Intelligence artificielle et santé: défis médicaux, juridiques et éthiques à venir
Réponse à Recommandation
| Doc. 15508
| 25 avril 2022
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- Adoptée lors de la
1432e réunion des Délégués des Ministres
(20 avril 2022). 2022 - Deuxième partie de session
- Réponse à Recommandation
- : Recommandation 2185
(2020)
1. Le Comité des Ministres
a examiné attentivement la
Recommandation 2185
(2020) de l’Assemblée parlementaire «L’intelligence artificielle
dans le domaine de la santé: défis médicaux, juridiques et éthiques
à venir», qui arrive en temps utile et couvre un très large éventail
de sujets particulièrement pertinents. La recommandation a été transmise
aux comités concernés pour information et commentaires éventuels
Note.
2. Le Comité des Ministres convient que les applications d’intelligence
artificielle (IA) dans le domaine des soins de santé résultent d’un
environnement en mutation et que le plein respect des droits de
l'homme, y compris des droits sociaux, doit sous-tendre l'élaboration
de politiques publiques en la matière et guider les progrès technologiques
futurs.
3. Le Comité mesure pleinement les avantages de l’IA, qui permet
notamment d’améliorer les résultats diagnostiques et thérapeutiques
ainsi que la sécurité des patients, mais il demeure attentif aux
problèmes que pose cette technologie, par exemple en ce qui concerne
ses impacts socio-économiques ou le risque de discrimination des
personnes et des groupes de population du fait de son pouvoir de
prédiction. À cet égard, il souligne qu’il est important de garantir
la sécurité des patients au moment de l’intégration de l’IA dans
les soins de santé et la recherche sur la santé, qu’il est nécessaire
d’assurer la qualité, la nécessité et la proportionnalité des données
utilisées par l’IA et qu’il faut être attentif à la conception éthique
des algorithmes, notamment pour refléter correctement les populations
auxquelles l’IA est destinée.
4. Lorsqu’ils ne sont pas réglementés, les systèmes d’IA, associés
à un manque de transparence et à un contrôle public insuffisant,
et leur intégration dans l’administration des services sociaux peuvent
présenter des menaces pour les droits de l'homme et les libertés.
Ces systèmes peuvent, s’ils ne sont pas développés et utilisés conformément
aux principes de transparence et de sécurité juridique, amplifier
les préjugés et accroître les risques pour les membres de la communauté,
y compris ceux qui sont en situation de vulnérabilité. À cet égard,
le Comité des Ministres rappelle sa Déclaration sur les risques
de la prise de décision assistée par ordinateur ou reposant sur
l’intelligence artificielle dans le domaine du filet de sécurité
sociale, qui a été adoptée en mars 2021. Dans le même temps, il
note que la création des réglementations qui renforcent la confiance
du public et l'acceptabilité sociale soutiendra le développement
et les opportunités offertes par les systèmes d’IA. Les acteurs
des États membres du Conseil de l’Europe ne devraient pas être désavantagés dans
la concurrence avec leurs homologues d'autres régions du monde par
des réglementations disproportionnément strictes.
5. Pour que des mécanismes d'IA plus matures puissent être déployés
en toute sécurité du point de vue des droits de l'homme et que les
bénéfices de l'innovation soient répartis de manière aussi juste
que possible dans la société, une approche collaborative et multidisciplinaire
est nécessaire au sein du Conseil de l'Europe. Cela nécessite aussi
un dialogue ouvert et inclusif entre le public, les scientifiques
et les décideurs politiques, conformément au Guide pour le débat
public sur les droits de l’Homme et la biomédecine, afin de répondre
aux préoccupations soulevées par l’IA en matière d’intégrité, de
dignité, d’autonomie, de vie privée, de justice, d’équité et de
non-discrimination entre les êtres humains.
6. L’Assemblée sait que plusieurs secteurs de l’Organisation
mènent des activités dans le domaine de l’IA, dont certaines peuvent
avoir un rapport direct ou indirect avec les questions soulevées
dans cette recommandation. Toutefois, en réponse aux recommandations
précises formulées au paragraphe 11, et en ce qui concerne les comités
qui y sont mentionnés, le Comité des Ministres informe l’Assemblée
que si le CAHAI – conformément à la décision du Comité des Ministres
lors de sa 131e Session (Hambourg, 21
mai 2021) – traite les risques spécifiques posés par la conception,
le développement et l’application des systèmes d’IA
Note aux droits de l’homme, à la démocratie
et à l’État de droit en général, ainsi que pour le droit à la non-discrimination,
la protection des données et le droit à la vie privée, le traitement
des questions liées aux soins de santé ne relève pas, en tant que
tel, de son mandat. À cet égard, il peut également informer l'Assemblée que
le nouveau Comité sur l'intelligence artificielle (CAI) qui succède
au CAHAI a été créé et est chargé d'élaborer un instrument juridique
adéquat sur le développement, la conception et l'application de
systèmes d'intelligence artificielle basé sur les «Éléments potentiels
d’un cadre juridique sur l'intelligence artificielle» fondé sur
les normes du Conseil de l'Europe en matière de droits de l’homme,
de démocratie et de l'État de droit» et propice à l'innovation.
7. En ce qui concerne la recommandation appelant à charger le
DH-BIO et le T-PD de rechercher des synergies dans leurs activités
visant à guider les États membres vers une bonne gouvernance des
données de santé, le Comité des Ministres note que ces deux comités
ont déjà coopéré sur la question du traitement des données relatives
à la santé, notamment dans le contexte de l’élaboration du Protocole
d’amendement (STCE no 223, «Convention 108+»)
à la Convention pour la protection des personnes à l’égard du traitement automatisé
des données à caractère personnel (STE no 108).
Le droit au respect de la vie privée en ce qui concerne les données
à caractère personnel relatives à la santé est énoncé à l’article 10
de la Convention pour la protection des droits de l'homme et de
la dignité de l'être humain à l'égard des applications de la biologie
et de la médecine (STE no 164, « Convention
d’Oviedo »). La protection de ces données personnelles sensibles contribue
à orienter le processus d’innovation de manière à relier l’innovation
et les technologies aux objectifs et valeurs sociaux.
8. Dans l’ensemble, le développement et l’utilisation de l’IA
dans le domaine de la biomédecine doivent servir le bien commun,
être centrés sur la personne et veiller à la pleine protection et
au respect des droits de l’homme. L’objectif stratégique du DH-BIO
est d’intégrer les droits humains dans le développement de technologies
qui ont une application dans le domaine biomédical. À cette fin,
il serait nécessaire de former les professionnels de la santé, les
informaticiens et les autres personnes impliquées dans le développement,
la conception et le déploiement de l’IA dans le domaine de la biomédecine
d’une manière éthiquement responsable.
9. En ce qui concerne le paragraphe 11.4, le Comité informe l’Assemblée
qu’il pourra revenir ultérieurement à la proposition visant à charger
le CDDH d’examiner la faisabilité d’une révision de la Recommandation
CM/Rec(2016)3 sur les droits de l’homme et les entreprises afin de
prendre en compte les défis actuels et les obligations des États
membres envers la Charte sociale européenne (y compris le droit
à la protection de la santé). Il tiendra l’Assemblée informée de
tout fait nouveau à ce sujet.
10. Enfin, en ce qui concerne le paragraphe 12, le Comité encourage
les États membres à examiner avec toute l’attention requise les
recommandations formulées par l’Assemblée en vue de mener des actions concrètes
permettant de mettre en place des principes éthiques pour l’IA et
son utilisation responsable tout en traduisant dans les faits le
droit à la protection de la santé comme énoncé dans la Charte sociale
européenne et en garantissant le plein accès aux services de santé
publique.
11. Le Comité réaffirme la pertinence des autres instruments juridiques
existants du Conseil de l’Europe, en particulier la Convention européenne
des droits de l’homme (STE no 5), la
Convention d’Oviedo et la Convention pour la protection des personnes
à l’égard du traitement automatisé des données à caractère personnel
(STE no 108) et son Protocole d’amendement
(STCE no 223, «Convention 108+»), s’agissant
des transformations des soins au patient induites par l’IA. Il encourage
les États membres qui ne l’ont pas encore fait à envisager de ratifier
ces instruments.