Les énergies renouvelables et l’environnement
Recommandation 1879
(2009)
- Auteur(s) :
- Assemblée parlementaire
- Origine
- Discussion
par l’Assemblée le 25 juin 2009 (25e séance)
(voir Doc. 11918, rapport de la commission de l’environnement, de l’agriculture
et des questions territoriales, rapporteur: M. Le Grand). Texte adopté par l’Assemblée le 25
juin 2009 (25e séance).
1. Le système
énergétique actuel, caractérisé par une consommation excessive des
combustibles fossiles, est de moins en moins apte à résoudre les
problèmes d’approvisionnement en énergie. Les structures d’approvisionnement
en énergie conventionnelle sont de moins en moins compatibles avec
les besoins de la société, qui souhaite disposer de sources d’énergie
propres et facilement accessibles.
2. L’Assemblée parlementaire souhaiterait donc que soient prises,
le plus rapidement possible, des mesures de restructuration durable
du système énergétique et que la production d’énergie redevienne conforme
aux exigences de sécurité énergétique et de protection environnementale
sur le long terme.
3. Cette restructuration du système énergétique doit viser à
la mise à disposition rapide et générale d’énergies renouvelables.
L’utilisation des énergies solaire, éolienne, hydraulique et géothermique
n’est pas limitée en termes réels et n’implique pas de coûts de
consommation. En outre, lorsque ces énergies sont utilisées conformément
au principe de durabilité, elles n’ont pas d’effet indésirable sur
l’environnement. Il en va de même pour la biomasse, à condition
qu’elle soit produite d’une manière durable et qu’elle ne vienne
pas concurrencer les besoins alimentaires. L’énergie renouvelable
va de pair avec une sécurité énergétique à long terme, étant donné
que les énergies renouvelables peuvent être produites à l’échelon
national. De plus, les équipements d’approvisionnement et les réseaux
transnationaux sont faiblement sollicités.
4. Les énergies renouvelables peuvent être utilisées selon un
modèle décentralisé, facteur socio-économique décisif justifiant
qu’il est vital de recourir à ces types d’énergie. Un grand nombre
de petites et moyennes installations permettront, ensemble, d’alimenter
en énergie la société tout entière. La structure décentralisée du
système, faisant intervenir de nombreux acteurs différents, permettra
de développer un marché dynamique. La mise en place d’un système
fondé sur les énergies renouvelables donne donc l’occasion d’écarter
les structures actuelles de monopole opérant sur les marchés de
l’énergie.
5. L’augmentation des crises liées à l’énergie – crise climatique,
crise de la dépendance énergétique, crise de la pauvreté, menaces
nucléaires, crise de l’eau et crise sanitaire – montre clairement
qu’il faut agir rapidement si l’on veut orienter le changement tant
politiquement que socialement. Tout retard supplémentaire ne ferait
qu’aggraver les crises énergétiques et les conflits liés à la répartition
des ressources restantes et aux coûts sociaux afférents, jusqu’à
les rendre ingérables.
6. L’Assemblée estime qu’il faudrait prendre des mesures telles
que des exonérations fiscales, des réductions d’impôt ou des prix
de rachat avantageux pour que les établissements d’énergie renouvelable soient
le plus rentables possible sans répercussions négatives sur l’environnement.
Ces mesures permettraient également de ne pas freiner les créations
d’usines de production d’énergies renouvelables, par des procédures
administratives souvent trop longues, car ces créations devront
être considérées comme prioritaires.
7. En effet, ces usines permettent d’éviter des coûts sociaux
liés à la crise énergétique et viennent compenser les subventions
et les privilèges qui ont été accordés jusqu’à présent aux énergies conventionnelles
depuis des dizaines d’années, et qui ont conduit à la position dominante
de ces énergies sur le marché. La seule alternative pour les énergies
renouvelables d’avoir une position privilégiée serait l’internalisation
totale des coûts externes des énergies conventionnelles dans les
prix de l’énergie. Les principes de la comptabilité environnementale
devraient être appliqués afin de prendre en compte le coût global
des dommages environnementaux causés par les systèmes énergétiques
conventionnels et non renouvelables. Dans ce contexte, l’Assemblée
rappelle sa
Recommandation
1653 (2004) sur la «comptabilité environnementale» en tant qu’instrument
pour le développement durable.
8. L’Assemblée estime également que, pour mener à bien toutes
ces mesures, il apparaît nécessaire de prévoir la création d’une
agence chargée de promouvoir l’utilisation de ces énergies à l’échelle
mondiale. Cette agence pourrait, entre autres, fournir des conseils
sur la mise en œuvre de politiques nationales en matière d’énergies
renouvelables et fournir une assistance concernant le transfert
technologique dans le domaine des énergies renouvelables, et permettre
ainsi de renforcer les compétences et les connaissances sur ce nouveau type
d’énergie. Cette agence pourrait également collecter toutes les
données scientifiques de qualité existantes.
9. L’Assemblée demande, par conséquent, au Comité des Ministres
d’inviter les Etats membres du Conseil de l’Europe:
9.1 à prendre les mesures nécessaires
pour une utilisation rentable à grande échelle des énergies renouvelables
(exonérations fiscales, réductions d’impôt ou prix de rachat avantageux);
9.2 à organiser les marchés de l’énergie des Etats membres
du Conseil de l’Europe selon un modèle non discriminatoire et à
prendre les mesures nécessaires pour garantir à tous les fournisseurs
d’énergie l’accès aux réseaux de distribution sur un pied d’égalité;
9.3 à veiller à ce que les réseaux, quels qu’en soient les
propriétaires, soient totalement neutres quant aux conditions applicables
aux fournisseurs d’énergie;
9.4 à accorder une exonération ou un allègement fiscal sur
les agrocarburants de la deuxième génération et des générations
suivantes pour garantir leur compétitivité face aux combustibles
fossiles, pendant une période transitoire, tant qu’ils n’auront
pas largement pénétré le marché;
9.5 à fixer des priorités claires dans le cadre législatif
d’aménagement du territoire, de façon à réserver des espaces dédiés
à la production d’énergies renouvelables, quel que soit le modèle énergétique;
9.6 à veiller à ce que les bâtiments publics et privés, en
particulier ceux en construction, soient adaptés à l’utilisation
des énergies renouvelables et à mettre en place des programmes d’aide
à l’utilisation de ces nouvelles énergies pour les bâtiments privés
existants;
9.7 à utiliser les énergies fossiles aussi efficacement que
possible pendant la période de transition;
9.8 à moderniser les centrales électriques pour rendre possible
la cogénération, ce qui permettrait d’atteindre un gain énergétique
de 100 %;
9.9 à soutenir la mise en place de l’Agence internationale
pour les énergies renouvelables (IRENA), chargée de promouvoir l’utilisation
de ces énergies à l’échelle mondiale;
9.10 à organiser des campagnes publicitaires et d’information
à grande échelle sur les énergies renouvelables, visant à convaincre
les populations de revenir sur leurs a priori et à encourager les entrepreneurs
privés à investir dans ce type d’énergie;
9.11 à promouvoir la recherche visant à développer de nouvelles
énergies renouvelables et à améliorer le rendement de celles qui
existent;
9.12 à proposer et à assurer une formation adéquate et continue
des professionnels qui participent à l’installation et à l’entretien
de ces nouvelles technologies.