Adolescence en détresse : une approche sociale et sanitaire du mal-être des jeunes
Recommandation 1632
(2003)
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Texte adopté par la
Commission permanente, agissant au nom de l’Assemblée, le 25 novembre
2003 (voir Doc. 9986, rapport
de la commission des questions sociales, de la santé et de la famille,
rapporteur: M. Ouzký; et Doc. 10000,
avis de la commission de la culture, de la science et de l’éducation,
rapporteur: M. Shybko).
- Thesaurus
1. L’Assemblée parlementaire s’inquiète
de ce que les jeunes en Europe adoptent de plus en plus des conduites
susceptibles de mettre en danger leur santé et leur vie. Il s’agit,
entre autres, du tabagisme, de la consommation excessive d’alcool,
de l’usage de stupéfiants illicites, des dérèglements alimentaires
et des relations sexuelles non protégées. D’autres activités dangereuses
sont également à noter: l’autostrangulation, le «surf entre les
trains» et la traversée des autoroutes, entreprises dans le seul
but de ressentir des émotions fortes et sensationnelles. La plupart
des jeunes sont parfaitement conscients du danger d’un tel comportement pour
leur santé et leur vie.
2. L’augmentation du taux de suicide chez les jeunes est lui
aussi source d’inquiétude. Dans beaucoup de pays européens, le suicide
est la deuxième cause de mortalité chez les adolescents, après les
accidents de la route.
3. Pour s’engager dans de telles conduites, les jeunes ont des
raisons et des motivations qui leur sont personnelles. Toutefois,
l’augmentation des activités à risque démontre une détresse croissante
commune à l’ensemble de la jeunesse.
4. Du fait des changements rapides de l’environnement social
et économique, les jeunes sont confrontés à un avenir marqué par
l’insécurité et l’incertitude. En particulier, le chômage élevé
chez les jeunes rend difficile leur intégration par le biais de
l’entrée sur le marché du travail. Des expériences alternatives
telles que le travail bénévole ou les travaux d’utilité collective
devraient être encouragées.
5. La détérioration des institutions et des réseaux sociaux est
l’une des caractéristiques de la transformation de l’ordre social.
Les anciens véhicules de l’intégration sociale qu’étaient la famille,
l’école, l’Eglise ou les syndicats ont perdu peu à peu leur influence
traditionnelle. Le chemin qui mène à l’âge adulte n’étant plus tracé
à l’avance, les jeunes doivent trouver par eux-mêmes leur voie.
L’Assemblée considère qu’il faut renforcer le rôle de soutien de
la famille, étant donné son influence primordiale pour favoriser
une intégration réussie des jeunes, et que les Etats membres doivent
promouvoir des politiques conformes à cet objectif.
6. Dans les pays membres du Conseil de l’Europe, les jeunes doivent
affronter des changements et des défis spécifiques au sein de leurs
sociétés. Ils disposent de faibles réseaux de soutien et n’ont souvent
pas accès aux soins et à l’information en matière de santé. Ces
problèmes doivent trouver une solution.
7. L’un des problèmes majeurs des jeunes en Europe centrale et
orientale est la propagation explosive des maladies sexuellement
transmissibles, notamment le VIH/sida. Le faible niveau de conscience,
la détérioration des systèmes de santé, la pauvreté et un taux de
chômage élevé sont autant de conditions favorables au développement
rapide de l’épidémie. D’autres signes, tels que des suicides de
plus en plus nombreux et une consommation d’alcool en augmentation,
montrent la détresse des jeunes de cette région.
8. Le passage de l’enfance à l’âge adulte et responsable est
une période où les jeunes ont besoin d’un soutien fort pour réussir
cette transition et développer leurs capacités à «gérer leur vie».
Au cours des dernières décennies, ce processus est devenu de plus
en plus long et complexe. Pour le gérer avec succès, les jeunes
doivent être confrontés à un vaste éventail d’expériences de la
vie. Cet apprentissage devrait inclure l’éducation formelle et la
formation, des opportunités de larges contacts sociaux, de loisir
et de voyage – notamment à l’étranger –, la possibilité pour tous
les jeunes de se réaliser et de développer leurs talents, mais aussi
d’accéder à des conseils et des orientations dans un environnement
amical et favorable.
9. Pour renforcer l’aptitude des jeunes à faire face à un avenir
incertain et imprévisible, des programmes pour renforcer leurs capacités
d’adaptation devraient faire partie intégrante des politiques générales
de la jeunesse.
10. C’est pourquoi l’Assemblée recommande au Comité des Ministres
d’inviter les Etats membres:
en
consultation avec les organisations de jeunesse concernées, à prêter
plus d’attention à toutes les formes de conduite à risque chez les
jeunes, et à mettre en place les mesures appropriées de prévention et
de soutien dans le cadre de leurs politiques de la jeunesse nationales
et régionales;
à coordonner leurs politiques de l’enfance, de la jeunesse
et de la famille afin de prévenir les conduites à risque par l’instauration
de réseaux sociaux puissants et fiables;
à promouvoir des politiques de soutien du rôle des parents
afin de favoriser une intégration sociale réussie des adolescents;
à développer ou mettre en place:
a des actions d’information et de sensibilisation de la
jeunesse sur les dangers auxquels elle s’expose du fait de la consommation
de tabac, d’alcool, de drogue, ou en ayant des comportements alimentaires
déviants;
b des programmes d’éducation à la santé, reposant sur une
meilleure formation des équipes éducatives et médicales, afin de
promouvoir la santé en général, la santé mentale et la santé sexuelle;
c des programmes de prévention du suicide;
d des campagnes de prévention et de sensibilisation des
jeunes à la violence;
e des structures de prévention, telles que des points d’accueil
ou des cellules d’écoute, en particulier hors de l’environnement
scolaire, où des conseillers puissent entendre les appels à l’aide
des adolescents et désamorcer les crises;
f des capacités d’intervention en urgence, en particulier
en milieu hospitalier;
g des programmes destinés à réduire les possibilités de
récidive;
h des mesures visant à réduire le coût social de la consommation
d’alcool et de tabac, notamment en augmentant les taxes sur ces
produits, et à interdire aux mineurs de se les procurer;
i des programmes de prévention renforcés pour lutter contre
l’usage de stupéfiants chez les mineurs;
à rechercher le soutien des médias dans la poursuite des
objectifs ci-dessus.
11. L’Assemblée recommande également au Comité des Ministres:
de donner instruction aux organes
pertinents du Conseil de l’Europe traitant des questions de santé
de considérer les jeunes comme un groupe particulièrement vulnérable;
de favoriser, au sein du Conseil de l’Europe, une coordination
plus étroite entre les secteurs de la jeunesse, de la cohésion sociale,
de l’éducation et du droit de la famille, afin d’assurer la cohérence
des politiques des enfants, des jeunes et de la famille;
de définir des lignes directrices pour mieux aborder la
conduite à risque des jeunes, notamment des méthodes destinées à
renforcer leur résilience;
d’initier des programmes pour instaurer un soutien institutionnel
dans les secteurs de la santé, de l’information et de la prévention,
visant particulièrement les jeunes des pays membres du Conseil de l’Europe;
de mener des recherches plus approfondies sur les causes
et les tendances récentes en matière de conduite à risque chez les
jeunes.