Demande à la France de protéger les défenseurs des droits de l’homme en Andorre contre les représailles et de soutenir la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse
Réponse à Question écrite
| Doc. 15368
| 16 septembre 2021
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- Adoptée lors de la
1410e réunion des Délégués des Ministres
(8 septembre 2021). 2021 - Quatrième partie de session
- Réponse à Question écrite
- : Question écrite n° 757 (Doc. 15237)
1. Le Comité des Ministres
note que la question posée par l’Honorable parlementaire se réfère
à la France, alors que les problèmes soulevés concernent exclusivement
Andorre. La Principauté d'Andorre est un État souverain et un État
membre du Conseil de l'Europe. Bien que le Président de la République
française exerce la fonction de chef d'État conjoint, ou «Coprince»,
avec l'Evêque de La Seu D'Urgell (Espagne), ce titre est détenu
à titre personnel et exclusif. Historiquement, les Coprinces sont
les garants de l'indépendance d'Andorre, mais la démocratie andorrane
reste entre les mains du peuple andorran et de ses représentants.
2. Le Comité rappelle qu’il n’existe pas d’instrument juridiquement
contraignant du Conseil de l’Europe qui prévoit expressément les
droits à la santé sexuelle et reproductive des femmes. La Cour européenne
des droits de l'homme laisse une marge d’appréciation aux États
parties sur les éventuelles restrictions à l'avortement (cf. A,
B et C c. Irlande, G.C. 16 décembre 2010, n° 25579/05). Cependant,
lorsque l’avortement est permis, les États ont une obligation de
garantir que les mécanismes effectifs sont en place pour y accéder (Tysiąc
c. Pologne, 20 mars 2007, n° 5410/03; voir également Comité européen
des Droits sociaux, La Fédération internationale pour le Planning
familial – Réseau européen (IPPF EN) c. Italie, Réclamation n° 87/2012,
décision sur le bien-fondé du 10 septembre 2013). De plus, la Convention
du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence
à l’égard des femmes et la violence domestique (STCE n° 210, “Convention
d'Istanbul”) exige que les États parties érigent en infraction pénale
l'avortement forcé. Le Comité note qu’Andorre reste l'un des rares
États membres à criminaliser l'avortement volontaire, y compris
en cas de viol. Cependant, les autorités andorranes ont déclaré
qu'aucune femme ou praticien n'a jamais été jugé ou condamné en
Andorre pour avoir subi un avortement ou en avoir pratiqué un.
3. Le Comité des Ministres s'engage à poursuivre ses efforts
afin que la société civile puisse travailler dans un environnement
sûr. Il rappelle sa Recommandation
CM/Rec(2018)11 adressée aux États membres sur la nécessité de renforcer
la protection et la promotion de l'espace dévolu à la société civile
en Europe, qui énonce un certain nombre de mesures qui devraient
être prises pour garantir un cadre juridique favorable et un environnement
politique et public propice à cet espace, en particulier en ce qui
concerne la liberté d’expression.
4. L’honorable parlementaire mentionne Mme Vanessa
Mendoza Cortés, Présidente de l'association «Stop Violències», qui
a présenté en 2019 un rapport au Comité des Nations unies pour l'élimination
de la discrimination à l'égard des femmes (CEDAW) dénonçant la criminalisation
de l'avortement en Andorre. Le Comité des Ministres
a été informé par les autorités andorranes qu'elle a également porté
de graves accusations sur des violations des droits des femmes contre
divers services gouvernementaux, dont certaines, si elles étaient
prouvées, pourraient constituer des infractions pénales. Ces accusations
ont été transmises au Procureur général pour une évaluation indépendante,
à la suite de laquelle des poursuites pénales ont été déposées contre
Mme Mendoza Cortés. L’affaire sera tranchée
devant les tribunaux andorrans.
5. Il est rappelé que le Groupe d'experts du Conseil de l'Europe
sur la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence
domestique (GREVIO), dans son rapport d’évaluation de référence
sur Andorre publié le 30 novembre 2020, qui prend en compte les
développements jusqu’au 14 octobre 2020, encourage vivement les
autorités andorranes à mieux soutenir, y compris économiquement,
les ONG aidant les femmes victimes de violence, en assurant un dialogue
institutionnel effectif avec ces entités. Le Comité des Ministres se
réfère également à la Recommandation du Comité des Parties sur la
mise en œuvre de la Convention d’Istanbul par Andorre, publiée le
18 décembre 2020, qui recommande aux autorités andorranes de prendre des
mesures supplémentaires visant à garantir à toutes les victimes
de violences sexuelles l'accès à des services spécialisés. Andorre
est invitée à faire rapport au Comité des Parties sur les progrès
accomplis avant le 15 décembre 2023.