’excès sur les États-Unis et l’Europe, mais qu’elles
englobent tous les pays et groupements commerciaux de l’Amérique du Nord et de
l’Europe, en prenant dûment en compte leurs intérêts – alors même que l’Union
européenne se lance dans un élargissement majeur et que plus d’une trentaine de
pays de l’Amérique du Nord, centrale et du Sud négocient en ce moment pour
qu’une zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) entre en vigueur d’ici à
2005.
3. L’importance d’un renforcement des relations commerciales et économiques
transatlantiques a été soulignée par un séminaire de deux jours organisé par le
Parlement canadien en octobre 1998 sur le thème «Au-delà de l’Alena vers un
marché transatlantique Canada-Europe». Forte des précieux enseignements qu’elle
a acquis au sujet des caractéristiques principales de la zone de libre-échange
nord-américaine et de son fonctionnement dans la perspective canadienne –
notamment les progrès nécessaires en ce qui concerne le règlement des
différends et les dossiers connexes touchant l’environnement, le travail, les
questions sociales et la culture, tels que la pollution transfrontière longue
distance, le lieu de travail et les conditions de travail, ainsi que la
propriété étrangère des industries culturelles –, l’Assemblée salue le désir du
Canada d’aller au-delà des relations de l’Alena (Accord de libre-échange
nord-américain) et, dans ce contexte, de raffermir ses liens transatlantiques.
L’Assemblée souscrit aux efforts visant à faire avancer l’approfondissement des
liens économiques transatlantiques entre l’Amérique du Nord et l’Europe, dans
le dessein d’apporter les avantages que suppose une interpénétration économique
plus étroite entre ces deux régions vitales.
4. L’Assemblée reconnaît les nombreuses affaires contentieuses qui
continuent à rendre plus difficiles les relations économiques transatlantiques.
Elle est cependant persuadée que les différents partenaires ont plus de points
communs que de dissensions, et que des négociations – au niveau transatlantique
ou à celui de l’OMC – sont particulièrement souhaitables en ces temps de
mondialisation rapide, d’inquiétude grandissante au sujet du développement non
durable et de l’affaiblissement de la cohésion sociale, de nouveaux défis en
termes de sécurité et d’émergence d’un nouvel ordre politique
planétaire.
5. Ces négociations devraient non seulement porter sur les questions
contentieuses telles que l’agriculture, la sécurité alimentaire et la culture,
mais aussi promouvoir des mesures visant à réduire la pauvreté, améliorer la
cohésion sociale et promouvoir un développement durable, ainsi que sur des
domaines où la poursuite de la libéralisation pourrait entraîner davantage de
prospérité – par exemple les services, les droits de propriété intellectuelle
et la reconnaissance mutuelle des normes, essais et conditions de vérification,
dans l’esprit de l’Accord de reconnaissance mutuelle de 1997 entre l’Union
européenne et les États-Unis
6. A cet égard, l’Assemblée se félicite d’avoir accordé le statut
d’observateur au Canada et, plus récemment, au Mexique, et s’engage à
promouvoir des contacts politiques et économiques plus larges entre ces pays et
l’ensemble des États membres du Conseil de l’Europe – y compris en sa qualité
de tribune parlementaire pour des institutions comme l’OMC, l’OCDE,
l’Association centro-européenne de libre-échange (Acele) et l’Association
européenne de libre échange (AELE) qui entretient aussi d’étroites relations
avec ces deux pays. L’Assemblée encourage la poursuite du développement de
processus transatlantiques, en se fondant, pour aller plus loin, sur de
récentes initiatives canadiennes et mexicaines, en vue de renforcer les liens
commerciaux avec l’AELE et l’Union européenne.
7. L’Assemblée, tout en notant les bénéfices commerciaux et économiques
entraînés par l’Accord de libre-échange nord-américain – conclu en 1994 entre
le Canada, le Mexique et les États-Unis –, insiste pour que davantage d’efforts
soient déployés en vue de traiter les répercussions sociales, écologiques et
culturelles d’une intégration régionale de plus en plus poussée, ainsi que pour
veiller à ce que les gouvernements conservent la capacité de réguler les
marchés dans l’intérêt public de leur population. L’Assemblée se félicite de ce
que l’Amérique du Nord intensifie ses relations avec d’autres pays des
Amériques par le biais du processus de ZLEA – comme elle se félicite du sommet
Union européenne-Mercosur de 1999 – et est persuadée que des contacts de ce
type, aux niveaux interrégional et hémisphérique, pourront contribuer, en temps
opportun, à établir des relations commerciales transatlantiques plus étendues
et plus poussées.
8. L’Assemblée est encouragée par le ferme appui du Parlement canadien en
faveur des initiatives transatlantiques visant à renforcer et à élargir les
liens économiques avec l’Europe. De plus, dans le cas où les négociations
multilatérales seraient bloquées à l’OMC, les approches interrégionales
pourraient prendre une importance accrue et pourraient mener à l’établissement
d’une certaine forme d’entente de libre-échange transatlantique. L’Assemblée
note l’ouverture dont fait preuve la Commission de l’Union européenne à l’égard
d’une telle perspective, à condition que de solides arguments économiques
puissent être invoqués en faveur d’un accord transatlantique. Étant donné les
avantages potentiels qu’une entente commerciale plus étroite pourrait apporter,
l’Assemblée invite les décideurs des deux rives de l’Atlantique à entreprendre
d’autres évaluations détaillées en vue de définir les meilleurs moyens de
promouvoir le resserrement des liens économiques bilatéraux et interrégionaux
entre l’Europe et l’Amérique du Nord. Aux yeux de l’Assemblée, le fait de faire
avancer ces objectifs commerciaux transatlantiques, avec un soutien des
parlements et du public, pourrait avoir l’avantage supplémentaire de donner un
élan salutaire au processus de lancement d’un nouveau cycle de négociations
commerciales mondiales.
9. Enfin, l’Assemblée soutient fermement les efforts visant à renforcer la
responsabilité, devant les parlements, des structures d’élaboration de
politiques commerciales internationales et des processus de négociation à tous
les niveaux – national, régional et multilatéral –, par des initiatives
transatlantiques contribuant à élargir la portée des progrès au niveau mondial.
L’Assemblée se félicite de ce que M. Michael Moore, Directeur général de l’OMC,
soit favorable à l’instauration d’une coopération plus étroite entre l’OMC et
la sphère parlementaire, y compris l’Assemblée parlementaire du Conseil de
l’Europe. L’Assemblée s’engage à travailler – dans ses contacts réguliers avec
l’OMC par le biais de sa commission des questions économiques et du
développement – en faveur d’une amélioration du processus de l’OMC, qui
permettra d’allier l’efficacité dans les négociations avec davantage de
transparence et une meilleure communication avec le public, d’une part, et
d’intégrer aux résultats des négociations des domaines tels que les normes de
travail et les normes sociales, la protection de l’environnement et la
diversité culturelle, d’autre part.