La convergence technologique, l’intelligence artificielle et les droits de l’homme
Réponse à Recommandation
| Doc. 14432
| 19 octobre 2017
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- Adoptée à la 1297e
réunion des Délégués des Ministres (17 octobre 2017). 2018 - Première partie de session
- Réponse à Recommandation
- : Recommandation 2102
(2017)
1. Le Comité des Ministres
a examiné attentivement la
Recommandation
2102 (2017) de l’Assemblée parlementaire intitulée «La convergence
technologique, l’intelligence artificielle et les droits de l’homme».
Le Comité des Ministres estime que la convergence technologique
et l’intelligence artificielle ont apporté des bienfaits sans précédent
à nos sociétés et qu’il faut saisir cette opportunité. Il rappelle
à quel point les progrès scientifiques et technologiques dans les
domaines de la biologie et de la médecine contribuent à améliorer
la santé humaine et la qualité de la vie. Cela s’accompagne toutefois
de nouvelles possibilités d’influencer et de contrôler la vie humaine,
et les implications pour les êtres humains d’un détournement de
telles connaissances et techniques doivent également être soulignées.
Dans ce domaine, il est donc essentiel de veiller au plein respect
des droits et libertés fondamentaux garantis à chacun. Par conséquent,
le Comité des Ministres souscrit pleinement à l’objectif général
de la recommandation et salue la vigilance et l’attention qu’elle préconise
dans ce domaine.
2. Dans le contexte du Conseil de l’Europe, plusieurs domaines
d’activité sont particulièrement pertinents pour cette recommandation.
Le Comité de bioéthique (DH-BIO) réalise un travail considérable
afin de protéger la dignité humaine et les droits individuels dans
le domaine de la biomédecine, notamment en lien avec les nouveaux
progrès scientifiques et technologiques. À cet égard, et sous réserve
de la décision du Comité des Ministres sur son mandat pour le prochain
biennium, le DH-BIO envisage l’élaboration du plan d’action stratégique
évoqué au paragraphe 5 de la recommandation de l’Assemblée.
3. Ce plan d’action stratégique s’appuierait sur les conclusions
de la Conférence qui sera organisée en octobre 2017 à l’occasion
du 20e anniversaire de la Convention
sur les droits de l’homme et la biomédecine (Convention d’Oviedo),
sous les auspices de la Présidence tchèque du Comité des Ministres.
Ce plan d’action stratégique visera notamment à garantir: (1) une
meilleure protection des droits de l’homme des groupes particulièrement
vulnérables; (2) la résolution des défis en matière de droits de
l’homme engendrés par les nouvelles technologies, notamment dans
les domaines de la génétique et de la génomique et (3) les moyens de
faciliter l’organisation d’une éducation et d’une formation appropriées
des professionnels concernés.
4. La conférence examinera les défis des droits de l'homme soulevés
par les progrès dans les domaines de la génétique et de la génomique,
des technologies appliquées au cerveau et des mégadonnées (big data) dans le secteur de la
santé. Elle bénéficiera en particulier des informations de deux
études sur les problèmes du point de vue des droits de l’enfant
résultant des évolutions de la biologie et de la médecine, ainsi
que des conclusions du séminaire à haut niveau sur la jurisprudence
internationale en matière de bioéthique, organisé à la Cour européenne
des droits de l'homme en décembre 2016 sous les auspices de la Présidence
chypriote du Comité des Ministres. Le Comité des Ministres considère
que cette conférence offrira une occasion de débattre des difficultés
auxquelles se heurte le législateur, comme le souligne l’Assemblée
parlementaire, en vue de contribuer, sous l’angle des droits de
l’homme, aux progrès de la science et de la technologie.
5. Le Comité des Ministres est d’accord avec l’Assemblée sur
l’important besoin d’un débat public dans ce domaine, comme le recommande
également l’article 28 de la Convention d’Oviedo
Note. À cet égard,
dans le cadre de ses initiatives pour répondre aux problèmes en
matière de droits de l'homme engendrés par les technologies émergentes,
le DH-BIO élaborera des orientations sur la manière d’encourager
le débat public et la consultation de celui-ci sur les questions
fondamentales soulevées par les avancées biologiques et médicales.
6. Le Comité des Ministres a pris note de l’invitation de l’Assemblée
(paragraphe 7.1) à achever sans plus tarder la modernisation de
la Convention pour la protection des personnes à l'égard du traitement
automatisé des données à caractère personnel (STE n° 108, ci-après
la «Convention 108»). À ce propos, il rappelle qu’il a communiqué
pour avis le projet de Protocole d’amendement à l’Assemblée le 5
juillet 2017 même si les négociations se poursuivent au sein du Comité
des Ministres. Le Comité est bien conscient de l’urgence. Les propositions
de modernisation ont été minutieusement rédigées pour répondre aux
nouveaux défis en matière de protection des données et aideront
les législateurs à s’adapter à la vitesse des évolutions scientifiques
et technologiques évoquées dans la recommandation. D’autres informations
sur les amendements proposés pour moderniser la Convention figurent
en Annexe à cette réponse.
7. En réponse au paragraphe 7.2 de la recommandation, le Comité
des Ministres rappelle l’objectif de la nouvelle Stratégie du Conseil
de l’Europe sur le handicap lancée à Nicosie, Chypre (27-28 mars
2017): la réalisation de l’égalité, de la dignité et de l’égalité
des chances pour les personnes handicapées. Cela exige de leur garantir
l’autonomie, la liberté de choix, la participation pleine et effective
à la vie de la société. Le Comité des Ministres tient à souligner
que de nouveaux travaux dans ce domaine, en particulier sur l’accessibilité
et la conception universelle, pourraient être menés de manière à
fournir des orientations sur la manière d’offrir aux personnes handicapées
l’accès aux progrès de l'utilisation de robots de soins et des technologies
d'assistance et la pleine jouissance de ceux-ci, sans discrimination
et sur un pied d’égalité avec les autres.
8. Concernant le paragraphe 8, le Comité des Ministres note l’évocation
des «
conséquences sociales et éthiques» de
la convergence technologique. Les lignes directrices sur les mégadonnées
Note (big data) adoptées par le Comité consultatif
de la Convention pour la protection des personnes à l’égard du traitement
automatisé des données à caractère personnel (T-PD) fournissent
une illustration concrète de solutions novatrices et adaptatives
à ces problèmes. Les lignes directrices soulignent en effet la nécessité
de veiller à une «
Utilisation des données
soucieuse des incidences éthiques et sociales».
9. S’agissant du paragraphe 9, qui appelle à un renforcement
de la transparence et de la responsabilité des opérateurs, le Comité
des Ministres fait observer qu’il s’agit d’une autre caractéristique
essentielle de la modernisation de la Convention 108 qui prévoit,
entre autres, un nouvel article sur la «transparence du traitement»,
précisant les obligations du responsable de cette opération, qui
doit veiller à garantir un traitement loyal et transparent des données
à caractère personnel. Le Comité des Ministres rappelle également
sa Recommandation CM/Rec(2010)13 sur la protection des personnes
à l'égard du traitement automatisé des données à caractère personnel
dans le cadre du profilage et sa Recommandation CM/Rec(2016)3 sur
les droits de l’homme et les entreprises, qui traite de la responsabilité
sociale des entreprises et des acteurs privés sous l’angle de l’exercice
des droits et libertés fondamentaux. Le Comité des Ministres informe
enfin l’Assemblée que le T-PD ciblera davantage les implications
de l’intelligence artifielle pour la protection des données dans
son programme pour le biennium 2018-2019.
10. Le Comité des Ministres a noté les différentes propositions
visant à élaborer des lignes directrices dans des domaines très
divers, y compris la vie privée et familiale, le profilage, la géolocalisation
ou l’assistance aux personnes âgées. Certains de ces points feront
l’objet des activités susmentionnées. Concernant la dernière question,
il invite son Comité directeur pour les droits de l'homme à prendre
en compte les préoccupations exprimées par l’Assemblée quand il
examinera, en 2018, la Recommandation
CM(2014)2 sur la promotion des droits de l'homme des personnes
âgées, adoptée en 2014 par le Comité des Ministres.
11. Pour terminer, le Comité des Ministres s’accorde avec l’Assemblée
sur la nécessité de maintenir une collaboration étroite avec les
autres organisations internationales et d’autres parties prenantes
afin d’échanger des bonnes pratiques et de faire en sorte que le
cadre juridique international soit aussi cohérent que possible.
Annexe
Commentaires du Comité consultatif de
la Convention pour la protection des personnes à l’égard du traitement
automatisé des données à caractère personnel (T-PD)
1. Les Délégués des Ministres
sont convenus lors de leur 1286e réunion
(10-11 mai 2017) de communiquer la
Recommandation 2102 (2017) de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe
portant sur «La convergence technologique, l’intelligence artificielle
et droits de l’Homme» au Comité consultatif de la Convention pour
la protection des personnes à l’égard du traitement automatisé des
données à caractère personnel, pour information et commentaires
éventuels.
2. Le Bureau du Comité consultatif salue l’adoption de la
Recommandation 2102 (2017) et souligne l’importance de répondre aux défis pour
les droits de l’homme qui émergent dans le contexte de la convergence
technologique et de l’intelligence artificielle.
3. Les opportunités sans précédent offertes par la convergence
technologique et l’intelligence artificielle doivent être saisies
dans le plein respect des droits et libertés fondamentales garantis
à toute personne. La vigilance et la prise de conscience auxquelles
appelle l’Assemblée parlementaire dans sa recommandation sont saluées
et doivent ouvrir la voie à un travail ultérieur approfondi portant
sur ces défis, en particulier au regard du droit à la protection
des données.
4. Le Bureau du Comité consultatif félicite avant toute autre
chose l’appel de l’Assemblée parlementaire (paragraphe 7.1) à finaliser
sans plus attendre, la modernisation de la Convention pour la protection
des personnes à l’égard du traitement automatisé des données à caractère
personnel (ETS n° 108, ci-après «Convention 108»), et regrette que
six ans après le début de ce travail crucial, la modernisation n’ait
toujours pas abouti.
5. La difficulté, soulignée dans la recommandation, pour le législateur
de s’adapter à la vitesse de l’évolution de la science et des technologies,
est réelle. Les propositions de modernisation ont été rédigées avec
le soin particulier de résister à l’épreuve du temps et ont pour
but de répondre aux défis émergents en matière de protection des
données.
6. Le Bureau du Comité consultatif partage pleinement l’avis
de l’Assemblée parlementaire concernant l’importance de garantir
la dignité humaine, et ce que cela implique, au 21e siècle.
La dignité humaine constitue le principe de base sur lequel sont
fondés les droits de l’homme et la volonté d’en assurer le respect
à l’ère numérique était au cœur du travail de modernisation de la
Convention 108. Le projet de préambule énonce clairement qu’ «[…]
il est nécessaire de garantir la dignité humaine ainsi que la protection
des droits de l’homme et des libertés fondamentales de toute personne
et, eu égard à la diversification, à l’intensification et à l’internationalisation
des traitements des données et des flux de données à caractère personnel,
l’autonomie personnelle, fondée sur le droit de la personne de contrôler
ses propres données à caractère personnel et le traitement qu’il
en est fait».
7. S’agissant du paragraphe 8, le Bureau du Comité consultatif
relève la référence importante aux «conséquences sociales et éthiques»
de la convergence technologique. L’hyper connectivité et le volume
de données à caractère personnel impliqués par la convergence technologique
sont préoccupants et les principes de protection des données devront
continuer à évoluer et à s’adapter aux nouveaux défis. Les lignes
directrices «mégadonnées» (
big data)
Note adoptées par le Comité consultatif sont
une illustration concrète d’une réponse novatrice et qui sait s’adapter
à ces défis. Les lignes directrices soulignent précisément le besoin
de garantir une «utilisation des données soucieuse des incidences
éthiques et sociales». Cette directive générale devra être complétée
par des dispositions sectorielles adaptées à des contextes spécifiques
et ce sera un des objectifs du Comité dans les années à venir.
8. Le Bureau du Comité consultatif se réfère également à l’introduction
des concepts de «privacy by design»
et de «privacy by default»,
ainsi qu’aux études d’impact sur la vie privée et aux nouvelles
obligations de sécurité dans le projet de modernisation de la Convention
108, comme une autre réponse importante aux défis soulignés par
l’Assemblée parlementaire dans sa recommandation.
9. Au regard de l’appel spécifique de l’Assemblée parlementaire
de répondre «aux conséquences sociales et éthiques dans les domaines
de la génétique et la génomique», le Bureau du Comité consultatif
souligne son excellente et durable coopération avec le Comité de
Bioéthique ainsi que la volonté des deux comités de continuer de
travailler ensemble sur des défis communs dans ces domaines particuliers.
10. S’agissant du paragraphe 9, le Bureau du Comité consultatif
soutient pleinement l’appel à renforcer la transparence et la responsabilité
des opérateurs. Cela constitue un autre élément clé de la modernisation
de la Convention 108 avec un nouvel article sur «la transparence
du traitement» qui détaille les obligations du responsable du traitement,
visant à garantir un traitement loyal et transparent des données
à caractère personnel. En outre, l’article proposé sur «les obligations
complémentaires» recommande que toutes les mesures appropriées pour
se conformer aux dispositions de la Convention soient prises et
met en exergue la nécessité d’être en mesure de pouvoir démontrer
une telle conformité. Deux autres aspects particuliers des propositions
de modernisation apportent un élément de réponse complémentaire
à l’appel de l’Assemblée parlementaire et sont d’une pertinence
particulière dans un contexte de convergence technologique et d’intelligence
artificielle. Le premier est le droit de la personne concernée de
ne pas être soumise à une décision l’affectant de manière significative
qui serait prise uniquement sur le fondement d’un traitement automatisé
de données, sans que son point de vue soit pris en compte. La seconde
nouveauté est le droit pour la personne concernée d’être informé,
à sa demande, du raisonnement qui sous-tend le traitement de données,
lorsque les résultats de ce traitement lui sont appliqués. Le Bureau
du Comité consultatif rappelle également la recommandation adoptée
par le Comité des Ministres sur la protection des personnes à l’égard du
traitement automatisé des données à caractère personnel dans le
cadre du profilage
Note.
11. La protection des personnes à l’égard du traitement des données
à caractère personnel requerra que le dispositif protecteur d’ensemble
établi par la Convention modernisée soit respecté, à commencer par
la base légale du traitement et l’importance d’assurer aux personnes
concernées, là où le consentement constitue cette base légale, les
conditions nécessaires à l’expression d’un consentement libre, spécifique,
éclairé et non-équivoque.
12. En conséquence, le Bureau du Comité consultatif souligne une
fois encore le besoin d’une adoption rapide de la Convention modernisée
de protection des données, qui dans ses propositions contient plusieurs réponses
à certains des défis posés par la convergence technologique et l’intelligence
artificielle. Le Comité de la Convention 108 continuera de traiter
de tels défis et propose dans son programme de travail pour 2018-2019
de tout particulièrement se concentrer sur les incidences de l’intelligence
artificielle sur la protection des données.
13. Enfin, le Bureau du Comité consultatif salue l’appel à une
étroite coopération avec d’autres institutions, organisations et
acteurs et assure qu’il poursuivra son engagement actif avec d’autres
acteurs clés dans la promotion et le développement des normes de
protection des données en réponse aux nouveaux défis.