Assurer la protection des défenseurs des droits de l’homme dans les États membres du Conseil de l’Europe
Réponse à Recommandation
| Doc. 14772
| 05 décembre 2018
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- Adoptée lors de la
1330e réunion des Délégués des Ministres
(28 novembre 2018). 2019 - Première partie de session
- Réponse à Recommandation
- : Recommandation 2133
(2018)
1. Le Comité des Ministres
a examiné attentivement la
Recommandation
2133 (2018) – «Assurer la protection des défenseurs des droits de
l’homme dans les États membres du Conseil de l’Europe». Il l’a communiquée
au Comité directeur pour les droits de l’homme (CDDH) pour information
et commentaires éventuels.
2. Le Comité des Ministres réitère son attachement indéfectible
à la démocratie, aux droits de l’homme et à l’état de droit. Il
souligne l’inestimable travail de tous les défenseurs des droits
de l'homme, qui contribuent largement à un environnement de respect
actif et de promotion des droits de l'homme, de la démocratie et
de l'état de droit en Europe.
3. Le Comité des Ministres rappelle que les défenseurs des droits
de l’homme exigent une protection spécifique, car leur travail les
amène souvent à critiquer les politiques et les actions des gouvernements,
par exemple en réunissant des éléments sur les atteintes aux droits
de l’homme commises par des pouvoirs publics et en attirant l’attention
sur elles. Dans ce contexte, le Comité des Ministres partage pleinement
la préoccupation de l’Assemblée face à des actes de harcèlement,
de représailles et d’agressions commis contre les défenseurs des
droits de l’homme dans des États membres du Conseil de l’Europe,
tant par les autorités nationales que par des acteurs non étatiques.
Il observe malgré les progrès réalisés dans quelques États membres
du Conseil de l’Europe, une détérioration inquiétante de la protection
des défenseurs des droits de l’homme dans plusieurs autres pays
européens. Il se félicite ainsi de la nomination récente par l’Assemblée parlementaire
d’un nouveau Rapporteur général sur la situation des défenseurs
des droits de l’homme.
4. Le travail des défenseurs des droits de l’homme repose sur
des droits fondamentaux, tels que la liberté de pensée, de conscience
et de religion, la liberté d’expression et la liberté de réunion
et d’association, qui sont protégés par la Convention européenne
des droits de l’homme. À cet égard, le Comité des Ministres salue
le rôle essentiel de la Cour européenne des droits de l’homme dans
l’interprétation de l’étendue des restrictions dont peut faire l’objet
l’exercice de ces libertés, afin qu’elles ne portent pas atteinte
au travail des défenseurs des droits de l’homme et qu’elles n’excèdent
pas ce qu’autorisent les paragraphes 2 des articles 10 et 11 de la
Convention.
5. La protection des défenseurs des droits de l’homme dans les
États membres du Conseil de l’Europe est une priorité pour la Commissaire
aux droits de l’homme, qui en parle ouvertement lors de ses échanges
de vues réguliers avec le Comité des Ministres et lors de ses visites
dans les États membres. Le Comité des Ministres souligne le rôle
important des États dans la protection des défenseurs des droits
de l’homme, notamment en adoptant une législation adéquate, mais
également en coopérant avec la Commissaire en facilitant ses visites,
en lui fournissant les réponses appropriées et en dialoguant avec
elle sur la situation des défenseurs des droits de l’homme lorsque
cela s'avère nécessaire. Il encourage les États à prendre des mesures
concrètes pour promouvoir la pleine réalisation des droits des défenseurs
des droits de l’homme mais également pour les protéger contre les
violations de leurs droits.
6. En réponse à la recommandation faite au paragraphe 1.2, le
Comité des Ministres tient à rappeler qu’il soutient pleinement
l’action de la Commissaire aux droits de l’homme, notamment en veillant
à ce que son Bureau dispose de ressources financières et humaines
suffisantes malgré le contexte budgétaire très difficile. La protection
des défenseurs des droits de l’homme fait par ailleurs partie des
priorités de la Présidence entrante du Comité des Ministres. Une
table-ronde sur ce thème sera ainsi organisée par le Bureau de la Commissaire
aux droits de l’homme, à Helsinki, les 13-14 décembre 2018.
7. La question spécifique des représailles alléguées à l’encontre
des défenseurs qui interagissent avec le Conseil de l’Europe constitue
une priorité pour le Secrétaire Général. Depuis mai 2017, le Secrétaire
Général a mis en place un point de contact au sein de son Cabinet
pour coordonner l’action possible dans de tels cas sur la base d’informations
données par les différentes entités du Conseil de l’Europe, suite
à leurs contacts directs avec les défenseurs. Cette procédure est
complémentaire et n’interfère pas avec les procédures précitées
(voir dans ce sens l’information donnée par le Secrétaire Général
aux Délégués des Ministres,
SG/Inf(2017)26, 21 juin 2017). Le Comité des Ministres considère qu’un
complément d’information de la part du Secrétaire Général sur la
mise en œuvre de sa proposition serait très utile.
8. En 2015, le Conseil de l’Europe a mis en place la Plateforme
pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes.
L’opportunité de créer une plateforme analogue pour renforcer la
protection des défenseurs des droits de l’homme, comme l’a suggéré
l’Assemblée (paragraphe 1.3 de la Recommandation), permettant de
surveiller les actes de représailles visant les défenseurs, mérite
un examen attentif. Le Comité des Ministres note toutefois que l’Assemblée
lui a également recommandé, dans sa
Recommandation 2121(2018) «Pour une convention européenne sur la profession
d’avocat», d’établir un mécanisme d’alerte précoce pour réagir aux
menaces immédiates qui pèsent sur la sécurité et l’indépendance
des avocats. Cette proposition est en cours d’examen par les comités
directeurs et organes concernés. S’agissant de la proposition d’une
plateforme relative aux défenseurs des droits de l’homme, le Comité
des Ministres examinera son bien-fondé ultérieurement à la lumière
de la pratique de l’ensemble des procédures existantes précitées, y
compris les nouveaux mécanismes, et en consultation avec l’Assemblée
et la société civile.
9. Pour ce qui concerne la recommandation faite au paragraphe
1.6, le Comité des Ministres tient à préciser que le projet de recommandation
sur la nécessité de renforcer la protection et la promotion de l’espace dévolu
à la société civile en Europe est en cours de finalisation par le
CDDH et qu’il sera examiné par le Comité des Ministres d’ici la
fin de l’année
Note. Le projet de recommandation
sera assorti d’une compilation et d’une analyse des principales
mesures et pratiques existantes dans les États membres concernant
la protection et la promotion de l’espace dévolu à la société civile.
Le Comité des Ministres estime que cette étude permettra aux États
membres de prendre connaissance des travaux existants, ainsi que
des bonnes pratiques mis en place dans les États membres du Conseil
de l’Europe pour assurer la protection des défenseurs des droits
de l’homme.
10. Enfin, s’agissant de l’organisation d’un séminaire de haut
niveau suggérée par l’Assemblée (paragraphe 1.7), le Comité des
Ministres signale que, à l’initiative des autorités finlandaises
et dans le cadre de leur Présidence du Comité des Ministres, un
Atelier sur l’espace dévolu à la société civile est prévu lors de
la 90e réunion du CDDH, qui se tiendra
à Strasbourg le 29 novembre 2018.