B Exposé des motifs
par Mme Inka Hopsu, rapporteure
1 Introduction
1. Le rôle joué par les jeunes
dans la prévention et le règlement des conflits, la lutte contre
la violence et l’extrémisme, est essentiel à l’établissement d’une
paix durable. Bien qu’ils subissent souvent les effets préjudiciables
des conflits armés, les jeunes sont de précieux agents du changement
démocratique et devraient, à ce titre, être activement mobilisés,
habilités et impliqués dans la construction de communautés pacifiques.
Pourtant, leur contribution potentielle et leur participation à
l’édification effective de la paix n’ont guère fait l’objet d’attention
et de soutien
Note.
2. Au fil des ans, l’Assemblée a appelé les États membres à améliorer
l’accès des jeunes à une éducation de qualité, à leur offrir de
meilleures possibilités d’emploi, à prévenir leur radicalisation
et à favoriser l’engagement des jeunes dans les politiques et les
actions nationales
NoteNote.
Elle a également instamment invité les États membres à protéger
les enfants touchés par les conflits armés et à mettre fin à la
violence à l’égard des enfants
Note.
Un rapport sur la participation des enfants est actuellement en
cours d’élaboration
Note.
3. Au cours des dernières années, les acteurs internationaux
et certains acteurs nationaux ont pris davantage conscience du rôle
positif joué par les jeunes dans la promotion de la paix et de la
sécurité et ont ainsi multiplié les possibilités de participation
politique de la jeunesse. L'adoption de la résolution historique 2250
(2015) du Conseil de sécurité des Nations Unies (RCSNU 2250) sur
les jeunes, la paix et la sécurité a fait date et entraîné un changement
normatif dans la façon dont les jeunes sont reconnus sur la scène internationale
en matière de paix et de sécurité. Dans de nombreux cas, les gouvernements,
les entités des Nations Unies, la société civile et d’autres acteurs
redoublent d’efforts pour appliquer cette résolution. Certaines
organisations internationales, dont les divers organismes du système
des Nations Unies, l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération
en Europe (OSCE), le Conseil de l’Europe ou l’Union européenne,
ont élaboré leurs programmes de manière à associer des représentants
de la jeunesse à leurs travaux dans le cadre de la définition des
politiques internationales. Quoique limités, quelques efforts ont également
été déployés afin d’analyser systématiquement et de comprendre comment
les jeunes déterminent et influencent la viabilité des accords et
processus de paix.
4. Cependant, un certain mécontentement prévaut tant chez les
jeunes artisans de la paix que chez les responsables politiques,
concernant la manière de faire coïncider les intentions avec les
réalités sur le terrain. Le rapport du Secrétaire général des Nations
Unies, publié en mars 2020, met en avant les problèmes fondamentaux
qui subsistent, notamment les obstacles structurels qui limitent
la participation des jeunes et leur capacité de peser sur les décisions,
les violations de leurs droits humains et l’insuffisance des investissements en
faveur de leur inclusion et de leur habilitation
NoteNote.
5. Dans le présent rapport, je m’efforcerai d’analyser pourquoi,
plus de cinq ans après l’adoption de la RCSNU 2250, la publication
de plusieurs documents d’orientation novateurs en faveur de l’intégration
des jeunes et le lancement de diverses initiatives visant à s’assurer
le concours de représentants de la jeunesse dans le travail institutionnel,
les jeunes artisans de la paix ont le sentiment de voir leur marge
de manœuvre diminuer au lieu de croître. Je m’intéresserai essentiellement
au contexte européen et étudierai les moyens de lever les obstacles
et de repenser les processus décisionnels susceptibles de permettre
aux jeunes de jouer pleinement un rôle significatif dans la prévention
et le règlement des conflits et l’apaisement des tensions entre les
États membres du Conseil de l’Europe et en leur sein. L’escalade
soudaine du conflit armé dans le Caucase à l’automne 2020 nous rappelle
tristement que la paix et la sécurité ne sauraient être tenues pour
acquises, et que les processus inclusifs d’édification de la paix
sont essentiels pour assurer une paix durable.
6. La pandémie de covid-19 a lancé au monde un défi sans précédent.
En ces temps de crise, les jeunes sont une fois de plus la principale
source d’espoir mais ils sont aussi les plus durement touchés par
la situation sanitaire. Leur participation active à l’élaboration
des politiques est d’autant plus importante si l’on veut éviter de
créer une génération perdue.
2 En quoi le rôle joué par les jeunes
dans la prévention et le règlement des conflits est-il important?
2.1 Démographie
et données
7. Selon les cas, la définition
de la jeunesse fait appel à différentes tranches d’âge. Dans le
cadre du présent rapport, j’ai repris celle utilisée dans la RCSNU
2250 (2015), qui précise que le terme «jeunesse» s’entend de toute
personne âgée de 18 à 29 ans, mais note également que la définition
du terme peut varier d’un pays à l’autre et à l’échelle internationale.
8. Le monde compte aujourd’hui 1,8 milliard de jeunes de moins
de 30 ans, ce qui représente le nombre et la proportion les plus
élevés jamais enregistrés. D’un autre côté, selon l’Indice mondial
de la paix pour 2020 (Global Peace Index, GPI)
Note le
niveau moyen de paix dans le monde s’est dégradé pour la neuvième
année consécutive. D’après les estimations, 408 millions de jeunes
(soit 23 % de la population mondiale âgée de 15 à 29 ans) vivent
dans des zones touchées par un conflit armé ou en proie à la violence
organisée
Note. Autrement dit, au moins un
jeune sur quatre est touché d’une manière ou d’une autre au quotidien
par l’un de ces fléaux
Note. Plusieurs millions de
ces jeunes sont déplacés, pour la plupart dans les pays voisins
où ils demeurent vulnérables.
9. Dans le même temps, au cours des vingt dernières années, plus
de 900 accords de paix ont été signés dans le monde, dans le cadre
de négociations où les jeunes générations n’ont guère eu l’occasion
de faire entendre leur voix. Ces chiffres permettent de comprendre
la dynamique des jeunes et à quel point leur engagement dans la
prévention des conflits et les processus de médiation, ainsi que
leur participation bien plus large dans la prise de décisions politiques
s’avèrent nécessaires.
10. En Europe, tant la situation démographique que le taux de
conflits diffèrent à bien des égards. Quelque 9 % seulement des
jeunes de 15 à 29 ans du monde entier vivent en Europe et en Russie-Eurasie
confondues. D’un point de vue statistique, 51 conflits ont été enregistrés
en Europe en 2019, dont un seul était qualifié de «guerre limitée»
et 16 autres de «crise violente». Par ailleurs, c’est l’Europe qui
a totalisé le plus grand nombre de manifestations, d’émeutes et
de grèves au cours de la période 2011-2018, soit près de 1 600 événements. Environ
70 % des conflits recensés en Europe n’étaient pas entachés de violence
NoteNote.
À quelques exceptions près, ce chiffre est relativement stable depuis
2005.
11. Malgré la paix (relativement) positive qui règne en Europe,
ils sont encore trop nombreux à grandir dans des zones en proie
à des conflits non résolus, qui entravent le développement économique
ou social de leurs communautés. Dans un certain nombre de démocraties
malades ou défaillantes, les jeunes ne sont pas en mesure d’exercer
librement leurs droits fondamentaux de réunion, d’expression ou
d’association. Un nombre croissant de jeunes réfugiés qui ont fui
la guerre dans leur pays d’origine peinent à survivre financièrement
et à s’intégrer dans les sociétés européennes. Toutefois, la plupart
des jeunes Européens en savent peu sur les atrocités de la guerre;
ils se heurtent en outre à d’autres problématiques dans leur vie
quotidienne comme le harcèlement scolaire, les risques d’intolérance,
de xénophobie, d’extrémisme violent et de terrorisme. Aujourd’hui,
les jeunes Européens font également entendre leur voix pour prévenir
de nouveaux conflits potentiels liés aux défis émergents tels que
le changement climatique.
12. Malheureusement, nous faisons face à un manque général de
données, y compris concernant l’Europe, sur le nombre de jeunes
réellement engagés dans des conflits armés ou participant à la violence
organisée, vivant dans des régions sub-nationales en proie à un
conflit armé ou ayant été déplacés par un conflit armé, tués ou
blessés lors de conflits armés ou ayant perdu des membres de leur
famille ou des proches dans le cadre de conflits violents, ou encore
sur le nombre de jeunes qui ne sont pas en mesure de fréquenter
l’école ou de travailler en raison de conflits. Par ailleurs, les
données statistiques sur le nombre de jeunes engagés dans des activités
directes d’édification, de maintien ou de consolidation de la paix
font également défaut.
13. Des données restreintes donnent des connaissances limitées,
et des connaissances limitées entravent toute participation ou action
significative. Le renforcement des capacités statistiques n’est
donc ni plus ni moins qu’un travail préparatoire essentiel pour
la paix et la sécurité, qui doit être pris en compte dans le cadre
du programme Jeunesse, Paix et Sécurité.
2.2 Les
jeunes en tant qu’acteurs multidimensionnels au service d’une paix
positive
14. Les jeunes sont loin de former
un groupe homogène. Ils jouent
divers rôles et vivent différentes expériences dans les conflits
civils, politiques ou militaires, et dans l’édification de la paix.
Cependant, ils ont des défis à relever et des chances à saisir collectivement,
ainsi que des vulnérabilités et des besoins en termes de protection
Note.
2.2.1 La
paix positive par opposition à la paix négative
15. La plupart des jeunes ne sont
pas animés d’une intention explicite de participer à des activités
violentes en tant que fin en soi, ou encore d’œuvrer à la construction
de la paix au nom de la paix. Cependant, ils aspirent à mener une
existence passionnante et épanouie, à subvenir aux besoins de leur
famille et à élever leurs enfants, et à participer à la vie culturelle
et à la société dans son ensemble. Le fait de vivre dans un environnement
de paix «positive» ou «négative» conditionne leur capacité à réaliser
leurs aspirations ou leur recours éventuel à la violence.
16. L’Institut pour l’économie et la paix (IEP) estime que la
paix n’est pas seulement l’absence de violence, elle représente
bien plus. La paix positive se caractérise par «les attitudes, les
institutions et les structures qui établissent et pérennisent les
sociétés paisibles» tandis que la paix négative se définit par «l’absence
de violence ou de peur de la violence». L’Institut recense huit
piliers de la paix positive
Note:
- un
gouvernement qui fonctionne bien;
- de faibles niveaux de corruption;
- un environnement commercial sain;
- une répartition équitable des ressources;
- la libre circulation de l’information;
- de bonnes relations avec ses voisins;
- des niveaux de capital humain élevés, et
- la reconnaissance des droits d’autrui.
17. Les sociétés pacifiques où règne une «paix positive» sont
celles qui transforment ces piliers positifs en activités productives
et facilitent la réalisation de ces objectifs. En revanche, la violence
peut être un indicateur symptomatique d’une paix positive sous-développée.
Dans les sociétés jouissant d’une paix positive solidement ancrée,
l’engagement social de chacun, notamment des jeunes, est moins susceptible
de s’exprimer sous la forme de violences
Note.
18. Ces huit piliers recoupent largement les 17 objectifs de développement
durable (ODD) des Nations Unies et correspondent également à la
vision de la paix et de la sécurité à laquelle aspirent les jeunes générations
des sociétés modernes. Une étude indépendante intitulée «Les absents
de la paix: étude indépendante sur les jeunes et la paix et la sécurité»
(2018)
Note réalisée en vue d’évaluer l’application
de la RCSNU 2250, montre que pour de nombreux jeunes, la paix et
la sécurité signifient plus que la simple absence de violence ou
la fin d’un conflit violent. Ces concepts incluent également des
visions positives de sociétés libres et démocratiques, offrant des
environnements propices à l’épanouissement et à la dignité et qui s’attaquent
aux inégalités sociales, politiques et structurelles. Pour les jeunes
consultés dans le cadre de cette étude, le maintien de la paix suppose
de s’attaquer aux causes profondes de la corruption, des inégalités
et de l’injustice qui sous-tendent les conflits violents, ainsi
qu’aux déclencheurs immédiats de la violence (la paix positive),
et non de se contenter de mettre fin à la violence et de traiter
ses symptômes et conséquences (la paix négative). Ils font valoir
que la question de la paix et la sécurité est inextricablement liée
à l’objectif plus large de leur place dans le développement durable
et de la reconnaissance ou du déni de leurs droits socio-économiques
et culturels.
19. Par conséquent, il est primordial d’opérer un changement de
paradigme dans les stratégies de consolidation de la paix dédiées
aux jeunes de manière à ce qu’elles abordent les huit piliers de
la paix positive et la façon dont ils affectent la vie des jeunes.
Les organisations et associations de jeunesse peuvent s’employer
directement à améliorer chacun de ces piliers. Dans le même temps,
les acteurs étatiques et internationaux doivent créer un environnement
propice, permettant aux jeunes d’agir de manière constructive et
non violente dans chaque catégorie positive dans le cadre du programme
plus vaste en faveur de la paix et de la sécurité.
20. Il est également essentiel d’appréhender cet élargissement
du programme lorsqu’il s’agit de prendre en compte les aspirations
des organisations, des réseaux et des responsables de jeunesse (non
spécifiquement axées sur les activités de paix et de sécurité au
sens traditionnel) qui réclament en parallèle des processus de paix
incluant les jeunes et la participation active de ces derniers en
tant que parties prenantes à la prise de décisions plus larges dans
plusieurs domaines politiques, aux niveaux local, national et international.
2.2.2 Casser
les stéréotypes et dissiper les idées fausses
21. La capacité d’action politique
des jeunes dans le contexte des processus de paix fait souvent l’objet
de stéréotypes et de perceptions négatives: les jeunes sont fréquemment
considérés comme les principaux auteurs de violence politique, des
troubles sociaux et de l’extrémisme violent, ou comme les victimes
passives des conflits, dépourvues de capacité d’action et ayant
besoin de protection. Ces perceptions sont souvent fondées sur le
genre: les jeunes hommes sont perçus comme des prédateurs violents
ou des fauteurs de troubles en puissance, de potentiels agents déstabilisateurs
des processus de paix et opposants aux accords de paix, alors que
les jeunes femmes sont considérées comme des victimes passives de
violences
Note. Les discours dominants mettent
l’accent sur la jeunesse en tant que catégorie «problématique» ou
«à risque» au lieu de s’intéresser à la façon dont les jeunes apportent
une contribution positive à la paix au sein de leurs sociétés. Il
est essentiel de parvenir à une compréhension plus nuancée de l’influence,
aussi bien positive que négative, que les jeunes peuvent avoir sur
leurs sociétés
Note.
22. La référence aux jeunes en tant que «générations futures»
ou «futurs dirigeants» est une autre idée fausse qui a fait plus
de mal que de bien au niveau de l’élaboration des politiques. Les
jeunes ne sont pas seulement l’avenir, ils sont également le présent.
En tant que composante significative de la population, il convient
de les prendre en compte et de les intégrer dans les processus actuellement
à l’œuvre, en leur accordant la capacité d’action et l’influence
nécessaires.
23. Enfin, un processus de paix où les jeunes ont leur place implique
de reconnaître leur diversité identitaire. Étant donné que les jeunes
ont des identités et des rôles différents dans les processus de
paix, leur inclusion et leur participation doivent être comprises
et abordées de manière multidimensionnelle, s’inscrire dans d’autres
programmes d’intégration et être interconnectées à ces derniers.
3 Obstacles
à une participation inclusive aux processus de paix
3.1 L’exclusion
politique
24. Les jeunes perçoivent la paix
et la sécurité comme des questions fondamentalement politiques,
liées au pouvoir et aux institutions, comme les gouvernements, les
médias, les entreprises et les ONG. Pourtant, la participation des
jeunes aux processus politiques officiels et aux institutions est
en déclin dans tous les pays, à l’exception de certaines démocraties
relativement nouvelles, où les jeunes ont tendance à être plus optimistes
et confiants quant à leur capacité à changer les choses en votant
et en faisant montre d’un engagement politique traditionnel
Note, notamment après les «révolutions»
suscitées par des fraudes électorales.
25. Globalement, les jeunes générations manifestent de plus en
plus leur manque de confiance envers leurs gouvernements, la communauté
internationale et les systèmes de gouvernance, qu’elles estiment
être corrompus, inefficaces et archaïques. Cela se traduit par de
faibles taux d’activité électorale, de participation politique (seuls
4,1 % des jeunes de moins de 30 ans peuvent être qualifiés de membres
actifs d’un parti), et d’engagement parlementaire. Les jeunes sont
clairement sous-représentés dans les processus politiques institutionnels
et de formulation des politiques. Ils sont également peu nombreux
au sein des parlements et des instances de l’administration publique
et décisionnaires en matière de consolidation de la paix et d’élaboration de
normes.
26. Bien que les jeunes représentent plus de 20 % de la population
en âge de voter, ils font peu entendre leur voix dans la vie politique
traditionnelle. À l’échelon mondial, quelque 2,2 % seulement des
députés nationaux ont moins de 30 ans
Note. Dans l’Europe des 47, ce chiffre
est à peine plus élevé, à savoir 3,9 %
Note.
27. Outre le fait que la politique est traditionnellement perçue
comme la chasse gardée de citoyens plus âgés, souvent de sexe masculin
et plus riches, d’importants obstacles entravent la participation
politique des jeunes à différents niveaux et dans divers domaines:
- L’âge minimum requis pour voter
lors d’élections nationales fixé à 18 ans dans la plupart des pays,
qui prive ainsi les citoyens plus jeunes de leurs droits électorauxNote.
- L’âge minimum requis pour être candidat à un mandat électif
qui est généralement supérieur à celui du droit de vote (souvent
compris entre 25 et 40 ans). L’âge moyen d’éligibilité dans le monde
est de 22,2 ans, soit 4 à 6 ans après l’obtention du droit de vote,
pour les chambres basses et de 27,9 ans pour les chambres hautes.
- La hausse des coûts liés à la nomination des candidats
et aux campagnes électorales et l’absence de réglementation en matière
de financement politique qui compliquent encore un peu plus l’engagement des
jeunes dans une carrière politique.
- Alors que la participation de tous les citoyens au processus
politique au niveau local est la pierre angulaire de la construction
de démocraties saines, c’est souvent à cet échelon que les jeunes
n’ont pas la possibilité de participer aux processus décisionnelsNote.
- Contrairement à d’autres groupes sous-représentés, peu
de mesures proactives ont été prises pour encourager les jeunes
candidats. D’où un décalage souvent important entre les dirigeants
politiques et les jeunes générations.
28. Dans beaucoup de pays, les jeunes femmes font l’objet d’une
«double discrimination» fondée sur l’âge et le sexe. Elles se heurtent
aussi souvent à des obstacles supplémentaires comparativement aux
hommes.
29. Face aux entraves à la participation aux processus politiques
institutionnels et formels, les jeunes peuvent rapidement se sentir
démunis et privilégier d’autres modes de participation par rapport
aux voies plus officielles. La montée d’un courant de contestation,
le consumérisme et le populisme politiques, les campagnes focalisées
sur un thème unique qui surgissent un peu partout sont autant de
signes de l’attrait croissant des modes de participation non traditionnels
et informels pour une population de jeunes mieux informés, plus
au fait des choses et – pour la première fois dans l’histoire –
disposant des outils leur permettant de se mobiliser et de s’organiser
rapidement, grâce notamment à la connectivité à haut débit et à
faible coût offerte par les téléphones portables, internet et les
médias sociaux. Qu’il s’agisse de remettre en question les institutions
ou de s’attaquer à une question qui leur tient à cœur, les jeunes
sont à la tête des mouvements.
30. En vue de renforcer la participation des jeunes à la vie politique,
les gouvernements du monde entier ont expérimenté diverses mesures,
notamment les campagnes de sensibilisation, le vote obligatoire,
les quotas de jeunes, l’abaissement de l’âge requis, la mise en
place de conseils de jeunesse et l’éducation à la citoyenneté. Les
faits tendent à montrer que si l’éducation à la citoyenneté est
susceptible d’améliorer l’épanouissement personnel et la progression
sociale des jeunes et leur participation à des formes d’engagement
plus individualisées et informelles, le vote obligatoire et les
quotas de jeunes peuvent contribuer en partie à combler le déficit
de participation des jeunes aux processus politiques formels
Note. À
ce jour, aucun pays européen n’a établi de quotas de jeunes au niveau
national par voie législative. Toutefois, dans neuf pays, les partis
politiques appliquent des quotas
Note.
3.2 Rayonnement,
espaces et financement limités
31. Il n’est pas non plus facile
pour les jeunes de faire entendre leur voix par le biais de canaux
informels. La plupart des organisations et des réseaux de jeunesse
en Europe se heurtent aux mêmes obstacles, à savoir un manque de
reconnaissance, d’intégration réelle, de financement et de soutien.
Leurs voix ne portent pas suffisamment, notamment parce que leurs
activités sont assez peu connues et ont un rayonnement limité. La majorité
de ces organisations et réseaux ne consacrent qu’une partie de leur
attention et de leurs projets aux questions de paix et de sécurité.
De plus, le programme Jeunesse, Paix et Sécurité est intrinsèquement transversal:
il doit intégrer les aspects liés au genre, à la paix et à la sécurité
tout en tenant compte des différents facteurs de marginalisation
des jeunes auxquels il faut s’attaquer pour parvenir à une paix
positive.
32. Bien que davantage d’espaces soient créés et dédiés aux jeunes
travaillant en faveur de l’édification de la paix et engagés dans
des activités relevant de ce domaine, ces espaces semblent ne pas
être rattachés à la prise de décision mais plutôt proposés en tant
qu’instances distinctes réservées aux jeunes, comme les parlements
de jeunes
Note ou
les conférences de jeunesse, et ne permettent pas leur réelle intégration
dans les processus de négociation. Les quelques initiatives visant
à inclure les jeunes dans ces processus restent pour la plupart
symboliques ou ponctuelles, ciblant de petits groupes d’élites instruites,
tandis que les efforts d’édification de la paix sur le terrain sont
rarement menés sous l’angle de la jeunesse.
33. Les contraintes financières jouent un rôle important dans
la détermination des types d’activités que les organisations de
jeunesse sont à même d’entreprendre. Ces dernières fonctionnent
avec des moyens financiers très limités, le budget annuel des organisations
œuvrant à la prévention et la résolution des conflits en Europe
s’élevant en moyenne à 174 219 euros
Note. Elles sont donc fortement tributaires
du bénévolat (97 % du personnel). Faute de pouvoir obtenir des fonds
d’amorçage ou des subventions, même minimes, de nombreux programmes
ne sont pas en mesure d’atteindre un public plus large et de renforcer
leur impact.
34. Les divers obstacles institutionnels et liés aux moyens qui
empêchent de recevoir, de gérer et de comptabiliser des financements
externes rendent inévitablement les organisations dirigées par des
jeunes fortement tributaires des dons locaux et des contributions
de leurs propres membres. Or, dans certains pays, les organisations
de jeunesse sont interdites d’enregistrement ou ne peuvent obtenir
la reconnaissance officielle qui pourrait leur permettre d’accéder
à des fonds. Par ailleurs, les organisations internationales de donateurs
soutiennent de petits projets à court terme et ponctuels menés par
la société civile, qui ne sont pas susceptibles d’entraîner un changement
structurel. De plus, les organisations de jeunesse connaissent une rotation
très rapide de leurs membres, ce qui ne facilite pas l’établissement
des projets à long terme ou des partenariats institutionnalisés
que nécessiterait la participation à des négociations de paix.
35. L’accès à des financements adéquats et suffisants est cependant
fondamental pour les jeunes qui œuvrent dans les situations de conflit.
Les possibilités de financement doivent être suffisantes, durables
et adaptées aux jeunes; et être en adéquation sur le plan administratif
avec leur réalité (assorties par exemple de critères d’éligibilité
souples).
36. Enfin, même si le rôle de la jeunesse dans les processus d’établissement
de la paix est de plus en plus reconnu, le manque de soutien est
également dû en partie aux rares éléments factuels dont on dispose
sur ce qui fonctionne ou non dans les stratégies et programmes d’édification
de la paix menés par des jeunes. À ce titre, il est essentiel de
recenser et d’évaluer les initiatives ayant un impact positif sur
la vie des jeunes et de leurs communautés afin de renforcer le soutien
effectif apporté aux jeunes partout dans le monde
Note. Dans le même temps, le suivi et
l’évaluation de l’impact ne doivent pas constituer une charge supplémentaire
pesant sur la capacité organisationnelle et la mise en œuvre des
programmes.
4 Surmonter
les obstacles
37. Pour tenter d’appréhender les
divers obstacles et les moyens d’améliorer significativement la participation
des jeunes aux questions de paix et de sécurité, j’appliquerai les
concepts utilisés par l’IEP, en abordant la question sous deux angles:
- Un engagement explicite: initiatives
menées par ou en faveur des jeunes, faisant directement appel à leurs
compétences et à leur temps pour résoudre des problèmes et consolider
la paix dans leurs communautés et pays (les jeunes sont amenés à
participer directement à la construction de leur monde);
- Un engagement implicite: instauration d’un environnement
propice permettant aux jeunes de prévenir les situations de violence,
d’accéder à des possibilités de consolidation de la paix et de concourir
à des sociétés hautement fonctionnelles permettant le plein épanouissement
du potentiel humain.
38. Les deux engagements sont à considérer aux niveaux local (communauté),
national et international.
39. La clé du succès dans le règlement des conflits et la consolidation
de la paix réside dans l’instauration de la confiance, tant horizontalement
entre les jeunes eux-mêmes et au-delà des clivages générationnels
au sein de leurs communautés, que verticalement dans les relations
qu’entretiennent les jeunes avec les institutions sociales, leurs
gouvernements et les acteurs internationaux.
4.1 Engagement
explicite
40. Quelque 400 organisations de
jeunesse opèrent dans le monde et sont impliquées, d’une manière
ou d’une autre, comme acteurs de l’édification de la paix. Cela
va des organisations spécialisées regroupant un grand nombre de
jeunes artisans de la paix, par exemple UNOY Peacebuilders (le Réseau
uni des jeunes bâtisseurs de la paix), qui sont parvenus à faire
pression en faveur de l’adoption de la RCSNU 2250 et ses résolutions
de suivi, et qui contribuent à maintenir les questions relatives
à la jeunesse et à la paix à l’ordre du jour des Nations Unies,
au Forum européen de la jeunesse qui s’intéresse depuis peu seulement
à cette thématique mais qui gagne en puissance, en passant par des
initiatives régionales de consolidation de la paix telles que l’Initiative
des jeunes pour les droits de l’homme – un réseau d’organisations
de jeunesse de la société civile actives dans les Balkans, qui a
remporté le Prix Václav Havel de l’Assemblée en 2019, pour n’en citer
que quelques-unes.
41. La force des différents types et niveaux des organisations
civiques dirigées par des jeunes tient aux liens qu’elles tissent
souvent entre les enceintes officielles et informelles des négociations
de paix, ce qui peut contribuer à la légitimité des processus de
paix dans la société au sens large. Le pouvoir des jeunes se manifeste
surtout dans les mouvements de protestation de masse ou dans l’activisme
des médias en ligne en faveur de la paix. Les contributions des
jeunes visant à influencer les négociations de paix par des moyens créatifs
et alternatifs, souvent considérés comme informels, doivent être
reconnues comme un trait-d’union essentiel qui façonne et soutient
les processus formels
Note.
42. Certaines initiatives récentes d’organisations de la société
civile et de spécialistes de la jeunesse ont permis de mieux comprendre
les actions menées par les jeunes sur le terrain dans le cadre de
l’établissement de la paix. Le groupe de travail du Réseau inter-institutions
des Nations Unies pour l’épanouissement des jeunes a élaboré une
note
pratique mettant en évidence les pratiques prometteuses en matière
de politiques et de programmes de jeunesse dans le monde. De même,
UNOY Peacebuilders et l’ONG Search for Common Ground ont conçu
l’enquête
mondiale sur la jeunesse, la paix et la sécurité dans le but de répertorier les activités des organisations
dirigées par des jeunes qui travaillent à l’échelle mondiale en
faveur de la paix et la sécurité. Nombre de ces initiatives ont
également contribué à alimenter
l’étude sur les jeunes
et la paix et la sécurité, qui a facilité la définition d’une stratégie pour la
mise en œuvre de la RCSNU 2250.
43. Ces études ont mis en évidence de nombreux exemples des divers
outils, approches et interventions auxquels les jeunes ont recours
pour contribuer à la consolidation de la paix dans leurs communautés,
parmi lesquels:
- le renforcement
de la cohésion et de la réconciliation des communautés par le biais
de dialogues et de manifestations intercommunautaires, interreligieuses
et interethniques (par exemple des expositions, des pièces de théâtre,
des événements sportifs, des concerts);
- la sensibilisation des citoyens par l’intermédiaire de
débats et de campagnes publiques;
- la participation à des programmes communautaires de promotion
de l’esprit d’entreprise et d’amélioration des moyens de subsistance
par le renforcement des capacités et la formation;
- l’établissement d’alliances, de réseaux, de conseils et
de clubs permettant de mettre en relation les jeunes artisans de
la paix, de renforcer leurs capacités et leur leadership, et de
favoriser leur participation aux cadres de consolidation de la paixNote.
44. Je voudrais ajouter à cette liste la coopération pour le développement,
la coopération internationale, les programmes de volontariat élaborés
par les jeunes et auxquels ils participent, les actions menées par
les jeunes des diasporas et le «nexus thinking» (réflexion fondée
sur les interactions).
45. Les jeunes jouent également un rôle essentiel dans le soutien
au désengagement de leurs pairs des groupes violents et à leur réinsertion.
Grâce à leur présence sur le terrain et à leur meilleure compréhension des
besoins et des réalités locales en matière de désengagement des
jeunes, ils peuvent servir de passerelle entre les jeunes démobilisés
et la communauté.
46. La valeur de ce travail réside en grande partie dans la capacité
de la jeunesse à toucher et mobiliser des jeunes que les gouvernements
et les organisations internationales ne parviennent souvent pas
à atteindre. Ils sont en première ligne de l’édification de la paix
dans leur communauté, agissant comme les «yeux et les oreilles»
des groupes de jeunes. Cependant, leur contribution est davantage
un atout pour la prévention des conflits (dans tous les piliers
de la paix positive) et la réconciliation post-conflit qu’une force
de négociation dans les processus de paix.
47. Cela étant, les jeunes artisans de la paix ont le droit légitime
de revendiquer une plus forte implication dans les processus politiques
et la prise de décision. Ils devraient être encouragés à s’investir
davantage et à jouer un rôle de premier plan pour nouer des partenariats,
mener des actions de sensibilisation et entreprendre des recherches
participatives afin de renforcer l’intégration des jeunes dans les
processus de paix. Cependant, il reste à définir les moyens novateurs
permettant aux jeunes artisans de la paix d’agir dans leur contexte,
afin de démontrer que les investissements en leur faveur sont essentiels
au renforcement de la résilience de leurs communautés et de leurs
pays. Sachant qu’un internaute sur trois est un jeune, les mouvements
de jeunesse ont de nombreuses possibilités d’influer de manière
significative sur les efforts actuellement entrepris pour l’établissement
de la paix.
4.2 Engagement
implicite
48. Pour aider les jeunes qui travaillent
à la consolidation de la paix à surmonter les défis susmentionnés, les
autorités locales, régionales et internationales sont tenues de
leur garantir des environnements propices. La création d’un environnement
porteur passe par l’éducation (dont l’éducation civique et à la
résolution des conflits, l’histoire et l’éducation religieuse, la
formation à la lecture des médias), la santé et le bien-être, les possibilités
d’emploi et de formation, la participation politique et civique,
notamment la participation sans exclusive aux processus de paix
et aux décisions politiques, mais aussi par la promotion du respect
des droits humains, de l’égalité des chances, de la protection des
personnes vulnérables, de l’accessibilité à la justice et aux ressources,
et par l’évolution des perceptions des jeunes au sein de la société.
49. L’engagement implicite exige des gouvernements qu’ils aspirent
à une paix positive en investissant dans les capacités, l’implication
et le leadership des jeunes et en facilitant l’engagement et les
initiatives des organisations de jeunesse grâce à un soutien financier
substantiel, à la création de réseaux et au renforcement des capacités.
Cette approche reconnaît toute la diversité de la jeunesse et des
modes d’organisation des jeunes. Elle donne la priorité aux partenariats
et à l’action collaborative, où les jeunes sont considérés comme des
partenaires à part entière et essentiels pour la paix.
50. Dans ce contexte, les autorités publiques nationales et locales
devraient utiliser des instruments tels que la Charte européenne
révisée du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de
l’Europe sur la participation des jeunes à la vie locale et régionale
et créer des structures permettant aux jeunes de participer véritablement
à la prise de décision par le biais des conseils et parlements des
jeunes.
51. L’engagement implicite est également important pour préparer
les jeunes impliqués dans les structures publiques de maintien et
de consolidation de la paix, notamment au sein des forces armées
et de la police. Il est de la plus haute importance que la formation
des jeunes recrues inclue une éducation aux droits humains ainsi
qu’une formation à la médiation pour la paix, à la résolution des
conflits et à la réconciliation. Une telle formation aurait un impact
positif sur l’avenir des forces armées et de police et apporterait
en outre des compétences utiles à toutes les personnes inscrites
à des formations de l’armée et de la police.
5 Défis
posés par l’application des résolutions du Conseil de sécurité des
Nations Unies sur la jeunesse et la paix et la sécurité
52. La RCSNU 2250 peut être considérée
comme la toute première résolution à reconnaître explicitement le
rôle positif que les jeunes jouent dans le maintien et la promotion
de la paix et de la sécurité, en demandant de mettre en place «des
mécanismes internes associant véritablement les jeunes aux processus
de paix et au règlement des différends». Elle identifie cinq piliers
d’action: participation, protection, prévention, partenariats, ainsi
que désengagement et réintégration.
53. Les Résolutions 2419 (2018) et 2535 (2020) adoptées par la
suite par le Conseil de sécurité des Nations Unies, ont réaffirmé
l’engagement à mettre pleinement en œuvre la RCSNU 2250. La RCSNU
2419 insiste également sur la représentation inclusive des jeunes
pour la prévention et le règlement des conflits, y compris dans
le cadre de la négociation et de la mise en œuvre des accords de
paix. Ces trois instruments invitent instamment les États membres
à examiner les moyens d’accroître la représentation inclusive des
jeunes dans la prise de décision à tous les niveaux, y compris les
éventuels mécanismes intégrés permettant aux jeunes de participer
de manière significative aux processus de paix et au règlement des
différends. Les RCSNU ont reconnu la nécessité impérieuse d’associer
les jeunes, non pas en tant que menace pour la sécurité mais en tant
que partenaires, aux principales décisions à prendre, notamment
aux négociations politiques qui ont une incidence directe sur leur
vie actuelle et future
Note.
54. En septembre 2018, l’ONU a lancé Jeunesse 2030, la Stratégie
des Nations Unies pour la jeunesse, qui établit une feuille de route
interne pour l’Organisation. Bien qu’holistique, ce document vise
cinq domaines d’action prioritaires, dont la consolidation de la
paix et le renforcement de la résilience, directement inspirés du programme
Jeunesse, Paix et Sécurité. Dans le cadre de cette stratégie, l’ONU
s’engage à prendre en compte et à appuyer la contribution positive
des jeunes dans les domaines suivants: développement, paix et sécurité, justice
sociale, prévention de la violence, catastrophes et réduction des
risques, action humanitaire et action climatique
Note.
55. Les Résolutions 2250, 2419 et 2535 du Conseil de sécurité
des Nations Unies sont à considérer comme étroitement liées au Programme
de développement durable à l’horizon 2030 de l’ONU. Bien que les 17 objectifs
de développement durable ne mentionnent pas spécifiquement les jeunes,
les besoins et le rôle de la jeunesse sont abordés dans certaines
des cibles et certains des indicateurs qui sous-tendent les ODD, et
le Programme comprend l’engagement «d’offrir aux enfants et aux
jeunes un environnement favorable à la pleine réalisation de leurs
droits et au plein épanouissement de leurs dons, préparant par là
même nos pays à toucher un dividende démographique». Il établit
le cadre permettant d’évoluer vers des sociétés plus prospères,
équitables, inclusives et pacifiques, dont la construction repose
sur les épaules des jeunes. Le Programme 2030 contribuera assurément
à maintenir la question de la jeunesse et de la paix et de la sécurité à
l’ordre du jour international et national pour la décennie à venir.
56. Les Résolutions 2250, 2419 et 2535 du Conseil de sécurité
des Nations Unies proposent collectivement un schéma directeur pour
une participation significative des jeunes aux processus de paix
incluant la jeunesse, censés générer des réponses politiques en
cascade à l’échelle internationale (dans le contexte de ce rapport: à
l’échelle européenne). En effet, le rôle essentiel des jeunes dans
la promotion de la paix et de la sécurité bénéficie d’une reconnaissance
grandissante. Cependant, à ce jour, la plupart des réponses apportées
pour traduire les recommandations en politiques sont fragmentées,
à petite échelle et fonctionnent en vase clos, sans possibilité
d’ouverture plus large. De nombreuses organisations intergouvernementales
et civiques semblent avoir du mal à susciter une intégration plus
systématique des jeunes dans les accords de paix, qui garantirait
leur durabilité
Note.
57. Cette situation constitue également un défi au sein du Conseil
de l’Europe, où les résultats des programmes de jeunesse ne sont
pas toujours visibles ou durables dans ses diverses institutions
et États membres, même si les programmes et les projets évoluent
au rythme des solutions innovantes attendues.
58. Ainsi, par exemple, en réponse au premier examen de l’application
de la RCSNU 2250 en 2018, le Centre Nord-Sud du Conseil de l’Europe
a immédiatement axé son Forum annuel de Lisbonne sur le recensement
des approches stratégiques qui relient la mise en œuvre du Programme
Jeunesse, Paix et Sécurité à la mission et au mandat du Conseil
de l’Europe. Le Forum a souligné que la construction de la sécurité
démocratique, la lutte contre la violence et la radicalisation,
la promotion des droits humains, de la justice sociale et de la
cohésion sociale ne peuvent être dissociées des questions relatives
à la jeunesse, la paix et la sécurité, et a conclu que la responsabilité
partagée, la confiance réciproque, la coopération multilatérale
et la participation politique au travers de mécanismes de gouvernance
inclusifs et globaux sont les objectifs qui devraient être poursuivis
à la fois par les jeunes et par les représentants politiques pour
garantir la consolidation de processus démocratiques visant à aboutir
à une paix durable.
59. Les recommandations du Forum de Lisbonne ont mis en évidence
trois domaines principaux:
- La
nature transversale du programme Jeunesse, Paix et Sécurité, essentielle
à un soutien fructueux et efficace des jeunes dans la construction
de la paix;
- La nécessité d’établir des partenariats aux différents
niveaux de gouvernance et l’importance de contrôler les progrès
réalisés à ces niveaux; et
- L’intégration concrète et systémique d’organisations dirigées
par des jeunes, y compris au niveau local, dans les processus décisionnels
et politiques, qui doit s’accompagner d’un financement adéquat permettant
d’assurer leur fonctionnement et leur développement structurel.
60. Les priorités et les résultats escomptés du secteur Jeunesse
pour 2022-2023 s’inscriront dans le contexte plus large de la Stratégie
du Conseil de l’Europe pour le secteur jeunesse à l’horizon 2030
NoteNote, qui posera le cadre dans lequel
seront mis en œuvre les cinq prochains sous-programmes biennaux
«Jeunesse pour la démocratie». Les activités prévues au titre de
la priorité thématique «vivre ensemble dans des sociétés pacifiques
et inclusives» viseront à permettre aux travailleurs de jeunesse
et aux jeunes d’acquérir les connaissances et les compétences nécessaires
pour œuvrer à la consolidation de la paix et au dialogue interculturel
afin de prévenir et de combattre la discrimination, l’exclusion
et l’extrémisme violent. Elles entendent donner aux jeunes la possibilité
de jouer un rôle actif dans le dialogue interculturel, l’instauration
de la paix et la transformation des conflits, la coopération avec
les régions voisines et d’autres régions du monde, notamment par
l’intermédiaire de programmes de mobilité des jeunes et des opportunités
d’apprentissage interculturel, la mobilisation des institutions,
des organismes représentatifs, des groupes communautaires et de
la société au sens large en faveur du dialogue, le bénévolat et
les actions de solidarité aux niveaux local et international. L’accent
sera mis sur la prise en compte de l’inclusivité, de l’égalité et
de l’intersectorialité.
61. Depuis plus d’une décennie, le secteur Jeunesse du Conseil
de l’Europe a lancé différents projets et activités et élaboré des
matériels pédagogiques ainsi que des cours de formation pour les
jeunes vivant dans des zones touchées par des conflits
Note. Opérationnel depuis 2003, le Camp
de jeunes pour la paix est l’un de ses projets phares, qui a rassemblé
des jeunes (âgés de 18 à 25 ans) originaires de plusieurs États
membres du Conseil de l’Europe et au-delà
NoteNote. Ces
Camps pour la paix donnent aux jeunes, au-delà des clivages liés aux
conflits, la possibilité de participer à des échanges, d’apprendre
à parler aux autres et à les écouter. L’objectif visé était également
d’influer sur les travaux des institutions publiques et de soutenir
les jeunes d’œuvrer dans leurs communautés.
62. S’il importe d’investir dans les jeunes pour les amener à
devenir des artisans de la paix, il faut veiller à ce que les retombées
ne profitent pas seulement à quelques privilégiés. Ainsi, en 2019,
les anciens participants au Camp de jeunes pour la paix ont été
accompagnés dans la planification et la mise en œuvre des activités
de suivi organisées au sein de leurs communautés en vue de toucher
les jeunes au niveau local. Il semble capital de soutenir les jeunes
en leur accordant des ressources au niveau local afin de garantir
la pérennité des activités de renforcement du dialogue. Lors de
leur retour dans leur communauté, les participants sont confrontés
à un manque de compréhension, de soutien voire à une réaction brutale,
mais aussi à un déficit de ressources pour s’engager durablement
en faveur de l’instauration de la paix, notamment en matière de
financements et d’informations sur les aides disponibles.
63. Le secteur Jeunesse du Conseil de l’Europe a fait figure de
pionnier en mettant en œuvre, entre 2011 et 2014, le projet des
Jeunes ambassadeurs pour la paix. Ce projet promouvait et soutenait
le rôle des jeunes dans les activités de consolidation de la paix
qui contribuent au vivre-ensemble dans la dignité et le dialogue. Il
avait pour fondements les droits humains, le dialogue interculturel,
la participation de la jeunesse et partait de l’idée que les jeunes
peuvent être les ambassadeurs des valeurs du Conseil de l’Europe
dans leurs communautés locales. Le Réseau des jeunes ambassadeurs
pour la paix (YPAN), qui rassemble plus de 80 jeunes œuvrant dans
le domaine de l’éducation à la paix, du dialogue interculturel et
de la transformation des conflits, était l’un des principaux résultats
visés par le projet. Son établissement est un exemple de durabilité,
sachant que les jeunes bénéficient d’un soutien institutionnel et
financier tout en restant pleinement indépendants et autonomes.
Le réseau dispose actuellement d’un siège au Conseil consultatif
pour la jeunesse, ce qui constitue un autre exemple de bonne pratique
en matière de participation des jeunes et de partenariat avec ces
derniers.
64. L’expérience acquise dans le cadre du programme du Conseil
de l’Europe «Jeunesse pour la démocratie» et de projets menés par
des jeunes en Europe montre que l’éducation non formelle et le travail avec
les jeunes sont particulièrement efficaces et pertinents aux fins
de l’éducation à la paix et aux droits humains. L’enseignement sur,
par et pour les droits humains est fondamental pour la consolidation
de la paix, la réconciliation et le travail sur les injustices historiques.
65. La Charte du Conseil de l’Europe sur l’éducation à la citoyenneté
démocratique et l’éducation aux droits de l’homme soutient la formulation
du Cadre de référence des compétences nécessaires à une culture
de la démocratie
Note. Ce cadre de compétences fournit
des matériels pédagogiques qui peuvent être utilisés par les systèmes
éducatifs pour apporter aux jeunes les compétences nécessaires pour
défendre et promouvoir les droits humains, la démocratie et l’État
de droit, pour participer activement à une culture de démocratie
et pour vivre pacifiquement avec autrui au sein de sociétés culturellement
diverses. Il met l’accent sur le dialogue interculturel en tant
que principe directeur
Note à mettre en œuvre dans les programmes
nationaux des écoles primaires et secondaires, des établissements
de formation professionnelle et de l’enseignement supérieur de l’ensemble
des États membres.
66. Les jeunes n’ont pas besoin d’institutions pour s’exprimer.
Néanmoins, les institutions devraient s’efforcer d’amplifier leur
voix. Dans cet esprit, plusieurs organisations internationales,
dont l’ONU elle-même, ont fait de la participation de délégués de
la jeunesse à leurs travaux une priorité essentielle du programme
en faveur des jeunes. Toutes les délégations nationales sont incitées
à impliquer des délégués de la jeunesse désignés – pour un an –
pour participer à la délégation officielle de leur pays auprès de
l’Assemblée générale des Nations Unies et à diverses commissions
fonctionnelles du Conseil économique et social
Note. Il me semble important qu’il puisse
également y avoir des délégués de la jeunesse au Conseil de sécurité
des Nations Unies afin que leur voix soit entendue de façon plus
permanente sur la question de l’édification et du maintien de la paix.
67. L’Union européenne, autre précurseur dans la mise en œuvre
du programme Jeunesse, Paix et Sécurité, mène également plusieurs
projets visant à amplifier la voix des jeunes. Son Programme des
jeunes dirigeants politiques («Young Political Leaders Programme»)
cherche à favoriser un dialogue pacifique, à promouvoir la confiance
à long terme et la coopération entre les dirigeants de pays tiers.
L’initiative «Les jeunes voix de la Méditerranée» («Young Mediterranean
Voices») met en relation la société civile, les établissements d’enseignement
et les décideurs politiques de toute la région euro-méditerranéenne
afin de promouvoir la compréhension mutuelle et d’encourager la
participation et le leadership des jeunes en vue de trouver des
solutions aux défis communs. Les échanges virtuels Erasmus+ réunissent
des jeunes d’Europe et du sud de la Méditerranée dans le cadre d’une
expérience interculturelle en ligne constructive visant à renforcer
le dialogue, l’éducation aux médias et la citoyenneté active. Le
réseau des jeunes ambassadeurs européens encourage la coopération
et l’établissement de relations durables entre les jeunes et les organisations
de jeunesse de l’Union européenne et des pays du voisinage oriental.
L’Union Européenne a également soutenu l’initiative «Ambassadeurs
de la paix One Young World» («One Young World Peace Ambassadors»),
qui vise à prévenir et à contrer l’extrémisme violent, à promouvoir
les efforts de consolidation de la paix et le règlement des conflits
grâce aux actions menées par des jeunes au sein des communautés vulnérables
Note.
68. Cependant, pour la réalisation du programme Jeunesse, Paix
et Sécurité, il vaut mieux changer concrètement les choses sur le
terrain pour tous les jeunes vivant dans les zones de conflit que
de donner les moyens à un nombre limité de responsables de jeunesse.
Actuellement, l’Union européenne mène une trentaine d’actions de
prévention et de réponse aux crises sur quatre continents aux fins
de renforcer la résilience des jeunes et de promouvoir l’édification
de la paix par les jeunes
Note.
69. À l’échelon national, la Finlande semble être le seul pays
européen à élaborer une feuille de route nationale dans le domaine
de la jeunesse, la paix et la sécurité. En collaboration avec un
réseau d’organisations de jeunesse, le pays procède à la mise au
point d’un plan d’action national dans ce domaine qui pourrait servir
de modèle pour d’autres États. La Finlande a également accueilli
le 1er Colloque international sur la
participation des jeunes aux processus de paix organisé en mars 2019
à Helsinki et elle est depuis lors un pays donateur important.
70. La lassitude de la plupart des États membres du Conseil de
l’Europe à l’égard de la mise en œuvre des RCSNU peuvent s’expliquer
par leur niveau élevé de paix positive interne et la faible priorité
accordée par la société aux questions relatives à la jeunesse, la
paix et la sécurité (à l’exception des menaces terroristes). Vingt-quatre
États membres du Conseil de l’Europe figurent parmi les 50 premiers
pays de l’Indice mondial de la paix 2020. Par ailleurs, de nombreux
pays de l’Union européenne contribuent à l’aide externe au développement
et au règlement des conflits dans les pays du tiers monde par l’intermédiaire
des structures institutionnelles de l’Union européenne. D’autre
part, les États membres en proie à des conflits, qui se situent en
bas du classement de l’Indice mondial de la paix, sont presque exclusivement
des démocraties chancelantes, dont les gouvernements n’aspirent
pas à des solutions de paix positive, ni à donner aux voix dissidentes
une place plus importante autour de la table des négociations ou
un rôle plus participatif dans la société dans son ensemble.
6 Prochaines
étapes: repenser les processus décisionnels et renforcer les facteurs
favorables
71. La participation effective
des jeunes aux processus de prise de décision dans le cadre de la
prévention des conflits, de leur règlement et des efforts de réconciliation
est indéniablement une question complexe qui doit être comprise
et abordée de manière multidimensionnelle, s’inscrire dans d’autres
programmes d’intégration et être interconnectée à ces derniers.
Favoriser la participation des jeunes suppose de soutenir leurs
visions de la paix, de créer des espaces permettant leur engagement
dans les processus politiques, de faciliter et appuyer les moyens
de subvenir dignement à ses besoins, d’encourager l’éducation et
le renforcement des capacités pour la paix, et de stimuler le dialogue
et les échanges inter-communautaires.
72. Tout nouveau processus nécessite du temps pour son ancrage
et une bonne dose de persévérance de la part de ses promoteurs et
des responsables politiques pour le maintenir sur la bonne voie.
Le programme Jeunesse, Paix et Sécurité a la chance de pouvoir s’inspirer
et tirer les leçons de la mise en œuvre de la Résolution 1325 (2000)
du Conseil de sécurité des Nations Unies sur «Les femmes, la paix
et la sécurité». Cependant, à la différence des questions d’égalité
entre les femmes et les hommes, les jeunes se situent à la fois
du côté des méchants et des victimes et couvrent tout le spectre
intermédiaire, ce qui complique encore la question par rapport à
d’autres groupes vulnérables.
73. Les gouvernements et les organismes internationaux ont pris
ces dernières années de nombreuses initiatives en ordre dispersé.
Celles-ci semblent positives en apparence, mais elles manquent souvent
de la consistance nécessaire pour faire des jeunes de réels acteurs
de la paix. Les exemples de bonnes pratiques tirées de situations
réelles font encore largement défaut.
74. En ce qui concerne la Résolution 2250 du Conseil de sécurité
des Nations Unies, je relève deux lacunes intrinsèques dans sa mise
en œuvre, dont tout d’abord le manque de données. La résolution
a probablement été introduite trop prématurément pour des raisons
politiques, sans véritable travail de fond empirique quant à la
collecte des données. De ce fait, il est encore difficile d’estimer
le nombre de jeunes réellement touchés par les divers conflits et
le nombre de ceux qui participent à l’édification de la paix. Ces
recherches sont menées actuellement, mais le recueil de données
nécessite un investissement bien plus conséquent à l’heure où le monde
s’engage dans le programme de développement durable et cherche à
traduire dans les faits la RCSNU 2250.
75. Deuxièmement, les stratégies de paix positive proposées pour
les contextes de paix négative sont clairement inadaptées. Les diverses
recommandations formulées dans les RCSNU sur la jeunesse, la paix
et la sécurité se rapportent aux sociétés démocratiques. Cependant,
les conflits violents ou armés sont également un problème pour les
pays avec des régimes autocratiques et/ou corrompus où aucune confiance n’est
accordée au milieu politique, à l’armée ou aux services répressifs.
Bien que des politiques d’intégration des jeunes puissent (un jour)
naître en théorie dans ces pays, il est peu probable qu’elles soient
appliquées. Il n’est pas surprenant que seuls cinq pays au monde
soient en train d’élaborer des feuilles de route nationales en matière
de jeunesse, de paix et de sécurité. Les organismes des Nations
Unies doivent faire preuve d’une plus grande détermination et réfléchir
aux modalités de la participation des jeunes dans des environnements négatifs.
En réalité, la question de savoir comment les jeunes vivant dans
les zones de conflit pourraient être effectivement intégrés et participer
aux processus de paix n’a pas trouvé de réponse complète dans le
cadre de la RCSNU 2250 et mérite qu’on y prête l’attention requise.
Un exemple pourrait consister à associer les jeunes à toute négociation
de paix, en se fondant sur l’application de quotas.
76. Nous avons également besoin d’un changement fondamental de
paradigme pour concevoir et mettre en œuvre des négociations de
paix associant les jeunes dès le début. Lors de l’adoption de RCSNU
2535 en juillet 2020, le Conseil de sécurité des Nations Unies a
demandé à tous les acteurs concernés «d’envisager des moyens d’accroître
la représentation inclusive des jeunes dans la prévention et le
règlement des conflits, ainsi que dans la consolidation de la paix,
y compris lors de la négociation ou de la mise en œuvre d’accords de
paix». Cependant, très peu a été fait pour évaluer comment les jeunes
sont associés avant et pendant les négociations de paix, à l’élaboration
d’un accord de paix. Les processus proprement dits doivent véritablement «intégrer
les jeunes» au lieu de les y inclure en tant que composante accessoire
ou imposée.
77. il semble impossible de s’atteler au programme Jeunesse, Paix
et Sécurité sans travailler sur l’action en faveur de la démocratie
et la participation des jeunes à la gouvernance et aux processus
politiques.
78. Les parlements nationaux peuvent grandement contribuer à la
mise en œuvre du programme Jeunesse, Paix et Sécurité en adoptant
la législation pertinente, en faisant établir des feuilles de route
nationales dans ce domaine, en allouant des ressources financières
et en soutenant une participation inclusive des jeunes. Mais avant
tout, nos parlements doivent s’ouvrir aux jeunes générations. Une
plus grande représentation des jeunes peut renforcer la légitimité
du parlement, conduire à une plus grande égalité dans l’accès à
la prise de décision politique, contribuer à l’amélioration des
politiques et créer des symboles importants pour les jeunes et le processus
politique.
79. La seule solution rapide pour résoudre le problème de la sous-représentation
flagrante des jeunes est la mise en place de quotas. Les systèmes
de quotas ont aidé d’autres groupes défavorisés, notamment les femmes
et les minorités ethniques, à renforcer leur présence au parlement
et il pourrait en être de même pour les jeunes candidats. Selon
les données de l’Union interparlementaire (UIP), l’abaissement de
l’âge minimum ne s’est pas traduit par une augmentation significative
de la proportion de jeunes dans les parlements, alors que l’introduction
de quotas de jeunes a entraîné une hausse du nombre de jeunes parlementaires.
Par conséquent, l’introduction d’un quota de 10 ou 20 % permettrait
de renforcer directement la représentation des jeunes, mais indiquerait
également à la jeunesse sur un plan général qu’elle a toute sa place
dans la conception de la politique et des politiques. Pour autant,
plutôt que d’imposer des quotas arbitraires à tous les pays, il
convient de définir des cibles réalistes, qui tiennent compte du
contexte spécifique des différents pays. La moitié de la part des
jeunes de moins de 30 ans semble être un objectif juste.
80. Dans le même esprit, je suis fermement convaincue que les
jeunes devraient être bien plus impliqués dans les travaux des instances
parlementaires internationales telles que l’UIP, l’Assemblée parlementaire
du Conseil de l’Europe, l’Assemblée parlementaire de l’OSCE ou le
Parlement européen. Tout comme les dernières décennies ont appelé
à une représentation égale des femmes et des hommes dans les délégations nationales,
il conviendrait d’introduire également un équilibre entre les âges
ou les générations.
81. Ayant moi-même débuté jeune en politique, il me semble essentiel
de promouvoir une véritable participation des jeunes à tous les
niveaux de l’édification et du maintien de la paix, de la sécurité
et de la stabilité. Comme pour le programme des délégués de la jeunesse
des Nations Unies, j’estime important que les organisations dirigées
par des jeunes puissent participer à titre permanent aux travaux
des commissions de l’Assemblée. Dans le contexte du Conseil de l’Europe,
il ne semble pas réaliste pour le moment que toutes les délégations
envoient leurs délégués de jeunes, mais je pense qu’il vaudrait
mieux collaborer avec le Conseil consultatif sur la jeunesse (CCJ)
du Conseil de l’Europe et permettre une participation significative
et systématique des représentants de jeunes aux travaux des commissions
de l’Assemblée, et je suis heureuse que les membres de la commission
aient repris cette idée à leur compte lors de notre réunion le 26
mars 2021.
82. L'un des moyens les plus simples d'avoir un effet serait d'instaurer
une forme de partenariat de la jeunesse à l’instar du partenariat
pour la démocratie de l’Assemblée, en leur donnant un droit de participation et
de parole au sein des commissions, ce qui permettrait aux jeunes
d’avoir également leur mot à dire sur des questions qui ne sont
pas uniquement axées sur les problèmes des jeunes, mais qui ont
néanmoins un effet sur eux. Permettez-moi également d’inviter les
délégations nationales à prendre en considération et à relayer auprès
de leurs parlements, les connaissances spécialisés et les avis des
représentants de jeunes sur le rôle et les activités du Conseil
de l'Europe, mais aussi à faire en sorte que la voix des jeunes
de leurs pays soit entendue à l'Assemblée.
83. En ce qui concerne l'action politique, je trouve que l’une
des nombreuses recommandations formulées par les analystes politiques,
les organisations de la société civile ou les organisations de renforcement
de la paix dirigées par des jeunes sur les politiques inclusives
de renforcement de la paix, serait particulièrement digne d'être
prise en considération dans le contexte de ce rapport – celle de
créer des réseaux mondiaux et interconnectés de jeunes médiateurs
pour améliorer l’inclusion et la participation des jeunes aux processus
de paix
Note. La collaboration
et les partenariats entre les acteurs travaillant à différents niveaux
devraient être considérés comme un principe dans la conception et
la mise en œuvre de ces réseaux. Il est nécessaire d’offrir des
possibilités de formation (éventuellement en ligne) axées sur le
développement des compétences en matière de médiation, de transformation
des conflits, de leadership et de participation politique pacifique;
des initiatives pilotes pourraient être élaborées au sein du secteur
jeunesse du Conseil de l’Europe.
84. Il est essentiel aussi de créer des espaces où les jeunes
peuvent librement exprimer leur voix et débattre non seulement avec
leurs pairs mais aussi avec les décideurs politiques, afin d’influencer
les comportements, les idées et les politiques. Le travail en réseau
et les contacts interpersonnels entre pairs s’avèrent indispensables.
Tous les espaces permettant aux jeunes de se faire entendre devraient
mettre l’accent sur la compréhension de leurs besoins, afin de pouvoir
adapter les solutions proposées aux problèmes qu’ils rencontrent.
Il faudrait largement recourir aux consultations des jeunes en tant
qu’outil permettant de recenser leurs besoins, de manière à ce que
les politiques élaborées par les décideurs s’attaquent aux causes profondes
des problèmes. Par ailleurs, il conviendrait d’envisager la création
d’un plus grand nombre d’espaces au niveau du Conseil de l’Europe
et de ses États membres afin de mettre en place un système de cogestion
des décisions relatives aux politiques de jeunesse (en s’inspirant
de l’exemple du Conseil consultatif pour la jeunesse et du Conseil
mixte pour la jeunesse).
85. Outre la participation, le rôle de l’éducation demeure primordial
dans le développement des compétences de base pour bâtir des sociétés
pacifiques. Il faut donner aux jeunes des outils éducatifs utiles et
concrets pour lutter contre la violence, la haine et l’extrémisme.
Le Cadre de référence des compétences nécessaires à une culture
de la démocratie du Conseil de l’Europe constitue pour les États
membres le guide idéal sur les compétences clés requises pour faciliter
les dialogues interculturels et encourager les autorités des États
membres à intégrer l’enseignement dès le plus jeune âge de compétences
de conciliation, dont les effets bénéfiques tout au long de la vie
sont avérés. Toutes les RCSNU sur les jeunes, la paix et la sécurité soulignent
la nécessité d’une éducation de qualité et sa contribution à l’instauration
de la paix. Les États membres devraient intégrer une étude de la
paix dans les programmes scolaires officiels, sachant qu’il s’agit d’une
dimension importante du Cadre de référence et qu’elle est particulièrement
adaptée au développement de compétences en matière d’empathie, de
médiation, de transformation des conflits, de réconciliation et
de droits humains.
86. Le rôle de l’éducation non formelle doit être tout autant
reconnu et soutenu. L’expérience acquise par le secteur Jeunesse
en matière de pratique de l’éducation aux droits humains avec les
enfants et les jeunes mérite d’être davantage relayée et promue
au niveau national, grâce notamment aux cours de formation Repères.
Tous les domaines et secteurs de l’éducation devraient contribuer
au développement d’une culture de la paix et des droits fondamentaux
dans l’esprit de la Charte du Conseil de l’Europe sur l’éducation
à la citoyenneté démocratique et l’éducation aux droits de l’homme.
87. Enfin et surtout, le fait de favoriser l’engagement des jeunes
dans les mécanismes politiques officiels améliore l’équité des processus
politiques en réduisant les déficits démocratiques, contribue à
l’élaboration de politiques meilleures et plus durables et revêt
une importance symbolique susceptible d’aider au rétablissement
de la confiance dans les institutions publiques, en particulier
chez les jeunes. Par ailleurs, seule une action mondiale concertée
ainsi que l’implication et la participation véritables des jeunes
permettront de répondre efficacement à la grande majorité des défis
auxquels l’humanité est actuellement confrontée, tels que l’épidémie
de covid-19 et le changement climatique. À l’évidence aussi, seules
des réponses à long terme visant à assurer la durabilité économique,
sociale et environnementale permettront de surmonter la crise. Il sera
donc essentiel que les jeunes aient leur place à la table des négociations
et contribuent à l’action mondiale face aux défis qui détermineront
leur futur.