Création d’un mécanisme de l’Union européenne pour la démocratie, l’État de droit et les droits fondamentaux
Réponse à Recommandation
| Doc. 15016
| 18 décembre 2019
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- Adoptée lors de la
1363e réunion des Délégués des Ministres
(11 décembre 2019). 2020 - Première partie de session
- Réponse à Recommandation
- : Recommandation 2151
(2019)
1. Le Comité des Ministres
a pris note avec intérêt de la
Recommandation 2151 (2019) de l’Assemblée parlementaire, intitulée «Création d’un
mécanisme de l’Union européenne pour la démocratie, l’État de droit
et les droits fondamentaux», qu’il a communiquée à la Commission
européenne pour la démocratie par le droit (Commission de Venise)
et au Groupe d’États contre la corruption (GRECO) pour information
et commentaires éventuels.
2. Le Comité des Ministres souligne, de façon générale, l’importance
d’assurer la cohérence et la complémentarité entre le Conseil de
l’Europe, organisation paneuropéenne, et l’Union européenne, comme
le prévoit le Mémorandum d’accord de 2007 entre le Conseil de l’Europe
et l’Union européenne. Ce mémorandum, qui continue de guider la
coopération entre les deux organisations, dispose que «l’Union européenne
considère le Conseil de l'Europe comme la source paneuropéenne de
référence en matière de droits de l’homme» et que «le Conseil de
l'Europe restera la référence en matière de droits de l'homme, de primauté
du droit et de démocratie en Europe».
3. Le Comité des Ministres rappelle que la question de la coopération
entre le Conseil de l’Europe et l’Union européenne dans le cadre
des initiatives de l’Union européenne en matière d’État de droit
est traitée régulièrement dans les rapports annuels sur la coopération
entre le Conseil de l’Europe et l’Union européenne présentés à la
Session annuelle du Comité des Ministres. Ces rapports permettent
au Comité des Ministres de faire régulièrement le point sur l’état
d’avancement des différentes initiatives de l’Union européenne en
matière d’État de droit et de les évaluer dans le contexte du Mémorandum
d’accord.
4. À sa 129e Session, tenue à Helsinki
le 17 mai 2019, le Comité des Ministres a pris note avec satisfaction du
développement de la coopération entre le Conseil de l’Europe et
l’Union européenne et s’est félicité en particulier du renforcement
de la coopération programmatique sur les questions en matière d’État
de droit et de l’engagement partagé en faveur d’un multilatéralisme
effectif. Le Comité des Ministres a aussi exprimé sa volonté de
renforcer encore la coopération entre le Conseil de l’Europe et
l’Union européenne, conformément au Mémorandum d’accord, afin de
mieux protéger et promouvoir les droits de l’homme, la démocratie
et l’État de droit en Europe
Note.
5. Pour ce qui est d’un plus grand développement de la coopération
institutionnelle entre les deux organisations, le Comité des Ministres
rappelle que la coopération entre le Conseil de l’Europe et l’Union européenne
s’est, dans la pratique, développée dans le cadre du dialogue politique,
de la coopération juridique et des programmes de coopération conjoints.
Comme indiqué dans le rapport présenté à la Session ministérielle
de mai 2019 à Helsinki
Note, en ce qui concerne les faits nouveaux
survenus dans les États membres de l’Union européenne, la coopération
s’est accrue dans le cadre des initiatives et évaluations des institutions de
l’Union européenne en matière d’État de droit, notamment le «Cadre
pour renforcer l’État de droit» institué par la Commission européenne
et le dialogue annuel sur l’État de droit au sein du Conseil de
l’Union (Affaires générales)
Note. En 2018,
ce dialogue a porté sur le thème «La confiance à l’égard des institutions
publiques et de l’État de droit» et le Conseil de l’Europe a été
invité à participer activement aux discussions préparatoires. Le Conseil
de l’Europe a continué d’apporter une contribution précieuse compte
tenu de sa longue expérience dans ce domaine, en particulier grâce
à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme et
à l’expertise fournie par la Commission de Venise
Note, le GRECO, la Commission européenne
pour l'efficacité de la justice (CEPEJ), MONEYVAL, le Conseil consultatif
de juges européens (CCJE) et le Conseil consultatif de procureurs
européens (CCPE), ainsi que directement via des projets de coopération.
Le rapport indique aussi que «les contacts se sont intensifiés entre
les institutions de l’Union européenne et les organes du Conseil
de l’Europe, en particulier les organes consultatifs et de suivi.
Ces derniers, ainsi que les résultats de leurs procédures de suivi,
sont aussi régulièrement mentionnés par les institutions de l’Union
européenne, ce qui confirme le rôle du Conseil de l’Europe en matière
d’évaluation comparative et l’expertise unique qui est la sienne.
En outre, la CEPEJ a continué de fournir des données sur le fonctionnement
des systèmes judiciaires des 28 États membres de l’UE, qui sont
utilisées pour l’édition annuelle du «Tableau de bord de la justice»
de la Commission européenne. Cette coopération exemplaire repose
sur un contrat pluriannuel entre la Commission européenne et le
Conseil de l'Europe (renouvelé en 2017 pour une période de quatre
ans). Cet accord permet d’éviter les doubles emplois, confirme le
statut de la CEPEJ en tant que centre de référence commun pour l'évaluation
de la justice et améliore sa visibilité ainsi que celle du Conseil
de l'Europe.»
6. Dans ce contexte, le Comité des Ministres rappelle sa décision
du 10 juillet 2019 d’accorder à l’Union européenne le statut d’observateur
auprès du GRECO et note qu’une large majorité des États membres
de l’Union européenne est en faveur d’une adhésion pleine et entière
au GRECO. De plus, le 24 juillet 2019, le Conseil de l’Europe et
la Commission européenne ont signé un contrat portant sur l’utilisation
de l’expertise indéniable du Conseil de l’Europe dans l’évaluation
de la mise en œuvre concrète et de l’application effective de la
Quatrième Directive anti-blanchiment dans les États membres de l’Union
européenne
Note. Le Comité des Ministres considère
que ces deux développements devraient encore faciliter la coopération
dans le contexte des initiatives de l’Union en matière d’État de
droit. Il rappelle que l’Union européenne pourrait aussi envisager de
devenir partie à la Convention du Conseil de l’Europe relative au
blanchiment, au dépistage, à la saisie et à la confiscation des
produits du crime et au financement du terrorisme (STCE no 198),
qu’elle a signée le 2 avril 2009, afin de renforcer encore la cohérence
de l’action commune contre le blanchiment de capitaux et le financement
du terrorisme.
7. Le Comité des Ministres souligne la nécessité d’assurer la
cohérence du système de protection des droits de l’homme en Europe
dans le contexte des initiatives de l’Union européenne en matière
d’État de droit et rappelle que les mécanismes de consultation technique
existants offrent un cadre de coordination adapté pour traiter cette
question. Celle-ci a, par exemple, été à l’ordre du jour des réunions
annuelles des hauts responsables consacrées à la planification et
à la coordination de la coopération au niveau technique. Ces réunions
annuelles permettent à ces hauts responsables d’assurer le suivi
de la coopération et de formuler de nouvelles propositions d’action.
Les hauts responsables font aussi office de correspondants à cet
égard. De plus, le Secrétariat du Conseil de l’Europe rencontre
régulièrement le représentant de la présidence du Conseil de l’Union
en la personne présidant son comité compétent («CATS»)
Note. Ces réunions ont lieu au cours de chaque
présidence de l’Union, c’est-à-dire deux fois par an
Note. Ces réunions donnent lieu à des
discussions portant sur le développement harmonieux de normes et
politiques sur des questions juridiques et des sujets stratégiques,
comme les questions en matière d’État de droit. Les rapports des
réunions de consultation entre le Conseil de l’Europe et le CATS
sont examinés par le Groupe de rapporteurs du Comité des Ministres
sur les relations extérieures (GR-EXT).
8. Le Comité des Ministres observe que la communication de la
Commission européenne du 17 juillet 2019
Note fait largement référence au Conseil
de l’Europe. La Commission entend en particulier «renforcer la coopération»
avec le Conseil de l’Europe et «envisager [de lui] apporter un soutien
accru dans le cadre des priorités de l’Union en matière d’État de
droit». Elle exprime aussi la volonté «d’accroître la participation
de l’UE au sein des organes du Conseil de l’Europe, en rendant la
coopération au niveau des services plus forte et plus systématique».
Cette communication reconnaît que «les responsabilités institutionnelles
et politiques des deux institutions» doivent être pleinement respectées.
Elle mentionne également l’obligation pour l’Union européenne d’adhérer
à la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH).
9. Le Comité des Ministres considère que les implications des
développements décrits ci-dessus seront de nature politique, juridique
et financière et qu’elles nécessiteront des réflexions et des échanges
plus approfondis en temps voulu. Entre-temps, le Comité des Ministres
continuera de suivre cette question de près.
10. Rappelant le rôle de référence du Conseil de l’Europe en matière
de droits de l'homme, de primauté du droit et de démocratie en Europe,
le Comité des Ministres se félicite de l’intention de la Secrétaire
Générale d’approfondir la coopération avec l’Union européenne et
de considérer l’adhésion de cette dernière à la CEDH comme l’une
des plus grandes priorités. À cet égard, le Comité des Ministres
prend note du courrier adressé par M. Jean-Claude Juncker, Président
de la Commission européenne, et M. Frans Timmermans, Premier Vice-Président
de la Commission européenne, à la Secrétaire Générale du Conseil
de l’Europe le 31 octobre 2019, l’informant que l’Union européenne
était prête à reprendre les négociations en vue de son adhésion
à la CEDH. L’adhésion de l’Union européenne à la CEDH renforcera
nos valeurs communes, améliorera l’efficacité de la législation
européenne et assurera une plus grande cohérence en matière de protection
des droits fondamentaux en Europe.
11. Le Comité des Ministres considère que le Bureau de liaison
du Conseil de l’Europe à Bruxelles et la Délégation de l’Union européenne
à Strasbourg ont contribué de manière significative aux développements
du partenariat à tous les niveaux et qu’ils continueront à jouer
un rôle clé dans le renforcement de la dynamique de coopération
et de sa visibilité.