Lutter contre le trafic de tissus et de cellules d’origine humaine
Réponse à Recommandation
| Doc. 15684
| 23 octobre 2020
- Auteur(s) :
- Comité des Ministres
- Origine
- Adopté lors de la 1386e réunion
des Délégués des Ministres (21 octobre 2020). 2020 - Commission permanente de novembre
- Réponse à Recommandation
- : Recommandation 2173
(2020)
1. Le Comité des Ministres
a examiné attentivement la
Recommandation
2173 (2020) de l’Assemblée parlementaire «Lutter contre le trafic
de tissus et de cellules d’origine humaine» qu’il a transmise au
Comité européen pour les problèmes criminels (CDPC), au Comité européen
sur la transplantation d'organes (Accord partiel) (CD-P-TO), au
Comité de bioéthique (DH-BIO) et au Groupe d'experts sur la lutte
contre la traite des êtres humains (GRETA), pour information et
commentaires éventuels.
2. Le Comité des Ministres considère que l’utilisation croissante
de tissus et de cellules d’origine humaine à des fins médicales
et de recherche soulève d’importantes questions touchant au non-respect
du principe essentiel selon lequel «le corps humain et ses parties
ne doivent pas être, en tant que tels, source de profit». Il partage
la préoccupation exprimée par l’Assemblée concernant le risque d’activités
illicites et contraires à l’éthique associées à l’obtention, au
traitement et à l’utilisation clinique des tissus et des cellules
d’origine humaine, les dangers qui en découlent pour la santé des
donneurs vivants et celle des receveurs, et l’affaiblissement de
la confiance et du soutien du public.
3. Le Comité des Ministres relève que le CD-P-TO et le DH-BIO
se sont félicités de la recommandation de l’Assemblée parlementaire
et sont convenus de la nécessité d’un instrument juridiquement contraignant
contre le trafic de tissus et de cellules d’origine humaine. Comme
indiqué au paragraphe 14 de la recommandation de l’Assemblée, le
CD-P-TO avait déjà souligné la nécessité d’établir un tel instrument
dans son rapport de 2018 intitulé «Les activités illicites et contraires
à l’éthique en lien avec des tissus et cellules d’origine humaine: répondre
à la nécessité d’élaborer un instrument juridique international
pour protéger les donneurs et les receveurs». Le Comité partage
cet avis et invite la Secrétaire Générale à formuler des propositions
pour faire avancer ces travaux au cours du prochain exercice biennal.
4. En ce qui concerne la forme que pourrait prendre un futur
instrument, le Comité des Ministres relève qu’un protocole additionnel
à la Convention du Conseil de l’Europe contre le trafic d’organes
humains (STCE no 216) ne pourrait être
signé et ratifié que par les États parties à cette Convention, ce
qui limiterait la possibilité d’une application à grande échelle.
De plus, il existe des différences importantes entre les cadres réglementaires
et institutionnels régissant d’une part le prélèvement et la transplantation
d’organes humains, d’autre part le prélèvement, la distribution
et l’utilisation ultérieure de tissus et de cellules d’origine humaine. Les acteurs
et intermédiaires impliqués dans le trafic de tissus et de cellules
d’origine humaine et ceux impliqués dans le trafic d’organes humains
sont eux aussi différents, de même que la nature et la gravité des risques
pour la santé liés à ces deux crimes. Un instrument juridique autonome
tel qu’une convention constituerait sans doute une solution plus
appropriée et plus efficace pour lutter contre les crimes concernés.
5. Le Comité des Ministres pense également que tout instrument
futur devrait donner une définition des activités illicites dans
ce domaine, qui devraient être distinguées de la commercialisation
légitime de médicaments légalement admise. Cet instrument devrait
se fonder sur une approche d’ensemble, qui englobe la prévention
et la détection des crimes concernés, l’exercice de l’action pénale
contre les auteurs présumés, la protection des victimes – qu’il
s’agisse de donneurs ou de receveurs –, la promotion de politiques adéquates,
ainsi que la coopération nationale et internationale à différents
niveaux. Un futur instrument juridique devrait aussi prévoir des
mécanismes de collecte et d’analyse régulières des données sur les
activités dans ce domaine, qu’elles soient légitimes ou illégitimes.
En outre, les données pourraient être ventilées par sexe afin d’évaluer
si le trafic de tissus et de cellules d’origine humaine touche de
manière disproportionnée les femmes et les filles.
6. Enfin, le Comité des Ministres invite les États qui ne l’ont
pas encore fait à envisager de signer et de ratifier les traités
cités au paragraphe 16.3 de la recommandation de l’Assemblée, ainsi
que le Protocole additionnel à la Convention sur les droits de l’homme
et la biomédecine relatif à la transplantation d’organes et de tissus
d’origine humaine (STE n° 186), ce qui contribuerait également à
la réalisation des objectifs de développement durable des Nations
Unies no 3 (bonne santé et bien-être)
et no 16 (promouvoir la paix, la justice
et des institutions efficaces).