L’obligation des institutions internationales de répondre de leurs actes en cas de violations des droits de l’homme
Réponse à Recommandation
| Doc. 13581
| 10 juillet 2014
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- Adoptée
à la 1204e réunion des Délégués des Ministres (2-3 juillet 2014). 2014 - Quatrième partie de session
- Réponse à Recommandation
- : Recommandation 2037
(2014)
1. Le Comité des Ministres se félicite de
la Recommandation 2037 (2014) de l’Assemblée parlementaire sur « L’obligation
des institutions internationales de répondre de leurs actes en cas
de violations des droits de l’homme », qu’il a décidé de communiquer
au Comité des conseillers juridiques sur le droit international
public (CAHDI) et au Comité directeur pour les droits de l’homme
(CDDH) pour information et commentaires éventuels.
2. Le Comité des Ministres convient de l’importance cruciale
de disposer des mécanismes adéquats pour garantir que les organisations
internationales répondent de toute violation des droits de l’homme
susceptible d’être commise par suite de l’exercice de leurs activités.
Il prend note de l’appel lancé par l’Assemblée pour que les organisations
internationales auxquelles les Etats membres sont parties, notamment
l’Organisation des Nations Unies et ses institutions spécialisées,
ainsi que l’Union européenne et le Fonds monétaire international,
examinent la qualité et l’efficacité des mécanismes visant à garantir
le respect des obligations relatives aux droits de l’homme auxquelles
elles sont soumises et poursuivent l’élaboration de normes juridiques
dans ce domaine.
3. Le Comité des Ministres rappelle que la protection et la promotion
des droits de l’homme font partie des fondements du Conseil de l’Europe,
de l’Union européenne, de l’Organisation des Nations Unies et ses institutions
spécialisées, telles que consacrées par le Statut du Conseil de
l’Europe (article 1), le Traité sur l’Union européenne (article
2) et la Charte des Nations Unies (article 1). Conformément à ces
traités constitutifs, la protection et le respect des droits de
l’homme doivent faire partie intégrante de toutes les actions et
activités de ces organisations. Le Comité des Ministres note également
que les principaux instruments juridiques internationaux et normes
relatives aux droits de l’homme ont été développés dans le cadre
de ces organisations
Note.
4. Le Comité des Ministres relève par ailleurs qu’au fil des
années, les organisations internationales et l’Union européenne
ont mis en place des mécanismes, organes et entités en vue de garantir
le respect des normes universelles relatives aux droits de l’homme,
notamment pour prévenir d’éventuelles violations des droits de l’homme
découlant de l’application de certaines résolutions imposant des
sanctions ciblées.
5. Concernant l’Organisation des Nations Unies et ses institutions
spécialisées, le Comité des Ministres note les mécanismes ad hoc
de protection des droits de l’homme énumérés au paragraphe 5 de
la Résolution 1979 (2014) de l’Assemblée parlementaire intitulée
« L’obligation des institutions internationales de répondre de leurs
actes en cas de violations des droits de l’homme », notamment la
nomination d’un ombudsman chargé de surveiller les sanctions antiterroristes
du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies. En ce
qui concerne la Mission d’administration intérimaire des Nations
Unies au Kosovo (MINUK), le Comité rappelle notamment la mise en
place de groupes consultatifs sur les droits de l’homme appliquant
la Convention européenne des droits de l’homme et les accords passés
entre la MINUK et le Conseil de l’Europe concernant la mise en œuvre
de la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales
et les visites du Comité européen pour la prévention de la torture
et des peines ou traitements inhumains ou dégradants (CPT) dans les
lieux où des personnes sont privées de leur liberté par la MINUK.
Il signale également la Résolution 68/105 sur la responsabilité
pénale des fonctionnaires et des experts en mission des Nations
Unies, adoptée le 16 décembre 2013 par l’Assemblée générale des
Nations Unies. En outre, une Politique de diligence voulue en matière
de droits de l’homme, entérinée par le Secrétaire général de l’ONU
en juillet 2011
Note, définit les
mesures que doivent prendre toutes les entités des Nations Unies
pour que tout appui qu’elles seraient amenées à fournir à des forces
non onusiennes cadre avec les buts et les principes énoncés dans
la Charte des Nations Unies et avec l’obligation qui leur incombe
de respecter, promouvoir et encourager le respect du droit international
humanitaire, des droits de l’homme et des réfugiés.
6. En ce qui concerne l’Union européenne, le Comité des Ministres
rappelle que les projets d’instruments pour l’adhésion de cette
dernière à la Convention européenne des droits de l’homme ont été
agréés en avril 2013 au niveau des négociateurs. L’adhésion de l’Union
européenne vise à combler un vide juridique afin de garantir que
toute personne qui estime que ses droits ont été violés par un acte
ou une omission de l’Union européenne puisse déposer une requête
auprès de la Cour européenne des droits de l’homme. En outre, les dispositions
du projet d’accord d’adhésion relatives à la responsabilité conjointe
et au mécanisme de codéfendeur visent à assurer une responsabilité
adéquate lorsque l’Union européenne agit en vertu des dispositions
de ses traités fondateurs convenues par ses Etats membres, ou lorsque
ceux-ci mettent en œuvre le droit de l’Union européenne.
7. S’agissant de la question du « statut » des organisations
internationales dans les systèmes juridiques nationaux et, en particulier,
de la question de leurs immunités, le Comité des Ministres souligne
que les privilèges et immunités dont jouissent ces organisations
sont des éléments essentiels à l’accomplissement de leur mission.
Ils sont régis par le droit international – instruments constitutifs,
accords multilatéraux ou bilatéraux, c’est-à-dire les accords de
siège. Les organisations internationales pourraient envisager, le
cas échéant, la levée de l’immunité dans des cas particuliers. Le
Comité note en outre que le CAHDI se penche régulièrement sur la
question de l’immunité des organisations internationales et qu’il
a observé à cet égard un développement de la pratique et de la jurisprudence
relatives à la portée de cette immunité et à la question de l’existence
d’« autres voies raisonnables »
Note dans le cadre
de l’organisation concernée en vue de garantir une protection efficace
des droits reconnus par la Convention européenne des droits de l’homme.
Ces questions peuvent être examinées en lien avec les procédures
de règlement des différends impliquant des organisations internationales,
sujet sur lequel le CAHDI est en train de travailler.
8. Concernant l’invitation à engager une réflexion sur les questions
relatives à l’obligation des organisations internationales de répondre
de leurs actes, le Comité des Ministres note que ce sujet soulève plusieurs
questions qui méritent une attention particulière et qui sont importantes
pour garantir la pleine jouissance des droits de l’homme et des
libertés fondamentales. Il renvoie à cet égard à la jurisprudence récente
concernant l’attribution de la responsabilité à l’Etat ou à l’organisation
internationale
Note s’agissant de la mise en
œuvre des normes des organisations internationales, ainsi qu’aux
travaux de la Commission du droit international (CDI) sur la responsabilité
de l’Etat pour fait internationalement illicite et sur la responsabilité
des organisations internationales.
9. Enfin, en ce qui concerne le paragraphe 3 de la recommandation
de l’Assemblée, le Comité des Ministres note la Résolution 66/100
(2011) de l’Assemblée générale des Nations Unies aux termes de laquelle le
point « Responsabilité des organisations internationales » a été
inscrit à l’ordre du jour provisoire de la 69e session de l’Assemblée
à venir, en vue d’examiner la question de la forme que pourrait
prendre le « projet d’articles sur la responsabilité des organisations
internationales » de la Commission du droit international. Le Comité
rappelle que le Secrétariat, en coopération avec le CAHDI, a déjà
soumis une contribution sur cette question à la CDI au nom du Conseil
de l’Europe. Il encourage des contributions supplémentaires si le
point devait être discuté par la Sixième Commission de l’Assemblée
générale à sa prochaine session.