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La solidarité européenne dans le contexte de l’asile et de la protection internationale

Rapport | Doc. 15718 | 20 février 2023

Commission
Commission des migrations, des réfugiés et des personnes déplacées
Rapporteur :
Lord Alexander DUNDEE, Royaume-Uni, CE/AD
Origine
Renvoi en commission: Décision du Bureau, Renvoi 4595 du 24 juin 2021. 2023 - Commission permanente de mars

Résumé

L’Europe fait face au nombre de réfugiés et de personnes déplacées le plus élevé depuis la seconde guerre mondiale, principalement imputable à l’offensive militaire menée par la Fédération de Russie contre l’Ukraine. La solidarité européenne doit donc s’exercer entre les États membres, et en particulier envers l’Ukraine, dans le cadre de l’asile et de la protection internationale des personnes fuyant la guerre, les conflits, les persécutions et les situations de violation des droits humains.

En tant qu’organes du Conseil de l’Europe, la Banque de développement, le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux, la Conférence des OING, les Centres européens de la jeunesse à Strasbourg et à Budapest, et le Centre Nord-Sud à Lisbonne pourraient avoir un rôle fondamental à jouer, pour apporter une aide aux personnes concernées dans les États membres. Le Comité des Ministres pourrait souligner le rôle de l'Organisation en matière d'aide humanitaire et sa contribution à l'action de solidarité européenne. Une coopération plus étroite devrait également être établie avec l’Union européenne et l’Organisation des Nations Unies afin de mettre en place une action humanitaire plus efficace en faveur des personnes déplacées, des réfugiés et des personnes sous protection internationale en Europe.

A Projet de résolutionNote

1. Consciente du fait que l’Europe est confrontée à un nombre de réfugiés et de personnes déplacées sans précédent depuis la seconde guerre mondiale, principalement en raison de l’agression militaire de la Fédération de Russie contre l’Ukraine, l’Assemblée parlementaire se félicite du niveau élevé de solidarité européenne manifesté entre les États membres et envers l’Ukraine dans le contexte de l’asile et de la protection internationale des personnes fuyant la guerre, les conflits, les persécutions et les situations de violation des droits humains.
2. Compte tenu de sa Résolution 2448 (2022) «Conséquences humanitaires et déplacements internes et externes en lien avec l’agression de la Fédération de Russie contre l’Ukraine», l’Assemblée appelle les États membres, l’Union européenne et l’Organisation des Nations Unies à maintenir, et si possible à accroître, le niveau de solidarité humanitaire dont ils font preuve à l’égard des Ukrainiens déplacés, alors que l’armée russe continue à cibler et à attaquer les infrastructures civiles en Ukraine.
3. Rappelant sa Résolution 2404 (2021) «L’instrumentalisation de la pression migratoire aux frontières de la Lettonie, de la Lituanie et de la Pologne avec le Bélarus», l’Assemblée est consternée par l’utilisation abusive des migrants et des réfugiés à des fins politiques et invite tous les États membres à revoir leurs dispositions relatives aux visas et en matière d’immigration ainsi que leurs accords et pratiques de réadmission, afin de protéger les personnes vulnérables des dangers du trafic illicite de migrants et du crime organisé.
4. Tenant compte de sa Résolution 2409 (2021) intitulée «Relocalisation volontaire des migrants ayant besoin d’une protection humanitaire et réinstallation volontaire des réfugiés», l’Assemblée approuve les mesures prises par quelques États membres qui ont déjà procédé à la relocalisation ou à la réinstallation de réfugiés vulnérables depuis certains sites débordés à Chypre, en Grèce, en Italie, en République de Moldova et en Ukraine, ainsi que depuis la Libye et d’autres pays. Il convient également de saluer la décision des États membres de l’Union européenne d’appliquer la directive relative à la protection temporaire et de proposer la gratuité des transports publics aux Ukrainiens déplacés. Tous les États membres du Conseil de l’Europe devraient intensifier la solidarité en augmentant le nombre de relocalisations et de réinstallations volontaires.
5. Considérant sa Résolution 2380 (2021) «Action humanitaire pour les réfugiés et les migrants dans les pays de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient», l’Assemblée rappelle aux États membres que la solidarité européenne devrait s’étendre au-delà du continent européen, en particulier aux pays situés le long de la rive sud de la Méditerranée, lesquels sont des pays de transit pour les migrants en situation irrégulière désireux de rejoindre l’Europe. Les conflits, le changement climatique et la pauvreté poussent de plus en plus de personnes, venant de nombreux endroits de la planète, à vouloir gagner certains États membres.
6. Dans le prolongement de sa Résolution 2356 (2020) «Droits et obligations des ONG venant en aide aux réfugiés et aux migrants en Europe», l’Assemblée se félicite des formidables contributions humanitaires apportées par tant d’organisations non gouvernementales. Sans l’action et la coopération de celles-ci, les États membres à eux seuls ne seraient pas en mesure de faire face aux demandes humanitaires de millions de réfugiés et de personnes bénéficiant actuellement d’une protection internationale en Europe. Les ONG et les organisations caritatives étant le pilier de toutes les initiatives humanitaires mises en œuvre sur le terrain, leur travail mérite le soutien plein et entier des États membres, de l’Union européenne et du Conseil de l’Europe, notamment par le biais de sa Conférence des organisations internationales non gouvernementales (OING).
7. Saluant l’initiative Cities4Cities du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe en faveur d’opérations de jumelage avec des villes ukrainiennes, l’Assemblée reconnaît le rôle central joué par les collectivités locales face à l’arrivée de personnes en quête d’asile ou de protection internationale. Par conséquent, les États membres et l’Union européenne devraient apporter un soutien financier, technique et administratif aux collectivités locales afin d’améliorer leur capacité à prendre en charge les situations d’urgence dues à l’arrivée massive de personnes.
8. Appréciant la solidarité financière très forte dont fait preuve l’Union européenne à l’égard de la Türkiye, qui a accueilli depuis 2015 quelque 3,7 millions de Syriens déplacés, dans le cadre de la Déclaration UE- Turquie, ainsi que vis-à-vis des Ukrainiens déplacés à l’intérieur de leur pays et à l’étranger, l’Assemblée invite les États membres à faire de même en apportant une aide financière bilatérale et un soutien par l’intermédiaire de l’Organisation des Nations Unies.
9. Approuvant l’appel à une plus grande solidarité en Europe lancé par les membres de la commission des migrations, des réfugiés et des personnes déplacées de l’Assemblée, avec les membres de la commission ad hoc sur les migrations de l’Assemblée parlementaire de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, à l’occasion de la webconférence conjointe organisée par le Parlement britannique à la veille de la Journée mondiale des réfugiés 2021, l’Assemblée invite les parlements nationaux ainsi que le Parlement européen à tenir régulièrement des débats thématiques afin de déterminer les besoins et les stratégies en matière de renforcement des actions de solidarité européenne dans le contexte de l’asile et de la protection internationale.
10. À la suite des mesures prises par les États membres après l’attaque militaire russe contre l’Ukraine, et compte tenu également de l’afflux croissant des réfugiés venant d’autres pays, l’Assemblée invite:
10.1 la Banque de développement du Conseil de l’Europe à continuer d’apporter son soutien effectif aux Ukrainiens déplacés ainsi qu’aux autres réfugiés et personnes bénéficiant d’une protection internationale dans les États membres;
10.2 le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe à aider les collectivités locales, qui accueillent un grand nombre de personnes déplacées, de réfugiés et de personnes sous protection internationale, à poursuivre les évaluations des besoins au niveau local et à en communiquer les résultats aux parlements et aux gouvernements nationaux;
10.3 la Conférence des OING du Conseil de l’Europe à encourager la coopération entre les ONG humanitaires qui mènent des actions locales sur le terrain pour répondre aux besoins humanitaires des réfugiés et des personnes sous protection internationale;
10.4 les Centres européens de la jeunesse du Conseil de l’Europe à Strasbourg et Budapest à redoubler d’efforts en faveur des jeunes Ukrainiens déplacés et des autres jeunes réfugiés;
10.5 de même que le Centre Nord-Sud du Conseil de l’Europe à Lisbonne à œuvrer davantage en faveur des réfugiés et des migrants vulnérables originaires de pays du Sud qui vivent en Europe.

B Projet de recommandationNote

1. Se référant à sa Résolution…. (2023) «La solidarité européenne dans le contexte de l’asile et de la protection internationale», l’Assemblée parlementaire met en avant l’importance d’encourager les États membres du Conseil de l’Europe à renforcer davantage leurs actions humanitaires en faveur des réfugiés, des personnes sous protection internationale et des personnes déplacées.
2. Depuis le 24 février 2022, date à laquelle la Fédération de Russie a lancé son offensive contre l’Ukraine, plusieurs millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays ou amenées à chercher une protection internationale dans d’autres États membres. Depuis 2015, à la suite du conflit armé en Syrie, plus de 3 millions de Syriens ont obtenu une protection temporaire en Türkiye. Depuis l’accord de cessez-le-feu trilatéral conclu le 9 novembre 2020, plusieurs centaines de milliers de personnes déplacées en Azerbaïdjan ont été en mesure de regagner leurs habitations en grande partie détruites. Des milliers de Chypriotes, de Géorgiens, de Moldaves et de personnes originaires de l’ex-Yougoslavie sont encore déplacés. Enfin, des centaines de milliers de réfugiés en provenance de pays non européens ont cherché protection dans différents États membres.
3. L’Assemblée rappelle la déclaration des chefs d’État et de gouvernement des États membres adoptée lors du Sommet de Varsovie en 2005. Au regard des conflits non résolus, cette déclaration reflète la menace qui pèse sur la stabilité démocratique des États membres du Conseil de l’Europe et les populations concernées, tout en proposant des solutions. C’est pourquoi, les États membres peuvent aujourd’hui s’inspirer du contexte et du précédent des dispositions du Sommet de Varsovie de 2005 appelant à des actions concrètes à mener par le Conseil de l’Europe, pour fournir une assistance humanitaire à ceux d’entre eux où un grand nombre de personnes ont trouvé asile, une protection internationale ou sont déplacées.
4. Convaincue que le prochain Sommet des chefs d’État et de gouvernement des États membres, prévu à Reykjavik en 2023, est l’occasion de renforcer la solidarité européenne au sein du Conseil de l’Europe et grâce à son action, l’Assemblée recommande au Comité des Ministres:
4.1 de veiller à ce que les activités de coopération du Conseil de l'Europe comportent un soutien à l'action humanitaire en faveur des personnes réfugiées et déplacées vulnérables dans les États membres, en coopération et en coordination avec les autres acteurs internationaux mandatés dans ce domaine;
4.2 d’appeler les États membres qui ne l’ont pas encore fait, à adhérer à la Banque de développement du Conseil de l’Europe, afin d’étendre à bon escient la portée géographique de la Banque, autant que de besoin;
4.3 d’inviter les États membres qui ne sont pas encore membres du Centre Nord-Sud du Conseil de l’Europe à y adhérer, afin d’améliorer l’efficacité du travail mené par le Centre en faveur des réfugiés vulnérables des pays du Sud qui vivent dans les États membres;
4.4 de conclure des accords établissant une coopération plus étroite avec l’Union européenne et l’Organisation des Nations Unies en ce qui concerne l’action humanitaire concrète en faveur des personnes déplacées, des réfugiés et des personnes bénéficiant d’une protection internationale en Europe.

C Exposé des motifs par Lord Alexander Dundee, rapporteur

1 Introduction

1. De nombreux migrants et demandeurs d’asile potentiels sont entrés en Türkiye pour tenter de rejoindre d’autres pays européens. En février 2020, ils étaient plus de 13 000 massés à la frontière terrestre entre la Türkiye et la Grèce, au moment où le Gouvernement turc a annoncé qu’il n’empêcherait plus les migrants de quitter le territoire pour la GrèceNote. Des milliers d’entre eux auraient réussi à franchir la frontière vers la GrèceNote, laquelle étant aussi le pays de l’Union européenne qui connaissait l’afflux le plus massif de migrants venus de l’autre rive de la Méditerranée: plus de 6 000 personnes étaient ainsi arrivées en Grèce par la mer au cours des deux premiers mois de 2020. Cette situation a fait réagir les ministres de l’Intérieur des États membres de l’Union européenneNote. En septembre 2020, Moria, camp de migrants tristement célèbre et surpeuplé, situé sur l’île de Lesbos, a été totalement ravagé par un incendie, laissant des milliers de demandeurs d’asile sans abriNote. Tous ces événements se sont produits alors que la pandémie de covid-19 frappait l’Europe et le reste du monde et que les États fermaient progressivement leurs frontières pour des raisons sanitairesNote.
2. Dans le contexte de cette situation d’urgence en Grèce, l’Assemblée parlementaire a tenu, le 24 juin 2021, un débat d’actualité intitulé «La nécessité d’un mécanisme de solidarité efficace entre les pays européens pour atténuer la pression migratoire sur les pays en première ligne». À la suite de ce débat, l’Assemblée a chargé sa commission des migrations, des réfugiés et des personnes déplacées de rédiger un rapport sur la solidarité européenne dans le contexte de la migration et de l’asile, rapport pour lequel j’ai ensuite été désigné rapporteur. J’avais auparavant été membre de la sous-commission ad hoc créée pour effectuer une visite d’information sur l’île de Lesbos, en Grèce, du 10 au 12 mai 2021.
3. Quelques mois seulement après le déclenchement, par la Fédération de Russie, le 24 février 2022, de la guerre contre l’Ukraine, plus de 4,8 millions d’Ukrainiens avaient déjà fui vers d’autres pays européensNote. Ce déplacement de personnes, le plus important en Europe depuis la seconde guerre mondiale, a provoqué un élan de solidarité immédiat et sans précédent, au niveau des États membres, de l’Union européenne, de l’ONU et des organisations humanitaires, mais aussi au niveau des citoyens, qui se sont mobilisés par milliers, dans le cadre de diverses initiatives et actions caritatives. Plus de 7 millions de personnes déplacées, venues de l’est de l’Ukraine, vivent actuellement dans des hébergements temporaires dans l’ouest du pays.
4. Les répercussions de la guerre sur les prix des denrées alimentaires et de l’énergie, ainsi que sur l’économie mondiale en général, risquent d’aggraver la pauvreté dans nombre de pays et de contraindre ainsi de plus en plus de personnes à émigrer. À titre d’exemple, plus d’un millier de demandeurs d’asile, principalement tunisiens, sont arrivés récemment par bateau à Lampedusa, en ItalieNote. Actuellement, Chypre est le pays d’Europe qui compte le plus grand nombre de demandeurs d’asile par rapport à sa population; il s’agit de personnes qui ont franchi la «ligne verte» en provenance du nordNote. En un seul jour, le 22 août 2022, quelque 1 300 demandeurs d’asile venus de France sont arrivés au Royaume-Uni après avoir traversé la MancheNote. Le sujet du présent rapport est donc d’une actualité brûlante, compte tenu de l’importance des flux migratoires, qui ne cessent de croître depuis que la Russie a attaqué l’Ukraine.
5. Le terme «migration», lorsqu’il est associé à l’«asile», renvoie généralement à la migration économique ou à la migration générale. Dans ce contexte, la solidarité européenne ne trouve guère à s’exercer car les migrants en situation régulière sont titulaires d’un visa ou d’un permis de travail délivrés par leur pays d’accueil. De la même manière, les personnes déplacées (qu’il s’agisse d’Ukrainiens déplacés dans d’autres États membres ou de Syriens en Türkiye) obtiennent souvent un statut de protection temporaire. En revanche, la solidarité européenne devient nécessaire lorsqu’un ou plusieurs États membres sont débordés par l’afflux de personnes en quête d’asile ou d’une protection internationale. C’est pourquoi j’ai proposé d’adapter le titre du rapport comme suit: «La solidarité européenne dans le contexte de l’asile et de la protection internationale».

2 Éléments de la solidarité européenne

6. La solidarité européenne dans le contexte de l’asile et de la protection internationale s’exerce à différents niveaux, notamment au niveau de l’ONU, du Conseil de l’Europe et de l’Union européenne, mais aussi à l’échelon des États membres de manière bilatérale, des pouvoirs locaux et régionaux, des communautés locales, des organisations humanitaires, ou encore au niveau des sociétés privées et des citoyens. C’est cette pluralité d’acteurs humanitaires qui peut générer dans un laps de temps très court le volume gigantesque d’aide humanitaire nécessaire. Tout particulièrement dans les situations d’urgence, il ne suffit pas de faire appel à la solidarité d’autrui, il faut que chacun, à quelque niveau que ce soit, engage des actions humanitaires pratiques et concrètes, à l’image des propos judicieux tenus par John F. Kennedy: «Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous – demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays»Note.
7. Au cours du premier semestre 2022, l’Agence de l’Union européenne pour l’asile a recensé plus de 4,6 millions de personnes demandant l’asile ou une protection internationale dans les pays de l’UE+, dont quelque 4,2 millions d’Ukrainiens déplacésNote. Par ailleurs, plus de 7 millions d’Ukrainiens sont déplacés à l’intérieur de leur pays et ont besoin d’une aide humanitaire dans les villes et localités qui les accueillentNote.
8. Le mouvement de populations déplacées d’Ukraine vers les pays voisins et, au-delà, vers des pays tiers, a été très important, mais on enregistre un nombre presque égal de retours dans le pays. Ces chiffres reflètent la situation humanitaire difficile que connaissent des centaines de milliers de personnes et les défis auxquels sont confrontées les autorités locales et nationales, aussi bien en Ukraine qu’à l’étranger, pour prendre correctement en charge les personnes déplacéesNote.
9. Cependant, le nombre de personnes qui demandent l’asile ou une protection internationale varie considérablement d’un État membre du Conseil de l’Europe à l’autre. De grandes disparités sont également observées au sein de l’Union européenneNote. L’examen des données statistiques permet aussi de constater une hausse significative du nombre de franchissements illégaux des frontières extérieures de l’Union détectés (sachant que la même personne peut tenter de traverser une frontière de nombreuses fois, comme l’a noté Frontex dans ses différents rapports)Note. La majorité des migrants qui traversent une frontière sans autorisation demandent l’asile ou une protection internationale dès qu’ils sont découverts, ce qui suppose de pouvoir fournir des solutions d’hébergement, des biens et services humanitaires ainsi qu’une assistance juridique. Ces situations appellent à faire preuve d’une plus grande solidarité européenne entre les États membres.
10. À la suite de la demande que j’ai adressée au Centre européen de recherche et de documentation parlementaires (CERDP) dans le cadre du présent rapport, je suis très reconnaissant des nombreuses réponses apportées par les parlements nationaux aux questions suivantes:
  • Dans votre pays en ce moment, combien de personnes sont reconnues comme réfugiées ou ont reçu un statut de protection subsidiaire, temporaire ou internationale, et combien de demandes de protection sont en instance devant vos autorités? Combien de déplacés internes sont présents dans votre pays?
  • Pouvez-vous indiquer les coûts totaux couverts par le budget public de votre pays en 2021 et/ou 2022 pour les personnes ci-dessus dans votre pays, y compris, par exemple, l'aide en espèces, la nourriture et l'habillement, le logement et les allocations de logement, les allocations de chômage, les allocations familiales, les frais de scolarité, les frais de santé, l'aide juridictionnelle et les frais de justice?
  • Quelle aide financière et technique votre pays a-t-il reçue des Nations Unies, de l'Union européenne, d'autres États ou d'organisations humanitaires dans ce contexte?
  • Quel montant d'assistance financière et technique votre pays a-t-il fourni aux Nations Unies, à l'Union européenne, à d'autres États ou à des organisations humanitaires au profit des personnes susmentionnées dans d'autres pays en 2022?
  • Combien de personnes ont été relocalisées ou réinstallées vers ou depuis votre pays en 2022?
11. Les réponses mettent en évidence les coûts faramineux que doivent assumer les autorités nationales lorsqu’elles accueillent des personnes en quête d’asile ou de protection internationale, ainsi que les disparités nationales dans la fourniture d’une assistance appropriée aux autres pays ainsi qu’aux organisations internationales. Toutes les réponses sont disponibles au secrétariat de la commission.
12. Les États membres qui connaissent un afflux massif de personnes demandant l’asile ou une protection internationale sont confrontés à des charges administratives et financières, sachant que les personnes concernées doivent bénéficier dès leur arrivée d’une aide humanitaire appropriée. Cette situation peut impliquer de faire appel à la solidarité d’autres États membres sous la forme d’une assistance technique, telle que la fourniture de produits et de personnel médicaux, ou la livraison de biens et de services humanitaires. Un soutien financier n’est accordé que de temps à autre de manière bilatérale; le plus souvent, il passe plutôt par l’Union européenne ou l’ONU. La solidarité peut également s’exprimer par la relocalisation ou la réinstallation de personnes dans un autre pays, afin de réduire les effectifs dans le pays de premier accueil. L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et l’Agence de l’Union européenne pour l’asile apportent souvent leur aide aux autorités nationales dans le traitement des demandes d’asile ou de protection internationale.
13. Une telle solidarité européenne s’impose pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les besoins humanitaires des personnes qui arrivent dans un État membre peuvent être mieux satisfaits dès lors que d’autres États prêtent assistance aux pays de premier accueil. À défaut, les pays en première ligne risquent d’être débordés, et cette situation peut donner lieu à des mouvements migratoires secondaires dans toute l’Europe, exposant les demandeurs d’asile aux multiples dangers inhérents au franchissement illégal des frontières, à commencer par les risques d’exploitation et d’abus de la part des passeurs et les déplacements dangereux en camion ou en bateau au péril de leur vie.
14. La Grèce offre un bon exemple de l’effet positif de la solidarité européenne. Dans son arrêt de Grande Chambre rendu dans l’affaire M.S.S. c. Belgique et Grèce (requête n° 30696/09)Note, la Cour européenne des droits de l’homme, à la suite d’une lettre adressée en 2009 par le HCR et dénonçant les défaillances de la procédure d’asile ainsi que les conditions d’accueil des candidats à l’asile en Grèce, a conclu le 21 janvier 2011, que les conditions matérielles d’accueil des demandeurs d’asile en Grèce n’étaient pas conformes aux exigences de la Convention européenne des droits de l’homme (STE no 5). La Grèce traversait à l’époque une crise économique et financière majeure et était confrontée à l’arrivée massive de migrants depuis la Türkiye. Peu de choses étaient mises en œuvre pour améliorer la situation humanitaire et sécuritaire dans les camps grecs et enrayer les flux migratoires secondaires sur la «route des Balkans»Note. La réunion de notre commission, tenue au Parlement hellénique à Athènes le 19 septembre 2022, a permis d’en apprendre davantage sur l’aide et la solidarité européennes dont la Grèce a déjà fait l’expérience et d’examiner comment cette solidarité européenne peut aussi s’exercer à l’égard d’autres pays se trouvant dans une situation analogue.
15. Depuis lors, le contexte politique et les conditions humanitaires ont considérablement changé, l’Union européenne finançant des centres d’accueil et d’identification nouvellement construits sur plusieurs îles grecquesNote, dont LesbosNote. Par ailleurs, certains États membres ont accepté la relocalisation volontaire de milliers de réfugiés vulnérables des camps grecsNote, comme le recommandait l’Assemblée dans sa Résolution 2409 (2021) «Relocalisation volontaire des migrants ayant besoin d’une protection humanitaire et réinstallation volontaire des réfugiés».
16. L’agression militaire de la Fédération de Russie contre l’Ukraine a provoqué le déplacement de personnes le plus important depuis la seconde guerre mondiale, mais a également suscité l’élan de solidarité le plus fort envers un État membre. Des millions d’Ukrainiens déplacés ont été accueillis par les États membres, et de nombreux États et donateurs privés se sont engagés à verser des centaines de millions d’euros ou de dollars américains pour l’aide humanitaire en Ukraine et dans d’autres pays. Malgré cela, les besoins restent considérables et continueront d’augmenter tant que les offensives militaires russes se poursuivront en Ukraine et frapperont notamment les infrastructures civiles, dont les réseaux électriques et de distribution d’eau, les hôpitaux et les établissements scolairesNote. L’UNICEF a fait savoir que plus de la moitié des enfants ukrainiens ont été déplacés en l’espace d’un mois après l’invasion du pays par les troupes russes le 24 février 2022Note.
17. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a recensé les besoins urgents de l’Ukraine qui m’ont été communiqués par l’intermédiaire de Mme Wen Li, responsable des relations extérieures. Dans le courrier qu’elle m’a adressé le 29 novembre 2022Note, Mme Wen Li a listé les produits suivants:
1. Des tentes adaptées aux conditions hivernales, équipées d’un système de chauffage;
2. Des groupes électrogènes, dans la mesure du possible jusqu’à 1 MW, relevant des principales catégories de puissance suivantes: 5-7 kW, 10-15 kW, 20-25 kW, 30-40 kW, 50-70 kW, 100-120 kW, 200-250 kW;
3. Des appareils de chauffage de tout type (radiateurs, parasols chauffants, chauffages électriques, etc);
4. Des chaudières;
5. Des combustibles solides (bois de chauffage, briquettes, pellets, charbon);
6. Des conteneurs d’hébergement équipés de système de chauffage;
7. Des vêtements d’hiver, autant que possible;
8. Des lits (lits de camp), autant que possible;
9. Des outils et matériaux de construction pour affronter les conditions hivernales (vis, panneaux, etc).
18. La solidarité européenne dans le contexte de l’asile et de la protection internationale ne doit pas se limiter aux États membres ou à l’Europe. Les Ukrainiens déplacés et les réfugiés en provenance de Russie et de Türkiye constituent actuellement les effectifs les plus importants de demandeurs d’asile arrivant d’Europe, mais la plupart des autres sont issus de pays d’origine ou de transit non européens. Par conséquent, les États membres et l’Union européenne devraient également faire montre d’une véritable solidarité avec les pays non européens, en particulier ceux situés le long de la rive sud de la Méditerranée, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, conformément à la Résolution 2380 et à la Recommandation 2203 (2021) de l’Assemblée «Action humanitaire pour les réfugiés et les migrants dans les pays de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient».
19. Dans ce contexte, la 6e Conférence ministérielle du dialogue Euro-Africain sur la Migration et le Développement, qui s’est tenue les 13 et 14 décembre 2022 à Cadix (Espagne), a adopté une Déclaration politique et un Plan d’action qui définissent un programme de coopération pour la période 2023-2027, visant à coordonner les efforts nationaux dans le domaine de la gestion des migrations par l’intermédiaire du Processus de Rabat et de ses pays partenairesNote.
20. Le nombre de réinstallations de réfugiés a considérablement augmenté en 2021, atteignant les chiffres les plus élevés jamais enregistrés en Europe: la Syrie (11 500) et l’Afghanistan (7 600) étaient les principaux pays d’origine, représentant 70 % des cas. L’Allemagne, l’Italie, la Norvège et la Suède ont procédé à la plupart des réinstallations, accueillant ainsi 76 % de l’ensemble des réfugiés réinstallés dans les pays de l’UE+Note. Cette hausse répond à l’appel lancé par l’Assemblée en faveur d’une augmentation des réinstallations dans sa Résolution 2409 (2021) «Relocalisation volontaire des migrants ayant besoin d’une protection humanitaire et réinstallation volontaire des réfugiés».

3 Actions du Conseil de l’Europe

21. Le Conseil de l’Europe n’est pas une organisation humanitaire et n’a pas établi de normes relatives à la solidarité dans le contexte de l’asile et de la protection internationale. Néanmoins, la Convention européenne des droits de l’hommeNote et la Charte sociale européenne révisée (STE no 163)Note énoncent toutes deux nombre de droits fondamentaux qui s’appliquent aux demandeurs d’asile et aux migrants. La solidarité européenne rendra ainsi chaque État membre plus apte à remplir les obligations qui lui incombent au titre de ces traités du Conseil de l’Europe.
22. La Banque de développement du Conseil de l’Europe a été créée en 1956, à une époque où les États membres actuels du Conseil de l’Europe comptaient des dizaines de millions de personnes déplacées au lendemain de la seconde guerre mondiale. Elle avait pour vocation d’accorder aux États membres concernés des prêts à des conditions favorables pour financer des projets humanitaires. Depuis sa création, les réfugiés et les personnes déplacées constituent l’un des principaux groupes cibles de la Banque.
23. La Banque a financé des logements et d’autres produits de première nécessité pour les personnes déplacées à cause de la guerre en ex-YougoslavieNote. Compte tenu des quelque 3,7 millions de Syriens déplacés hébergés en Türkiye, la Banque supervise la mise en œuvre de projets d’un montant total de 140 millions d’euros, financés par la Facilité de l’Union européenne pour les réfugiés en TürkiyeNote. Récemment, elle a émis d’importants volumes d’obligations pour les Ukrainiens déplacés dans ses États membresNote. La présidence irlandaise du Comité des Ministres a également créé un fonds de donateurs pour l’Ukraine, qui peut aussi servir à aider les Ukrainiens en Ukraine; ce pays n’est pas encore un membre à part entière de la Banque mais la procédure d’adhésion est en coursNote.
24. M. Tomáš Boček, vice-gouverneur de la Banque de développement du Conseil de l’Europe et ancien Représentant Spécial du Secrétaire Général (d’alors) sur les migrations et les réfugiés, a présenté à notre commission, le 13 octobre 2022, les possibilités d’action future de la Banque, y compris son programme actuel en faveur de l’Ukraine. Le gouverneur Carlo Monticelli a invité notre commission à tenir un échange de vues le 7 décembre 2022, à la Banque de développement du Conseil de l’Europe à Paris.
25. On ne saurait trop saluer les efforts considérables déployés par la Banque depuis des décennies à l’égard des réfugiés et des personnes déplacées. Alors que le budget du Conseil de l’Europe ne prévoit pas de fonds, ni de subventions, pour financer l’assistance humanitaire, la Banque, de par son statut, est en mesure de le faire. Ainsi, en plus des obligations pour les Ukrainiens déplacés dans ses pays membres elle a approuvé des prêts d’un montant de 1,3 milliard d’euros afin de répondre aux besoins à long terme des réfugiés et des pays d’accueilNote. Le 16 décembre 2022, la Banque a décaissé un don d’un montant de 900 000 euros à la République de Moldova afin de soutenir la fourniture de services médicaux aux réfugiés d’Ukraine par le biais du système national de santé moldaveNote.
26. Davantage d’États membres du Conseil de l’Europe devraient adhérer à la Banque, et il conviendrait d’explorer d’autres possibilités de cofinancement par ceux qui n’en sont pas membres; ce dernier point s’applique également aux États observateurs et à l’Union européenne. Vu les immenses défis auxquels sont confrontés les États membres en raison des arrivées massives de réfugiés et de personnes déplacées au cours des dix dernières années, la Banque doit être reconnue comme un agent clé, et pourvue en tant que tel des moyens lui permettant d’aider les États membres et de parvenir à une plus grande solidarité en Europe. Il s’agit d’éviter aux réfugiés et aux personnes déplacées les souffrances et difficultés d’ordre humanitaire qui conduisent à une migration secondaire et à la délocalisation des réfugiés.
27. Le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux utilise sa plateforme Cities4Cities pour promouvoir et favoriser le jumelage avec des villes ukrainiennes, qui sont en proie aux attaques militaires russes et font face à des millions de personnes déplacéesNote. Je tiens à remercier M. Bernd Vöhringer, président de la Chambre des pouvoirs locaux du Congrès et maire de la ville allemande de Sindelfingen, pour son excellente coopération et les explications fournies à notre commission, le 7 décembre 2022, concernant les travaux politiques et les initiatives concrètes menés par le Congrès en lien avec le thème du présent rapport, en particulier la solidarité de l'Europe envers les Ukrainiens déplacés.
28. Les collectivités locales sont généralement les premières à intervenir auprès des réfugiés et des personnes déplacées qui arrivent par train, bus, camion, bateau ou avion. Les maires et les services des collectivités locales sont souvent contraints de fournir une aide d’urgence aux nouveaux arrivants, notamment un hébergement, de la nourriture et des soins médicaux, mais aussi de leur assurer une éducation scolaire et un soutien psychologique. Comme tant d’autres dans différentes villes d’Europe, les maires de Lampedusa en Italie et de Przemyśl en Pologne se sont distingués par leur action en faveur des arrivants. Les gouvernements et les parlements nationaux des États membres doivent veiller à ce que les collectivités locales ne soient pas livrées à elles-mêmes, sans l’appui technique et financier nécessaire.
29. Bien d’autres services du Conseil de l’Europe ont récemment trouvé des moyens de venir en aide aux Ukrainiens déplacés, par exemple en proposant des formations en ligneNote et d’autres outils pratiques. De nouvelles actions humanitaires du Conseil de l’Europe devraient également voir le jour et être déployées au plus tôt sur le terrain.
30. L’Assemblée s’est intéressée aux conséquences humanitaires et déplacements internes et externes en lien avec l’agression de la Fédération de Russie contre l’Ukraine dans sa Résolution 2448 (2022). La situation d’alors dans les îles grecques a fait l’objet de la Résolution 2280 (2019). J’avais auparavant été désigné par cette commission pour élaborer les rapports qui ont conduit à la Résolution 2409 (2021) «Relocalisation volontaire des migrants ayant besoin d’une protection humanitaire et réinstallation volontaire des réfugiés», et à la Résolution 2380 (2021) «Action humanitaire pour les réfugiés et les migrants dans les pays de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient».
31. En tant que parlementaires, nous sommes en mesure de soulever certaines questions dans notre parlement national, et de contribuer à promouvoir ou à soutenir certaines actions. Au cours des années 2020 et 2021, en collaboration avec notre commission ainsi qu’avec la commission ad hoc sur les migrations de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE, j’ai organisé au Parlement britannique une série de conférences européennes en ligne pendant la pandémie de covid-19. Dans le cadre de ces conférences, qui portaient sur divers aspects de la solidarité européenne et sur les moyens de la renforcer, un appel à l’action a été lancé à l’occasion de l’édition 2021 de la Journée mondiale des réfugiés et du 70e anniversaire de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiésNote.

4 Actions de l’Union européenne

32. L’Union européenne est, à l’échelle mondiale, l’un des principaux donateurs dans le domaine humanitaire. Depuis 2016, l’Union européenne a alloué plus de 6 milliards d’euros d’aide humanitaire à la Türkiye, qui accueille plus de 3 millions de Syriens bénéficiant d’une protection temporaireNote.
33. Les dispositions législatives et les décisions de l’Union européenne peuvent notamment faire progresser la solidarité; c’est le cas, par exemple, des décisions du Conseil de l’Union européenne d’accueillir des demandeurs d’asile syriens dans des États membres, ou de l’application de la directive relative à la protection temporaire aux Ukrainiens déplacés fuyant la guerre dans leur paysNote. Avec l’accord politique intervenu le 7 septembre 2022 entre le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne, l’Union européenne dispose désormais d’une feuille de route commune pour le régime d’asile européen commun et le pacte sur la migration et l’asileNote.
34. Depuis l’arrivée massive de réfugiés en Europe en 2015, l’Union européenne a procédé à la réinstallation volontaire de milliers de réfugiés depuis l’Italie et la Grèce vers d’autres pays de l’Union européenneNote. Des relocalisations volontaires ont également eu lieu vers des États non membres de l’Union européenne, à savoir l’IslandeNote, la NorvègeNote et la SuisseNote. Sous la présidence française du Conseil de l’Union européenne en 2022, des États membres de l’UE ont à nouveau accepté de relocaliser, sur la base du volontariat, des demandeurs d’asile se trouvant dans des pays situés aux frontières extérieures de l’Union européenneNote.
35. Depuis quelques années, la question d’un système de relocalisation obligatoire entre les États membres de l’Union européenne est à l’étudeNote. Ces discussions n’ont toutefois pas donné lieu à des mesures contraignantes, le pouvoir de décision finale en matière d’immigration revenant toujours pour l’essentiel aux États membres de l’Union européenneNote. Il paraît peu concevable que des demandeurs d’asile soient transférés contre leur gré ou leur choix vers un pays tiers, et que celui-ci soit contraint de les accepter et de les accueillir. De plus, de telles relocalisations obligatoires entraîneraient probablement des flux migratoires secondaires au sein de l’Union européenne, dans les cas où les demandeurs d’asile et les pays d’accueil seraient réfractaires à ces mesures. C’est pourquoi notre Assemblée a, dans sa Résolution 2409 (2021), encouragé les relocalisations et réinstallations volontaires.

5 Actions de l’ONU

36. L’Organisation des Nations Unies est généralement l’organisation qui reste sur le terrain et agit, notamment dans les situations d’urgence, lors de catastrophes ou même lors de conflits armés, comme en Ukraine actuellement. Le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires est le principal acteur chargé d’évaluer les besoins humanitaires et de distribuer l’aide humanitaire par l’intermédiaire d’agences de l’ONU comme l’OIM, le HCR, l’UNICEF et le Programme alimentaire mondial. Je tiens à remercier Mme Denise Brown, Coordonnatrice résidente et Coordonnatrice de l’action humanitaire en Ukraine, pour les informations qu’elle a fournies lors d’une conférence téléphonique tenue dans le cadre de l’élaboration de ce rapport. L’Europe doit donc, évidemment, concevoir ses actions de solidarité en étroite coopération avec l’ONU.
37. Le HCR contribue aux programmes de réinstallation, en aidant, par exemple, des demandeurs d’asile venant de Libye à se réinstaller en Italie, au Rwanda ou ailleursNote. L’OIM contribue elle aussi à ces programmes, mais gère également des programmes d’aide au retour volontaire et à la réinsertion pour les personnes qui préfèrent interrompre la procédure d’asile et retourner dans leur pays d’origineNote.

6 Organisations non gouvernementales humanitaires

38. Étant donné les conséquences humanitaires de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, nombre d’ONG humanitaires sont devenues, dans les faits, des acteurs majeurs de la solidarité européenne. Sans leur soutien, les gouvernements, l’Union européenne et l’ONU n’auraient pas pu apporter l’aide humanitaire et mettre en œuvre la solidarité sur le terrain aussi efficacement qu’ils l’ont fait. Ainsi, beaucoup d’Ukrainiens relocalisés ont été hébergés par des organisations caritatives ou par des particuliers.
39. Le Groupe de la sécurité alimentaire et des moyens d’existence des Nations Unies conduit des projets et assure la coordination de différentes initiatives en Ukraine avec de nombreuses organisations humanitaires et caritatives et leurs centaines de partenaires locaux qui interviennent dans le paysNote. Après avoir commencé à intervenir à la frontière ukrainienne située à l’est de la Pologne, les bénévoles de l’association que j’ai créée avec ma famille, Siobhan’s Trust, servent à présent chaque jour des repas chauds à quelque 4 000 personnes déplacées en UkraineNote.
40. Dans la mesure où les ONG humanitaires constatent directement, sur le terrain, quels sont les besoins les plus urgents, il n’est pas étonnant qu’elles soient généralement les premières à réagir. Elles sont aussi les premières à détecter les défaillances administratives et les problèmes qui relèvent plus largement de la solidarité européenne. C’est pourquoi il est nécessaire que les responsables politiques consultent certaines ONG concernées chaque fois qu’ils élaborent, adoptent ou mettent en œuvre des politiques relatives à la solidarité européenne dans le contexte de l’asile et de la protection internationale.
41. La Conférence des OING du Conseil de l’Europe soutient les ONG internationales qui œuvrent en faveur de l’accès des populations de migrants, des réfugiés et des demandeurs d’asile à leurs droits fondamentauxNote. Ce travail de sensibilisation juridique et politique est certes très important, mais la Conférence des OING pourrait également envisager d’aider ses ONG membres à fournir une assistance humanitaire concrète aux personnes dans le besoin.

7 Conclusions

42. Si, de par son Statut (STE no 1), signé à Londres le 5 mai 1949, le champ d’action du Conseil de l’Europe ne se limite pas aux activités normatives, de suivi et de coopération, le Sommet de Varsovie de 2005 a défini cette orientation pour l’Organisation. L'agression militaire de la Fédération de Russie contre l'Ukraine constitue un tournant pour l'Europe et a entraîné le déplacement de millions d'Ukrainien·ne·s. Dans ce contexte, le Conseil de l'Europe a un rôle à jouer en s'assurant que ses activités de coopération soutiennent l'assistance humanitaire et la solidarité européenne à l'égard des personnes déplacées, réfugiées et des personnes sous protection internationale, en association et en coordination avec d'autres acteurs internationaux.
43. La Banque de développement du Conseil de l’Europe a alloué des sommes considérables aux Ukrainiens déplacés dans d’autres États membres ainsi qu’à l’Ukraine dans le cadre de son adhésion à la Banque. Davantage d’États membres devraient adhérer à la Banque et apporter un appui financier pour soutenir cette action. De par leur potentiel, d’autres organes du Conseil de l’Europe peuvent également contribuer grandement à cette solidarité européenne, en particulier le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux, la Conférence des OING, les Centres européens de la jeunesse de Strasbourg et de Budapest, et le Centre Nord-Sud de Lisbonne.
44. L’instauration d’une coopération plus étroite entre le Conseil de l’Europe, l’Union européenne et l’ONU s’avère essentielle dans ce contexte. L’Assemblée devrait jouer un rôle clé dans la mobilisation du soutien politique nécessaire pour renforcer la solidarité européenne face aux défis majeurs posés, et, conformément au Statut du Conseil de l’Europe, réaliser ainsi une union plus étroite entre les membres de l’Organisation. Le prochain Sommet des chefs d’État et de gouvernement des États membres, prévu à Reykjavik en mai 2023, est l’occasion pour l’Assemblée de donner l’impulsion à cet égard.