Logo Assembly Logo Hemicycle

Enfants témoins de violence domestique

Résolution 1714 (2010)

Auteur(s) :
Assemblée parlementaire
Origine
Texte adopté par la Commission permanente, agissant au nom de l’Assemblée, le 12 mars 2010 (voir Doc. 12111, rapport de la commission des questions sociales, de la santé et de la famille, rapporteur: Mme Ohlsson; et Doc. 12155, avis de la commission sur l’égalité des chances pour les femmes et les hommes, rapporteuse: Mme Rupprecht). Voir également la Recommandation 1905 (2010).
Thesaurus
1. La plupart des actes de violence domestique sont commis contre des femmes par des hommes de leur entourage immédiat. A chaque fois qu’une mère est victime de tels actes, il existe une forte probabilité qu’un enfant en soit le témoin. Chaque enfant exposé chez lui à la violence réagit différemment. Mais, lorsque les violences sont perpétrées à l’encontre de sa mère, cette exposition constitue dans tous les cas pour l’enfant une forme de maltraitance psychologique dont les conséquences potentielles peuvent être très graves.
2. L’Assemblée parlementaire se félicite de l’adoption de la «Stratégie 2009-2011 – Construire une Europe pour et avec les enfants» et de ses trois domaines prioritaires: la promotion de l’accès des enfants à la justice, la suppression de toute forme de violence à l’égard des enfants, et la participation et l’influence des enfants dans la société. Dans ce cadre, l’Assemblée a soutenu la préparation des lignes directrices du Conseil de l’Europe sur les stratégies nationales intégrées de protection des enfants contre la violence (adoptées le 18 novembre 2009) et le lancement de la Plate-forme du Conseil de l’Europe sur les droits de l’enfant (en juin 2009). L’Assemblée se félicite également de la préparation de lignes directrices européennes pour une justice adaptée aux enfants.
3. L’Assemblée se réjouit tout particulièrement des efforts déployés dans le cadre du Comité ad hoc pour prévenir et combattre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (CAHVIO) pour développer un instrument juridique contraignant portant sur la violence à l’égard des femmes et la violence domestique – qui affecte de manière disproportionnée les femmes –, qui devrait constituer le socle juridique de l’action du Conseil de l’Europe en la matière, y compris sur la question des enfants témoins de violence domestique.
4. Malgré des réalisations essentielles dans le domaine des droits de l’enfant, à tous les niveaux politiques, des mesures plus spécifiques s’imposent concernant les enfants témoins de violence domestique. Trop souvent, il n’est pas tenu compte de leur cas en tant que victimes des conséquences psychologiques d’une telle violence, futures victimes potentielles et maillons d’une chaîne de violence, alors qu’ils pourraient contribuer à identifier des situations potentiellement violentes et à éviter de nouvelles violences à l’avenir.
5. L’Assemblée invite par conséquent les parlements nationaux des Etats membres du Conseil de l’Europe:
5.1 à appuyer avec détermination les activités du Conseil de l’Europe concernant les droits de l’enfant, en coopération avec les ministères nationaux concernés;
5.2 à soutenir la Plate-forme du Conseil de l’Europe sur les droits de l’enfant en tant que forum virtuel permanent gérant la planification stratégique, la mise en œuvre et l’évaluation des activités du Conseil de l’Europe concernant les enfants;
5.3 à promouvoir la prise de conscience des normes comprises dans les lignes directrices du Conseil de l’Europe sur les stratégies nationales intégrées de protection des enfants contre la violence, et à appuyer leur mise en œuvre;
5.4 à encourager leurs ministères nationaux respectifs représentés au sein du CAHVIO à soutenir la préparation d’une future convention du Conseil de l’Europe, qui devrait:
5.4.1 être centrée sur la violence à l’encontre des femmes, y compris la violence domestique, comme l’a déjà préconisé l’Assemblée dans sa Recommandation 1847 (2008) «Combattre la violence à l'égard des femmes: pour une convention du Conseil de l'Europe»;
5.4.2 accorder aux enfants concernés un véritable statut de «victimes secondaires» afin de prendre en compte de façon appropriée l’impact que la violence domestique peut avoir sur eux;
5.4.3 prévoir des mesures spécifiques intégrant une perspective de genre pour traiter les conséquences spécifiques de la violence domestique sur les filles et les garçons dans leur vie d’enfant et d’adulte;
5.4.4 comporter des dispositions concernant le développement de services sociaux polyvalents et transversaux, dont l’accès soit garanti à tous les enfants et qui assurent que l’intérêt des enfants n’est pas négligé par rapport aux problèmes concernant principalement les adultes impliqués et notamment les mères;
5.4.5 insister sur l’importance de formes d’éducation des enfants qui les encouragent dès le plus jeune âge à développer un comportement fondé sur le respect mutuel et la non-violence, afin de prévenir un transfert intergénérationnel de la violence domestique.
6. L’Assemblée invite, en outre, les Etats membres du Conseil de l’Europe:
6.1 à rechercher d’une manière générale des approches et des méthodes de travail novatrices pour gérer les situations d’enfants témoins de violence domestique (comparaison des meilleures pratiques);
6.2 à continuer à sensibiliser à la situation des enfants témoins de violence domestique et à prendre en compte la question dans les législations et les politiques nationales, selon une approche interdisciplinaire intégrant une perspective de genre, portant spécifiquement sur la protection des enfants, la sanction des crimes de violence domestique ou l’octroi de dédommagements financiers aux témoins de cette violence en tant que victimes de ses conséquences psychologiques;
6.3 à inscrire dans leur législation le droit de l’enfant à une éducation fondée sur le respect mutuel et la non-violence;
6.4 à renforcer la prise en compte spécifique, dans les procédures juridiques et administratives, des enfants témoins de violence domestique, par exemple:
6.4.1 en instaurant les conditions nécessaires pour entendre les enfants témoins de violence, afin d’éviter la répétition des témoignages et les interrogatoires abusifs ou humiliants, et pour réduire les effets traumatisants des procédures juridiques et institutionnelles;
6.4.2 en assurant à l’enfant concerné une protection physique lors de la procédure y afférente et au moyen des droits de garde et de contact à la suite des situations de violence domestique;
6.4.3 en fournissant à l’enfant concerné protection et soutien non seulement dans les foyers de femmes, comme c’est souvent le cas, mais également hors de telles institutions;
6.4.4 en dotant les acteurs concernés des services sociaux et autres des connaissances requises pour gérer les enfants ayant été témoins de violence domestique (formation des forces de police et du corps enseignant);
6.4.5 en prenant en compte l’intérêt supérieur de l’enfant témoin de violence domestique lorsqu’il faut statuer sur le droit à l’autorité parentale et les relations personnelles de l’auteur de violence domestique avec l’enfant concerné;
6.5 à promouvoir la question des enfants témoins de violence domestique au moyen d’approches intégrées, afin d’éviter les traumatismes psychologiques sévères pour les enfants, et au moyen de programmes éducatifs pour les familles visant à prévenir un transfert intergénérationnel de violence et, ainsi, de futures situations de violence domestique.