La mise en œuvre de l’intégration de la dimension de genre
dans les politiques migratoires suppose d’intégrer pleinement la
question de l’égalité de genre dans l’ensemble des lois, des politiques,
des programmes et des infrastructures qui régissent les migrations
et visent à répondre aux besoins des personnes migrantes. Il est
aussi nécessaire de combattre la violence, les inégalités et la
discrimination vécues par les migrants, y compris les demandeurs
d'asile et les réfugiés, en particulier lorsque ces phénomènes sont
fondés sur le genre et intersectionnels. À cette fin, l’Assemblée
appelle les États membres:
5.1 à
faire en sorte que la violence fondée sur le genre soit reconnue
comme une forme de persécution au sens de l’article 1.A(2) de la
Convention des Nations Unies de 1951 relative au statut des réfugiés
et au sens de la Convention d’Istanbul du Conseil de l'Europe;
5.2 à faire en sorte que des hébergements non mixtes soient
mis à la disposition des migrantes et migrants, mais que des hébergements
mixtes soient également prévus, notamment pour permettre aux familles
de rester ensemble et lorsque cela facilite le regroupement familial;
5.3 à accorder une attention particulière à la nécessité de
fournir aux jeunes garçons, en particulier aux adolescents, des
hébergements séparés de ceux des jeunes filles, mais aussi de ceux
des hommes adultes;
5.4 conformément à l’objectif 3 du Pacte mondial des Nations
Unies pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, à fournir
aux migrants, aux réfugiés et aux demandeurs d’asile, pendant leur déplacement,
les processus de demande d’asile, l’installation, la réinstallation
et l’intégration, ainsi que, pendant les procédures de retour, des
informations accessibles, précises, opportunes et différenciées selon
le genre, disponibles dans
les langues pertinentes, sur les politiques, règlements et services disponibles
dans le pays d’accueil, traitant de thèmes comme la protection contre
la violence et la discrimination fondées sur le genre, et l’accès
à la justice, au marché du travail, à l’éducation, à la santé et
au logement, ainsi que les procédures d’asile et de migration et
l’accès aux services;
5.5 à faire en sorte que les femmes et les filles qui demandent
l’asile ou un permis de séjour bénéficient d’une aide juridique
et de services d’interprétation fournis par du personnel formé,
dans le strict respect des droits humains et d’une manière qui prenne
dûment en considération les besoins liés au genre des femmes migrantes
(c'est-à-dire une interprétation assurée par des femmes lorsque
cela est nécessaire, un soutien psychologique, une information sur
les droits, etc.);
5.6 reconnaissant que les femmes et les filles constituent
le groupe le plus à risque et le plus vulnérable parmi les migrants,
avec un large éventail de besoins différents, à mettre en place
une protection spécifique pour les filles non accompagnées, les
mères célibataires, les femmes enceintes, les femmes accompagnées
de jeunes enfants et les femmes victimes de discrimination intersectionnelle en
particulier;
5.7 à faciliter l’accès aux services de soins de santé sexospécifiques,
y compris les services de santé sexuelle et reproductive et d'hygiène,
à l'éducation pour les femmes et les filles migrantes et demandeuses
d'asile, et aux services obstétricaux et prénatals et postnatals
(y compris les dispositifs pour l'allaitement), ainsi qu’à l'éducation
et aux services en matière de santé sexuelle et d'hygiène pour les
hommes et les garçons, garantissant le respect de la vie privée
et de la confidentialité, et à réformer toute législation et politique
qui empêchent ou limitent l'accès aux services de santé sur la base
du statut de résidence ou de migration. Dans la mesure du possible,
les services de santé devraient être intégrés au niveau national;
5.8 à veiller à ce que des produits d’hygiène féminine soient
fournis aux centres d’accueil pour les migrantes et les femmes et
filles demandeuses d’asile, et à ce qu’une assistance adéquate soit
fournie pour les utiliser;
5.9 à prendre en considération la situation familiale et la
possibilité de regroupement familial pour garantir une vie meilleure
aux migrants et le droit à la vie familiale;
5.10 à faire en sorte que les femmes et les filles migrantes
qui arrivent en Europe, y compris dans le cadre d’un regroupement
familial, obtiennent, dans des délais courts, des documents personnels
valides à long terme;.
5.11 à mettre en place un système commun de reconnaissance
des qualifications, compétences et diplômes des migrantes et migrants,
et à adopter des politiques de l’emploi et des dispositifs d’accompagnement
tenant compte de la dimension de genre;
5.12 à prendre des mesures pour réglementer et améliorer les
conditions de travail des migrantes et migrants, en vue d’éliminer
les formes intersectionnelles d’exploitation et de discrimination;
5.13 à tenir compte du fait qu’une plus grande proportion de
femmes que d’hommes occupe des emplois informels, tels que les soins
et le travail domestique, et à veiller à ce que les droits des femmes migrantes
dans ce type d’emploi soient garantis par une supervision adéquate
et une assistance accessible;
5.14 à appliquer une approche fondée sur le genre aux politiques
traitant de la protection, de l’éducation et de l’intégration des
enfants migrants, réfugiés ou demandeurs d'asile, en vue de prendre en
compte les plus grandes vulnérabilités des filles, notamment en
lien avec la violence fondée sur le genre et la traite, en particulier
la traite aux fins d’exploitation sexuelle et d’abus sexuel.